LILLE
(Hippodrome) Jeudi-Saint 1893 Mlles Sidnes.
Delorn.
MM. Warmbrod.
Lorrain.
(L'orcheslre dirigé par Massenet.)
MONTPELLIER 21 mars 1894 MÉRYEM DE ^L^.GDALA, Mmcs Cliassériaux.
Marthe, Linse.
JÉSUS, MM. Dastrez.
Judas, Carroul.
... Ce fut une révolution, une découverte saluée de jolis cris de joie féminins, celle du poème biblique gracieux, tendre et profane. On a longtemps considéré à j^Paris l'oratorio comme un genre ennu3^eux, morose, comme de la musicjue de carême,
qu'il était de bon ton d'aller entendre le vendredi-saint et le dimanche de Pâques au Conserv'atoire et le samedi-saint au Théâtre Italien. Et voilà qu'un jeune musicien, dont les mélodies vocales étaient déjà à la mode dans les salons, au lieu d'un plat maigre panaché de fugues solennelles et d'ensembles disloqués par les formules sèches du contrepoint, offrait aux mondaines, pour pénitence de leurs menus péchés, une partition toute séduisante de nouveauté, un sujet presque amoureux, un régal de formes mélodiques pleines de charme et de fraîcheur, de suaves harmonies, une orchestration délicate et colorée. Celles-ci goûtèrent fort la friandise, pieux bonbon confit, qui parut aux artistes d'une saveur un peu trop sucrée.
Georges Servières [La Musique française moderne .
Nous parlerons de cette œuvre si importante d'un jeune musicien, qui tend ses ailes, on le voit, vers les régions les plus élevées de l'art^ sans se préoccuper des intérêts matériels que des œuvres secondaires ou purement l^^riques, pourraient seules satisfaire. Ce n'est certes pas là un signe des temps et l'on peut affirmer que de pareilles tentatives sont aussi méritantes que peu vulgaires. Et quand le succès les seconde, il y a doublement à s'incliner devant des artistes assez convaincus, en l'année 1873. pour renouveler les nobles tentatives des célèbres compositeurs d'un autre temps.
H. MOREXO
[Le Ménestrel, 13 avril 1873.)
Quelle 3Iadeleine du Titien, échevelée et presque folle, ne manifeste un désespoir encore plus tragique que celle de M. Massenet ? Quel repas chez Lévy, quel festin de Cana de Véronèse, n'est cent fois plus en désaccord avec les tableaux évangéliques que le petit entracte d'orchestre et le petit chœur, si pittoresques dans leur sobriété ? Les maîtres de Venise pourtant n'ont jamais passé pour hérétiques. M. 31assenet a en-
touré son drame sacré du plus ravissant décor. L*art, surtout l'art de notre époque, a de ces curiosités délicates et légitimes, plus que la science et la foi qui se souvient peu des contrées habitées par Jésus, des chemins où ses pieds ont marché, des horizons familiers à son regard. Après deux mille ans, nous ne considérons plus le christianisme que du point de vue psychologique ; nous ne le regardons qu'avec nos âmes
M. Massenet a reculé de vingt siècles ; il a contemplé le beau jeune homme vêtu de blanc, il l'a montré habitant parmi les hommes, plein de vérité divine, mais de grâce humaine aussi, — La grâce, partout la grâce. M. Massenet ne peut s'en défendre, elle est inhérente à sa nature artistique, elle est sa nature même.
Camille Bellaigue (L Année Musicale, 1890.)
Marie-Magdeleine drame sacré de Massenet, est l'œuvre qui nous semble devoir occuper la première place, parmi celles que le jeune compositeur a données jusqu'à ce jour. Tout le sujet, la couleur, la forme^ tout nous semble bien choisi dans cette composition habile, qui a surtout le mérite de paraître simple et d'intéresser, à la première audition... Il ne semblait pas que l'on put tirer encore des effets si intimes du drame antique et divin, dont l'art s'est tant de fois inspiré.
Charles Darcours.
[Le Figaro^ 14 avril 1873.)
Commençons par constater, la joie au cœur, la réussite complète de la plus audacieuse tentative qu'un musicien ait faite à Paris depuis V Enfance du Christ de Berlioz. M. iMassenet du reste n^est point un Berlioz et il ne manquera point de gens pour l'en féliciter. Berlioz ne connaissait pas cet art d'équilibre, si à la mode par le temps qui court, qui permet d'avoir des amis dans tous les camps ; déplaire à certaines gens était une des ambitions de Berlioz et il faut avouer qu'il y a plei-
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nement réussi. La muse de 31. xMassenet n'est point si hautaine, c'est une vertueuse personne qui ne fait rien contre sa conscience, mais elle aime à plaire et se met volontiers des fleurs dans les cheveux.
Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre !
D'aucuns ont considéré comme une nouveauté, la forme dramatique donnée à l'oratorio, c'est une erreur capitale. Les oratorios de Haëndel.type du genre, ne diffèrent en rien de ses opéras ; telle était la musique dramatique d'alors, c'est le contraire qui est l'exception
Ce qui est nouveau c'est le côté réaliste de l'œuvre de 3lM. Gallet et Massenet ; ils y ont gagné la couleur orientale et ses mille coquetteries : ils 5^ ont perdu la grandeur et le prestige légendaire. Le public toujours en quête de friandises leur a donné raison.
La musique de M. Massenet est originale sans être baroque et amusante sans être triviale, c'est plus qu^il n'en faut pour réussir. En l'examinant attentivement on découvre, non sans étonnement. qu'elle procède de celle de Gounod, dont elle ne donne nullement l'impression. C'est au fond du Gounod, mais condensé, raffiné et cristalisé ; 31. 31assenet est à Gounod comme Schumann est à Mendelsohn.
Ce qui est charmant dans Marie-yiagdeleine^ c'est le bonheur d'expression avec lequel l'auteur a rendu des sentiments d'une extrême délicatesse. Un souffle aurait terni l'amour de Jésus et de 31arie-Magdeleine ; 3L .Massenet lui a conservé toute son idéale pureté. Ce ne sont pas Messieurs les mélodistes qui auraient fait cela.
Phémius (Camille Satnt-Saens).
[La Renàissa7ice littéraire, 12 avril 1873.)
Les concerts de l'Odéon n'eussent-ils servi qu'à nous révéler le drame sacré : Marie-Magdeleine^W faudrait louer l'institution de ces concerts. Voilà certes une œuvre remarquable, d'un coloris charmant, d'une forme exquise. Si l'on n'y voit point partout et au même degré le cachet d'une individualité bien nettement accusée, si en quelques passages on peut trouver
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à reprendre à la sévérité du style, du moins ne saurait-on demander au compositeur plus de savoir, plus d'expérience dans l'art d'écrire, plus de finesse et d'habileté, dans le maniement
de l'orchestre
Car Marie-Magdeleine est non-seulement l'œuvre d'un artiste de talent, mais aussi l'œuvre d'un artiste convaincu. La poésie de cette admirable légende n'ont point touché une âme vulgaire^ un esprit fermé à toute croyance.
Le début de la quatrième partie, Marie-Magdeleine et les saintes femmes au tombeau de Jésus, est une sublime inspiration. Ecoutez ce que chantent ces saintes femmes et vous pleurerez commeelles, car je vous le dis en vérité il n'existe pas en musique quelque chose de plus tendre de plus touchant, de plus suave et de plus pur.
Ernest Reyer.
{Le Journal des Débats^ 23 avril 1873.;
L'œuvre de Massenet, nous dirions volontiers son chefd'œuvre, diffère plus qu'aucun autre, plus que le Déluge de Saint-Saëns,plus que Rédemption owMors et Vita de Charles Gounod, des modèles classiques. Elle est originale, moderne entre toutes et par là mérite de nous arrêter. Tout en elle décèle l'esprit nouveau. La forme n'est plus d'un oratorio, mais d*un drame sacré, et si le public français avait au même degré que le public allemand, l'amour des choses de l'art et le respect des choses de Dieu, la représentation de Marie-Magdeleine, serait possible comme celle de la Passion à Oberammergau, celle de Parsifal à Bayreuth
11 faudrait le style de M. Renan pour louer l'œuvre de Massenet. Il n'y a peut-être pas, dans la Vie de Jésus, de paysage plus ravissant que les premières pages de Marie- Magdeleine
La Marie-Magdeleine de Massenet, n'est peut-être pas une œuvre de foi, mais elle est, et cela suffit^ une œuvre de poésie, de respect et d'amour.
Camille Bellaigue [Psychologie Musicale,
VE
Première exécution, i8 mars 1875.
Cirque d'Bté.
Adam, MM. Lassalle. Eve, Mme Brunet-Lafleur,
Le Récitant, Prunet. (Sous la direction de Ch. Lamoureux)