BÉNÉDICT
ÇLe Figaro^ 24 mai 1880.)
Le Sommeil de la Vierge a été bissé avec transport aux deux auditions de l'œuvre. En Fécoutant avec ravissement pour la seconde fois, je me suis rappelé cette phrase d'une lettre de Massenet écrite entre les deux soirées de sa Vierge^ lettre que j'ai pu lire sans commettre aucune indiscrétion :
« La musique n'a pas été notre préoccupation et notre métier ne m'a servi qu'à traduire les sentiments que je voulais rendre. »
La (( musique » mon cher Massenet, doit être la préoccupation d'un musicien. Ce n'est pas le métier cro3^ez-le bien, qui a placé sous vos doigts ou au bout de votre plume la phrase du « Sommeil de la Vierge » ; qu'elle vienne de votre cœur ou de votre foi, si vous êtes son père, la musique est sa mère et c'est cette union indissoluble des deux époux, que le transport de votre auditoire, a saluée ! — Vous, mon cher Massenet, qui savez a votre métier » autant et plus que tel maître quel qu'il soit, ne le méprisez pas trop. Mozart ne s'est pas mal trouvé, il me semble, d'avoir mis dans ses chefsd'œuvres autant de savoir que de génie. Le musicien qui courtise la poésie, me fait l'effet d'un mari, possesseur d'une très belle femme, lequel court après celle de son voisin qui ne vaut pas la sienne. Restez l'amant de la vôtre, mon cher grand musicien, vous ne rencontrerez jamais mieux, ni même aussi bien. Il faut conclure et je le fais en disant que les très grandes beautés de la partition de La Vierge^ appartenant à l'art s3miphonique le plus élevé, ne sauraient rencontrer au théâtre, fut-ce le premier de tous, le cadre qui lui est propre, le public qui saura l'écouter. L'œuvre en traversant l'Opéra où elle ne pouvait avoir eu l'intention de se maintenir a pris par le plus long pour arriver à la Société des Concerts, où elle a sa place marquée.