AUGUSTIN MASSÉNA
Officier de cavalerie
De son mariage, Marcel Masséna n'avait eu qu'un fils, né à Marseille, le 25 juin 1784. L'acte de baptème porte que son parrain fut : « Jean François Chrisostôme Arnaud, par procuration de messire Augustin-Marie Masséna, négociant » et sa marraine, dame Victoire Bastide Giraud. Il fut appelé Jean-François-Augustin-Marie.
Dès son jeune âge, Augustin Masséna (1) suivit son père aux armées, en qualité d'enfant de troupe et il était compris comme tel dans les revues du Régiment Royal Italien et ensuite du régiment « ci-devant Monsieur ».
Plus tard, Marcel Masséna pria son neveu André, alors général de s'occuper de l'avenir de son fils ; comme d’ha-
(1) Arch. adm. de la Guerre. Doss, d'Augustin Masséna, lieutenant de dragons.
bitude, le général Masséna ne lui marchanda pas sa protection et il fit auprès du Directoire et du premier consul Bonaparte, lui-même, de nombreuse démarches. C'est ainsi que, de Gênes, le 11 février 1800, il écrivit au ral Alexandre Berthier, Ministre de la Guerre :
géné-
J'ai demandé au Consul Bonaparte une sous-lieutenance au 12° dragons pour un de mes cousins germains, Augustin Masséna, fils du commandant d'Antibes, homme respectable par ses services ; Je n'en ai point eu de réponse. Veuillez bien, mon cher Berthier, vous en occuper et m'envoyer son brevet par le retour du courrier.
Gênes, le 22 Pluviôse, an VII.
Signé : MASSÉNA.
Le corps du général Masséna était bloqué dans Gênes ; au milieu de tous les soucis de ce siège mémorable dans les annales de notre histoire militaire, et malgré ses nombreuses préoccupations, Masséna trouvait le temps de penser à son oncle et à la carrière de son jeune cousin.
Le 26 février 1800, n'ayant toujours pas de réponse du Ministre de la Guerre au sujet de la demande qu'il avait présentée, il s'adresse alors au général Vignoles qu'il avait eu sous ses ordres lors de la conquête du comté de Nice en 1793.
Armée d'Italie. Au Quartier général de Gênes,
le 7 ventôse, an VIII.
Masséna, général en chef, au général de brigade
Vignoles, secrétaire général de la guerre.
J'ai demandé, il y a un mois et demi, une sous-lieutenance pour mon cousin Masséna, fils du commandant de la place d'Antibes, au consul Bonaparte. Je l'ai renouvelée depuis à Berthier ; point de réponse, ni de l’un, ni de l’autre. Veuillez bien, mon cher Vignoles, prendre quelques informations sur
les causes du silence qu'on me garde, de le faire expédier si c'est un oubli.
Nous sommes toujours sans pain, et je puis vous assurer que sans ma présence à Gênes, le pays serait en insurrection et l’armée loin de la Bochetta.
Cette maudite compagnie d'Antonini (1) n’a encore rien fait. Depuis quelques jours, un des intéressés dans cette compagnie est arrivé à Marseille, et il ne nous a donné encore que des phrases.
Pas un brin de foin, pas un cheval d'artillerie, ni de cavalerie ; en eussions-nous, ils mourraient de faim. Tout ce que je vous dis là, mon cher Vignoles, je l’ai déjà écrit au moins Vingt fois à Bonaparte et à Berthier.
Adieu, je vous embrasse; bien des choses à tous les amis.
Signé : MAssSÉNA.
Un mois plus tard, nouvelle lettre à Berthier :
« Armée d'Italie. Au Quartier général de Gènes,
le 5 germinal, an VIII.
Masséna, général en chef, au général Berthier, Ministre de la Guerre.
Je vous ai écrit. il y a plus d'un mois, mon cher Berthier, pour vous demander l'expédition du brevet de sous-lieutenant au 12° régiment de dragons pour un de mes cousins ; cette demande a été faite à Bonaparte aussi; l’un et l’autre avez oublié de me répondre.
Je vous le renouvelle avec prière de me l'envoyer. Il se nomme Augustin Masséna, fils du commandant d'Antibes et très ancien militaire. Vous obligerez votre ami.
Je vous embrasse (ajouté sur la lettre de sa main).
Signé : MASSÉNA.
(1) Compagnie chargée du ravitaillement du corps de Masséna,
Ces demandes réitérées obtiennent enfin satisfaction et le 3 Messidor, an VIIT (22 juin 1800) Augustin Masséna est nommé par Bonaparte sous-lieutenant au 12"° dragons. Il avait seize ans.
Le général Masséna le demande aussitôt comme aide de camp et un mois plus tard, il obtient que son cousin soit attaché a son état-major.
Vers la fin de l'an VIII, le sous-lieutenant Masséna se rendit à Antibes pour y attendre de nouveaux ordres de son général, alors à Paris. Il y resta jusqu'au mois de Ventôse, an IX, époque à laquelle il le rejoignit dans la capitale.
Là, le Ministre de la Guerre, par sa lettre du 13 floréal an IX, chargea cet officier, qui conservait toujours son emploi d'aide de camp, des fonctions d'élève externe à l'école d'instruction des troupes à cheval, à Versailles, pour les manœuvres et exercices d'équitation. Ce « jeune homme » comme l'appelait le maréchal, avait grand besoin de faire l'apprentissage du métier militaire.
Deux ans plus tard, le 1° brumaire, an XI, conformément aux ordres du Ministre, le sous-lieutenant Masséna rejoignait son régiment, alors en garnison à Lodi, en passant par Toulon où sa mère s'était retirée depuis la mort de son mari.
Augustin se rend ensuite auprès de son général qui ne l'oublie pas et obtient pour lui le grade de lieutenant (16 germinal, an XII) et un congé pour faire campagne.
Le 29 thermidor, an XIII le Ministre de la Guerre informe le maréchal Masséna que son cousin et aide de camp le lieutenant Augustin Masséna, passe en cette qualité auprès du maréchal Lannes, commandant en chef le corps d'avant-garde des armées des côtes de l'Océan, ainsi qu'il la désiré. Ordre est donné au lieutenant Masséna de se rendre au quartier général de Lannes à Vimereux.
Le lieutenant Augustin Masséna n'eut pas le temps de faire carrière ; après avoir été nommé capitaine sur Île champ de bataille de Caldiéro (1), si lon en croit certains renseignements, il mourut à l'armée d'Italie d'une blessure reçue le 11 brumaire an XIV (2 novembre 1805) à Caldiéro ou « à l'attaque des formidables redoutes de la Colognola ». (2) Il avait à peine vingt-et-un ans. C'était un sympathique et un officier appelé à un brillant avenir. Cette mort chagrina beaucoup le maréchal, dont les sentiments d'affection pour ses parents étaient très vifs. Il reçut à cette occasion de nombreux témoignages de
sympathie et notamment la lettre suivante de Joseph Bonaparte :
€ Paris, le 10 Frimaire, an XIV.
Mon cher Maréchal,
J'ai reçu presque en même temps votre lettre du 1‘ frimaire
et celle du 29 brumaire. Ce petit contre-temps ne sera rien, votre cousin sera... (?).
J'a éprouvé une peine véritable de la perte que vous avez faite de votre jeune cousin. C'était un jeune homme d'une grande espérance. Je le connaissais déjà depuis trois ans et je m'étais pris d'affection pour lui, votre nom et votre parenté à part,
Dans mon dernier voyage à Boulogne, j'avais longtemps causé avec lui, et j'avais été bien content de ses sentiments et du projet de son entreprise.
(1) Arch privées de la famille Masséna, vol. ?, p. 163. Lettre du colonel Roux au général Koch, datée de Nice, le 7 avril 1847.
Le dossier d'Augustin Masséna aux archives de la Guerre ne porte pas trace de cette nomination de capitaine.
(2) Arch. privées de la famille Masséna, vol. ?. Lettre de M. A. Gaude, directeur des contributions, datée d'Evreux, le 1? juin 1847,
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Mais vous avez des sujets de consolations. Je suis convaincu que l'Empereur vous rend justice et qu'il vous est attaché. La nation et la prospérité vous tiendront compte des sacrifices du moment. Appliquez-vous à ce que l'ordre le plus exact soit maintenu dans l'administration de votre armée (1).
Comptez sur toute mon amitié. »
Votre aflectueusement :
Joseph BoNAPARTE,
(1) Allusion à l'aventure de François Masséna, cousin du maréchal, commissaire des guerres à l'armée d'Italie, impliqué dans une affaire de concussion.