LE CID
Opéra en 4 actes et 10 tableaux
D'après Guilhem de Castro et Pierre Corneille Livret de MM. d'Ennery, Louis Gallet et Edouard Blanc
Première représentation, Académie Nationale de Musique,^ 30 novembre 1885
Rodrigue , Don Diègue, Don Gormas, Le Roi,
L'Ombre de saint Jacques,
MM..1. de Reszké.
E. de Reszké.
Plançon.
Melchissédec Lambert.
Chimène, Mme Fidès-Devriès.
L'Infante, M^e Bosman.
Divertissement de L. Mérante M"'s Mauri, Hirsch, Keller.
Costumes dessinéspar le comte Lepic.
M™^ Rose Caron prit possession du rôle de Chimène le 5 février 1886 j^jme Adiny le chanta par intérim ; MM. Duc et Saléza furent successivement titulaires du rôle de Rodrigue.
Le Cid a été joué à l'Opéra :
Neuf fois en 1885, quarante-cinq en 1886, treize en 1887, huit en 1888 trois en 1889, trois en 1890, cinq en 1891, six en 1893.
LYON 19 octobre 1895
Chimène, L'Infante, Rodrigue, Le Roi, Don Gormas, Don Diègue,
MM
M"ps Martini.
Jansen.
Villa.
Beyle.
Lequien.
Vérin.
Chimènë, L'Infante, Rodrigue, Le Roi, Don Gormas Don Diègue,
MONTPELLIER 17 avril 1890
M'"^ Duzil.
PrioUaud.
MM. Berger.
Albert.
Darnaud.
Joussaume.
NANTES 8 janvier 1887 ire représentation en province M"'^ Violetci.
Fanély-Pelosse.
MM. Devilliers.
Guillemot.
Gardoni.
Poitevin.
HAMBOURG i*"" janvier 1888 Mme Klafsky.
MU» Roediger.
MM. Stritt.
Krauss.
Ehrke.
Wiegand.
a Les librettistes de l'opéra représenté ce soir, ont habilement empruntés à Guillem de Castro et à Corneille ; à Guillem la scène du serment qu'ils ont transformée, et celle de la vision qui est une des meilleures de leur œuvre ; à Corneille la plupart des situations de sa tragédie et le plus grand nombre de ses vers célèbres. Doit-on les en blâmer ?...
Ils ont de plus à leur actif une trouvaille qui est celle d'un véritable homme de théâtre ; la façon si simple et si dramatique dont Chimène reconnaît en Rodrigue le meurtrier de son père, et qui forme la belle scène du troisième tableau.
Voyons maintenant comment l'auteur du Roi de Lahore et d' Hérodiade £Ltra.ité le grand sujet qu'il s'était donné la tâche de mettre en musique, et disons tout de suite que sans renoncer complètement aux procédés nouveaux, il a écrit avec une adresse supérieure, dissimulant la science de façon à la mettre à la portée de tous, une partition qui sans doute n'aura pas le suffrage des wagnériens, mais qui toujours claire, souvent inspirée et admirablement scénique, intéressera vivement le public et provoquera plus d'une fois son enthousiasme.
E. Noël et Ë. Stoullig.
{Les Annales du Théâtre et de la Musique^ i885).
v< Ces vers qui sonnent si fièrement à la Comédie-Française, et que tout lé monde a dans l'oreille perdent de leur force et de leur élan, quand on les assujétit à de la musique, si précipitée que soit la parole ; et l'accompagnement d'orchestre dont on les soutient prend aussitôt une certaine allure comique assez mal en situation .
Cela prête à rire au lieu d'émouvoir. Bref, l'amalgame est on ne peut plus malheureux, mis à part le talent de tel auteur ou de tel autre, et tendrait seulement à prouver la flagrante infériorité de la déclamation pure en tant qu'ayant précis d'expression. La musique est une chose et la poésie en est une autre ; on les accouple de force, on détruit celle-ci, sans aucun profit pour celle là.
Adolphe Jullien.
[Musiciens d'aujourd'hui^ 1892.)
Corneille et Massenet ! On ne s'attendait guère à la rencontre de ce génie et de ce talent, de ce charme et de cette puissance. Sous le poids d'une telle collaboration, le musicien qui pouvait rompre a plié seulement et l'on sait avec quelle grâce. Le Cid de JMàssenet est beaucoup moins héroïque que celui de Corneille, mais il n'est pas moins amoureux.
Ton bras est convaincu, mais non pas invincible.
Paraissez, Navarrais, Maures, Castillans.
De tels vers et bien d'autres sont encore à mettre en musique. Mais ceux-ci par exemple :
Mon âme aurait trouvé dans le bien de te voir L'unique allégement qu'elle eut pu recevoir.
ne reviendront plus jamais à notre souvenir que notés par ' M. Massenet ; désormais ils chanteront vraiment dans notre mémoire. Et cet hémistiche, si profondément triste en quatre mots : <( Pleurez, pleurez mes 3^eux ! » pouvait-il inspirer une plus touchante paraphrase que les stances déjà classiques et dignes de l'être par la beauté de l'idée mélodique, par la noblesse de la forme et la pureté du stjde, par Tharmonie des proportions ? Ainsi gémissait jadis Marie de Magdala devant le sépulcre de Jésus. C'était le même deuil et la même faiblesse de femme. Dans le délicieux duo qui suit, dans ces phrases languissamment balancées, dans ce murmure de deux âmes souffrantes, quel charme de mélancolie et de regret I Voilà de ces pages enchanteresses qui feraient tout pardonner à M. Massenet. Qu'importe dirait-on, attendri et vaguement troublé, qu'importe qu'il manque de force s'il a d'aussi délicieuses faiblesses î
Camille Bellaigue.
iU Année musicale, iSgo.)
Je discerne une évolution sensible chez Massenet, tout en y retrouvant des parti-pris assez embarrassants pour la critique. Hérodiade par exemple était encore numérotée par scènes munies de quelques indications succinctes. Pour le Cid on ne trouve plus d'autres points de repère que la no-
menclature des actes et des tableaux. Je sais bien que le compositeur n'est pas tenu de se gêner pour la commodité du lecteur et qu'il a voulu en présentant ainsi sa partition dans une compacité formidable, nous prévenir qu'il la considérait comme un tout indivisible, comme un bloc dont on ne pouvait rien détacher pour un examen partiel.
Vue d'ensemble la partition du Cid se détache sur les horizons de l'école contemporaine, comme une cîme imposante et colorée de feux — ceux de l'aurore ou du couchant ? — Je n'en décide pas.
On estimait à bon droit M. Massenet, d'abord comme un maître en l'art d'écrire, puis comme un élégiaque et surtout un coloriste descriptif. Il a révélé ce soir un tempérament dramatique, qui jusqu'à ce jour avait sommeillé sous l'engourdissement voluptueux des caresses symphoniques. Le Cid ne renferme pas une peinture orchestrale, qui se puisse comparer au Paradis d'Indra du Roi de Lahore, mais en revanche le lamento de Chimène, le duo d'amour, l'air de Rodrigue, aussi purs de forme qu'une pensée de Glûck ou de Mozart sont d'admirables pages, qui assurent à la fois l'illustration d'une œuvre, d'un nom et d'une école.
Auguste Vitu.
[Le Figaro, décembre 1 885.)
M. Massenet a écrit une véritable ouverture pour le Cid. Le public n'a pas trop paru la goûter, ni la comprendre parce qu'il l'écoutait peu ; il se réservait pour les chanteurs. Cette ouverture sera mieux comprise dans les concerts populaires où je m'attends à l'entendre au premier jour.
Le Cid de Massenet est incontestablement une œuvre remarquable et qui fera son tour d'Europe; c'est une nouvelle et importante affirrnation de la jeune école, mais cette école n'est qu'une école 'de transition. Il ne s'agit nullement ici de Wagner, mais seulement d'eîi revenir franchement, sans mesquinerie ni biais, ni inconséquence, ni subterfuge, aux principes de Gluck et de son école.
J. Weber [Le Temps y 8 décembre i883.)
Laissez-moi vous dire avant tout que dans sa nouvelle œuvre^ Massenet a bien donné tout ce qu'on attendait de lui. Il y a mis toutes les délicatesses, toutes les fines ciselures de son style, l'ingéniosité, le piquant coloris de son instrumentation, la grâce un peu maniérée quelquefois, mais toujours pleine de charme de ses idées mélodiques et toute la véhémence de l'accent, toute la noblesse d'expression que certaines situations exigeaient. Que pouvait-il y mettre de plus ? Comme il avait sans doute entendu parler de certaines ouvertures, qui sont trop longues, il en a fait une à laquelle ce reproche, en bonne justice, ne saurait être adressé. Exécutée dans un concert, peut-être trouverait-on qu'elle manque de développement ; mâis pour le théâtre, c'est juste ce qu'il faut et c'est surtout dans les choses de théâtre, qu'un musicien doit montrer (je ne veux pas ici faire de calembour) qu'il aie sentiment de la mesure. Mettons des proportions, si vous l'aimez mieux. L'oubli des proportions au théâtre est quelquefois plus grave et peut avoir des suites plus funestes que l'oubli des convenances dans un salon. Donc l'ouverture du Cid est plutôt courte que longue, mais elle est habilement traitée et donne un avant-goût de certaines phrases mélodiques, de certains traits caractéristiques, qui se retrouveront dans le courant de l'ouvrage.
Allez charmer vos oreilles aux mélodies inspirées du jeune maître dont l'auréole de gloire, à chaque œuvre nouvelle, scintille d'un éclat nouveau. AXlez et applaudissez. J'ai dit.
E. Reyer
[Le Journal des Débats, 6 décembre i885.)
Il n'est pas besoin de faire ici le portrait de M. Massenet. Musicien non seulement connu mais célèbre, son nom seul est pour l'ouvrage une garantie de succès. Les acclamations viennent à lui naturellement et on l'a bien vu hier soir. Je constate qu'il y a eu des ovations et des ovations encore. Et pourtant malgré la sympathie bien affirmée du public, il faut que je dise ma pensée delà partition, comme du poème. Loin de moi de mettre en cause la valeur musicale de l'auteur
des Erinnyes, de Marie-Magdeleine et du Roi de Lahore, mais je dois certainement la vérité à l'auteur du Cid.
L'ouverture m'a paru longue et je n'en ai pas saisi le plan d'ensemble.
Des cantilènes, des cadences plus que parfaites, des carillons, des fanfares, des formidables éclats de cuivre, un appareil instrumental exorbitant.
On sort ébloui de la richesse des décors et des costumes, assourdi de la violence des sonorités. Tout l'opéra qu'on vient d'entendre a passé devant vous, comme une tumultueuse charge de cavalerie qui s'éloigne furieusement, dans un tourbillon de poussière. Si c'est là ce qu'ont cherché les auteurs, il faut convenir qu'ils ont atteint leur but.
Les phrases heureuses, les accouplements de timbres ingénieux ne sont pas rares, cela va de soi, seulement nous sommes en présence d'un opéra désarticulé, qui aspire plutôt à revenir à l'ancienne forme qu'à évoluer vers la forme nouvelle. Les récits de pure déclamation, S3 substituent partout aux récits mélodiques, la mélodie s'italianise à nouveau et l'orchestre rejette ou à peu près ses velléités de symphonie expressive pour redevenir un accompagnement plus ou moins coloré. A quoi tend M.Massenet ? Ne voit-il pas qu'il se heurte, à la fois, aux inconvénients de l'opéra et du drame lyrique sans avoir le bénéfice de l'une ou de l'autre forme ? Nous le prisons trop haut en vérité, pour le laisser devenir imprudemment le jeune chef de la vieille école.
FOURCAUD
[Le Gaulois, i^' décembre i885.)
%SSCLARMONDE
Il ^ I
Opéra romanesque en quatre actes et huit tableaux
Paroles de MM. Alfred Blau et ]<ouis de Gramont
Première à V Opéra-Comique, le 14
mai II
Roland, MM. Gibert.
Phorcas,