MONS
Charlotte, M'i^ Kratz.
Sophie,
Werther, M . Wulff.
Albert,
12 mars 1895 MM. Leroy.
Dupuis.
Mlles Oberty.
Nazat.
La première audition de Werther eut lieu, en 1889, chez M. Carvalho, dans une séance intime. M™'' Rose Caron, à laquelle les auteurs destinaient le rôle de Charlotte, était présente. On espérait, à la faveur de cette création, Tenlever à l'Opéra; mais M. Carvalho trouva le sujet trop lugubre et provisoirement s'abstint.
La partition contient 2,797 mesures et l'exécution complète demande 131 minutes.
A rOpéra-Comique, Werther a eu quarante- trois représentations en 1893 et deux en 1894.
M"c Charlotte Wyns reprit le rôle de Charlotte, en septembre 1897,
Le jour de la première de Werther, V Echo de Paris publia un supplément illustré spécial, avec reproductions et autographes,dont est extrait l'article suivant :
— Vous désirez, me dit le Maître, connaître la genèse de Werther... comment l'idée germa en mon esprit de mettre à la scène cette adorâble et poignante « tragédie du cœur » de
OPÉRA-COMIQUE Reprise Mai 1897
Werther, MM. Leprestre, Albert, Bouvet.
Charlotte, Mlles Delna.
Sophie, Laisné.
Gœthe... pourquoi, enfin^ pendant six années, l'œuvre terminée resta dans mes cartons sans recevoir le baptême du feu de la rampe ? . . . Eh bien , voici . . .
C'était en i885... Je venais d'achever le Cid... Le hasard, un jour, me mit en présence de Georges Hartmann qui, à ses heures perdues et sous un pseudunyme, avait sacrifié déjà a des poèmes d'opéra, à des livrets d'opéra-comique. « Je vous connais à fond, me dit-il, et je sais vos pensées de derrière la tète. .. Hier, vous avez mis la dernière main à une œuvre grandiloque, héroïque, et aujourd'hui, je vous trouve déjà nerveux, agité, inquiet... A peine sortez-vous de table, et vous avez encore faim !... Vous allez, par la ville, quœrens quem devoret^ à l'affût d'un sujet... Eh bien! j'en sais un, délicieux, exquis, qui n'a pas encore été traité musicalement en France, et sur lequel, à votre place, je sauterais... — Lequel, de grâce? — C'est un drame passionné mais discret, poignant mais intime... — Quoi, encore? — Une synthétique tragédie de l'âme qui, dans un milieu simple et pur, dans la paisible atmosphère d'une petite ville germanique, se déroule et se dénoue entre trois êtres seulement: le mari, la femme et... l'ami. — Werther? — Eh oui, Werther!... Ce paradoxe ne vous tente-t-il pas de nous donner enfin une femme honnête au théâtre... vous qui y avez transporté déjà tant de courtisanes... y compris notre mère Eve!... — Soit! fis-je après une seconde de réflexion, apportez-moi un projet de scénario... »
Hartmann, immédiatement, se mit à la besogne et, quelques jours plus tard, en collaboration avec Paul Milliet et Edouard Blau, il me soumettait la première ébauche de Werther...
Le développement scénique me plut infiniment, je fus séduit du coup... Et laissez-moi ici vous avouer, par parenthèse, que je suis loin d'être un collaborateur commode... Oh! non, pas commode!... Méticuleux, tracassier, autoritaire, j'entends que les vers s'adaptent exactement à ma forme mélodique, j'exige que la coupe et le développement des scènes répondent adéquatement à la conception, née dans mon imagination, sur un thème donné... Je ne souffre pas que... Mais bast ! xMes colla-
borateurs sont, pour la plupart, de vieux et excellents amis qui veulent bien m'accepter tel que je suis, avec la somme de mes qualités et le stock de mes défauts... en bloc!
Je me mis donc au travail... 31es premières mesures, je les écrivis au printemps de i885 et je notai les dernières à la fin de l'hiver 1886... Près de deux années de labeur!...
La partition fut gravée de suite... Je songeai alors à chercher mon interprète principale, celle qui devait incarner l'héroïne du drame.. . Une cantatrice de tout premier ordre s'offrit d'abord à ma pensée... iMme Caron. Quelques semblants de pourparlers s'engagèrent à ce moment avec Carvalho... Ils n'eurent pas le temps d'aboutir. L'Opéra-Comique, à cette époque, passa successivement entre les mains intérimaires de MM. Jules Barbier et Paravey.
Ce dernier, précisément, me demandait une œuvre qu'il pût jouer pendant l'Exposition. .. Il avait connaissance de Werther et me sollicita à ce sujet... Mais je préférai lui livrer Esclarmonde, drame à grand spectacle, qui se prêtait bien mieux à tous les déploiements de mise en scène, à toutes les magnificences des décors et des costumes, et pour lequel enfin j'avais une merveilleuse interprète. M'"" Sibyl Sanderson, douée d'un voix miraculeuse, féerique, capable de s'élever à de vertigineuses hauteurs^... M. Paravey accepta cette substitution... Il eut raison, car ^5 <;Zarm<9n<i^ tint cent fois l'affiche pendant la durée de l'Exposition...
Sur ces entrefaites, Mano7i fut montée à Vienne. J'allai assister aux dernières répétitions. Grâce à la mise en scène, grâce à l'admirable exécution de l'orchestre, grâce surtout au talent des deux protagonistes. M"" Marie Renard et Van D3xk, le succès fut des plus vifs... Manon en est aujourd'hui, à Vienne, à la cinquantième représentation... chiffre énorme si l'on songe que, là-bas, un ouvrage n'est joué jamais, en moyenne, qu'une fois par semaine !
Quelques mois plus tard, je reçus une lettre de Van Dyck. « Que faites-vous donc, m'écrivait l'excellent artiste, que faites-vous de ce Werther dont vous m'avez, un soir, parlé dans les coulisses ? Que ne nous donnez-vous le plaisir de le créer ici ?» '
J'avoue que je fus ravi de la proposition, et je signai un traité avec la direction de l'Opéra Impérial,
Au mois de janvier 1892. je repartais pour Vienne. Le lendemain do mon arrivée, une voiture ctux armes de la Cour venait me quérir à mon hôtel pour me conduire à la première audition intime et privée, de mon œuvre.
Quelques détails, en passant, sur la façon très particulière dont sont administrés les deux théâtres impériaux de la capitale autrichienne. Hiérarchiquement, et au premier rang, domine en maître le prince de Hohenlohe, représentant direct de Sa Majesté. Après lui, viennent, d'abord, un haut personnage officiel qui porte le titre d'intendant général, et puis, en troisième lieu, le directeur, 31. Jahn.
Les artistes — 5' compris les danseuses — sont considérés comme accomplissant un service à'Etat. Chaque jour, des voitures officielles les amènent aux répétitions. Elles ont lieu de dix heures à midi et demi, dans le plus absolu huis-cols. Aussi bien le soir, pendant la représentation, personne n'est admis dans les coulisses, ni dans les loges, et cela au point de vue de la moralité la plus stricte. On joue, on chante, on danse entre artistes, loin de toute personne étrangère au théâtre... Les archiducs eux-mêmes sont consignés aux portes... Voilà qui diffère un peu de nos mœurs parisiennes et boulevardières !
Mais je reviens à ce qui me concerne... 31on bulletin de première répétition en poche, j'arrivai donc aux portes de rOpéra Impérial à neuf heures et demie du matin et fus aussitôt introduit dans le cabinet particulier du directeur. Imaginez un immense et luxueux salon, pouvant contenir "plus de deux cents personnes, et faisant partie de l'appartement de M. Jahn, qui habite le théâtre même.
Tout les artistes étaient là assis et groupés dans un charmant mais imposant ensemble... A mon entrée, tous se levèrent et s'inclinèrent. Le directeur s'approcha et prononça quelques aimables et trop élogieuses paroles de bienvenue. Tout cela prenait l'aspect intimidant d'une réception officielle... J'étais fort ému. En dehors de mes deux anciens interprêtes, M''^ Renard et Van Dyck,je ne connaissais personne...
Cependant le directeur me conduisit au piano, sur le pupitre duquel ma partition encore inédite s'ouvrait à la première page.
Je m'assis au tabouret et j'allais frapper le premier accord... A ce moment, vous le dirai-je, une émotion intense m'envahit... Le cœur me battit à se rompre... En une seconde, avec une intensité vraiment douloureuse, j'eus la notion bien vive de la responsabilité artistique qui m'incombait... Quelle terrible partie allais-je jouer ?. .. Cette partition de Werther datait de six années... A peine était-elle encore dans ma mémoire... Combien d'œuvres de moi avaient été exécutées depuis !... Je me trouvais là, seul, loin de mon pays, représentant, par la force des choses, l'art musical français... IJ'avais, d'autre part, conscience de l'honneur immérité qui m'était fait... N'étais-je pas à Vienne l'hôte de l'Empereur, invité aux frais de l'Etat et me rappelant que, seuls, deux maîtres avant moi — indiscutables ceux-là — Verdi et Wagner, avaient été l'objet d'une aussi haute et aussi précieuse distinction?... Toutes ces pensées, d'un coup, montèrent à mon cerveau, les larmes me vinrent aux yeux et... tout bêtement, comme une femmelette... je me mis à pleurer !
Alors que de prévenances et de délicatesses exquises autour de moi !... (( Courage! Courage!» me disait-on de tous côtés... Je fis un immense effort et tout tremblant encore d'émotion, j'exécutai au piano ma partition entière... Telle fut, à Vienne, la première audition de Werther...
Enfin, le i6 février 1892, à 7 h. du soir, la première représentation avait lieu au Théâtre Impérial...
11 ne m'appartient pas de vous dire l'accueil que mon œuvre reçut de la presse et du public viennois... mais il m'est bien permis, tout au moins, de rendre un reconnaissant hommage à tous ceux qui ont collaboré à son succès.
A réminent directeur, tout d'abord, à M. Jahn qui, non seulement monta mon drame musical avec un soin jaloux, mais qui, pendant la rude période des répétitions n'a cessé de m 'entourer de témoignages d'affection, de délicates prévenaces.. Je lui ai voué une inaltérable amitié. — C'est lui qui, le soir de la première, me fit le grand honneur, si rare et d'au-
K. K. Hof-
5)inôîag Dm 16. ?^ebriiQr î 8«2
Operntheater.