‹ Masséna et sa familleChapitre 50 sur 75 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

André Masséna et la Révolution

André Masséna, enfant du peuple, ne pouvait guère sous l'empire des idées nouvelles, annonciatrices de la Révolution toute proche, que concevoir et nourrir des sentiments républicains.

Comment d’ailleurs n'eut-il pas gardé un légitime ressentiment contre le régime qui, malgré ses excellents services comme sous-officier ne lui avaient pas permis, parce qu'il était roturier et sans fortune de briguer les galons d'oflicier. |

Aussi accueillit-il avec enthousiasme les principes révolutionnaires avant de devenir pendant un certain temps, au contact d’esprits exaltés, un peu jacobin.

Déjà, au lendemain de son mariage, il prend part à la vie politique d'Antibes. Peut-être même sur les derniers moments de son séjour au bataillon des Chasseurs Royaux de Provence, a-t-il fréquenté, en secret, malgré la défense ministérielle (1) les clubs et les sociétés maçonniques. À l’époque de son mariage, sa signature

(1) Le Ministre de la Guerre, La Tour-du-Pin Paulin avait obtenu en avril 1790 que toute communication fut interdite entre les militaires et les sociétés populaires,

comporte les trois points symboliques entre deux traits parallèles, marque distinctive de la société maçonnique dans laquelle il prendra une place marquée au point qu’en 1804, le Grand-Orient de France alors à la recherche d'un chef illustre, le charge d’une mission auprès de Napoléon Bonaparte pour déterminer ce dernier à accepter les fonctions de grand-maître (1).

Îl était de bon ton à cette époque de s'affilier à une société secrète et un grand nombre de généraux et de fonctionnaires signaient avec les trois points. Masséna, de plus, aimait naturellement le mystère. On raconte qu’en 1812, lorsqu'il fut pour la seconde fois gouverneur de Toulon, « afin de bien connaître les dispositions des esprits, il allait le soir déguisé en bourgeois et coiffé d’une casquette, s'asseoir sur les bancs en pierre du Cours ou du Champ de bataille auprès des vieux qui

(1) A la gloire du grand A de l'an, le 3° jour du Î{°’ mois de l'an de la V. L. 1804; 12 ventôse, an XII. Le Gd. Ve. du G. O. de France au T. C. et T. R. F. général Masséna T. R. F.

La Maçonnerie en France a besoin d'un chef illustre. Cette institution ancienne d'amitié et de bienfaisance fait le bonheur de ceux qui y sont admis. Elle a besoin de protection, mais elle ne la désire que dans la proportion de son dévouement aux lois et aux Gouvernants dans les Etats où elle est tolérée. Ce sentiment. intime lui fait désirer d’avoir un Grand-Maître digne d'une association aussi intéressante. Elle ne peut prétendre à Napoléon Bonaparte, mais le plus cher de ses vœux serait que ce nom chéri devint le cri de ralliement de la famille maçonnique. Je vous prie au nom de tous les ff, d'employer vos bons offices à l'effet de déterminer Bonaparte à accepter la place de Grand-Maître de l'Ordre de la Maçonnerie en France. Ce bienfait inappréciable serait vivement senti et le jour de son acceptation serait un jour d'allégresse universelle. J'ai l'honneur d'être pour le N.M.A.V.C. A.T.L.G.Q. V.S.IL.T.R.F. votre

très affectionné et très dévoué f. le Gé Ve du Gd,. ©. de France : Roettier de Monteleau Gd. Ve.

Timbré et scellé par nous, Garde du timbre en Sceaux du Gd. Orient

de France ; signé : Dubin. Par mandement : Gaume Fre. d'Office. (Arch. de la famille Masséna, vol. 1).

prenaient le frais et il entrait en conversation avec eux » (1).

On a dit aussi, et cela n’a rien d'impossible, qu'il connaissait et se servait à l'occasion d'un mot de passe ou signe de reconnaissance qui était dit-on employé par les niçois à l'étranger.

« Lorsqu'un niçois, dit Toselli (2), rencontrait quelqu'un qui lui paraissait être un compatriote, pour s’en assurer, il l'abordait avec ses mots : « Ferroutié » à quoi tout vrai niçois répondait : « Signe » réponse qui était suivie de la question € Doun soun lu muort ? — A Puorta Nova ou à Carras ou à Sincaire ». (Où sont les morts ? — à la Porte-Neuve, à Carras ou à Sincaire).

Et Toselli ajoute que Masséna commandant le 2"° bataillon du Var, reconnut ainsi parmi ses soldats un niçois nommé Broc, dit Calous, de qui on tenait le fait.

On raconte encore que Masséna se trouvant à Cosenza en 1806 et recevant un parlementaire nommé Dani qui se disait niçois, l'interpella par le mystérieux mot « Ferroutié » à quoi le parlementaire répondit par la phrase rituelle, ce qui lui valut la bienveillance du maréchal (3):

Rendu à la vie civile à Antibes, il prend pendant son séjour une part active à la vie municipale et publique. Il devient — chose étrange puisqu'il n'est ni français, ni naturalisé, — citoyen actif (4), fait désormais partie de

(1) Les cahiers de P. Letuaire (1796-1884). Toulon, imp. du Petit Var 1910, p. 41, série Î.

(2) Revue Wice Historique NX, p. M. Voir également Toselli € Raccolta di vari documenti sulla storia di Nizza ».

(3) Lettre en italien datée de Cosenza, le 22 janvier 1806 et adressée par François Scudieri à son cousin François Paullian alors à Naples (Nice Historique 1912, p. 100).

(4) Les citoyens actifs, d'après la loi votée par la Constituante, étaient ceux qui concouraient aux élections. Ils devaient justifier avoir 25 ans et payer une contribution directe égale au moins à la valeur de trois journées de travail. Les citoyens passifs étaient ceux que la même loi excluait des élections,

cette catégorie de citoyens, qui d'après la loi votée par la Constituante, concouraient aux élections et sa signature, toujours accompagnée des trois points maçonniques, figure aux registres des délibérations de la municipalité chaque fois que l'assemblée des citoyens actifs est réunie. La ville d'Antibes, comme nous l'avons déjà vu, le récompense de son zèle et de sa propagande des idées nouvelles en lui décernant à maintes reprises un brevet de civisme. A son tour, le 24 février 1792, l’édilité de Vence où André Masséna exerce les fonctions d'adjudantmajor du 2° Var, se plait à certifier et à attester qu'il a toujours montré « un zèle très ardent et peu commun dans l'exercice de sa charge et un attachement inviolable à la Constitution ».

Le 6 décembre 1794, (1) le général en chef de l’armée d'Italie, Dumerbion, dans un certificat très élogieux sur le rôle joué par Masséna dans plusieurs expéditions contre les Austro-Sardes, se plait à le qualifier de « véritable républicain ».

Patriote ardent, Masséna s'était lié d'amitié très vive avec le général Charton, jacobin exalté, alors qu'il se méfiait du général d'Anselme dont les idées politiques étaient plutôt tièdes mais malgré ses opinions, il ne songea jamais à briguer une situation politique. Il brilla une fois dans les clubs, quelque peu ea paysan du Danube, et s’abstint de toute intrigue (2).

(1) 6 décembre 179%1.— Armée d'Italie, — Au quartier général de Nice le 16 frimaire la 3% année de la République Une et Indivisible. Le général en chef de la dite armée. Empressé de rendre hommage à la vérité, je soussigné, Général en chef de l'armée d'Italie, certifie que le général de division Masséna, employé sous mes ordres depuis que j'ai été nommé commandant de l'armée, a commandé à plusieurs expéditions très conséquentes et qu'il s'est conduit en général expérimenté, bon soldat et véritable républicain, Signé: Dumerbion. (Arch. du maréchal Masséna, vol. 1).

(2) Thiers, Histoire de la Révol. Française. T. 9, p. 155 et 294. — Au

printemps de 1597 au premier remplacement d'un des Directeurs,

On verra plus loin, à la lecture de sa correspondance et de ses ordres, de quelle manière il exprime ses sentiments. Il adopte très rapidement le style révolutionnaire, termine régulièrement ses lettres et ses ordres par la classique formule : « Ça ira, Salut et Fraternité », proteste fréquemment de son dévouement pour la République « Une et Indivisible » et ne manque jamais de signaler la bravoure de ses soldats « qui ont chargé à la sans culotte » et se sont conduits en « véritables républicains » ; (1) il va même jusqu'à écrire, à propos du mauvais temps « que la neige a respecté le sol de la liberté ». À une autre occasion, ne dit-il pas à un de ses officiers, au sujet de l'application de la loi sur le maximum, qu'il espère que l'on arrivera à « détruire l'affreux agiotage qui n'a fait que trop de mal à notre sainte République » (2)

l'entrée d'un chef militaire au Luxembourg était envisagée avec faveur par le Conseil des Cinq-Cents. En prairial, an VIH, Augerezu obtient 195 voix, Masséna 210 et Ernouf 201. (Le Ministre Merlin, de Douai, fut élu). Lors du remplacentent de Carnot, ces trois chefs militaires obtiennent 192, 194, 175 voix. (François de Châteauneuf enleva le poste).

Dans d'’autrés élections le 29 prairial an VIT Masséna obtint 321 voix, puis 316 lors de l'élection en remplacement de Merlin de Douai et La Revillère démissionnaire, 304 et 2? lors de l'arrivée au Directoire de Moulin.

(1) « Sa conduite morale et politique, son patriotisme et ses capacités sont justifiés par ses actions, son brûlant amour de la patrie, sa conduite militaire et par son élévation au grade de général de division dont il a rempli jusqu'à ce jour les fonctions. Il ne parlera pas des victoires et des succès que la division sous ses ordres a remportés sur le tyran sarde qu'un jour rendra le plus juste et plus éclatant hommage à la valeur de tous ses frères d'armes ; il ne s’en fait point un mérite particulier. Il sait qu'un général qui remplit ses devoirs peut par des plars cembirés préparer des succès, mais que c’est toujours le courage et l'intrépidité du soldat républicain qui les assurent ».

(Lettre de Masséna au Ministre de la Guerre, datée de Garezio le 4 prairial an IF, 23 mai 1794).

(2) Lettre au commandant de la Roquette en date du 22 novembre

A la même époque dans une lettre au représentant du Peuple près l'armée d'Italie, il s'exprime ainsi :

Fougasse, le 6 octobre 1793

L’An II de la République Une et Indivisible

Citoyen représentant,

Je suis bien aise d’avoir l'honneur de vous observer que la Compagnie de ligne du 91° régiment est la même qui se trouvait de garde à l'avancée, tout près de l'ennemi, lors de votre tournée au camp et que le moteur de tout le désordre est le même Tambéric (?) qui osa vous tenir le propos qu'il préférerait pour bien des raisons l'habit blanc à l’habit bleu. C’est la même Compagnie qui se trouve désignée dans le procès-verbal que je vous envoie.

Il. . . . . représentant que le service de la discipline etmême cet esprit de l’ancien régime qui se trouvait malheureusement encore dans les ci-devant troupes de lignes, l’on y gagnerait et le reste d’autocratie y perdrait si on détruisait (2) les bataillons de grenadiers. Vous verrez, représentant, dans le procès-verbal que je ne veux que la légalité et la paix, mais aussi je mourrais plutôt que de laisser enfreindre les lois que j'ai juré de faire

respecter. ÿ MaAssÉNa (1).

Lors de la campagne d'Italie, il fut avec Augereau, l'un des premiers à menacer de destitution les officiers qui affecteraient de remplacer dans leur appellation, le mot citoyen, par celui de « Monsieur » (2).

Masséna était sincère ; malgré ses succès et les honneurs qui lui échurent, il fut pendant une grande partie de sa vie fidèle à ses idées et n'approuva pas le Coup d'État du 18 brumaire. L'Empereur lui en garda certainement une inimitié secrète et on a pu écrire : « Napoléon estimait fort Masséna sous la Révolution et le Consu-

(1) Arch. de Masséna, vol. Î, Italie.

(2) Mémoires de Barras, t. ?, p. 263.

ËT SA FAMILLE 2635 lat ; sous l'Empire, il le goûtait moins et en 1806, il disait : € sans avoir de grands talents militaires, c'était un homme vigoureux » (1).

Plus tard, son intérêt le fit se rallier au nouveau régime. Devenu Maréchal de France, Duc de Rivoli, Prince d’Essling, Pair de France, haut dignitaire de l'Empire, pourvu d’une riche dotation, ses idées se modifièrent. [| aurait eu mauvaise grâce à bouder plus longtemps contre un régime qui le comblait et son médecin Brisset, a dit avec raison : « Il fut républicain très avancé jusqu'en 1809, mais en 1813, ses idées de liberté et d'égalité s'étaient beaucoup modifiées ; on pense que des vues d'intérêt personnel ou de famille eurent part à ce changement » (2).

(1) Feuilles d'Histoire du XVII" au XXe siècle. Numéro du 1‘ avril 1912:

(2) Arch. priv. de la famille Masséna, vol. 2, p. 165.

Cliché Aunisio, phot. Antibes

ANTIBES. — Maison Lamarre-Masséna (état actuel)

PL. p. 264

CR # a ‘ Pa :

NES = E PSE Lise Ë | de Masséna

CHaAPiTRE XII

Mariage d'André Masséna

Au moment où il quitte le régiment, André Masséna a trente et un ans. C'est un homme de stature au-dessus de la moyenne, cinq pieds quatre pouces, portent ses certificats militaires ; son visage italien au front volontaire, — il avait un regard d’aigle, écrira plus tard le général Thiébault — porte l'empreinte de la maîtrise de soi, en même temps que de la finesse. Sa parole est brève et précise.

Privé dès son enfance, par suite du second mariage de sa mère, des douceurs du foyer, obligé à ne plus guère compter que sur lui-même pour se faire une situation, élevé à la dure école du marin et du soldat, il ne lui reste dans l'âme aucune rudesse de ces deux métiers ; mais il en conserve un abord plutôt réservé, un peu distant sans morgue toutefois.

L'habitude du commandement et le maniement des hommes, dans lequel il excellait, ont trempé son énergie et sa volonté. André Masséna a sa personnalité nettement dessinée.

C'est par-dessus tout un énergique et un volontaire « que rien n'abat ni ne décourage », dira plus tard Napoléon, mais avec un caractère insinuant et d’une extrême

souplesse. Il cherche sa voie dans la vie avec opiniâtreté ; militaire dans l'âme, il s'obstine à poursuivre la carrière des armes malgré la difficulté et la presque impossibilité pour un homme sans naissance, d'arriver au grade d'officier.

Son commerce est apprécié de ses amis qui, dès qu'il en trouvera plus tard l'occasion, bénéficieront, grâce à son indéniable bonté de cœur, de son crédit et de sa puissance. Les anciens compagnons d'armes de ses débuts en seront tous les unanimes témoins.

Le sang des Masséna coule dans ses veines et c'est en lui toute une hérédité de courage dans la lutte pour la vie et aussi d'esprit d'aventure qui bouillonne ; s’expatrier, aller’ vers l'inconnu, soit en Amérique, soit en Nouvelle- Calédonie, pour tenter la fortune a été le lot de la plupart des membres de sa famille. Il obéit à l'exemple de ses anciens, à son atavisme, et dès qu'il en trouvera l'occasion et le milieu propices, ses qualités natives de volonté, d'endurance et de courage indéfectible lui assureront plus que le succès, la gloire.

Mais pour l'instant, André Masséna avait d'autres sujets de préoccupations.

Au cours de son séjour à Antibes, il avait fait la connaissance de la famille Lamarre. Joseph Lamarre, maître chirurgien, sorte d'oflicier de santé, faisait partie de la bonne bourgeoisie de la petite ville d'Antibes. Honorablement connu, il jouissait d'une certaine réputation ; un de ses parents était maire, un autre notaire, lui-même avait pignon sur rue et habitait sur la place vieille au quartier de Sainte-Claire, presque en face du couvent (1) des religieuses de cet ordre, une maison lui appartenant. Cette demeure (2) existe encore, telle qu'elle était du temps des

(1) Le couvent est disparu de nos jours; sur son emplacement a été construit le théâtre actuel.

(2) Cet immeuble est situé cours Masséna et porte le n° 2{. Il est devenu par héritage la propriété de feu M. Gustave Valentin, architecte.

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Lamarre ; c'est un immeuble étroit, élevé de trois étages sur deux arceaux. En façade, à gauche, en entrant, se trouve une petite boutique mal éclairée, à droite la porte d'entrée s'ouvre sur un large vestibule qui précède une grande salle dénommée depuis « bureau du maréchal ». Dans le vestibule à gauche, un escalier à rampe de fer très simple dessert les trois étages, composés de grandes pièces communiquant entre elles par une ou deux marches. La maison qui aurait primitivement appartenu aux Grimaldi est bâtie sur cave voutée, avec citerne. Un souterrain aujourd'hui muré reliait cette cave aux anciennes tourelles des remparts d'Antibes dont on voit encore des vestiges.

Masséna donc, admis dans cette famille qui passait pour riche (1) courtisait la fille unique de Ia maison, M": Rosalie Lamarre. Masséna était beau garçon « avec sa belle tête au front têtu, aux yeux résolus, ses cheveux noirs en broussaille et son nez dominateur (2) » son esprit naturel, insinuant, adroit, et les excellentes manières qu'il avait acquises (3). il eut tôt fait de lui tourner la tête et dut en être aimé, car, il n'obtint sa main qu'avec peine disent plusieurs de ses biographes.

Le mariage fut célébré à Antibes le 10 août 1789, c'està-dire, sept jours exactement après qu'il eût quitté le régiment (4).

(1) Brisset.

(2) Jehan d'Ivray, La Lombardie au temps de Bonaparte, p. 73-74. (3) Brisset.

(1) Acte de mariage de Masséna:

L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf et le dix du mois d'août, sieur André Masséna, âgé de trente et un ans, fils de défunt Jules-César, négociant, et de feu demoiselle Catherine Fabre, ancien adjudant du régiment des Chasseurs Royaux de Provence, habitant dans cette ville d’une part, et demoiselle Marie-Rosalie Lamarre, âgée de vingt-quatre ans, fille du

Cette union fit un certain bruit dans la petite ville d'Antibes. On peut mesurer le degré de considération dont jouissait la famille Lamarre dans l'esprit de ses concitoyens, à la qualité des témoins qui figurent à l'acte : deux notaires, MM. Lamarre et Louis Dolle ; Jean-Antoine Roux, négociant, beau-frère de Masséna, venu tout exprès de Nice ; Alexandre Roux, bourgeois de Toulon, le lieutenant Marcel Masséna, oncle de l'époux ; Barthélemy Gauthier et très certainement le colonel Chauvet d’Allons, ancien chef de Masséna et les officiers et amis du régiment qu'il venait à peine de quitter.

Ce fut presque un grand mariage et naturellement, comme bien souvent en pareille circonstance, la malignité publique et les commérages s'exercèrent largement aux dépens de tous à l'occasion de cette union.

On s’étonna, sous le manteau, que le chirurgien Lamarre, bourgeois cossu et bien apparenté, eut donné sa fille à un ancien adjudant, même pas retraité, un italien sans éducation, ni métier, ancien mercenaire qui, hier encore, faisait partie de cette soldatesque batailleuse et avinée qui hantait tous les mauvais lieux de la ville et dont les rixes avec les Chasseurs des Ardennes, qui tenaient encore garnison à Antibes, apeuraient la population. Il est certain que l’armée, surtout les régiments étrangers, ne jouissait

sieur Joseph, maître en chirurgie, et de demoiselle Marie-Anne Aubanel, de cette ville, d'autre part, ont été mariés et ont reçu la bénédiction nuptiale par nous prêtre soussigné de cette église et selon les formes du Concile de Trente, après une seule publication faite dans cette paroisse Accordé par M. le Général de division le 4 du courant et signé de lui Montchoisy, major, Court, greffier, d'Allons, lieutenant-général audit régiment de Provence. Présents le père de l'épouse et la mère. Témoins Me Louis Dolle, notaire, le sieur Lamarre, notaire, Gautier, Antoine Roux, négociants, Alexandre Roux, bourgeois de la ville de Toulon, Marcel Masséna, oncle d'André, qui.ont signé avec les parties. Ardisson, prêtre vicaire.

(Antibes, arch, municip. regist. des mariages, 1789)

alors d'aucune considération. Même les officiers sortant du rang comme Marcel Masséna par exemple sont qualifiés d’un terme bien péjoratif : officier de fortune. D'autre part, en entrant au service, les soldats perdaient presque leur nom pour se voir appeler d'un sobriquet. André Masséna, peut-être en raison même de son nom très euphonique, échappa à cet usage et dans une pièce de son dossier, il est désigné sous le nom de « Masséna, dit Masséna » ; son jeune frère Jean, avait été qualifié « l’aimable caporal » d'autres s'appelaient : La Fleur, la Tulipe, la Ramée et il semble bien qu'en s’enrôlant on abdiquait son véritable état-civil.

On se perdit donc en conjectures sur les mobiles qui avaient pu faire consentir le père à une union qui passait dans la bonne société d'Antibes pour une dérogation.

L'explication de ce mystère se trouve peut-être dans la question d'intérêt. Certes, si l'amour ne fut sans doute pas exempt de cette union, il n'est pas possible d'oublier que Masséna, comme la plupart des habitants d'Antibes, pensait que les Lamarre étaient fortunés. Masséna donc, du fait de son mariage, pouvait continuer à tenir un rang honnête. Quant au père, il dut certainement songer que sa fille avait vingt-quatre ans et qu'il était temps de pourvoir à son établissement.

La question d'intérêt ne dut pas être agitée, aussi bien du côté Lamarre que de celui de Masséna. De part et d'autre on garda un silence prudent, chacun se contentant de ses illusions. En tout cas, ni avant ni après le mariage, auquel ne l'oublions pas, deux notaires assistaient, aucun contrat ne fut établi et cela est symptomatique.

Hélas ! André Masséna s’aperçut bientôt que les apparences sont parfois trompeuses et s'il avait cru en son fort intérieur faire une affaire, il lui fallut déchanter.

« Ce mariage, — dit Brisset, qui reçut peut-être plus tard les confidences du maréchal, — ne donna pas à Masséna

les avantages sur lesquels il avait compté, à cause des hypothèques dont les biens de son beau-père étaient grevés »,

La déception dut être cruelle et les regrets furent sans doute amers en constatant pour la troisième fois, qu'il avait raté sa vie, d'abord par l'abandon de Îa fabrique de son oncle, puis en quittant la marine et enfin par son départ de l’armée. Voilà qu’à tous ces insuccès venaient s'ajouter les déboires de son mariage, car la situation était telle qu'il lui fallait songer immédiatement à trouver un emploi pour gagner sa vie.

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Jacques-Prosper MAsséNA Prince d’Essling né le 25 juin 1793 + 13 mai 1821 Chef d'Escadron de Cavalerie

Victoire-Thècle MAssÉNA

née le 23 septembre 1794 + 18 mars 1857 épouse le 12 septembre 1814

Honoré-Charles-Michel, Comte pe ReiLe, Maréchal de France, sénateur

André-Charles-Victor, Comte REILLE né le 23 juillet 1815 + 18 janvier 1887 Général de Division, marié en 1870 à Louise-Charlotte, marquise de BonGars veuve du Comte de BARBENTANE

Charles-Gustave REILLE né le 14 mars 1817 mort en bas-âge

Gustave-Charles-Prosper, comte ReiLLe né le 1°" décembre 1818

épouse le 11 mars 1848 sa cousine

Françoise-Anne-Marie MAsséxA D'EsszinG DE Rivort

Lieutenant de vaisseau, puis député au Corps Législatif

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