‹ MassenetChapitre 27 sur 57 · F. RÉGNIER · texte numérisé non relu

F. RÉGNIER

(Le Journal^ 4 octobre iSgSj.

Comme à Bruxelles, où Georgette Leblanc s'3^ montre admirable et comme à Londres, la Navarraise (ai-je dit qu'elle était tirée de la Cigarette de M. Claretie ?) réussit à Paris. Ceci posé, je m'étonnerai de la modestie (inaccoutumée) de M. Massenet qui, deux ou trois romances mises à part, a borné son rôle à régler de nombreux bruits de scène, tels que battements de mains, frémissements de tambours de basque, claquements de castagnettes, appels de clairons, tintements de cloches, coups de canon, coups de fusil, coups de revolver, etc., etc.

Il me semble qu'un régisseur aurait suffi à cette tâche, et qu'il n'était pas besoin de déranger, pour si peu, un membre de l'Institut.

L'Ouvreuse [UEcho de Paris ^ 5 octobre i895).

L'erreur de la critique moderne est de juger la musique littérairement et tout en rendant hommage à la sincérité artistique et à l'intellectualité élevée de certains de mes confrères, je ne puis m'empêcher de leur reprocher de se placer a un point de vue essentiellement faux. On n'est pas nécessairement un grand musicien, parce que révolté (ou impuissant, ce qui est hélas souvent synonyme) on préconise exclusivement l'abolition des formes consacrées, certes non irréprochables, mais du moins scholastiquement raisonnées^ cela au profit d'un idéal indéfini, d'une réalisation problématique. En musique, bien plus qu'en littérature, le stade est ouvert large, comme dit Pap3^rus, mais la franche beauté n'existe point sans la majesté de la ligne et les productions nées hors du domaine de l^harmonie peuvent, effet du hasard, intéresser, même plaire, mais simples météores, ni demeurer, ni faire école. C'est là, mon cher Straus qu'à son tour, la production, tue la reproduction. Somme toute, en mettant de côté l'idée du drame, Wagner en musique pure, n'a que développé extraordinairement l'orchestration et brisé le moule de la phrase musical (autrement période). L'école italienne à laquelle il a porté le coup de grâce, serait sans lui morte d'épuisement, mais comparez les partitions du maître de Bayreuth, chefsd'œuvres de nouveauté et de hardiesse, avec celles des vieux classiques et des anciens musiciens religieux. Où salue- t-on la souveraine grandeur?

Là des trouvailles merveilleuses^ une mélodique sans pareille, mais le tout chromât iquement érotique, musique charnelle, où se violent mutuellement les accords dans d'aphrodisiasques combinaisons. Ici le calme et la splendeur sereine, cathédralesques conceptions, dont aucun accent impur ne ternit la superbe majesté. Là le harem, ici le temple. Bien pompeux préambule n'est-ce pas, pour discuter l'ouvrage d'un maître-charmeur, musicien admirable, se jouant de la technique plus habilement que personne et qui doit rire de bon cœur, en lisant les jugements de ses ignares contempteurs.

Et tout cela pour dire que, je ne crois pas qu'un opéra (drame lyrique si le titre vous plait davantage), même conçu selon les formules wagnériennes, puisse être une œuvre pure-

ment belle. Certes on y trouve riche matière à invention, mais la grandeur de la musique consiste à pouvoir exprimer l'inexprimable et il ne me plait pas de la voir s'avilir au milieu d'orgies bachiques, ou sous le canapé de Phryné dans des concessions indignes d'elles.

Ceci dit en principe contre tous les musiciens d'opéra.

La Navarraise, épisode lyrique en deux actes, d'après livret de Claretie et Caïn est une partition ])leine de vie et d'enthousiasme, où le sujet rapidement tragique ne permettait pas de longs développements musicaux. Massenet a fait ce qu'il fallait faire et a parfaitement réussi. Ecartant toute outrageante comparaison avec Mascagni^ je ne m'attarderai pas à complimenter un maître aussi au dessus de l'éloge^ qu'il est au-dessus du blâme. Il n'est pas un jeune musicien en France qui ne se soit quelque peu imprégné de sa manière et ceux qui l'avouent le moins, sont justement ceux qui tiennent le plus de lui. Massenet, vous le décriez, mais comme les esclaves décrient leur maître. Si vous êtes sincères dépétrez-vous de vos entraves et volez de vos propres ailes, quitte à vous rompre le cou ; nous verrons bien en tout cas jusqu'où vous irez.

J'ai du moins la franchise même de mes vices^ car je ne sais s'il est Dieu ou Satan et je l'adore^, et s'il était Dalila, je pleurerais de n'avoir plus de cheveux à lui offrir.

Eugène de Solenière, (La Critique^ 20 octobre i8q5.

Massenet a en outre écrit pour le théâtre : Méduse, opéra inédit.

Sidi-Belhotil, opérette en un acte jouée aux Mirlitons en 1874.

Bérengère et Anatole, saynète jouée à l'Union artistique, en 1876.

LHetman, musique de scène pour le drame de Paul Déroulède (Odéon, 2 février 1877.)

Jhéodora, musique de scène pour la pièce de Sardou. 5 actes. (Porte Saint-Martin, 26 décembre 1884).

Le Crocodile^ musique de scène pour la pièce de Sardou, 5 actes, 9 tableaux. (Porte Saint-Martin, 21 décembre 1886.)

Il a en portefeuille :

Sapho^ sur un livret de Gain d'après Daudet, écrit pour M"^ Calvé. (En répétition à l'Opéra-Comique).

Grisélidis, Cendrillon et Froufrou.

Massenet a en outre orchestré et mis à point Kassya, opéra posthume de Léo Delibes (Opérà-Comique, 24 mars 1893, huit représentations).

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