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INTRODUCTION

En raison de leur fréquence qui semble augmenter dans toutes les classes de la société, en raison des inconvénients qu'elles entraînent, les affections gynécologiques ont été soumises depuis plusieurs années à une thérapeutique rationnelle et,parmi les moyens que cette thérapeutique met en œuvre, le massage joue un rôle qui est réellement de premier ordre. Aussi n'est-ce que justice de le voir abandonner définitivement son état empirique, passer des mains de personnes quelconques, sans éducation et sans instruction, dans celles d'hommes exercés et préparés par des études anatomiques. Et, l'une des formes de massage

je veux parler du massage gynécologique, est devenue ainsi une pratique méthodique et rationnelle.

C'est dans le but de contribuer, pour notre part, à la vulgarisation et au perfectionnement du massage gynécologique, que nous nous sommes fait un devoir de condenser dans un manuel, à la fois clair et succinct, les notions essentielles de la méthode de Brandt. Car, s'il est équitable de faire ressortir les progrès considérables, réalisés récemment en France dans la pratique des diverses variétés de massage, il me semble cependant, que la méthode de Brandt n'a été accueillie ici qu'avec réserve, j'allais dire avec aversion. Mon but est donc aussi de renverser ces préjugés et de montrer tout le parti qu'un médecin exercé peut tirer de cette arme thérapeutique dans la cure des affections utérines et péri-utérines.

L'ensemble des manœuvres qui caractérisent cette méthode est désigné sous le nom de massage utérin, mot défectueux s'il en fut ; en effet, il n'offre qu'une ressemblance très éloignée avec le vrai massage général. Il serait même plus rationnel de donner un autre nom à ce traitement manuel. Je ne veux pas entrer ici dans de longues définitions ; la lecture des pages qui suivent sera plus utile que toute définition abstraite ; elle dé-

montrera à la fois la simplicité et l'efficacité du prétendu massage utérin.

Au point de vue de la simplicité.je ne veux présenter ici qu'une remarque. Point n'est besoin d'une installation spéciale, coûteuse, d'appareils compliqués, d'outils même, qui encombrent certains instituts orthopédiques. Un local très réduit suffit amplement et les seuls appareils indispensables sont: une chaise, une chaise longue, un escabeau,un tabouret avec une courroie,un tapis épais, des meubles qu'on trouve dans tout appartement.

Parmi les ouvrages afférents à cette question, on doit nommer en première ligne ceux de mes compatriotes, du Major suédois Thure Brandt, récemment décédé après une longue vie, dont il a sacrifié 48 ans au soulagement des souffrances de la femme ; puis du Docteur suédois G.Norstrôm, qui, après avoir,pendant20 ans, à Paris, travaillé, par l'exemple et de nombreuses publications, à la vulgarisation du massage, s'est rendu en Amérique, où son talent et ses succès de masseur lui ont valu une réputation justement méritée (1).

(1) Je tiens à dire que quelques thèses, assez bonnes, ont été récemment soutenues devant la faculté de Paris. Ce sont celles de Mme P.Peltier.née Goussakoff,1895 ; de Mme J. Romano, 1895 ; et de Mlle Angéline Guillarmou, 1896.

Ces deux hommes sont les vrais pionniers dans ce genre de massage, et Thure Brandt est bien l'inventeur du massage utérin, au même titre que le Docteur hollandais Mezger est le père du massage en général.

Loin de moi l'idée de croire et de vouloir proclamer que la méthode de Brandt soit un remède applicable à tous les cas, une espèce de panacée universelle. Aussi importe- t-il de préciser, sans retard, les affections qui sont justiciables du massage gynécologique. 11 est d'abord des cas nombreux, où l'intervention chirurgicale s'impose d'emblée. J'ai nommé, par exemple, les kystes ovariques, les gros fibromes utérins, les polypes et les néoplasmes malins des organes pelviens. Je citerai encore les grandes hématocèles par rupture de grossesse extra-utérine et les salpingites suppurées, en un mot toutes les variétés de suppuration pelvienne.

Voilà donc une catégorie d'affections où la mé- . thode de Brandt est incapable de rendre le moindre service. Je dirai même plus: elle est formellement contre-indiquée, toutes les fois que l'on a diagnostiqué ou seulement soupçonné la présence du pus dans l'utérus ou les annexes. C'est donc, dans les cas douteux, une chose très importante que de s'assurer de l'absence ou de l'existence

de toute suppuration, en s'appuyant sur les symptômes fonctionnels, sur l'état de la température et sur l'examen du sang.

J'en arrive aux affections moins graves au point de vue vital, mais néanmoins très sérieuses au point de vue de la gêne qu'elles provoquent et des troubles qu'elles amènent dans la vie journalière de la femme. Telles sont les déviations et les abaissements de l'utérus, puis les métrites, etc.

Lorsque l'opération n'est pas indiquée, on traite généralement les premières par l'application de pessaires.. On applique aux secondes le repos absolu, les injections chaudes avec de l'eau pure ou mélangée à des substances antiseptiques. Dans les cas plus rebelles, on s'adresse aux cautérisations et au curettage, moyens le plus souvent inefficaces,lorsqu'ils ne sont pas dangereux.

Je voudrais démontrer, dans ce court manuel, que la méthode de Brandt est souveraine dans les affections que je viens de nommer, et qu'elle nous mène, lorsqu'elle est pratiquée par un homme de l'art, à un résultat thérapeutique parfois réellement surprenant.

Ce ne sont pas les seuls cas où elle mérite d'être essayée, et les paragraphes que je consacre

plus loin aux troubles de la menstruation fourniront la preuve de ce que j'avance.

Après ce court préambule, j'indiquerai de suite l'ordre que j'adopte dans mon exposé. Celui-ci comprend deux chapitres. Dans le premier, je décrirai les différentes manœuvres du massage gynécologique, en insistant sur la position qui convient à la malade et à l'opéra teur.Je signalerai dans tous leurs détails les manipulations, ainsi que les mouvements de gymnastique médicale manuelle suédoise.

Je sais que d'autres auteurs ont fort bien exposé ce que je ne peux que répéter après eux. J'ai cependant essayé de faire mieux. Je me suis astreint à faire voir par de nombreux dessins, intercalés dans le texte, les manœuvres successives qu'il convient de pratiquer. L'opuscule paraîtra ainsi moins aride et gagnera en attrait et en clarté. J'attache, pour ma part, une grande importance à ces dessins, qui sont d'une scrupuleuse exactitude. Ils ont été exécutés sous mes yeux par une artiste de grande valeur, dont la modestie me défend de citer le nom.

Le second chapitre de cette brochure contient les indications de la méthode de Brandt. C'est ici que je décrirai les particularités techniques de cette méthode, suivant qu'il convient de l'appli-

quer aux métrites et aux périmétrites, aux positions anormales de l'utérus, aux ulcérations du col, à la leucorrhée, à l'aménorrhée et à la dysménorrhée. Je montrerai ensuite l'avantage que l'on peut en retirer pour arrêter les hémorrhagies utérines, pour modifier certains fibro-myomes utérins, certaines affections annexielles et périannexielles. Un paragraphe de ce second chapitre vise les désordres, qui accompagnent l'établissement de la menstruation, et ceux qui s'installent parfois au moment de l'âge critique ou même après la ménopause.

Avant d'entrer en matière, je n'ajouterai que quelques mots. Tout en exerçant mon métier de médecin-gymnaste, j'ai tiré profit de ce que j'ai observé pendant mon séjour de plus de deux ans dans les hôpitaux de Paris, où M. le Directeur général de l'Assistance publique a bien voulu me permettre de fréquenter les services des plus grandes autorités de la capitale. Je saisis l'occasion d'exprimer ici une vive reconnaissance à ces maîtres éminents, en leur dédiant mon manuel, humble hommage de ce que MM. les Professeurs ont fait pour faciliter mes études et élargir le cercle de mes observations.

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