‹ MassenetChapitre 37 sur 57 · C. DE Grandval · texte numérisé non relu

C. DE Grandval

(Réponse à la question : Quelle influence croyez-vous qu'ait Massenet dans l'évolution de la musique française moderne ?)

Massenet est le musicien de la caresse. Le hasard n'a pas voulu que je chante beaucoup de sa musique, mais j'aurais bien du plaisir à l'interpréter, son genre me conviendrait parfaitement. J'adore les musiques passionnelles et crois que nos deux tempéraments artistiques s'entendraient parfaitement.

Meyrianne Héglon.

(de VOpéra).

(Réponse à la question suivante : Votre opinion sur la musi'que de Massenet, Vos impressions personnelles ?)

L'influence de i\L Massenet sur l'évolution de la musique française a été des plus heureuses. Elle est plus grande que l'a été celle de Boiëldieu et d'Auber.

Plus que tous ses prédécesseurs il a su donner un cachet français à sa musiqui^. Son métier, des plus personnels^ consiste surtout en une habileté très grande à inventer des rythmes et à les manier. Quoiqu'on ait pu dire de lui^ une grande sincérité est la marque de ses œuvres théâtrales. Son adresse à traiter la partie dramatique égale, dans son genre français, celle du grand allemand, Wagner.

Aussi il ne faut pas trop s'étonner s'il n'y a aujourd'hui à peu près aucun jeune compositeur français, de n'importe quelle école, qui ne fasse du Massenet.

Alfred Kaiser.

(Réponse à la question : Quelle influence croyez-vous qu'ait Massenet dans l'évolution de la' musique française moderne?;

(( Massenet, Guérin et Jackson frères, telle était la raison sociale de l'usine de la Terrasse, dont les hauts fourneaux montraient, vers la moitié du règne de Louis-Philippe, leur panache de fumée et de feu sur la colline de iMontand qui domine Saint-Etienne, dans la Loire, Saint-Etienne-en-Forez comme on disait alors.

C'est en effet dans cette usine de la Terrasse qu'est né 31assenet par un beau jour de mai de l'an 1842, M. Guizot étant président du Conseil.

Ses dix-neuf frères et sœurs (i) appelaient Jules : L'enfant noué, à cause de son apparence chétive. 31ais le Petit-Poucet a été le plus malin de tous. Comment vint-il de bonne heure à Paris avec sa mère et deux de ses frères ? Peu importe ! Mais si je disais tout à. l'heure qu'il est né sous le consulat de i\L Guizot, c'est que dès son âge le plus tendre Massenet a été mêlé à la politique.

Le 13 juin 1849, pendant ces fameuses journées de juin, où les gardes-nationaux et les pompiers arrivaient de province pour remettre l'ordre dans Paris, — ce qu'ils ne feraient pas aujourd'hui ; hélas ! — le 13 juin,Ledru-Rollin s'étant échappé des Arts-et-Métiers, par un vasistas^ son compère Victor Considérant, aller demander un refuge à la mère de 31assenet, qui demeurait alors rue de Lille. M"'' Massenet était loin de partager les opinions de celui qui la priait de le sauver, mais la charité lui ordonnait de ne pas le perdre et elle ne ferma pas l'oreille à sa voix. Elle accorda l'hospitalité au fouriériste à longues moustaches. Celui-ci n'était pas chez elle depuis quelques minutes, qu'un capitaine, à la tête d'une compagnie de soldats, frappait à la porte. M"'* Massenet fit précipitamment cacher son hôte dans un petit cabinet à lucarne prés de la cuisine et comme elle craignait de Jules, encore à Tâge terrible, un mot, un geste imprudent, elle l'enferma avec le conspirateur dans ce réduit.

A quelques mois de là, Massenet révéla son génie naissant pour la musique, dans une soirée que donnait le caricaturiste

(i)Ce chiffre est erroné, Massenet en avait en réalité 20 de deux Hts.

Cham, tout près de la rue de Lille, où Massenet avait failli apprendre sur les genoux de Considérant l'art de troubler la cervelle de ses semblables et de faire des révolutions. M. le comte de Noé, en art et en littérature Cham, habitait alors rue Jacob.

A son lever, Massenet est illuminé de visions couleur de rose. De ses lèvres partent des fusées de rire joyeux. Mais c*est une sensitive si délicate et si capricieuse que le regard d'un passant ou l'aboiement d'un chien, l'assombrit pour toute la journée.

Quelquefois, à la tombée de la nuit, un ami le reconduit chez lui tout en pleurs, comme s'il avait perdu un être aimé.

Ce n'est qu'un rêve qui s'est envolé ! Il n'en travaille pas moins avec passion, fort avant dans la nuit, pour recommencer, dès le premier rayon de soleil, à sourire à l'horizon empourpré et retomber à la moindre chose dans sa mélancolie.

Louis le Bourg.

[Le Gaulois, 19 janvier 1884.)

Massenet de tous les jouisseurs que nous venons de rencontrer, est le plus passionnément viveur. C'est un sensitif qui perçoit par images. Il a le sentiment de la couleur, non de la profondeur.

Voyez ce visage, il n'est pas pensif mais comme on y sent de l'activité ! Travail facile autant que la conception. Le sensuel se retrouve chez le musicien qui trouble, impressionne et fouette les sens. L'ouvrier est habile.

La décision des traits et l'attitude de M. Massenet, si celleci lui est familière, nous montre un viveur sans h3^pocrisie, sans masque, aimant les excès et l'avouant. D'une tendance avaricieuse^, il est pour lui-même, pour ses plaisirs, pour la satisfaction de sa fantaisie extrêmement prodigue et dans certains cas imprévoyant. De l'économie dans le règlement delà dépense de son intérieur. Pas d'équilibre dans les affec-

tions, ou trop ou trop peu ; des folies d'amour ou de la dureté, etc., etc.

(Caractère vénusien. Influence de Vénus, vSaturne et la Lune).

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