PHILIPPE MASSÉNA
Fabricant de Savon
Philippe-Emmanuel Masséna, naquit à Nice le 23 août 1753 ; il fut baptisé le 26 du même mois en l'église cathédrale. Son parrain fut Philippe-Emmanuel Feraudi, notaire, son demi-oncle, et sa marraine, M" Lucrèce Blanc, sa grand'mère (1).
On ne sait rien de sa jeunesse, sinon que comme son père, il apprit le métier de fabricant de savon, mais contrairement à l'habitude, il n’est pas question pour lui du classique voyage à Toulon, où les frères Masséna ont coutume d'aller s'initier à leur métier.
Le goût des aventures se traduit chez Philippe Masséna d'une manière inattendue ; à vingt et un an, en juin 1774, il enlève une jeune fille, Claire Faissola, et quelques jours plus tard, le 11 juin, tous deux se marient à Nice dans une chapelle située place Victor (aujourd’hui, place Garibaldi), où après la messe, Jean Garraciola, curé de la paroisse Sainte-Hélène, leur donne la bénédiction nuptiale en présence de Horace Bérenghié et Antoine Faissola, témoins (2).
Le mariage fait et accepté par la famille, le père de l'épouse Barthélemy Faissola lui constitua en dot, par acte dressé le 20 juin 1774 devant M° Sauvaigo, notaire(3), un trousseau assez important comportant linge, effets, vêtements, bijoux et une somme de mille lire « qui devra
(1) Nice, arch. cathéd. Regist. des baptêmes, vol. 32, fol. 59. (2) Nice, arch. par. Saint-Jacques, L. des Mariages 1774, fol. 60. (3) Nice, arch. dép. C. 505 (1774 L. 3), fol, 147,
être payée en quatre années avec intérêts à quatre pour cent ».
Les nouveaux époux s'installèrent chez Barthélemy Faissola qui les accueillit à sa table.
Le 1° avril 1775 (41) naît leur unique enfant, Marie-Thérèse, qui eut comme parrain et marraine Augustin Masséna, négociant, et M" Marie-Sylvie Faissola. Cette fillette : mourut à quatre mois, le 29 juillet 1775 (2).
Quatre ans plus tard, interviennent deux actes importants dans l'existence de Philippe Masséna. Le 20 juin 1778 (3), M"° Jeanne-Marie Faissola, fille de feu Pierre et veuve de Jean-Honoré Cauvin, donne tous ses biens à Philippe Masséna qui s'engage à lui servir en échange une pension annuelle « de deux cent six écus de France de la dernière frappe » et à acquitter les redevances dues au monastère de Saint-Pons et qui grèvent ces biens. Ceux-ci consistent en un bien-fonds, sis à Ginestière et comprenant un terrain complanté en vignes et oliviers, avec maison, un terrain inculte sis dans la même région, un terrain avec vignes et oliviers au quartier de Saint- Jean et, enfin, une maison à deux étages avec deux magasins, sise à Nice, place aux Herbes. C'est là que Philippe Masséna s'établit.
La même année, le 21 novembre 1778, Augustin Masséna devant le sénateur baron Ricci, Préfet de la Province, émancipe son fils suivant les formes solennelles prescrites par la loi, € pour l'encourager au travail ».
En 1792, à l'entrée des troupes françaises dans le Comté de Nice, le nom de Philippe Masséna apparaît à nouveau, dans les documents officiels. Comme son frère
(1) Nice, arch. par, Saint-Jacques 1775.
(2) Nice, arch. par. Saint-Jacques. Regist. des décès, vol, 5, fol, 103. (3) Nice, arch. dép. C. 524, fol. 279 (1778 L. 5).
(4) Nice, arch, dép. C. 524, fol. 506 (1778 L. 5).
François, il accueillit avec faveur les principes révolutionnaires apportés par les armées de la République et tous deux furent parmi les membres les plus assidus de la Société populaire de Nice, créée par le général d'Anselme (1) et Barras.
Nous verrons plus loin, en étudiant François Masséna, comment ce dernier dut à cette époque s'enfuir de Nice et se rétugier à Gênes. Ce départ avait eu pour conséquence la mise sous séquestre, comme ascendant d'émigré, des biens du père, Augustin.
Dans le dossier de l'enquête qui eut lieu à cette époque (2) pour obtenir la levée du séquestre, on trouve un certificat de résidence délivré par l'Administration municipalé de la Commune de Nice, à la date du 3 thermidor, an VI, duquel il résulte d'après l'attestation :
des citoyens Laurent Faraud, Blaise Bernard et Louis Papacin, tous domiciliés en cette commune, que le citoyen Philippe Masséna, âgé de quarante-cinq ans, fabricant de savon, natif de Nice, de la taille de cinq pieds cinq pouces environ, cheveux gris, sourcils châtains, yeux bleus, nez aquilin, front ordinaire, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, réside et a résidé sans interruption dans cette commune de Nice, maison appartenant au nommé Michel Galléan, depuis sa naissance jusqu’à ce jour.
Philippe Masséna n'a donc jamais quitté Nice ; il convient de remarquer que son père, né en 1727 avait environ soixante et onze ans et qu'il est très possible qu'il ait cédé son commerce de savon à son fils Philippe-Emmanuel.
(1) Rance-Bourrey. « La réorganisation des Autorités civiles à Nice en 1792 », passim.
(2) Nice, arch. dép. Liasse Q. 186 Doss. Masséna, n° 15 et L. 49, fol. 142.
Cela semble d'autant plus probable que dans le dossier de cette enquête, Augustin Masséna figure sans indication de profession et qu'aucune allusion à son commerce n'est faite dans l'estimation de ses biens.
On serait ainsi conduit à conclure que la maison Michel Galléan a été la demeure d'Augustin Masséna (1).
Philippe Masséna s'’occupa non seulement de son frère François, mais aussi de plusieurs amis. Dans le courant des ans IIT et IV, il rédigea des pétitions pour réclamer le retour dans leurs foyers de Antoine et Pierre Mallausséna (2) père et fils, de Levens, la radiation de la liste des émigrés du nom de Ambroise Héraud (3) de Levens, et de plusieurs autres personnes. :
Il aida efficacement son père Augustin dans les nombreuses démarches nécessaires pour obtenir la radiation de son frère François de la liste des émigrés du département des Alpes-Maritimes. Ce fut lui qui accompagna, comme nous le verrons plus loin, de nombreux témoins chez le juge de paix pour faire enregistrer leurs déclarations relatives aux circonstances de la fuite de François Masséna (4).
Ses affaires n'étaient pas oubliées pour cela ; elles prospéraient même, puisque le 12 frimaire, an VI (2 décembre 1779), il adresse une pétition (5) à l'administration centrale du département des Alpes-Maritimes pour obtenir un prêt de cent quintaux de « porcelaine de celle qui se trouve sur le port » pour terminer la fabrique de savon
(1) Nice, arch. dép. Q. 67, n° 64. Vente d'un bien des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie au quartier de l'Arbre, confinant au couchant le chemin public de Saint-André, au nord, le jardin de Philippe Masséna.
(2) Nice, arch. dép. Liasse L, 341, fol. 101. (3) Nice, arch. dép. Liasse 341, fol. 102, (4) Voir le chapitre : François Masséna, commissaire des guerres, p. 96.
(5) Nice, arch. dép, L. 55.
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