CHAPITRE PREMIER
Du traitement par le massage gynécologique .
La méthode de Brandt est exclusivement manuelle. Elle comprend des mouvements qui sont, inoffensifs, même si Ton tombe sur une affection' incurable, c'est-à-dire même si on l'applique, par erreur de diagnostic, dans un cas où elle est contre-indiquée. Elle a le grand avantage, bien mis' en relief par l'auteur même de la méthode, de laisser à la femme son entière liberté d'action, de ne nécessiter aucun séjour au lit. Elle lui permet de vaquer à ses occupations, avec celte restriction toutefois, qu'elle ne doit pas pousser le travail jusqu'à la fatigue et ne pas faire de grands efforts, d'ouvrages pénibles, tels que, par exemple, frottage d'un parquet, soulèvement d'un objet pesant, etc.
Le principe qui guidait toujours Brandt dans la mise en œuvre de son procédé était le suivant :■
Un état parfait de santé n'est compatible qu'a-
vec un fonctionnement normal de la circulation et de l'innervation de l'organisme. Lorsque les conditions physiologiques sont modifiées, il s'ensuit un trouble delà santé, plus ou moins profond, selon que le fonctionnement des vaisseaux et des nerfs laisse plus ou moins à désirer.
11 résulte de là qu'on doit s'attacher à dissiper les troubles de la circulation, de l'innervation et de la nutrition, en excitant la conlractilité des fibres musculaires, en leur rendant leur vitalité perdue ou compromise. Et je parle, non seulement de l'action que l'on doit exercer sur les éléments contractiles de l'appareil tubo-utéro-ovarien, mais aussi sur les fibres musculaires de toute l'économie, puisque les affections de la matrice et de ses alentours retentissent, presque sans aucune exception, sur l'état général.
Ne sait-on pas, en effet, les troubles qu'elles provoquent dans le fonctionnement de l'estomac, dans l'état de l'appareil digestif tout entier?
Ne sait-on pas aussi qu'elles déterminent une fatigue physique, une inaptitude souvent très accusée, et qu'elles peuvent pousser la femme aux degrés les plus avancés de la neurasthénie ?
On comprend déjà ainsi la nécessité d'associer le traitement général au traitement local. On conçoit aussi qu'en employant l'un au détriment de
l'autre, on s'expose à des échecs ou à des résultats très précaires.
Le traitement général doit influencer toutes les fonctions, non seulement celles que je viens d'indiquer, mais aussi la respiration, qu'il a pour effet de rendre plus facile et plus large. Sous l'impulsion de cette thérapeutique, l'inspiration devient plus profonde, l'expiration plus complète. En outre, il convient de l'associer à d'autres moyens curateurs, ainsi à l'hydrothérapie bien comprise, à des mesures hygiéniques sévères. Il faut s'attacher également à combattre la constipation opiniâtre, dont souffrent souvent les utérines. Mais je ne saurais trop insister sur ce point que les médicaments, administrés par voie stomacale, sont nuisibles et contre-indiqués. Les lavements sont meilleurs, mais e'est surtout le massage abdominal, qui, exécuté d'une certaine façon, et prolongé pendant un temps suffisamment long, assure la régularité des garde-robes.
11 convient, en outre, d'aider la nature dans ses efforts curatifs, défavoriser la résorption des liquides, de veiller, ainsi que j'ai déjà dit, sur la vitalité des vaisseaux et des nerfs.
On atteindra ce but à la fois directement parle traitement local, c'est-à-dire par le massage, et indirectement par les effets que la gymnastique
médicale et les manœuvres pelviennes exercent sur les parties plus éloignées.
L'appareil génital de la femme est un ensemble d'organes délicats, qui ne tolèrent pas de manœuvres brutales; et, dans le traitement local, il est capital de bien distinguer deux espèces de massage, essentiellement différents par leur technique et par leurs effets. D'une part, il y a le massage très léger, presque un effleurage, et d'autre part, le massage exécuté avec une certaine force. Lé premier exerce une action salutaire sur l'état du système nerveux; le second favorise avant tout la résorption des épanchements séreux ou sanguins.
Je ne sais si, dans les lignes précédentesje me suis bien fait comprendre ; mais on saisira néanmoins, d'une façon suffisante, que la méthode de Thure Brandt comprend deux espèces de traitement, général et local.
I. Le traitement local par le massage utérin (système Brandt), se compose de différentes manipulations, telles que :
1) pétrissage ;
2) tension avec pression et friction ;
3) « mouvement de meule » ;
4) effleurage ;
5) pressions digitales des nerfs avec vibra-
tions ; et
6) « pression glissante * du vagin.
A ces manipulations s'ajoutent:
7) réduction de l'utérus ;
8) soulèvement de l'utérus,
9) tension des moyens de fixité normaux et
des adhérences pathologiques.
II. Le traitement général par la gymnastique médicale manuelle suédoise (système Ling).
\ . — Examen de la malade.
Nous avons insisté plus haut sur l'importance qu'il y a à poser un diagnostic aussi rigoureux que possible, avant d'entreprendre un traitement parle massage pelvien. Je n'ai pas à décrire ici les moyens qui permettent de reconnaître, suivant les circonstances, l'existence d'une métrite, d'un déplacement, d'un fibrome, d'une ulcération du col, etc.
Il est indispensable, cependant, de bien préciser, que le médecin-gymnaste doit toujours, avant d'entreprendre quelque manœuvre sur l'utérus ou les annexes, établir une enquête sur la malade qui vient réclamer ses soins. 11 se livrera
donc à une élude préalable, portant sur l'état général et sur les lésions locales.
1. Examen général. — Informez-vous de l'âge, de la profession, des maladies antérieures possibles et spécialement du passé gynécologique. Essayez surtout d'établir le début de la maladie actuelle, la filiation des accidents. Quel est l'état du système nerveux? Quel est le caractère? Comment s'accomplissent les fonctions digestives? Quelle est l'aptitude au travail? Ce sont autant de questions que l'on devra adresser à la patiente.
Un examen du corps tout entier mérite d'être fait : il portera sur la tête, le cou, les membres supérieurs et inférieurs, sur la poitrine, le dos et l'abdomen.
2. Examen local. — Il faut apporter à cet examen toute la délicatesse et tous les ménagements possibles. On sait combien, malgré ces précautions, les contractures réflexes de la paroi abdominale sont fréquentes. Aussi est-il, à mon avis, fort important, et pendant l'exploration et pendant les manœuvres thérapeutiques, de détourner l'attention de la malade, d'entretenir avec elle une petite conversation et de la faire respirer librement. Si je dis qu'il faut bien se familiariser avec
le caractère de la malade, qu'il faut progressivement lui faire prendre confiance, c'est parce que les explorations indispensables sont, malgré tout, assez pénibles et assez fatigantes. 11 faut, en effet, exécuter d'abord un examen par le vagin et puis par le rectum, et cela successivement dans la station debout et dans le décubitus dorsal.
Toutes ces manœuvres préparatoires sont destinées à reconnaître la situation exacte, le volume, la consistance, le degré de mobilité de l'utérus. U faut aussi s'assurer de l'état des culs-de-sac antérieur, postérieur et latéraux, diagnostiquer l'absence ou l'existence d'exsudats pelvi-péritonitiques, l'infiltration des ligaments larges, etc.
Enfin, on ne négligera pas d'introduire un spéculum dans le vagin, si l'on soupçonne quelque lésion du col. Mais cette manœuvre diagnostique n'est pas toujours acceptée par les femmes (1). D'ailleurs, le doigt est le meilleur explorateur. Comme on l'a dit souvent à juste titre, le gynécologue doit avoir un œil au bout de son index 1
L'hystéromètre rend également service dans quelques cas (fibro-myome).
(1) Mais on ne doit pas se dissimuler, que, dans certains cas, l'inspection directe donne des renseignements de première valeur. La couleur, spécialement, n'est-elle pas un élément de diagnostic fort utile,par exemple,entre une métrite chronique et un épithélioma du col ?
Inutile d'ajouter que, chez les vierges, l'examen ■par le rectum est le seul que l'on doive pratiquer.
Le palper bimanuel, qui a une si grande importance dans l'exploration des organes du petit bassin, est également, dans tel cas particulier, tout à fait indispensable. On le pratique, l'un des index étantdansle vagin ou le rectum, et l'autre main étant appliquée sur la paroi hypogastrique qu'elle déprime, en exécutant de petits mouvement s circulaires, en exerçant des vibrations légères. Et je dis : l'un des index, parce qu'il convient, suivant que l'altération pathologique prédomine dans une des moitiés latérales du bassin, de pratiquer le toucher avec l'index droit ou avec l'index gauche.
Souvent la malade se plaint, après l'exploration ou les premières séances de massage, de douleurs névralgiques d'une assez longue durée, de sorte que ses souffrances sont augmentées plutôt que diminuées. Brandt soulageait ces douleurs ,par des pressions légères sur les nerfs un peu en arrière et autour de l'anus.
Telles sont les notions indispensables à acquérir, avant de mettre en application la méthode de Brandt. Mais, au risque de me répéter, je dirai une fois encore, que l'existence du pus contre-indique toute manœuvre. La méthode
est alors, non seulement inefficace, mais nuisible. Il faut aussi que tout état aigu ait disparu, que l'affection utérine ou péri-utérine ait passé à l'état chronique. Dès qu'il existe de vives douleurs spontanées, un écoulement purulent, voire même des accidents fébriles, il faut a ttendre la chute des phénomènes inflammatoires.