‹ Masques et visages GavariniChapitre 10 sur 40 · LE CA II N AVAL · texte numérisé non relu

LE CA II N AVAL

— Eli bien! on dit que certain colonel se marie... Te voilà veuve, ma pauvre bayadère !...

— Hélas ! oui, mon pauvre baron, et ta femme aussi.

— Avancez-moi donc cent sous, în’man, puisque j’ vous dis quej’ suis de garde à la mairrrie c’ matin...

— Et où donc qu’ sont les deux redingotes? animal!...

— M’man, j’ai mis ma veste au plan hier soir.

— Jésus ! et ton aut’ ? malheureux !

*— Puisque j'vous dis, m’man, qu’ la bleue est restée pour le costume. . Si vous 11e m’avancez pas cent sous, j’ vas monter la garde en arlequin, m’man .. qu’est qu’ ça m’ l'ait?...

— Arrête, malheureux!... c’est matante!!...

— Mais puisque je vous dis que j’ai un mari... et j’eu ai même deux... deux maris ! et trois enfants par-dessus le marché... Comment, qu’ est-ce que cela

fait? grand mauvais sujet (Jne vous êtes !

— Le pierrot, je ne sais pas., mais la pierrette, pour être ta femme c’est ta femme... et c’est une canaille... C’est à toi, Bigré, à voir si tu veux filer ou si tu veux cogner... Moi, je cognerais..

— Ah! vous avez là une chouette femme!... et il n’y pas longtemps que vous êtes... pierrot?

— Moi, j 'ai pas de chance ; je n’ai jamais fait qu’une fois une femme au bal masqué... et c elait la mienne.

LE CARNAVAL

— Nous intriguons deux dominos que nous ne connaissons pas... et cest eux qui savent qui nous sommes...

— Et que nos femmes s’embêtent!...

Ça m’intrigue.

— Qui est plus à plaindre au monde qu'un homme uni à un débardeur?

— C’est une femme en puissance de pierrot.

— Une pierrette qui se respecte, voistu, n’a jamais qu’un pierrot.

— Tu as bien tort, va, Coquardeau, de toujours porter ce nez-là !

Tu sais poin tant comme ça déplaît à madame.

— Madame, une honnête femme a ses amants, et ne prend pas ceux des autres !

— Madame!

- Madame, si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée, comme il n’v qu’un Dieu.

— Comment, Mo'sieu, à l’heure qu’il est vos galanteries ne sont pas encore couchées !

Le masque tombe, l’homme reste, et le... pierrot s’évanouit.

FOURBERIES DE FEMMES

Tout homme est un menteur, dit la vieille sagesse ; vérité triste et qui est aussi ancienne que l’homme, dont l’histoire commence par un mensonge : le discours du serpent à la première femme.

Quelle est donc cette loi de nature qui sollicite l’homme à mentir? La même qui porte les animaux faibles et timides à ruser. Il y a au fond de tout mensonge un sentiment irraisonné de crainte, quel que soit le mobile qui l’engendre. Ce sentiment si alerte, qui nous donne l’éveil sur tout ce qui nous est contraire, s’associe, même à notre insu, à des degrés variables, sous des nuances indéfinies, à tous les mouvements de notre cœur et. à toutes nos actions Nous ne pouvons rien désirer, rien entreprendre sans craindre, c’est-à-dire sans trahir la

Ci MASQUES ET VISAGES.

faiblesse dont nous avons dit que la ruse est l’auxiliaire.

On demande si la femme, plus faible que l’homme, est, plus que lui, encline à mentir. Je ne veux pas médire ouvertement, et je réponds : — Peut-être. Mais, au lieu" que l'homme fait du mensonge un expédient qu’il emploie à son orgueil, à son intérêt, à son ambition, à ses penchants, à ses haines, il n’est presque toujours pour la femme qu’un voile discret qu’elle étend sur des sentiments et des erreurs qui lui feraient perdre l’estime du monde. A proprement parler, la femme ne ment point : elle biaise. Elle ne demande à la ruse que des refuites et des crochets de lièvre.

Exemples :

FOURBERIES DE FEMMES

Une de ces mines pudibondes, calamiteuses et résignées, qu’une honnête femme prend du plus profond de ses hypocrisies quand il lui arrive de rencontrer, en même temps, un adorateur et un coup de vent.

— Comment! c’est avec moi, une amie intime... que lu agis ainsi!... Comment! lu as Ion Gustave, Anatole Barbeseau, le pantalon garance, le grand blond, le petit marquis, ce gros imbécile de Marjolet, Victor, le cousin de l’autre, Labrirhe, et Théobald, et le chasseur d’Afrique... qui encore? celui de Belleville, et... ah! et le petit d’ enlace ! vois donc. Félicité, sans compter M. Chose; et tu viendras encore porter le trouble dans mon ménage? Ah ! Félicité, ce trait-là vous ôte ma considération.

ti.

— Comment saviez-vous, papa, que j’aimais M. Henri?

— Parce que lu me parlais toujours cl p M. Paul.

— Vois-tu, ma petite, quand un amoureux commence à devenir dangereux, faut se dépêcher d’en avoir deux... Après on ne peut plus, et on fait des bêtises !

Jamais l’entre-sol ne pardonne à la mansarde; dans le cœur des femmes, la jalousie s'accroît comme le carré des distances, et comme la distance des car-

rés dans l’escalier.

— Quand je pense que M. Coquardeau va être mon mari, ça me fait de la peine pour Alexandre.

— El moi pour Coquardeau.

FOURBERIES DE FEMMES

t — Allez au bal de l’Opéra avec madame de Coquardeau, allez, madame Prudhomme, j’y consens; il y a toujours dans la confiance, quelque aveugle quelle soit, une noblesse qui, songez-y bien, manquerait à la ruse.

— Tu n’ sais pas, mo’sieu Coquardeau, ce que ta fille a fait... la mâtine?... N’a-t-elle pas jeté sa cateau dans le jardin de mo’sieu Alexandre... ( ce mo’sieu du rez-de-chaussée... qui a cette barbe...) Il a eu la politesse de remonter la cateau à mademoiselle Nini... Il est fort honnête, ce mo’sieu... C’est égal, il me déplairait.

— Mais!. . il me semble... qu’on a pipé ici.

— Ilein?... Ah! c’est moi qui ai voulu voir pour ma dent du fond... Ma foi, c’est bien des bêtises; ça ne fait rien.

— Il me semblait pourtant avoir entendu la voix d’un homme dans sa chambre ?... Blais elle dort, elle dort paisiblement. Oh ! Angélique, je suis un monstre d'ingratitude!...

— Une enfant, une enfant, mo’sieu, dont je me croyais, avanthier encore, le premier et le seul amour!...

— Si vous aviez été le premier, mon cher, vous n’auriez pas pu être le seul ; faut être juste.

— Comment! tu me vois avec un tno’sicu que tu ne connais pas, et tu fais des bêtises inconvenantes comme ça !... et tu n’ôtes pas seulement tou chapeau!... O Hippolyte vous ne serez donc tonte votre vie qu’un homme sans aucune espèce de forme?

FOURBERIES DE FERMES

— Vous reverrai-je — Allons ! . . , oui .

— Où? — Ici. — Quand? — Demain, mais partez vite !... — Ange!... un mot encore: vous ôtes mariée? — Parbleu!

— Au moins si j’étais aimée comme toi !...

(Les femmes ont toujours l’ingénuité de comparer l’envers de leur amour avec l’endroit de celui des autres.)

— Quelle agréable surprise!... monsieur le baron, je vous présente M. Ernest, le prétendu de ma petite sœur...

qui est venu me demander à déjeuner sans façon.

— Mais, voyons ! si Paul et Henri s’entendent, il faudra que tu choisisses : lequel des deux garderas-tu ?

— Celui qui me quittera.

— Mon ami je vous sacrifie tout ce que je dois au meilleur des époux !...

jamais vous me trompiez, Maurice, ~ oh! ce serait bi ou mal !

— Ah ! par 'exemple, voilà qui est bizarre!... Ce matin j’ai fait un nœud à ce lacct-là, et ce soir il y a une rosette !...

— Entends-moi bien : demain matin, il ira t’engager à diner. Si tu lui vois son parapluie, c’est qu’il n’aura pas sa stalle aux Français :

alors tu n’accppteras pas. S’il n’a pas de parapluie, tu viendras diner.

— Mais ( il faut penser à tout ), s’il pleut demain matin?...

— S'il pleut? il sera mouillé, voilà tout... Si je ne veux pas qu’il ait de parapluie, moi, il n’en aura pas! . . Tu es donc bête!...,

10 L li n E Kl ES DK FEMMES.

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