V. WiLDER
(G/7 Blas, 17 mai 1889.)
Grâce à la musique, tous les détails de ces moments adorables nous sont contés. Cela commence doux comme un effleurement, puis le mouvement va en s'accentuant jusqu'au déchaînement des cuivres et un grand coup de cymbale final, qui exprime le cri de la passion triomphante et assouvie.
Tous les spectateurs sont excités jusqu'au paroxysme. Oh ! cet air... cet air. Les hommes clignent de l'œil ravis, les femmes se cachent derrière leur éventail. On crie bis, oui, une frénésie érotique.
Et dire qu'on conduira les petites filles entendre cet hymne à l'amour sexuel, pour les entrevues avant leur mariage. L'orchestre recommence. Et Roland ?... Diable, il va être bien fatigué.
Richard O'Monroy.
{Gil Blas, 17 mai 1889.)
Pour nombre de nos compositeurs, le retour de Bayreuth a fait l'effet du chemin de Damas pour saint Paul, et les voici à la recherche de poèmes d'opéra dont les tendances aillent de Lohengrin à Parsifal^ en passant par V Anneau des Niebelungen.
Qu'importe, après tout, si ce sont nos légendes qui défilent, et si, surtout, nos musiciens, en se garant du brouillard germanique, savent rester Français et chanter haut et clair, comme notre coq de Gaule.
Nous aurons alors un art nouveau, fait des profits qu'apporte avec soi toute révolution, et bénéficiant même des exagérations calamiteuses, de Vautre, au point d'apparaître plus parfait, étant plus simple.
Les théories de Wagner, mises, par des Français, à l'abri de la musique de Wagner, voilà le rêve : c'est ce rêve-là dont Massenet vient de faire une curieuse et splendide réalité.
LÉON Kerst.
{Le Petit Journal, 15 mai 1889.)
Dans son poème du Roi d'Ys, M. Edouard Blau a superbement écrit :
Les croyants sont les forts !
Cette force de la croyance, Massenet la connaît; on la retrouve en maintes places dans sa musique et c'est là qu'apparaît nettement sa véritable originalité. Il a le don des. larmes, parce qu'il croit à la souffrance ; il croit aux émotions qui font la joie et la douleur ; il croit au prestige des vers comme aux charmes de la beauté, à l'ivresse des sens comme aux rêves de l'esprit. Voilà pourquoi Esclarmonde est une œuvre, œuvre étrange si l'on veut, mais belle puisqu'elle est sincère. L'auteur n'y a pas mis seulement toute sa science ; il y a mis son cœur.
Charles Malherbe.
(Le Monde Artiste^ 2 juin 1889.)