‹ Masques et visages GavarniChapitre 11 sur 45 · LE CARNAVAL · texte numérisé non relu

LE CARNAVAL

— .Nous intriguons deux dominos que nous ne connaissons pas... el c'est eux qui savent qui nous sommes...

— Et que nos femmes s'embêtent!...

— Ça m'intrigue.

— Qui est plus à plaindre au monde qu'un homme uni à un débardeur?

— C'est une femme en puissance de pierrot.

— Une pierrellc qui se respecte, voisin, n'a jamais qu'un pierrot.

A la fois.

— Tu as bien tort , va , Coquardeau , de toujours porter ce nez-là! Tu sais pourtant comme ça déplaît à Madame.

— Madame, une honnête femme a ses amants, et ne prend pas ceux

«felSi is^LJ ^ d es a u t res !

— Madame!

— Madame, si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée, comme il n'y a qu'un Dieu.

| : Bm\ —Comment, VTo'sieu, à l'heure qu'il P^X-lr <;slj vos galanteries ne sont pas encore couchées !

'^mi^ÊÊLl!?r > Le masque tombe, l'homme reste, et le... pierrot s'évanouit.

FOURBERIES DR FEMMES

FGTRBERIES DE FEMMES.

Tout homme est un menteur, dit la vieille sagesse ; vérité triste et qui est aussi ancienne que l'homme, dont l'histoire commence par un mensonge : le discours du serpent à la première femme.

Quelle est donc cette loi de nature qui sollicite Thomme à mentir? La même qui porte les animaux faibles et timides à ruser. Il y a au fond de tout mensonge un sentiment irraisonné de crainte, quel que soit le mobile qui l'engendre. Ce sentiment si alerte, qui nous donne l'éveil sur tout ce qui nous est contraire, s'associe, même à notre insu, à des degrés variables, sous des nuances indéfinies, à tous les mouvements de notre cœur et à toutes nos actions. Nous ne pouvons rien désirer, rien entreprendre sans craindre, c'est-à-dire sans trahir la faiblesse dont nous avons dit que la ruse est l'auxiliaire.

On demande si la femme, plus faible que l'homme, est, plus que lui, encline à mentir. Je ne veux pas

médire ouvertement, et je réponds : — Peut-être. Mais, au lieu que l'homme fait du mensonge un expédient qu'il emploie à son orgueil , à son intérêt, à son ambition, à ses penchants, à ses haines, il n'est presque toujours pour la femme qu'un voile discret qu'elle étend sur des sentiments et des erreurs qui lui feraient perdre l'estime du monde. A proprement parler, la femme ne ment point : elle biaise. Elle ne demande à In ruse que des refuites et des crochets de lièvre.

Exemples :

FOURBERIES DE FEMMES

Une de ces mines pudibondes, calamiteuses et résignées, qu'une honnête femme prend du plus profond de ses hypocrisies quand il lui arrive de rencontrer, en même temps, un adorateur et un coup de vent.

— Comment! c'est avec moi, une amie intime... que tu agis ainsi!... Comment ! tu as ton Gustave, Anatole Harbeseau, le pantalon garance, le grand blond, le petit marquis, ce gros imbécile de Marjolet, Victor, le cousin de l'autre, Labriche et Théobald, elle chasseur d'Afrique... qui encore? celui de Belleville et... ah! et le petit d'en face!... vois donc, Félicité, sans compter M. Chose, et tu viendras encore porter le trouble dans mon ménage! Ah! Félicité, ce trait-là vous ôte ma considération.

iAM fi'| — Comment saviez-vous , papa, que

j'aimais M. Henri?

— Parce que tu me parlais toujours de M. Paul.

— Vois-tu, ma petite, quand un amoureux commence à devenir dangereux , faut se dépêcher d'en avoir deux... Après on ne peut plus, et on fait des bêtises!

Jamais l'entre-sol ne pardonne h la mansarde ; dans le cœur des femmes, la jalousie s'accroît comme le carré des distances, et comme la distance des carrés dans l'escalier.

— Quand je pense que M. Coquardeau va être mon mari, ça me fait de la peine pour Alexandre.

Et moi pour Coquardeau.

Uigitized uy

FOURBERIES DE FEMMES. 57

— Allez au bal de l'Opéra avec M me de Coquardeau , allez, madame Prudhomme, j'y consens; il y a toujours dans la confiance, quelque aveugle qu'elle soit, une noblesse qui, songez-y bien, manquerait à la ruse.

— Tu ne sais pas, mo'sieu Coquardeau, ce que ta fille a fait... la mâtine?... N'a-t-elle pas- jeté sa cateaudans le jardin de mo'sieu Alexandre... (ce mo'sieu du rez-de-chaussée... qui a celte barbe...) lia eu la

politesse de remonter la cateau à M u# Nini Il est

fort honnête, ce mo'sieu... C'est égal, il me déplairait.

— Mais!... il me semble... qu'on a pipé ici !...

— Hein ?... ah ! c'est moi qui ai voulu voir pour ma dent du fond... Ma foi, c'est bien des bêtises; ça ne fait rien.

— Il me semblait pourtant avoir entendu la voix d'un homme dans sa ehambre? .. Mais elle dort, elle dort paisiblement. OU ! Angélique, je suis un monstre d'ingratitude !...

.— Une enfant, une enfant, Mo'sieu, dont je me croyais, avant-hier encore, le premier et le seul amour !...

— Si vous aviez été le premier, mon cher, vous n'auriez pas pu élre le seul : faut être juste.

— Comment ! tu me vois avec un mo'sieu que tu ne connais pas, et tu fais des bêtises inconvenantes comme ça!... et tu notes pas seulement ton chapeau!...

() Hippolvte! vous ne serez donc toute votre vie qu'un homme sans aucune espèce de formes?

FOURBERIES DE FEMMES

— Vous reverrai-je? — Allons!...

oui. — Où? — Ici. — Quand? — Dell, niais partez vite!... — Ange!. . un mot encore: vous êtes mariée? — Parbleu !

— Au moins, si j'étais aimée comme toi! (Les femmes ont toujours l'ingénuité de comparer l'emers de leur amour avec l'endroit de celui des autres.)

— Quelle agréable surprise!... 3Ionsietir le baron Je vous présente -M. Ernest, le prétendu de ma petite sœur... qui est venu me demander à déjeuner sans façon.

■Â — Mais, voyons! si Paul et Henri s'entendent, il faudra que tu choisisses : lequel des deux garderas-tu? — Celui qui me quittera.

(ÎO

— Mon ami , je vous sacrifie tout ce que je dois au meilleur des époux...

SI jamais vous me trompiez, Maurice, oh! ce serait bien mal!

— Ah! par exemple, voilà qui est bizarre!... Ce matin j'ai fait un nœud à ce lacèt-là , ci ce soir il y a une rosette!...

— Kn tends-moi bien : demain matin, il ira Rengager à dîner.

Si tu lui vois son parapluie, c'est

qu'il n'aura pas sa stalle aux Français : alors tu n'accepteras pas. S'il n'a pas de parapluie, tu viendras dincr.

— Mais (il faut penser à tout), s'il pleut demain matin ?...

— S'il pleut? il sera mouillé, voilà tout... Si je ne veux pas qu'il ait de parapluie, moi, il n'en aura pas!... Tu es donc bétel...

FOURBERIES DE FEMMES

Gi

Petit dialogue le jour du départ de la garnison.

— Mon cher Maire, comment allezvous ? et Madame... ?

— Merci, mon cher Sous-Préfet, ma femme est souffrante ; et Madame ?. ..

— Mais elle n'est pas trop bien non plus...

— Qu'est-ce que c'est que ce mo'sieu qui sort d'ici ?

— Ah! mon Dieu!... il ne t'a pas parlé? C'est un mo'sieu qui venait pour l'affaire d'Ancelin... et qui part ce soir... Il t'a attendu plus de deux heures! .. Mais comme tu as chaud, ma biche?...

? — J'ai rendez-\ous ici, mon

cher, a\ec une femme charmante! —

Et moi aussi! — Une blonde!! —Et moi aussi!! — Les yeux bleus!!!— Et moi aussi!!! — Petite!!!! — Et moi aussi!!!! — Alphonsine !!!!! — Et moi aussi!!!!! — Ah! je suis iloué!!!!!! — Et moi aussi !!!!!!.. .

MAS(Jl ES ET VISAGES.

— /Vh! c'est le jeune homme dont tu m'as parlé, madame Co-

quardy... Vous voulez donc être dans le bâtiment, jeune homme?... Eh bien !... mais... c'est très-bien... Faut faire monter un lit dans une chambre d'en haut.

L'ami de l'amant est à l'amant ce (jue l'amant est au mari.

— Le garçon a dit un chapeau rose, un voile, un châle noir... c'était ma femme, il n'y a pas de doute... Mais avec qui?... voilà!... le billet n'a pas de signature... nous sommes arrivés trop tard!... Anatole! vous qui êtes notre ami depuis si longtemps, vous seriez-vous douté de cela?... une femme qui a l'air d'une sainte!... Soyez jaloux, on vous honnit; soyez confiant, on... Ah! nous sommes toujours dupés. (Anatole : — Oui, nous sommes dupés 1)

FOURBERIES DE FEMMES

— Voyez -vous, monsieur Anatole, ce que nous vous disons là, c'est pour vous...

Qu'est-ce que cela nous fait?... Mais si vous continuez à vous déranger ainsi, vous perdrez certainement mon estime... et celle de mon mari.

— Mais écoutez donc ce que vous avez écrit!... « Mon Gustave, je... »

— Eh bien, oui, Monsieur; eh bien, oui! Est-ce ma faute si vous ne comprenez pas tout ce qu'il y a d'amour pour vous dans ce billet écrit à un antre! Vous m'avez fait tant de chagrin : j'étais folle ! je me serais noyée... je me suis jetée au cou du premier venu... () mon Dieu! et il ose dire que je ne l'aime pas ?

— Oui, ma chère, mon mari a eu l'infamie de faire venir cette créature dans ma maison, sons* ines yeux! et cela quand il sait que la seule affection que

j'aie en ce monde est à deux cents lieues d'iei !

Les hommes sont lâches!...

— Voyez-vous, ma chère, les cigares... il faut prendre son paiii là-dessus , si vous ne

laissez pas piper voire mari chez vous, votre mari ira piper ailleurs... Vous n'aimez pas ça !... mais il y a des femmes qui aiment ça : méfiez-vous!...

Ce qu'on aime le plus après l'amou-

reux, c'est le papa de l'amoureux.

|| —Quoi! vous ajouteriez foi aux propos de cette créature!... Ernest, vous me faites vraiment de la peine.

(^iàw^j^^i^ L'homme qui livre les secrets

--'<^^ : ^r^- N d'une femme est un méchant,

car il lui ôte ainsi l'ineffable plaisir de les livrer elle-même.

FOURBERIES DE FEMMES. 65

— Charles! Charles! ne lorgnez donc pas ainsi toutes les femmes... C'est indécent!

Les maris sont bien laids quand on revient du bal , mais où serait le Mérite des Femmes si le devoir était aussi charmaut que le plaisir?

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