C. 355, folio 389 (1734, Livre
(2) A cette époque tout le trafic se faisait au moyen de mules. « Les mules de Piémont, dit Smolett, sont très fortes et très résistantes ; elles portent une charge de près de six cents livres (deux cent vingt-cinq kilogs). On les nourrit facilement et elles n'ont besoin d'autre repos que celui de la nuit. C'est le seul moyen de transport utililisable pour le passage des montagnes, à cause de la sûreté de leur pied. On remarque qu'en choisissant leur chemin, elles longent toujours les précipices. Il faut les laisser se conduire elles-mêmes, sans quoi on s'exposerait à perdre la vie, car elle sont têtues jusqu'au désespoir, Il est très dangereux
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enveloppé dans une ample limousine de filoselle jaune, allant par les sentiers pierreux surveiller ses récoltes, percevoir les cens en nature et en argent qu'on lui devait et s'occuper de sa vigne de Saint-Blaise dont il vendait le vin à sa boutique de Nice.
Le pays était giboyeux à cette époque et Saint-Blaise surtout a conservé une réputation qui est parvenue jusqu'à nous. Dominique Masséna était chasseur et dans l'inventaire de ses biens on ne manque pas de remarquer la présence dans chacune de ses maisons d'un ou deux fusils à piston et d’un canon de rechange. Le rural n'était pas encore tout à fait mort en lui et il conservait de la tendresse pour ce coin de Levens où avaient vécu ses parents.
Ses enfants ne suivront pas leur père dans cette voie. Nés à Nice et habitués à l'existence plus agitée de la ville, ils ne trouveront aucun attrait aux figuiers, à la vigne et aux oliviers de Saint-Antoine-de-Siga. Plus tard, ils se partageront simplement ces terres qui, après eux, passeront en d’autres mains. Le jour viendra vite, où les Masséna ne possèderont plus rien à Levens.
Ils étaient pourtant nombreux et importants les biens de Dominique Masséna à Levens, Saint-Blaise et aux environs (1). .
de rencontrer ces animaux lorsqu'on est à cheval, car ils ont une telle aversion pour les chevaux qu'ils les attaquent avec leurs cavaliers. Le meilleur moyen d'éviter ce sort est de faire sentir l'éperon à sa monture et de chercher son salut dans la- fuite, J'ai été, plus d'une fois, obligé de fuir devant les mules. Elles vous avertissent par un braiment hideux qu’elles lancent dès qu'elles aperçoivent de loin le cheval. Les mules de Provence ne sont pas aussi désagréables étant plus habituées à la vue et à la compagnie des chevaux. mais les mules du Piémont sont les plus grandes et les plus fortes que je connaisse. »
(Smolett-Lettres de Nice. — Nice imp. de l'Ec/aireur 1919. Lettre XX. p. 108).
(1) Nice. Arch. dép. Série C. Livres des Notaires 1736 L. 3, folio 95. Inventaire des biens de Dominique Masséna et Série Q. 186 (dossier n° 15) partage des biens de la succession de Dominique Masséna,
En premier lieu à Levens, au quartier dit du Serret, une maison (1) voisine de celle de sa tante, M Anne Camille Galli, veuve d'Antoine Masséna. Elle se composait au rez-de-chaussée d'une grande pièce divisée en deux: cuisine et salle à manger, et de deux étages élevés sur cave ainsi que d'un petit jardin avec citerne, le tout clos de « murs en mortier ».
Le mobilier était confortable, presque luxueux. Au rezde-chaussée, dans la pièce principale, Ia « salle » on remarquait de beaux meubles de jadis, le pétrin en bois de noyer, avec sa « vasquetta » (2) et deux tiroirs, trois tables « longues » et une autre moyenne « pour le pain », des bancs « longs » en bois et des chaises également en noyer, ainsi que des coffres à serrures et une huche. Comme service de table, un certain nombre de plats et couverts en laiton et étain (12 fourchettes, 8 cuillers et 6 couteaux) ; enfin, aux murs deux fusils de chasse avec un canon de rechange et un carnier.
A côté, dans la cuisine, se trouvait une batterie de cuisine en cuivre complète sans oublier Ia bassinoire en cuivre avec « manche de bois », une chaufferette, la grande marmite suspendue à sa crémaillère sous la haute cheminée à manteau, les antiques calens (3) à huile, une
(1) &« Confrontant à l'Est une partie du susdit quartier du Serret la maison de Pierre Antoine Gioffredo (?) au couchant, M. Etienne Gioffredo, au midi, M. Jérôme Denovis, au nord la maison de Ludovic Rainaud. Après avoir mesuré et visité avec diligence, après avoir fait toutes les constatations au sujet de son état actuel ainsi qu'à la qualité des matériaux, bois, fer, employés dans la construction, en tenant compte des réparations à faire nous l'avons estimée, jardin et citerne compris et sous déduction des charges seigneuriales à lire : 1668 » (Nice Arch dép. Q. 186 dossier Masséna, 22 août 1788, — Peglion, notaire — Acte de partage des biens de Dominique Masséna, rapport d'expertise et estimation).
(2) « Vasquetta » petite vasque, récipient destiné à contenir l'eau nécessaire pour délayer la farine.
(3) Petite lampe à huile.
balance romaine et une autre à plateaux de cuivre ; une grande bassine en cuivre, sept jarres à huilé, divers outils et ustensiles : deux cuves « pour la lessive » et une grande table « longue » en noyer avec deux bancs de même longueur.
Les diverses chambres des étages supérieurs comportaient comme mobilier quatre lits dont trois avec matelas et traversins et tous avec leur paillasse : des tables, des coffres, des chaises plus modestes « en bois de Marseille » et dans les armoires le linge de maison dont la nomenclature exacte et minutieuse a été conservée : une couverture rembourrée ou « vanne» ; trois couvertures de laine dont une usagée ; deux couvertures d'été, l’une en coton l'autre en fil ; neuf nappes, deux douzaines et demie de serviettes ; une douzaine et demie d'’essuiemains ordinaires et trois torchons ; vingt-neuf draps de
“lit en « toile ordinaire de maison » ; dix sacs, quatre « vanutella de maison » ; deux costumes complets pour homme, l'un en drap, l’autre en « drap du Maroc » et vingt chemises d'homme (1).
L'acte de partage des biens de Dominique Masséna mentionne également comme lui appartenant, une maison située non loin de la précédente (2) élevée d'un étage sur rez-de-chaussée, mais il est plus probable que c'était là
(1) Dans la cave se trouvaient six tonneaux l’un cerclé en fer de la contenance de une salmate ; deux autres avec un cercle de fer € sur le bord » de six salmate chacun ; un autre pouvant contenir trois « charges » ; un de deux € charges » et le dernier de une « charge ». Dans l'écurie, une mule avec bât, selle, bride, un autre harnachement, et enfin un porc.
(2) « Confrontant à l'Est la maison de Dominique Masséna ; à l'Ouest Midi et Nord, le chemin au-dessus dudit Masséna, au-dessous Jean Antoine Gilletta. Après l'avoir visitée et mesurée avec diligence et tenant compte de son état actuel (1788) nous l'avons estimée, déduction faite des charges seigneuriales à lire : 100 ». (Nice Arch, dép. Q. 186 dossier Masséna).
celle de M"° Anne-Camille Galli, veuve d'Antoine Masséna, sa tante, et qu'elle n'échut aux héritiers de Dominique qu'après la mort de celle-là.
Ce n’est pas tout; au quartier de Saint-Antoine de Siga (1) non loin de Levens, sur le territoire de la commune de Saint-Blaise, entre le chemin vicinal et la propriété de M. Raynaudi, avocat, Dominique Masséna possédait une propriété de plus de huit hectares complantée en oliviers, vignes, figuiers, pins, et sur laquelle se trouvaient deux maisons, une grande ferme aux vastes pièces spacieuses et une maison plus petite séparée de la première par une aire. £
Dans cette maison rustique, occupée en majeure partie par le fermier, se trouvait un mobilier plus sommaire que dans l'habitation de Levens. On y notait: un coffre en noyer sans serrures, trois chaises en noyer et trois autres « en bois de Marseille », une table ronde en bois blanc, une batterie de cuisine très simple, une broche, un gril en ter, des casseroles, et, dans les communs, un tonneau de la contenance de sept salmate (2), deux cuves à vin, une « copa » (3), un seau, un pressoir, trente et une claies pour faire sécher les figues, et quelques animaux : un porc, deux bœufs de Jabour, un veau, loués au fermier Antoine Faraudo; enfin, quatre « trentenaya » et six chèvres et moutons.
Une autre propriété sise à Saint-Blaise, complantée en vignes, figuiers, oliviers, pins, partie aride, d'une superficie de cinquante-cinq starate (4), soit environ huit hectares
(1) Ed. Arène « Monographie de la ville de Levens ». — Durandy € Mon Pays » tome 1, p. 317, Paris ; G. Van Oest 1918. |
(2) Salmate : mesure de capacité valant cent vingt pintes.
(3) Copa : grande coupe de bois.
(4) Starate : environ quinze cent cinquante mètres carrés. Voir à la fin de l'ouvrage le tableau des anciens poids et mesures en usage dans les cantons de Nice.
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Eraudo, dit « Sataïroun »; enfin, une autre pension de deux lire, due par Ludovic Faraudo, dit « Mazavia ».
Il est infiniment probable que c’est à l’occasion de son mariage que Dominique Masséna s'établit à Nice. Il épousa, en effet, le 5 janvier 1723 (1), à l'âge de vingt-sept ans, en l'église cathédrale, M" Lucrèce Blanc, fille de Honoré Blanc de Levens, négociant à Nice, et de Rose Olliviera, sa femme, qui lui apporta en dot deux mille cinq cents lire par contrat dressé le 5 janvier 1723, par le notaire J.-C. Doija. M" Lucrèce Blanc était veuve quand elle se remaria avec Dominique Masséna. Elle avait épousé en premières noces (2), Ludovic Feraudi; de qui elle eut trois enfants ; un fils, Philippe Emmanuel Feraudi (3) qu'elle aimait beaucoup et qui fut notaire à Nice, et secrétaire du Conseil de cette ville jusqu’en 1793, et deux filles, Thérèse et Isabelle, âgées de six et quatre ans en 1734, et qui vivaient à Levens à cette époque (4).
Aussitôt après son mariage, Dominique Masséna s'installa chez sa nouvelle famille. Son beau-père, Honoré Blanc, l'associe à ses affaires ; la dot de sa femme est mise dans le commerce et l'entente dut être parfaite entre tous, puisque à la mort d'Honoré Blanc, Dominique continua à cohabiter avec sa belle-mère qui l’aidait dans son
(i) Nice. Arch. cathed. Registre des mariages, 1723 folio 141.
(2) Le 23 janvier 1717, Nice. Arch. de la cathéd. Livre des mariages : vol. 10, folio 89 $ 2.
G) Philippe Emmanuel Feraudi est né à Nice, le 7 janvier 1728. (Nice. Arch. cathéd. Livre des baptêmes, vol, 27, folio 293). Sa mère l'avantagea largement aussi bien par son testament comme on le verra par la suite, ‘que par tout ce qu'elle lui avait remis de son vivant. C'est ainsi que le 11 février 1744 Feraudi donne quittance à sa mère d’une somme de sept cent cinquante lire en or et argent € représentant ce qui peut lui échoir dans la future succession de sa mère » (Nice arch. dép. C. 394 folio 147).
(4) Nice, arch. dép. série C. N° 4, t. 1, folio 218. Recensement de la ville de Nice (1734).
() Nice. Arch. dép. C. 306, folio 346 et C. 397, folio 252,
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