Masques et visages Gavarni
L'histoire des mœurs s'écrit au jour le jour, de toute pièce et de toute main. Ses sources les plus communes et les plus abondantes sont le journal, le roman, la comédie, le pamphlet et l'épigramme ; la peinture de genre et le dessin satirique. Mais l'histoire réduite à ces éléments particuliers ne tiendrait qu'un registre mortuaire , si quelque esprit vigoureux et géncralisateur n'essayait, à de certains intervalles, de réunir, sous un caractère uniforme, des traits qui s'inscrivent isolément, et, en leur donnant une portée morale qu'ils
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n'ont pas d'eux-mêmes, de les rendre propres à entrer dans la contexture d une histoire raisonnée des mœurs. C'est seulement par un travail de ce genre que nous pouvons être initiés aux détails les plus intéressants de la vie privée des peuples. L'histoire générale arrive aux mêmes fins par un procédé sommaire. Elle a une tendance à abstraire et s'en tient aux caractères essentiels pour peindre une époque; elle renvoie aux originaux pour la preuve.
On a longtemps méconnu l'importance de l'histoire des mœurs. Jl semblait qu'elle ne pût avoir d'autre objet que de satisfaire une vaine curiosité, ou, au plus , de guider vers l'origine de certains usages. Une nouvelle méthode historique devait lui rendre son utilité réelle. Voltaire est le premier parmi nous, qui en ait compris la véritable va 1 leur. Son Essai sur les mœurs, chef-d'œuvre de pénétration et de lucidité, est le premier ouvrage
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où se trouvent iudiqoés les rapports étroits qui lient l'histoire politique et l'histoire civile. Dans tous ses travaux historiques, Voltaire s'est attaché à développer parallèlement Tune et l'autre, et, grâce à cette méthode, l'histoire, dans ses mains, parait, pour ainsi dire, plus vivante, plus lumineuse et plus instructive. Ce système historique , largement appliqué par Augustin Thierry et avec une supériorité qu'il devait à sa vaste érudition, à une merveilleuse connaissance des mœurs, et par quelques autres historiens modernes qui ont marché sur ses traces, est devenu le fondement d'une nouvelle école historique.
Pour mieux comprendre l'importance de cette révolution dans la manière d'écrire l'histoire , il suffit de prendre une époque au hasard et de s'assurer, par comparaison, si la peinture qui nous en a été laissée peut approcher , pour l'exactitude , l'animation du récit et l'intérêt des détails, de lhis-
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toire des temps mérovingiens par Augustin Thierry. Prenons un exemple loin de nous ; il nous montrera les défauts d'une école qui a fini près de nous.
Il est peu de phases historiques d'un caractère plus saisissant que la décadence de l'empire romain. Nous ne savons pas de tableau plus émouvant , s'il était tracé fidèlement et avec simplicité, que la lente agonie de ce peuple si grand dans ses austères vertus , si avili au sein de la corruption de ses mœurs publiques et privées. On ne saisit pas bien les causes d'un changement de fortune aussi éclatant à travers l'emphase et la déclamation dont ne sont pas exemptes même les histoires les mieux faites de ce temps-là. Il n'est pas douteux qu'une esquisse morale, dessinée à grands traits, de cette société livrée à tous les raffinements du luxe, à tous les désordres qui suivent l'abus des richesses et la satiété , eût bien mieux
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eipliqué l'abaissement de la puissance romaine en nous montrant , d'une manière sensible , les altérations profondes qu'avaient subies les mœurs et le caractère des Romains sous une suite d'empereurs voluptueux , lâches , imbéciles ou sanguinaires. On peut dire, d'une manière presque absolue, que l'histoire vraie de cette période curieuse est moins dans les annales politiques de ces règnes inutiles que dans les écrits des satiristes de l'époque; et après avoir lu le recueil des épigrammes de Martial , par exemple, on sentira bien mieux le vide et l'insuffisance des historiens de la décadence et de tous ceux qui ont écrit sur leurs données.
Voilà Futilité de la satire : Elle amuse d'abord la malignité des contemporains ; elle devient, pour la postérité, une pièce historique.
En France, la satire, telle que la concevaient les anciens, est morte et n'a pas chance de revivre. Elle a été remplacée par une forme littéraire plus
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libre, par uu esprit plus soudain, par une malice moins réfléchie , mais non moins incisive ; elle a fait place au petit journal, qui deviendra de l'histoire à son tour; laissons-le vivre.
Jl nous reste encore le dessin satirique. Réservé jusqu'à ces derniers temps à la représentation outrée , grossière des ridicules , cette autre forme de la satire s'est , elle-même , modifiée, et, devenu plus délicat, ce dessin a pu traduire sans grimacer, avec la seule expression naturelle,une fine raillerie, et revêtir des pensées ingénieuses, des charmes d'un art élégant et noble. Cette transformation, qui s'est opérée sous nos yeux , est l'œuvre d'un artiste éminent qu'une haute intelligence, un sentiment profond du vrai et du beau destinaient à s'élever jusqu'aux grandes et sublimes conceptions de son art , et qui a préféré introduire toutes les perfections, toutes les grâces dont il était capable dans le genre qu'il devait illustrer. Le lecteur a
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certainement nomme Gavarni. Le succès populaire que les nombreuses productions de cet artiste ont obtenu , nous rend son éloge facile. Des juges d'une plus grande autorité loueront ce talent magistral et cette merveilleuse habileté d'exécution qui donnent un prix inestimable aux compositions de Gavarni; nons n'avons à parler que de la partie morale de ses œuvres.
Nous citions tout à l'heure le poëte Martial pour constater l'immense service qu'il avait rendu à l'histoire des mœurs par son recueil d'épigrammes. On pourrait peut-être , sous quelques réserves , établir un parallèle entre le poëte latin et l'auteur de Masque* et Visages. Nous trouvons dans l'un et dans l'autre la même ironie et la môme apreté de critique. Ils se rencontrent tous deux dans la peinture des mêmes préjugés , des mêmes erreurs et des mêmes vices. Semblables entre eux par un esprit vif et une liuesse d'observation qui s'empare
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des plus subtiles nuances d'un caractère , ils se ressemblent encore par la conformité de leurs procédés, par la souplesse et la fécondité de leur talent. Comme Martial, qui lançait chaque matin une épigramme nouvelle dans Rome, Gavarni s'est signalé par une exubérance de verve qui semble prodigieuse. Il n'est pas un coin de nos mœurs qu'il n'ait fouillé et mis en lumière par un de ces traits heureux qu'il trouve et fait paraître naturels à force de vérité. On a quelque peiue à croire que les épigrammes de Martial fussent aussi iuoffensives qu'il veut bien le dire lui-même; mais ou n'a aucune raison plausible de le contredire et il faut bien s'en rapporter à sa parole , quand il s'honore de n'avoir jamais enfreint > dans ses écrits , les égards dus aux personnes même du moindre rang. Cette, discrétion si rare chez un satiriste, Gavarni la possède à un suprême degré. Dans la volumineuse collection de ses dessins sa-
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tiriques , il n on est pns un seul qui touche à uu individu par une allusion agressive quelque peu transparente; celte modération témoigne hautement de la probité de sa critique. Trop de rapports semblables accordent ces deux esprits si heureusement doués , pour que leurs œuvres n'aient pas une même portée et une égale fortune.
L'histoire morale de notre temps puisera des matériaux précieux dans les travaux satiriques de Gavarni. Elle y verra la société moderne comme dans un miroir. Il n'est pas un tableau plus frappant de l'esprit et des mœurs du xix° siècle. Personne n'a mieux vu que Gavarni dans cette époque qu'il a remuée jusqu'au tuf. Observateur profond et critique exact, il accuse, avec une précision rigoureuse , les moindres accidents des caractères qu'il veut peindre ; sa manière a la justesse d'un daguerréotype : on dirait la nature prise sur le fait. L'éloge le plus délicat loue moins bien que
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le succès. La popularité dont jouissent les œuvres de Gavarni est la meilleure garantie de leur mérite, et à la fois leur recommandation la plus flatteuse.
Mais quelque grande que soit l'estime en laquelle les admirateurs de cet artiste ingénieux tiennent ses productions, nous oserions dire que bien peu de personnes en ont compris toute la valeur, livrées au public par la voie du journal, c'est-à-dire sous forme détacbée , il était difficile de suivre, dans l'entrelacement des sujets, l'idée dominante qui leur sert de trait d'union et leur donne un sens moral et instructif sous leur apparente légèreté. Beaucoup de ces dessins satiriques ont paru agréables ou spirituels seulement, qui sont en réalité des développements savamment étudiés d'un caractère général et tirés de cet ordre d'observations pbilosopliiques auquel Molière empruntait les traits si caractéristiques de ses per-
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sonnages. La division a dérobé l'enchaînement rigoureux de tous ces sujets qui se tiennent entre eux par une relation d'affinité, à peu près comme les pièces subalternes d'un échiquier dans la main d'un joueur. Cet inconvénient nous a suggéré l'idée de réunir , dans un même cadre, toutes les parties de cet œuvre complexe. Un semblable travail devait beaucoup gagner dans l'ordre logique des idées et la classification systématique des sujets, s'il eût pu être exécuté par Gavarni lui-même. Nous regrettons que sa modestie l'ait empêché de se charger de ce soin.
Réduit à nos propres lumières, nous avons cherché à échapper à cette difficulté en simplifiant, ou, en d'autres termes, en substituant la simplicité à la multiplicité, c'est-à-dire en diminuant presque toujours la compréhension de l'idée générique. La nécessité de condenser une aussi vaste matière en un petit nombre de tableaux nous a fait recher-
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cher les caractères généraux, en supprimant souvent des nuances délicates qui constituaient des sous -genres nettement tranchés. ïl n est pas douteux que Gavarni n'eût procédé différemment; mais il était le seul qui put démêler, avec une parfaite intelligence , les innombrables fils qui font mouvoir les acteurs de cette comédie si variée qui a pour titre Masques et Visages.
Le désir de bien faire, soutenu par une attention minutieuse, ne pouvait suffire pour nous préserver des imperfections que doit nécessairement présenter la composition de ce petit livre. L'auteur et le public regretteront, sans doute, quelques omissions. Nous devons répondre qn'il ne nous a pas toujours été facile de nous procurer les textes complets ; malgré ces suppressions, qui n'ont pas été volontaires, nous avons la certitude de n'avoir omis rien d'essentiel. Eu conservant les grandes divisions de l'auteur, nous nous sommes attaché
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à renfermer dans chacune d'elles un nombre d'éléments suffisants pour en former une idée générale, ha classification de Gavarni, fondée sur des degrés relatifs, quelquefois d'une extrême téuuité, est plus subdivisée et incomparablement plus savante-, mais il nous a semblé qu'une division excessive pouvait amener quelque confusion , à cause de la forme abrégée de ce livre, qui ne comporte pas de longs développements.
Malgré les changements que nous avons introduits dans la coordination des parties , ce livre n'en est pas moins tout entier de Gavarni. Il nous parait résumer l'esprit de ses œuvres et donner la substance de ce travail d'observation qu'il a consacré longuement à l'étude des mœurs de la société parisienne. Nous pouvons dire librement ce que nous pensons de cet ouvrage, nous qui n'attendons rien de sa réussite : la faveur constante et méritée qui s'attache au nom de
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Gavarni lui présage un succès non moins grand que celui de ses dessins satiriques. Il plaira aux lecteurs d'à-présent par un tour d'esprit railleur et mordant qui lui imprime le cachet de la satire ; il instruira le lecteur d'un autre âge en faisant passer sous ses yeux le tableau parlant de nos mœurs et de nos ridicules. C'est par ce dernior avantage que le livre de Gavarni se distinguera de la plupart des productions de ce temps, qui amusent le public un jour et ne doivent pas avoir de lendemain.
Tout en nous préoccupant aussi particulièrement du fond même du livre, nous ne pouvions négliger le dessin, qui est, en quelque sorte , le relief de l'idée. Le concours de Gavarni dans l'exécution de la partie artistique ne pouvait manquer d'assurer à ce travail une plus grande somme de mérite; nous regrettons sincèrement de n'avoir pu donner à ce livre cette perfection rare dont lui
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seul était capable. M. Godefroy- Durand, qui a bien voulu se charger de la tache difficile de le suppléer, est un jeune artiste qui ne pouvait plus heureusement débuter qu'à coté de Gavarni. L'interprétation intelligente et habile qu'il a fournie de l'œuvre du grand artiste donne la mesure d'un talent déjà mûr pour des ouvrages sérieux. M. Godefroy Durand s'est tiré avec bonheur d'une épreuve que le rapprochement rendait périlleux ; il a montré tout ce que peut la témérité aidée d'un beau talent et de beaux modèles.
L'opinion que nous exprimons ici sur le travail de M. Godefroy-Durand ne sera partagée par personne aussi complètement que par Gavarni, qu'une rare affabilité a porté toujours à accueillir et à encourager les jeunes artistes. Ce sentiment bienveillant, qui le dispose si favorablement pour le mérite naissant, lui fait encore aimer loyalement le mérite parvenu. ÏI est du petit nombre de ces
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artistes honnêtes et désintéressés que la réputation des autres n'importune point. Comme il admire sincèrement, il ignore de tout point l'art si méprisable de ces perfidies italiques au moyen desquelles on assassine un talent que l'on n'ose attaquer ; ce n'est pas lui qui empoisonnerait jamais le bouquet qu'il offre à un grand homme. Nous voudrions pouvoir ajouter qu'il a toujours été traité avec la même loyauté. Nous devons dire à ce sujet que nous avons été surpris et affligé qu'un critique mal inspiré osât l'accuser d'avoir mis à contribution des amis, dont on ne craint pas d'imprimer les noms , pour les légendes qui expliquent ses dessius satiriques. Cette allégation , qui sera contredite par tous ceux qui ont vécu dans l'intimité de Gavarni , serait la plus noire des calomnies si elle avait la moindre apparence de fondement; elle nous parait être plutôt le résultat d une erreur ou d'une méprise. Pour
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nous, qui connaissons toutes les ressources de cette haute intelligence et l'honnêteté qui est la hase de ce beau caractère , nous affirmons que la supercherie que l'on reproche à Gavarni est impossible.
>ous n'aurions pas mentionné cette injuste ioi putation si elle ne nous fournissait une occasion de rappeler que c'a été le sort d'un grand nombre d hommes illustres de tous les temps, d'être en hutte à un semblable déni de leur gloire. Tout récemment encore , un critique, mieux renseigné que les contemporains de Shakspeare, a entrepris de démontrer que ce maie et heau génie n'avait été que 1 éditeur responsable d'ouvrages anonymes de Bacon. — Heureux ceux qui, comme Gavarni , essuient la calomnie de leur vivant et quand ils ont encore des amis pour les défendre!
S'il devait rester un jour quelque chose de l'imprudente supposition que nous avons cru devoir
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relever, dans L'intérêt de la vérité et de la justice, il faut que les lecteurs d' une autre époque .sachent bien que notre proteslation n'a pas attendu que le temps eût rendu les preuves impossibles. Fort de notre conviction et du témoignage surabondantdc l'auteur, nous défions toute contradiction. En appelant un débat avec cette confiance, nous savons d'avance que nous avons pour nous la conscience de ceux-là même dont on a osé dire que Gavarni avait emprunté la plume. Il est souvent arrivé à cet auteur de prêter bénévolement son esprit, mais il n'emprunta jamais celui des autres.
LES PARTAGEUSES.
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Klles sont un rameau de la famille des parasites.
II n'est pas M'ai que leur vie soit un roman; elle ressemble assez à une chanson — de corps-de-garde.
Il faut mu tard à toute laideur; elles le savent, et peuvent réhabiliter leur vertu en dounaut à croire qu'elles ont été perdues par l'orgueil, comme les anges révoltés, ou par une fragilité de nature, comme leur première mère. C'est une exagération de force et de faiblesse. Qui peut les croire?
Voici la vérité sous une gaze.
La partageuse est née pauvre. L'éducation n'a corrigé ni ses instincts ni son orthographe. Sa première, sa plus irrésistible passion a été pour les meringues et les robes de soie. Sous l'empire de cet amour immodéré, sa légèreté a fait le reste. V Arthur auquel la chaste vestale s'était fiancée de son agrément semblait lui promettre un avenir gros de cachemires et de petits-fours : l'illusion fut de courte durée. Lue série
indéterminée d'injustes noces Ta éclairée sans décourager son ambition. Un Turcaret, en la couvrant de sa protection, Ta faite partageuse; et, pour s'accommoder à son état, elle a rompu avec tous ses scrupules. Elle a appris que les hommes veulent être moqués et dupés, et elle a fait de la ruse le ressort de ses moindres actions. Des clients sans pudeur ont assiégé sa maison et y ont fait affluer toutes les délicatesses du luxe. On la prendrait pour une patricienne. Elle a des étoffes précieuses, des tapis somptueux , des chevaux impatients et des laquais à ses armes. C'est plus qu'elle n'avait rêvé dans sa pauvreté; mais elle ne comptait alors, pour se pousser, que sur sa jeunesse et sa belle humeur, et les élans soudains d'un cœur toujours prêt à se rendre. L'impudence a d'autres ressources et une meilleure fortune. C'est dans les phases rapides de cette vie pleine de mensonge et d'un faux éclat, que Gavarni va nous peindre les Partageuses, pauvres femmes, insouciantes courtisanes; éphémères qui s'agitent un moment dans un rayon de soleil, et rentrent bientôt dans l'ombre.
LES PARTAGEISES.
— Dieu! si j'étais née honnête! jamais un homme qui ne m'aurait pas convenu!... ne m'aurait été de rien!
Bonne renommée vaut mieux que
balcon doré.
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— Dites-moi, Monsieur... j* suis négociante... Entre nous, un m'sieu d' Pignon-
fumé qui reste ici , c'est-i'... solvable?
— J'ai pourtant, chez nous, gardé les dindons!
— A présent, ce sont eux qui te gardent.
— Vous connaissez cette charmante personne?
— Parfaitement; c'est la femme de deux de mes amis.
— Madame de Saint -Aiglemont, Madame, s'il vous plaît ?
— C'est ici, mo'sieu... M'ame Chiffet!... on te demande.
— Faut dire que ces bottihes-là auront fréq tient i pas mal de paires de bottes!
LES PARTA.GEUSES. 7
voilà une pose !
— Ali! je te prie de croire que l'homme qui |me rendra rêveuse pourra se vanter d'être un rudejapin!
Combien as-tu faitde passions malheureuses? 6 Hélène!
Combien as-tu cassé de pipes? ô Hector!
MASQUKS ET VISAOF.S.
— Comme ça doit vous coûter cher, madame Hortense, une calèche nomme ça , bleue, avec les deux chevaux!
— Moins cher qu'à toi tes socques, imbécile.
—Les loretles, moi, j'aime cela: c'est gentil comme tout, ça ne fait de mal
à personne! Quoi! des petites femmes qui
— Qui gagnent à être connues
— Pas moyen : c'est une femme
invisible à l'œil nu.
— A l'œil ?
— Hein?
— Je te dis. d'envelopper ta tendresse dans un billet de cinq cents livres.
— Je te dis que c'est une femme honnête!
— Ça peut êlre une honnête femme.
— Merci, Colombe. Vous êtes bien agréable eo général, quoiqu'un peu chose en particulier; mais le général, Colombe, c'est tout, et le particulier rien du tout.
— Ça n'empêche pas, mo'sieu François, que je connais un général à qui on a fait des queues avec pas mal de particuliers.
— Tu es donc bien coiffée du petit?
— Tais-toi : voilà trois semaines
c'était le jour de la Saint-Médard, un mardi; ma chère, il m'a plu tout de suite.
— Ah bien! t'en as pas fini avec cet Henri-là : il a plu le jour de Saint-Médard... t'en as au moins pour quarante jours.
— Le mien est blond J'aime pas
les blonds, l'aime pas les bruns :
«mangeons.
— Tes pas gênée! La robe de chambre du mien est doublée de satin partout, je veux <lrr retour...
— ~ JSta eliere^les hom ïih?s , c ^esi farce! toujours la même chanson : line femme à soi seul.
— Toqués! toqués!
— Tu n'as plus le sou !... Kl la bicoque de ton grand-père, puisqu'on t'en donne quarante mille francs, qu'estce que t'en fais? le ne sais pas comment tu n'es
pas honteux, un homme comme il faut, d'avoir une maison rue Bar-du-Bec.