REPRISE EN FRAGMENTS
Conservatoire : Vendredi-Saint 19 et 21 avril 1878. Chateïet : Vendredi-Saint, 11 avril 1879 (intégralement). Cirque d'Eté : 26 avril 1885 (intégralement). Châtelet (Concert Colonne) : 31 janvier et 7 février 1897.
Etait-ce rancune secrète contre l'auteur de la faute originelle ou respect de leur anté- diluvienne aïeule, mais les femmes lui reconnurent moins d'attrait qu'à Marie-Magdeleine.
Cependant, la forme sensualiste imaginée par Massenet, dans son très profane oratorio s'exagère encore dans Eve. L'épisode de la tentation notamment est saturé comme d'un parfum troublant ; l'air qu'on respire dans cet Eden est chargé d'émanations capiteuses, violentes, sous lesquelles un tempérament de femme, devait défaillir de langueur.
Georges Servières.
[La Musique française moderne, 1897).
« Le poème ne rappelle en aucune sorte, les anciens mystères du moyen-âge et n'a rien de biblique, c'est une œuvre toute théâtrale ou pour mieux dire sensuelle, roulant sur la
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séduction du premier homme par la première femme et se terminant par une scène de malédiction. La donnée est particulièrement voluptueuse, le musicien l'a traitée d'une façon efféminée et souvent un peu banale ; ses duos d'amour pourraient prendre place dans n'importe quel opéra de demicaractère. Malgré son orchestration d'une délicatesse remarquable, la nouvelle partition de Massenet est d'une inspiration beaucoup moins élevée que celle de Marie-Magdeleine.
Le prologue pour chœur et orchestre intitulé la naissance de la femme, est escessivement poétique. Le prélude instrumental qui suit est délicieux, mais le motif principal qui suit est certainement imité de Wagner dans Lohengrin.
L'ouvrage de Massenet a eu le bonheur de plaire surtout au sexe féminin.
Stoullig et Noël.
[Les Annales du Théâtre et de la Musique^ 1875.)
M. Massenet n'a vu de la création qu'une créature, V animale gra^ioso e benigno de Dante ; non plus toute l'œuvre mais le chef-d'œuvre de Dieu. C'est aux pieds de la femme qu'il a mis la nature entière : c'est dans ses )^eux qu'il l'a regardée, par sa voix qu'il l'a chantée. La femme ici ne sera pas tentée par le serpent et tentée de gourmandise ; elle sera tentée d'amour, doucement appelée par les voix de la nature qui tout entière aime autour d'elle, pour la première fois. Elle sentira sur son corps virginal les haleines de la nuit ; à son oreille chantera la brise et des fleurs tomberont mollement sur ses cheveux.
Massenet interprète toujours l'Evangile ou la Bible avec
quelque sensualité
Il a la note tendre, voluptueuse. Mais cette note, discrètement atténuée, est-elle donc si fausse, dans l'histoire du premier péché. La plus belle partie d'Eve et la plus caractéristique, est la seconde : Dans la solitude Tentation)... . La, fin de la scène est belle encore. Eve se trouble de plus en plus Les voix la pressent' toujours davantage ; elle leur cède enfin.
Massenet alors atteint presque à la grandeur biblique. Le cri de la femme éperdue porte loin dans l'avenir. C'est bien avec cette violence, que l'amour a du saisir pour la première fois, la mère de toute l'humanité.
Camille Bell aiguë.
[Psychologie Musicale, 1893.)
L'humanité s'affirme en ses doubles aspirations vers l'amour divin et terrestre et les passions naissantes s'agitent dans le sein troublé de la première femme, sortie pure mais fragile de la main du créateur. Cette nouvelle production d'un caractère grandiose et d'une valeur musicale exceptionnelle, fut accueillie avec enthousiasme par le public nombreux qui assistait avec empressement aux splendides concerts organisés et dirigés avec tant d'autorité par Lamoureux sous le titre caractéristique d'harmonie sacrée.
Marmontel.
(Le Gaulois^ 30 novembre 1885.)
J'écris ces lignes sous le charme d'une impression profonde et encore toute fraîche^ en regrettant que le temps me manque pour analyser toutes les beautés de la nouvelle partition de Massenet. Je ne puis que signaler au courant de la plume l'unité de l'œuvre, la largeur de sa conception, l'harmonie de toutes ses lignes et par dessus tout le charme qu'elle respire, la force et la justesse à la fois de l'expression, la richesse du coloris et la fraîcheur des idées musicales. C'est une œuvre forte et élégante en même temps, qui restera parmi les meilleures choses dont s'honore notre école nationale.
L'accueil fait par le nombreux et très brillant public de la première audition a été extrêmement chaleureux, enthousiaste même.