‹ Masséna et sa familleChapitre 53 sur 75 · TRE · texte numérisé non relu

TRE

HAPI

CuaprrRe XIII

Rosalie Lamarre

Rosalie Lamarre naquit à Antibes le 4 septembre 1765, de Joseph Lamarre, maitre-chirurgien et de Marie-Anne Hypolyte Aubanel. Elle avait vingt-quatre ans à l'époque de son mariage.

Autant qu'on puisse en juger par l'unique portrait que l'on a d'elle, un médaillon en couleurs, datant probablement de 1814, c'était une personne d'aspect bourgeois, grande, brune, avec le teint mat, comme ses compagnes des bords méditerranéens, assez forte, vêtue d'une robe blanche de style empire ; ses cheveux noirs étaient partagés par une raie et sa coiffure comportait, suivant la mode du temps de savants et larges accroche-cœurs sur le front et une « anglaise » sur le côté. La bouche et le nez étaient petits, les veux clairs, les traits dénués de finesse, le menton gras, mais l'ensemble de la physiononie dégageait une impression de bonté et justifiait le jugement de la duchesse d’Abrantès qui déclare dans ses mémoires : « Madame Massena était une grande femme, encore belle et fraîche en 1810 ».

Son éducation morale parait avoir été plus soignée que son instruction. Dans ses premières lettres écrites de sa main qui sont parvenues jusqu'à nous, le texte est presque

souvent illisible à cause des nombreuses fautes d'ortho- | graphe et de syntaxe qui les émaillent. Plus tard, la majeure | partie de sa correspondance sera faite par une secrétaire et elle se contentera de signer: Rosalie Masséna puis : la Princesse d’Essling.

Son caractère semble avoir été posé, réfléchi, peu imaginatif. On la voit s’occupant surtout de sa maison, de ses enfants, de ses intérêts et de ses amis. (1)

(1) Les trois lettres suivantes sont pleines d'indications à ce sujet :

Ruel, 8 juillet

€ J'ai reçu, mon cher cousin, hier soir votre lettre de Marseille (?) J'espère que la mienne vous trouvera auprès de votre chère famille. Jouissez, mon cher Galli, d’un bien (?...) des individus, ne jouissent par leur faute. Depuis votre départ, j'ai éprouvé bien des inquiétudes. D'abord, vous savez que je devais aller voir jouer la comédie à Saint- Germain. J'y fus et je trouvai Victorine indisposée. Je l'emmenai avec moi ; elle a été bien malade et moi aussi. Nous avons eu de la fièvre toutes deux pendant quelques jours. Nous ne l’avons plus, mais nous ne valons pas mieux. M. A... a été arrêté le 26 juin et il est encore en prison. C'est pour les affaires dont vous savez. On a rien trouvé dans ses papiers, mais on veut le détenir jusqu'à ce qu'il est remis des bons qu'on lui demande et qu'il a trouvé dans les mains d'André. J'ignore si celui-ci voudra les renvoyer. Le tout, mon cher, me donne bien du chagrin (2?) comme vous le concevez: Aussi, je ne vais, ni ne vas chez personne. J'ai des nouvelles de M. le Maréchal. Il est dans ce moment à faire le siège de Gaëêta. A sa place, je n’en aurai rien fait... son zèle lui donnera tous les désagréments possibles que... l'envie de se plaindre. Fasse le ciel qu'il fasse que..., de la famille et qu'il y vive heureux et content... Je vous prie, mon amitié à ma cousine, mille caresses à vos chers enfants, les miens vous disent bien des choses. Ne m'oubliez pas auprès de mon oncle et tante et donnez moi des nouvelles de tout ce qui se passe en ce qui concerne les affaires de F. Suis, ma chère cousine, votre très attachée cousine ».

Rosalie MAssExA

Paris, le 18 février 1807.

« J'ai reçu, mon cher cousin votre lettre sans date ainsi que celle d'Augustin Gaude et celle de Salvi. Je n'ai rien eu de plus empressé hier que d'envoyer chercher M. Gasson pour lui faire les différentes deman-

Le général Koch, dans les mémoires de Masséna pourra plus tard écrire : « Le maréchal eut toujours la plus grande considération pour sa femme, qui douée de toutes les qualités de cœur et, ne s'étant jamais laissée

des que vous désirez. M. Gasson y a mis tout le zèle possible en se rendant de suite chez M. François, le travail étant fait depuis huit jours, il a été impossible de rien obtenir. Cet inspecteur m'a dit aujourd'hui qu'il partait pour se rendre à Nice et qu'il ferait son possible pour donner la place d'Alexandre à Salvi et qu'alors il pourrait donner celle Salvi à mon beau-frère Rousse. Je vous prie en conséquence, dès que vous apprendrez l'arrivée de M. Gasson dans notre ville, d'accompagner chez lui mon beau-frère. Je suis persuadée qu'à ma considération, il fera tout ce qui pourra lui convenir et nous être agréable à M. le Maréchal et à moi. J'aurais désiré, mon cher Galli que vous m’eussiez écrit huit jours plus tôt, j'aurais eu certainement la place qui a vaqué par la promotion d'Augustin à celle que j'ai demandée et obtenue pour lui. Je n’écris point à Augustin dans le cas ou il serait encore à Nice : dites-lui que M. François étant très content de lui, ne manquera pas de lugonner un nouvel avancement. J'ai écrit à votre beau-frère Philippe sséna par le courrier d'hier pour le prévenir que dudit jour, j'ai tiré sur lui une lettre de change payable à Nice à l'ordre de M. Labatut (2). Je vous prie de lui dire que j'espère qu'il voudra bien faire honneur à cette traite. Je prends toute la part possible à la perte que vous venez de faire de votre fils André. Présentez en aussi mes doléances à ma chère cousine. Je suis fâché de la conduite que François tient envers ses père et mère au souvenir desquels je vous prie de me rappeler Les dernières nouvelles que j'ai reçues de M. le Maréchal sont du ? février. Je le présume maintenant à Varsovie. Mes enfants vous présentent leurs hommages affectueux et attendent les belles oranges que vous leur annoncez. Recevez aussi les salutations respectueuses de leur instituteur ».

Suis, ma chère cousine, avec amitié votre cousine.

RosaLiE MasséxA

A Monsieur Galli à Paris

« Je viens d'écrire à M. Rolier mon cher Galli, pour qu'il fasse passer l’ordre à l’oiseleur de ma maison de venir faire le choix des oïes dont j'ai fait l'offre à Madame. Tachez de voir et de l’engager à envoyer quelqu'un de sa maison le plus tôt possible avec une cage pour les emporter. Je ne puis en ce moment disposer d’aucun de mes gens pour les lui faire passer, vu les travaux pressants qui les occupent. Je désirerais que vous consultassiez M. Ardant en ce qui concerne l'affaire de

éblouir par la brillante fortune de son mari, avait conservé les habitudes d'une bonne mère de famille qui savait heureusement allier l'économie à la générosité ». (1).

Ce dernier point parait un peu douteux, car, comme son mari, M" Masséna parait avoir été toute sa vie, très près de ses intérêts. Comme son mari aussi, les honneurs ne la grisèrent pas. En effet, au moment où André Masséna reçoit de l'Empereur le titre de Prince d'Essling, elle en fait part à son parent, M. Galli, membre du Corps législatif, dans les termes les plus modestes :

« M. le Maréchal, venant de recevoir de Sa Majesté une nouvelle et éclatante marque de bonté, je m'empresse de vous en informer. Vous savez donc, Monsieur et cher parent, que M. le Maréchal vient d'être récompensé du titre de Prince d'Essling, que l'Empereur y a ajouté 560.000 fr. de rente dans le pays de Feld et un superbe château, appelé le château de Thoir, dans le Poitou. »

Et elle ajoute avec simplicité, elle qui du même coup devient princesse : k

« Je vous prie d'en instruire vos belles-sœurs de ma part, et les autres personnes de la famille que cette agréable nouvelle doit également intéresser. »

En ce qui concerne la question des intérêts, M": Lamarre, devenue M"° André Masséna, parait s'en être occupée

Lambert dont nous avions parlé avec M. Gibey. Il me parait que M. Gibey pourrait garder le billet de 4.000 qui est exigible le 22 du courant, en paiement de celui que ledit Lambert m'a fait et qui est échu hier, On lui tiendrait compte du surplus sauf de le poursuivre après pour le reste. Tel est mon avis. Expliquez le tout à M. Ardant si vous pouvez le voir, Apportez-moi des cahiers de papier à lettres ». Salut et amitié, Rosalie Masséna Arch, pr, de la fam. Masséna. Vol, IL p. 131 bis.

(1) Général Koch, Mémoires de Masséna. Préface p. LXXVII.

d'une façon pratique et n'avoir pas toujours été d'accord avec son mari, dont les besoins d'argent à certaines époques, lui semblaient exagérés.

A la date du 20 janvier 1802, alors maréchale, elle écrira à M. Guérin, Président du Tribunal de Draguignan qui lui fait part d’une lettre qu'il a reçue du Maréchal :

« J'ai également reçu plusieurs de ses lettres. Dans une, il me dit qu’il compte être ici au mois d'avril, mais le refrain de ses lettres est l'argent. »

Et elle ajoute avec une marque de décision qui caractérise son esprit d'économie et de gestion prudente :

« Il me dit que je lui fasse passer des fonds et qu’il les placera sur ma tête, je ne me fie pas à tout cela. »

Cependant son bon cœur intervient :

« Je vais pourtant lui envoyer une somme qu'il me donne et il en avisera ce qu'il pourra ».

Et plus loin un post-scriptum nous renseigne définitivement sur son sens pratique des affaires :

« J'ai plaidé avec Me Vial, pour les mille écus prêtés à son mari. J'aurais besoin d’un homme de loi à Grasse, vous m'’obligeriez de m'en indiquer un bon. Je vous salue (1) ».

(1) Il est singulier de constater que chaque fois que le nom de la Maréchale Masséna est cité dans les mémoires de l’époque c'est au sujet d’une question d'argent. À ce propos voici une anecdote savoureuse :

« La Duchesse de Reggio se rendant au devant de la duchesse de Berry, dont elle vient d'être nommée demoiselle d'honneur, arrive à Tours où elle rend visite à la Maréchale Masséna qui lui dit :

« — Savez-vous que nous pourrions bien errer des mois entiers à la suite de l'Empereur et de l’armée, avant que la crise soit décidée. Je l'ai

.. Des divergences de‘vues au sujet d'intérêts, créèrent quelquefois de légères brouilles dans le ménage, nuages passagers d’ailleurs. C’est ainsi qu’en 1805, le maréchal mécontent cessa pendant près d’un mois d'envoyer de ses nouvelles à sa femme. Celle-ci, inquiète écrivait à M. Ardant, banquier, homme de confiance de la famille, qui se trouvait auprès du maréchal :

Paris, le 4 nivôse, an XIV (25 déc. 1805).

Monsieur,

Depuis la lettre du 11 frimaire que j'ai eue avant votre départ et dont vous eûtes lecture, je n’en ai plus reçu (cela fait 24 jours). J'ignore ce que M. le maréchal a contre moi ; serait-ce le courrier que J'ai envoyé qui l'ait indisposé? Je vous ai instruit, Monsieur, de toût ce qui s’est passé ici, tant concernant M. le maréchal que son parent. Vous pouvez, je crois dans cette circonstance être mon arbitre auprès de mon mari; vous avez été témoin combien toutes ces petites inquiétudes m'ont affecté. Certes, la gloire et la réputation de M. le maréchal me sont aussi chers qu’à lui. J'espère donc, Monsieur, que vous voudrez bien par un mot de réponse m'informer des causes du silence inquiétant de M. le maréchal. Je n'ose plus lui écrire dans la crainte que mes lettres ne lui deviennent de plus en plus importunes. Je vous prie de lui remettre la lettre ci-jointe.

J'ai eu le plaisir de voir, hier, madame Ardant; elle jouit d’une parfaite santé et supporte votre absence avec un courage vraiment héroïque.

Recevez, Monsieur, les assurances de ma reconnaissance et estime.

Rosalie MASsÉNA.

Madame Masséna avait une qualité maîtresse, la bonté.

Elle fut très attachée aux divers membres de Ia famille

prévue et me suis précautionnée. Combien avez-vous pris d'argent ? Moi j'ai soixante mille francs en or dans la cave de ma voiture. »

« J'éludai la question, ne me trouvant point obligée d'établir que je ne possédais juste que l'intérêt d'une année de soixante mille francs. »

Le Maréchal Oudinot, par Gaston Stugler. Paris 1894, p. 317.

Rosazr LAMARRE

femme d'André Masséna

d’après ua médaillon appartenant à M. André Masséna Prince d’Essling

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de son mari, servit volontiers de marraine à ses petitsneveux et cousins et tous ses parents ne s'adressaient jamais en vain à elle. Pour eux, elle intervint auprès de son mari, sollicita et obtint de nombreuses faveurs, des postes dans l'Administration, des recommandations, des interventions diverses et ne se fit que des obligés.

Elle mourut le 3 janvier 1829, à l'âge de soixante quatre ans, treize ans après le maréchal.

CHapPiTRE XIV

Masséna Contrebandier

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