I. Jean Charitavoinc : De Couperin à Debussy
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lièrement incisive... Il y a dans sa musique comme un écho du lyrisme de Lamartine et de Musset ^ ))
Consultons ensuite des compositeurs :
« Avec un merveilleux talent de musicien uni à une habileté, à une malice d'escamoteur, il résolut de n'offrir aux foules que la dose d'art capable, selon lui , d'être facilement, immédiatement acceptée par elles... Après Gounod (ce qui fut cependant une manière de témérité, car il semblait que, là, le compositeur de Faust ne dût pas, de sitôt, être égalé), M. Massenet entreprit de créer un langage de tendresse, et il le créa. La mélodie amoureuse qui lui appartient si bien en propre... a un caractère très particulier... C'est une molle caresse, troublante, insistante, pénétrante aussi,... caresse à laquelle évidemment nul ne résiste et qui, en général, s'achève dans un cri frénétique de presque incontestable sincérité. L'impression que Ton en garde n'est pas extrêmement profonde. En y pensant de sangfroid, on se rappelle un plaisir que Ton voudrait être seul à accepter d'elle et que l'on sait être ressenti, chaque soir, exactement de la même façon,
1. Edouard Schuré : Préface à Profils de musiciens, d Hugues Imbert.
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par tous les auditeurs qui se succèdent dans les salles de théâtre ^ »
« A la vivacité de la pensée, à la finesse de l'intelligence, Massenet joignait une érudition technique profonde, un talent sûr de lui, un art faitde clarté, d'élégance et de charme, un art qui évoque cette autre époque où l'ironie d'un Voltaire voisinait la verve d'un Beaumarchais, où les Fragonard et surtout les Watteau unissaient à la grâce, au chatoiement des couleurs, la mélancolie et la tendresse". »
« On aura beau dire et beau faire, on n'empêchera pas qu'il soit un des diamants les plus étincelants de notre écrin musical... On lui a reproché d'être superficiel, de n'être pas profond, et la profondeur, comme on sait, est fort à la mode. G'estvrai,iln'estpasprofond,maiscelan'aaucune importance... Est-ce que nos sculpteurs d'autrefois, les Glodion, les Goysevox,étaientprofonds ? Est-ce que Fragonard, est-ce que La Tour sont profonds ? Et Marivaux ? Tous ont leur prix, tous sont nécessaires... lien est qui, pour traiter
I. Alfred Bruneau : Musiques de Russie et musiciens de France.
1. Ch.-M. Widor : Notice sur la vie et les travaux de M. Massenet.
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les sujets les plus aimables, gardent la gravité d'un empereur souverain sur son trône d'or : Massenet n'était pas de cette espèce, il avait le charme, la séduction, la passion fiévreuse... Sa mélodie, flottante, incertaine, tenant parfois du récit plutôt que de la mélodie proprement dite, lui est tout à fait personnelle. En théorie je ne Taimerais pas beaucoup, car elle manque un peu d'ossature et de style. Mais comment résister quand on entend Manon aux pieds de Des Grieux, dans la sacristie de Saint-Sulpice ? Comment ne pas être pris aux entrailles par ces sanglots d'amour ? Gomment réfléchir et analyser lorsqu'on est ému ?...
« En ce temps d'anarchie artistique, alors qu'en hurlant avec les fauves il aurait pu se concilier une critique hostile, Massenet a donné l'exemple d'une écriture impeccable sachant allier le modernisme au respect des traditions, alors qu'il suffit parfois de fouler aux pieds celles-ci pour être mis au rang des génies.
« Maître de son métier comme pas un, rompu à toutes ses difficultés, possédant à fond tous les secrets de son art, il méprisait les contorsions et les exagérations que les naïfs confondent avec la science musicale Enfin il avait le don supé-
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rieur, la vie, ce don qu'on ne saurait définir
« Ses admirateurs passionnés peuvent être tranquilles ; après Tengouement vient parfois Toubli; pour lui ce ne sera pas l'oubli, mais la justice, et celle-ci ne saurait lui être sévère. Sur l'arbre à la végétation luxuriante, à la floraison parfumée, les fleurs éphémères se fanent avec le temps ; Farbre restera, et de longtemps nous n'en verrons exister un pareil...
« Un dernier mot.
« On a beaucoup imité Massenet ; il n'a imité
l personne ^ »
Essayons à notre tour de condenser ces opinions et de formuler humblement une opinion moyenne.
L'œuvre de Massenet, ainsi que nous l'a démontré un examen succinct, mais précis et impartial, renferme bien des pages qu'il eût pu etdù se dispenser d'écrire ; cela est vrai. Mais pourquoi serions-nous plus sévère à son égard qu'à celui d'une foule d'autres grands hommes? Tout
I. C. Saint-Saëns : article nécrologique publié dans l'Echo de Paris du i3 octobre 1912, et partiellement cité par M. Widor dans sa Notice sur Massenet. Nous adhérons à ce « dernier mot » du maître, sous réserve des restrictions proposées plus loin (v. p. 178 et 179 ; v. aussi p. 97-98).
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est-il de même valeur dans Fœuvre d'un Shakespeare, d'un Corneille, d'un Victor Hugo, — dans celle d'un Schubert, d'un Berlioz, d'un Gounod ? Non, sans doute. Alors, si nous pardonnons à ce dernier maître Cinq-Mars et le Tribut de Za^ mora, en faveur de jP^^w^^ et de Mireille, pourquoi ne pardonnerions-nous pas à Massenet Bacchus et Don Quichotte, en faveur de Werther et des Erinnyes ?
« Pour mesurer un génie, a dit fort justement Schopenhauer, il ne fautpas prendre les défauts de ses productions, ou ses œuvres les plus faibles, et lui assigner ensuite un rang inférieur ; il ne faut prendre que ce qu'il a d'excellent. Car même dans la sphère de l'intellectuel, comme dans les autres sphères, la faiblesse et les travers de la vie humaine forment une couche si adhérente, que l'esprit le plus brillant lui-même ne peut pas toujours s'en défendre. De là les énormes défauts qu'on relève jusque dans les œuvres des plus grands hommes; c'est le Quan- (Loque bonus dormitat Homerus d'Horace ^ »
I. Schopenhauer : Parerga et Paralipomena. D'une lettre que nous écrivit l'illustre Saint-Saëns détachons aussi ce passage qui corrobore l'opinion du philosophe de la Volonté 1 « Vous et moi, nous admirons nos grands classiques, et je trouve qu on ne saurait trop les admirer. Ils ont des taches comme
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Assurément il est pénible, en écoutant lesaccents émouvants proférés par Werther, de trébucher soudain sur une phrase trivialement dégingandée ; assurément aussi de telles surprises ne sont pas rares pour qui chemine à travers l'œuvre de Massenet. De là pour l'auditeur une impression analogue à celle qu'éprouverait, par exemple, un lecteur de Lamartine ou de Musset qui rencontrerait, insérées entre deux pages des Harmonies ou de la Confession cVun enfant du siècle^ une portion du bredouillement lyrique de M. Paul Claudel ou une des confections littéraires de M. Marcel Prévost. (Evidemment j'exagère un peu, et tout de même Massenet ne descend jamais à de tels niveaux...)
Il n'importe ! On passe, assuré qu'avec lui du moins, le cours d'eau momentanément envahi par une bourbe fâcheuse ne tardera point à s'en défaire et à reprendre sa transparence et sa clarté.
Le charme principal de la musique de Massenet réside en sa mélodie, tantôt finement insinuée, se balançant et tournant sur elle-même,
le soleil. La belle affaire ! — Comme je l'ai déjà dit je ne sais plus où ni quand, ce n'est pas Tabsence de défauts, mais la présence, la valeur des qualités qui fait la supériorité des œuvres ».
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puis gravissant ou descendantlentement l'échelle sonore (v. p. 65 et 81-82) ; tantôt s'élançant avec la rapidité d'une fusée dont les éclats retomberaient peu à peu...