‹ Masques et visagesChapitre 18 sur 19 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Voici la lettre de Gavarnî, signalée déjà par M. Sainte-Beuve et dont je parlais dans mon étude; je l'emprunte au National de 1842.

C'est un tableau certes des plus complets, jeté d'une main leste sur un album en guise d'esquisse à la mine de plomb : J. C.

c Si tu vas à Tarbes Pannêe prochaine, mon camarade (ce sera sans doute dans la bonne saison), ne manque jamais de faire ce que je vais te dire : Tu t'achemineras un beau matin par les prairies, en remontant le cours d'un de ces jolis ruisseaux qui descendent de la montagne. Bagnères est à trois lieues; c'est une promenade. Tu déjeuneras à Bagnères. Puis, après avoir dit bonjour en passant au bon M. Jalon, visité ses collections de stalactites, de reptiles, de papillons des Pyrénées, et admiré ses paysages, tu te feras indiquer le chemin de la Capucinière de Médous. A trois pas de là est Baudéan. Tu y verras la maison natale du baron Larrey. Ensuite tu traverseras le village de Campan. Ne va pas t'extasier trop longtemps devant les merveilles de cette vallée de Campan, pour laquelle le poète Ramond craint tant le voisinage du pic du Midi I Tu auras déploré au Diorama de M. Daguerre, à Paris, le malheur de la vallée de M. Gol-

3i8 LETTRE DE GAVARNI.

dau; pareil sort attend celle-ci : c II faat que le géant soit couchÔ là, dit le poète, pour que la végétation puisse s'asseior sur son cadavre. » C'est la fatalité des montagnes! Mais, tout condamné qu'il est par ^a géologie, ce pic orgueilleux attend depuis le déluge pour faire un chaos de ce paradis; il attendra bien que tu sois passé. Encore faut-il que tu arrives de bonne heure à Grip, si tu veux, pour ton diner, des truites saumonées péchées dans TAdour ; c'est un mets qui, là, n'attend jamais le voyageur.

c Après dîner, chemin faisant, tu pourras cueillir des fraises sousles^apins, en montant aux cascades de Grip, et tu croiras rêver les sites que tu y verras. Regarde; tu te souviendras longtemps de ces rochers moussus , de ces arbres , de ces eaux, si tu aimes le pittoresque.

c Aimes-tu le pastoral ? monte encore, tu trouveras les cabanes de Tramesnigues, au soleil couchant, des bergeries et des bergers. Prends garde aux chiens!

c Si le fantastique te plait davantage, monte, monte toujours, et tu arriveras avec la nuit au sommet du Tourmalet.

c Là, mon ami, sous les rayons blafai*ds de la lune, tu sentiras une plume d'aigle pousser à ton béret ; le cœur te battra sous ta blouse, car tu verras sans doute venir à toi, le long de ces rochers bizarres, la dame nuageuse et blanche de la ballade. Il faut croiser ton plaid sur ta poitrine si tu crains le froid; il souffle, la nuit, un terrible vent au Tourmalet!

c Devant toi s'ouvre alors une immense vallée, au fond do laquelle un torrent serpente ; c'est le Bastan. Quelques vagues lumières scintillent au loin ; c'est Baréges. Descends, tu coucheras à Baréges, ou, si tu n'es pas trop fatigué, à Liez, un peu plus loin. Tu coucheras le lendemain soir à Gavarnie.

1 Le matin du troisième jour (tu te seras pourvu d'un bâton ferré , d'une paire de crampons et d'un havresac chargé de vivres), tu iras attendre à l'entrée du cirque que

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