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FRANCOIS GROBERT
Commissaire des Guerres !‘
François Grobert, commissaire des guerres à l'armée d'Italie, et destitué en nivôse, an XIV, en niême temps que son collègue François Masséna, naquit à Aix (Savoie), états du roi de Sardaigne, le 13 février 1763.
A l'âge de vingt et un ans, il s'engagea au régiment Royal Italien, le 25 février 1784. C'est là qu'il fit connaissance du futur maréchal, alors simple sergent, avec lequel il se lia d'unc amitié qui ne devait jamais se démentir.
Grobert fut un brillant soldat, courageux et intrépide. Il gravit tous les échelons de la hiérarchie militaire et parvint au grade de capitaine, ce qui était rare à cette époque. Il avait d'ailleurs de beaux états de service et une blessure, d'une balle au cou, reçue au siège de Col-
(1) Arch, administr, de la Guerre. Dossier Grobert.
lioures, devant le fort Saint-Elme, à l'armée d'Espagne. Le 41° avril, 1791, il est quartier-maître trésorier au premier bataillon de chasseurs à la Réforme du Royal Italien, puis, capitaine adjoint aux adjudants généraux, le 19 juin 1794 ; il fut blessé une seconde fois le 20 novembre 1794 en poursuivant l'ennemi, près de Notre-Dame de la Roure, à la même armée d'Espagne. Cette blessure le rendit paralytique pendant près de deux ans, en 1795 et 1796 et l'obligea à prendre un long congé qu'il passa à Chambéry dans sa famille.
Le premier ventôse, an VII (19 février 1799), il se rend à Toulon, bien que souffrant encore de sa blessure, pour continuer son service à l’armée d'Egypte, mais ses forces le trahissent et il doit renoncer à servir comme combat-
tant. Il est alors nommé provisoirement adjoint au com- missaire des guerres, le 1” septembre 1798, pour devenir commissaire des guerres titulaire, le 9 mars 1800.
Revenu sur le continent, nous le trouvons en 1801, à l'armée d'Italie où il est blessé une troisième fois par des brigands dans les Appennins, le 23 prairial an IX, en exécutant les ordres de l'ordonnateur en chef; :l conserva de cette blessure une balle dans le ventre.
Nommé par la suite commissaire des guerres à Chambéry, où il se trouvait fort bien, il quitta son poste à règret, dans la nuit du 24 au 25 fructidor an XIII, pour se rendre à Turin, obéissant à l’ordre de M. Blanchon, commissaire ordonnateur de la 27” division qui Flenvoyait servir auprès du maréchal Masséna avec le cousin de ce dernier, François Masséna, venu de Nice.
On sait le reste et la manière dont ces deux fonctionnaires furent destitués de leur emploi par l’Empereur.
Grobert revint à Chambéry et se vit réclamer quarante-quatre mille francs qu'on l'accusait d'avoir reçu de la ville de Padoue. Ïl nia avoir touché cette somme et refusa a la payer. Une inscription hypothécaire fut
alors prise par la ville de Padoue (1) sur les biens qu'il possédait à Chambéry, car il avait « acquis beaucoup de fortune ».
Quelque temps plus tard, il réclama contre cette décision et écrivit à l'Empereur la lettre suivante :
Sire,
On a calomnié auprès de Votre Majesté Impériale et Royale le commissaire des guerres Grobert.
Cet officier qui perdrait à chaque instant du jour mille vies pour Votre Majesté est digne de ces sentiments. Il est vierge d'or et d'argent, de désobéissance et de toutes les fautes administratives.
Cependant Votre Majesté l’a destitué sans l'entendre par son arrêté du 6 nivôse. Surprendre votre religion, Sire, est un crime dont il est plus doux d’être la victime que l’auteur. J'ose Sire. mettre aux pieds de votre trône toute mon indignation d'un tel attentat qui ne pourra jamais atténuer en rien mon dévouement inviolable à votre personne sacrée.
Sire, le plus fidèle de vos sujets.
GROBERT.
A la suite de cette lettre, l'Empereur demanda qu'il lui fut fait un rapport sur le cas de Grobert. Ce rapport lui fut présenté le 7 septembre 1808. Il indiquait notamment que :
Le sieur Grobert François est âgée de quarante cinq ans : il présente vingt deux ans de service, dont quatorze comme militaire, en passant successivent par tous les grades jusqu’à inclus celui de capitaine adjoint aux adjudants généraux inclusivement et huit en. qualité de commissaire des guerres.
IT a fait comme militaire les campagnes des Pyrénées-Orientales où il a reçu deux blessures qui l'on réduit pendant deux ans à un état d'atrophie générale.
(1) Cette inscription fut même renouvelée dix ans plus tard,
Ila servi comme commissaire des guerres aux armées d'Orient, de Réserve, d'Italie, d'observation du Midi et dans le royaume de Naples depuis l'an VI jusqu'en l'an X.
Il a reçu une troisième blessure grave le 23 prairial an IX en se rendant d'Ancone à Florence.
Il à fait, de plus, la campagne de l'an XIV en Italie où il fut destitué par décret de Votre Majesté du 6 nivose an XIV.
Il était dit encore que les maréchaux Lannes et Masséna s'intéressaient beaucoup à lui. Napoléon fut sans doute frappé par ses états de services car, par décision du même jour, le 7 septembre 1808, Grobert fut rétabli dans ses fonctions de commissaire des guerres et toucha même sa demi-solde depuis la date de sa destitution jusqu'à celle de sa réintégration.
Le 20 septembre 1808, il fut envoyé à l’armée d’Espagne en Catalogne, où il lui arriva une aventure en tous points semblables à celle de lan XIV en Italie; mal noté « sous le rapport de la moralité », traité de « faiseur » par les uns, prôné par les autres, il fut arrêté en juin 1810, conduit à Paris et traduit devant une commission d'enquête. Il écrivit pour se justifier deux longs mémoires qui sont à son dossier.
La commission ne trouva rien à lui reprocher.
Envoyé en Corse par décision du 13 juin 1812, puis à la grande armée en 1813, il fut fait prisonnier avec la garnison de Dresde.
Rentré en France peu de temps plus tard, il est nommé à Lyon et obtint le 18 mai 1815 le grade de commissaire des guerres de première classe. IT a la confiance du maréchal Augereau, duc de Castiglione, qui le recommande chaleureusement pour lui conserver ce poste.
Le maréchal Masséna lui marqua toujours sa cons-
170 MASSÉNA tante affection (1); en 1815, il le réclame auprès de lui dans les termes suivants :
Paris le 6 juillet 1815 A Son Excellence, le duc d’Auerstadt, Prince d’'Eckmübl, Pair de France, Ministre de la Guerre.
Monsieur le Maréchal,
Je prie Votre Excellence de donner ordre à M. Grobert, commissaire des guerres, de se rendre à nouveau auprès de moi pour être employé comme il l'était avant d’être envoyé en der-
nier lieu à la grande armée. Mon attachement pour ce fonction-
naire et la confiance que j'ai dans son zèle et ses talents me font vivement désirer que Votre Excellence veuille bien me l’accorder. Agréez, Monsieur le Maréchal, les assurances de ma haute
considération.
Le Maréchal, Duc de Rivoli,
Pair de France, Gouverneur de Paris Prince d’Essling.
(i) Il est curieux de constater à la fois combien le maréchal Masséna fut fidèle à ses amis et combien aussi 1l n'eut pas de chance avec eux.
Nous avons vu déjà comment il couvrit toujours de sa haute autorité et intervint à plusieurs reprises en faveur de son cousin François Masséna, commissaire des guerres, convaincu à trois reprises différentes de prévarications dans l'exercice de ses fonctions. En voici un autre exemple :
Le 5 janvier 1793, un député de Levens, Victor Tiranti, prononca à la tribune des Colons marseillais un discours très violent contre le général d'Anselme. Le représentant Grégoire fit siennes les accusations haineuses de cet homme dont il aurait dû connaître le peu d'autorité. C'était, en effet, dit J. Rance-Bourrey dans son opuscule « Le général d'Anselme à la barre de la Convention ». Extrait de cinquantenaire 1862-1911 de la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes). € Un notaire de Nice, originaire de Levens, membre actif du Club, âpre au gain, d'une avarice sordide et qui trouva moyen de faire en quelques années une fortune scandaleuse, Personne moins que lui n'était qualifié pour la défense de là justice et de l'honnêteté. Sous l'Empire, il fut révoqué de ses fonctions d’avoué, à la suite de malversations nombreuses dans l'exercice de sa charge, malgré l'appui du maréchal Masséna, son compatriote et ami ».
A la chute de l'Empire, Grobert, né sujet sarde, se vit rendu par le roi à sa patrie d'origine ; il réclama sa naturalisation qui lui fut refusée, et qu'il obtint finalement.
Après les Cent-Jours, Masséna, nommé commandant militaire de la 8" division, l’'appela de nouveau pour servir auprès de lui à Marseille.
Membre de la Légion d'honneur (1) il se retira après sa retraite aux environs de Chambéry.
(1) Arch. de la Légion d'Honneur. Doss. n° 29916, chevalier du 3 messidor, an XII ; officier du 15 octobre 1814, chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, le... 1814.