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LES ERYNNIES

Intermèdes pour la tragédie antique De Leconte de Lisle

Première exécution, Théâtre de VOdéon, 6 janvier Chef d'orchestre : Ed. Colonne

Reprise, Théâtre de la Gaité. 15 mai 1876, Direction de M. Danbé

Les Erinnyes^ une des premières partitions de 31. 31assenet et des plus remarquables, sont pleines d'une tristesse antique. De beaux mélodrames d'orchestre accompagnent les lamentations de Cassandre et surtout la libation d'Electre au tombeau de son père assassiné.

Hermès, prompt messager qui monte d'un coup d'aile De la pâle prairie où germe l'asphodèle, Jusques au pavé d'or des princes d'Ether.

Tout le monde connaît la douloureuse mélodie, qui s'enroule comme une guirlande funèbre autour de la pièce récitée parla royale orpheline. Je sais peu de plaintes aussi déchirantes que cette phrase, traînée des notes profondes aux notes hautes, se soulevant pour retomber sur elle-même, accablée de douleur ou secouée de sanglots. Quel surcroit d'émotion lui donne le timbre du violoncelle, le plus humain des instruments I Moins' âpre, mais d'une mélancolie rêveuse, est une autre page d'orchestre : La troyenne regrette sa patrie, légère esquisse musicale qui rappelle ces bas-reliefs à demi-effacés, nombreux dans les musées d'Athènes, où on voit un petit pâtre assis au bord de la mer et rêvant.

Camille Bellaigue.

{L'Année Musicale, 1890).

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Nous devons des éloges tout particuliers à la musique que M. Jules Massenet a composé pour les Erynnies. Sa part est pourtant restreinte et il ne s'agit de rien de semblable à la partition que Mendelsohn a écrite pour V A7itigone...

L'introduction de la première partie est un adagio lent et sombre, traversé soudainement par un court allegro déchirant et désordonné, qui représente le passage des Erynnies. La petite marche qui salue l'entrée d'Agamemnon offre peu d'intérêt. Mais l'entr'acte est fort beau avec une phrase de violon superbement conduite ; l'introduction sur laquelle entrent Electre et ses compagnes est la meilleure page de cette partition : On pourrait la signer fièrement : Ecole de Gluck. Enfin citons la prière d'Electre que dit M"" Broisat, et que traduit le violoncelle en une cantilène d'une ravissante mélancolie.

On ne peut mieux plaider que n'ont fait successivement Ch. Gounod, iMM. Bizet et Massenet pour l'introduction sérieuse et originale de la musique, dans le drame antique ou moderne.

Gustave Bertrand.

(Le Ménestrel, 12 janvier 1873.)

C'est à la fois un régal littéraire et musical.

Quant à la musique de Massenet elle est fort bien goûtée des amateurs, elle semble surtout avoir un parfum d'antiquité qui vous frappe. Les chœurs sont tous d'un grand ^\.y\e ; la marche du premier acte est un fort beau morceau rempli de sonorités splendides ; les airs de ballet sont ravissants : rien de plus coloré et de plus distingué. M. Massenet est un maître, il suffirait à sa gloire, d'avoir écrit ce pur chef-d'œuvre, qui s'appelle le ballet des Erinnyes.

E. Noël et Stoullig.

{Les'Annales du théâtre et de la musique, iSjà.)

Ah î les voilà revenues, ces redoutables Erynnies qui tiennent dans l'œuvre de M. Massenet la même place que les chœurs à' Ulysse A^.ns celle de Charles Gounod. M. Colonne

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nous en fait entendre de loin en loin quelques fragments. Cela ne nous suffit pas, tant nous avons dégoût pour cette partition si fraîche, si parfumée, si élégante et si personnelle. On les donna pour la première fois à l'Odéon, en 1873^ avec un petit orchestre, toujours sous l'habile direction de M. Colonne. Mais, en 1876, au Théâtre-Lyrique que dirigeait alors M. Vizentini, dans la salle de la Gaîté, le spectacle fut agrémenté d'un ballet et le compositeur^ outre les délicieux airs de danse qu'il écrivit, ajouta à sa partition des chœurs et, naturellement, fut obligé de renforcer son orchestre. Voilà, pour moi, la version que je préfère. Mais, depuis, M. Massenet, voulant que son œuvre fût purement symphonique et plus facile^ par conséquent, à être exécutée au concert, supprima les chœurs, ces chœurs de haut style et d'un sentiment si noble, d'une ligne si pure. Eh bien ! j'aurais voulu les retrouver au théâtre d'Orange, ces chœurs, que des choristes avignonnais eussent rendus avec la même perfection, relative sans doute, que ceux à' Antigone^ et dont M. Camille Saint-Saëns a bien voulu s'accommoder. Il y en a quatre dans la partition : celui des Vieillards argiens, précédé de quelques mesures de mélodrame, magnifique inspiration à Zeus ; celui qui salue le retour d'Agamemnon :

Gloire aux héros chargés des dépouilles barbares ;

la scène religieuses des Khoéphores portant les coupes des libations et déposant des guirlandes funéraires sur le tertre où repose le roi d'Argos ; puis, le chœur qui, sur un rythmB vif et joyeux, célèbre la mort du fils de Thyestès :

Un dieu furtif et vigilant L'a saisi de ses mains rapides.

Ernest Reyer.

[Journal des Débats. 8 août 1897.)

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