LA VIERGE
Première audition, Théâtre National de V Opéra ( Concert historique)
11 mai 1880
La Vierge,
Gabriêl,
Une Galiléenne,
j^/[me Gabrielle Krauss.
Daram.
Janvier.
L'HÔTÉ, M. Caron.
(Sous la direction de l'auteur.)
L'ouvrage fut exécuté en tout deux fois à l'Opéra, les 22 et 29 mai 1880.
Le tableau de l'Annonciation, par sa simplicité de lignes et par son charme mélodique, fut le plus goûté. Massenet avait compris ce qu'il y avait de scabreux à représenter cette première partie de la légende de la Vierge, il ne faut jamais en art compter sur la foi, ni sur l'intelligence du public, aussi a-t-il senti la nécessité de donner à sa musique non pas un caractère religieux au sens habituel de ce terme, mais un caractère de pureté, de naïveté primitive, de virginité pour le dire d'un mot.
Sa conception musicale de la scène de l'Annonciation rappelle les œuvres de certains peintres italiens du xv^ siècle, les figures d'anges et de madone de Botticeli, d'une grâce séraphique un peu mièvre et délicatement sensuelle..
Cette œuvre poétique toute empreinte d'une tendresse et d'un charme ineffables, où le musicien s'est complu à mettre toutes les qualités de son imagination, toutes les délicatesses de son âme, restera comme un modèle exquis d'expression
Georges Servières.
[La Musique française moderne^ 1897.)
de grâce, de rêverie extatique et de profonde douleur. Le sommeil de la Vierge est une symphonie adorable et les cruels déchirements du cœur de la divine mére du Christ n'ont pu être compris et traduits dans leur vrai sentiment que par un musicien poète de premier ordre^ ayant la passion de l'idéal le plus pur, le plus élevé.
Marmontel.
{Le Gaulois, 3o novembre 1881.)
Avec La Vierge, Massenet s'est aventuré dans le « dogme », il a certainement compris son imprudence, car au milieu de son œuvre il a voulu se dégager de l'ombre qui l'enveloppait, en essayant de prendre terre avec l'épisode des Noces de Cana. C'est parce que la nouvelle partition de Massenet se perd dans ce vague surnaturel, qu'elle a un caractère moins saisissant^ je crois^ que ses deux aînées avec lesquelles elle forme une sorte de trilogie sacrée. Cette réserve ne m'empêche nullement de rendre jiistice à La Vierge et de m'incliner respectueusement devant le courageux artiste qui n'a pas hésité, dans un siècle positif comme le nôtre, à se pencher pendant de longues heures^ sur une œuvre d'une pareille envergure, n'espérant d'autre récompense que la satisfaction discrète, d'avoir fidèlement servi l'art qu'i^ pratique et vénère. A ce propos, je ne puis le dissimuler, c'est vraiment pitié de voir juger une partition de cette portée, avec la distraction ennuyée et l'ignorance présomptueuse, que le public des premières parisiennes apporte généralement dans ses arrêts. Des efforts si considérables mériteraient, me semble-t-il, que l'auditeur se donnât quelque peine pour essayer de se hausser au niveau de l'œuvre que l'on soumet à son appréciation.
Où le compositeur se retrouve tout entier avec son émotion pénétrante et sa vigueur pittoresque, c'est dans sa scènç du Calvaire, dont les stations douloureuses sont décrites avec un art supérieur qui vous secoue jusque dans la moelle des os. Je n'aurais rien à reprendre à ce tableau magnifique,
si je ne me souvenais, que le jeune maître nous l'avait montré déjà, sous les mêmes couleurs, dans sa Marie-Magdeleine.
UAssomptîon, la quatrième et dernière scène, s'ouvre, par un prélude intitulé : Le dernier sommeil de la Vierge c'est une phrase adorable, chantée par le violoncelle solo^ accompagné par les violons en sourdine. Rien de plus suave, de plus séraphique que ce délicieux morceau, que le pubHc a redemandé d'une voix unanime.
Cette dernière partie de l'œuvre est réellement d'une beauté supérieure et suffirait à classer le nouvel oratorio du jeune maître, parmi les plus remarquables compositions de ce. temps. En résumé La Vierçfe est une partition digne à tous les égards du musicien qui l'a signée et si dans les détails nous avons appuyé sur les critiques, l'impression que nous a laissé l'ensemble n'en a pas été moins profonde.
Victor Wilder.
{Le Ménestrel, 30 mai 1880.)
Le public a fait son devoir en suivant avec une religieuse attention le développement des idées du jeune maître de l'école française. S'il n'a pas tout applaudi, il a tout écouté. Il a très bien discerné d'ailleurs, le point de vue auquel il fallait se placer, qui n'est point celui des théâtres, pour embrasser dans ses mystérieuses profondeurs, une œuvre beaucoup plus symphonique que vocale. La belle marche des. basses, placés sous le sanglot des cuivres dans l'acte du Calvaire^ lui a donné la sensation du mystère de la Croix, qui allait s'accomplir et c'est avec transport que dans l'introduction du tableau de l'Assomption, il a redemandé et salué de bravos enthousiastes, une phrase de mélodie périodique de la plus suave impression, ouvragée dans soft développement par une exquise broderie d'orchestre.