‹ Masques et visages GavariniChapitre 14 sur 40 · I.KS ENFANTS TEIlRItSIÆS · texte numérisé non relu

I.KS ENFANTS TEIlRItSIÆS

— Décidément, mon cher ami, vous n’ètes pas de force au piquet; je vous enfonce.

— Oui, mais comme papa vous a bien enfoncé aussi, pas vrai, père? dans l'affaire des suifs!

— Yovons! faites attention: que doit-on donc faire lorsqu’on a péché?

— Quand on a péché?... Quand

on a péché, tiens! on revient à la Maison-Blanche, avec

tous les barbillons dans un panier, et ma bonne les mange avec Landerneau: c’est un grand soldat qui a des bâtons blancs sur la manche; moi j’en mange aussi, tiens !

— Maman! maman! ce monsieur du Luxembourg, que tu as dit (tu sais bien?) que c’était un grand ami de papa 1 ...

il n’a pas salué!... Ah! par exemple en voilà un mal-

honnête!

— La canne que papa a trouvée dans l’armoire de maman, le jour qu’il était si en colère, elle est bien plus belle que ça...

— Comment s’appelle madame votre mère?

— M’sieu, maman est une demoiselle.

— Mosieu, on 11e peut pas voir papa ; il est en train de l'aire faillite.

— N’est-ce pas, ma mère, que c’est bien vilain de dire: Vous m’embêtez? Eh bien, ma bonne a dit tout à l’heure à mon papa :

Vous m’embêtez... Ah! mais oui!..

LES ENFANTS TERRIBLES

— Cette madame de Lieussaint , est-elle bêle!... Puisque je suis Charles Dubourg, et que tu es mon papa, tu ne pourrais pas t’appeler Georges Dandin !

— Un petit de la pension qui disait que t’étais renégat ; j’y ai fichu des giffles... N’est-ce pas, père, que t’es catholique?

LES PARENTS TERRIBLES

Quand l’enfant terrible a atteint l’âge de discrétion, il passe d'une venue à l'état d’homme terrible et de parent terrible. Il y a entre ces deux caractères la différence du fruit vert au fruit arrivé à maturité: il n’y a que l’âcreté de moins.

■ Les parents terribles seraient d’honnêtes parents et les meilleurs des parents, s’ils étaient capables de parler à point et de se taire à propos. Ils font, par défaut de circonspection, le martyre de leurs enfants, qu’ils idolâtrent. S’ils n’étaient que futiles et oiseux, ils passeraient seulement pour des bavards fâcheux; mais ils sont inconsidérés, malavisés et incommodes jusqu’à la torture : ce sont de véritables bourreaux. Ils touchent aux choses les plus délicates avec la même imprudence

et la même étourderie que les enfants touchent aux objets les plus fragiles. Rien ne peut les retenir, ni les convenances, ni le ridicule, ni la crainte de déplaire, ni môme la décence: ils bravent l’honnêteté dans les mots, tout comme des Latins, et appellent toutes choses par leur nom. Us ne s’aperçoivent pas de l’embarras qu’ils donnent. S’ils parlent, leurs enfants tremblent; ils vont dire infailliblement ou une sottise ou une grossièreté. On ne les écoute qu’avec des transes ou la rougeur au front. Ils pensent nôtre que sincères et exempts de préjugés. Une des conséquences les plus tristes de ces esprits positifs et froidement réalistes est de n’être frappé que par le vilain côté des objets; c’est ce qu’ils appellent aller au fond des choses. Montrez-leur un lac limpide et transparent, ils feront remonter* la vase à sa surface pour vous convaincre d’une illusion dangereuse.

On voudrait que de pareils parents fussent méchants pour avoir le droit de les haïr; mais ils sont bons, ten- ' dres et dévoués: on souffre en secret, et on les aime.

LES PARENTS TERRIBLES'

— Voyons, Achille, un nom pour la petite, un nom en a...

— Paméla...

— Amanda... Amélia... Maria ..

— Thèodora... Y a Emma.

— Emma ou Thérésa.

— Et Indiana.

— Ah! Indiana !... voilà.

— Vraiment, ce n'est pas parce que c’est mon fils, monsieur le baron ; mais, tout petit, Tata... (nous l’appelions Tata) 'Il bien, il faisait déjà des choses.. . très-drôles.

MASQUES ht VISAGES.

— Eh bien, mosieu, vous allez voir ce que nous a fait un jour ma petite... quand elle était tonte petite...

— C'est gentil; mais... pourquoi est-ce que ton feuillage est toujours fait avec les mêmes 3?

333333!... Mais c’est gentil.

— Et moi, je défends qu’on ait de ces moustaches-là... sous aucun prétexte !

LES PARENTS TERRIBLES

— Mosie» Charles m'a dit : Enfin, qu est-ce qu'elle a?... Eli bien, j’ai dit: Ce n’est rien... j’ai dit ce que Uns.

— Viens, va! nous resterions là jusqu’à demain... Un bal, c’est toujours la même chose.

— Voyons, Beauminet, nous avens donc encore été frappé ce matin dans ce que nous avons de plus chair?

— N’est- ce pas, papa, que le mosieu du petit jardiu a une belle tète?

— Ton mosieu du petit jardin a une perruque.

j or»

— La jolie pièce !

— Toujours la même: il y a quarante ans que cet amoureux-là est à épouser son amoureuse.

— Amanda, vous avez été sourde à tout ce que la tendresse peut trouver de... choses dans le cœur d’une mère!... A présent, éponse-le, Ion cornet à piston, et fiche-moi la paix!

— Ah ! lu me reconnais pas aux Ghamps-Lysées quand j’ai pas ma redingote!... Mais, malheureuse enfant, v,ÿ-- quand t’es venue au monde, toi, qui

qui t’a reconnue?

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