‹ Massillon d'après des documents inéditsChapitre 4 sur 10 · VERSION DE · texte numérisé non relu

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t< Ah ! Seigneur, quoique le choix injuste d'une voie contraire à la vôtre m'ait précipité jusque dans le fond de l'abîme, je ne laisse pas de crier vers vous pouf implorer votre miséricorde : De ventre inferi clamavi et exaudisti vocem meam. II est vrai que rien ne peut égaler l'horreur de l'état où je me trouve : votre bras m'a plongé jusqu'au fond de la mer, les flots m'engloutissent de tous côtés, je suis au milieu des gouffres et des abîmes, je me suis rendu indigne de vos regards, et un monstre cruel m'entoure de toutes parts : Abyssus vallavit me. La profondeur des eaux comme celle de mes iniquités s'est élevée sur ma tête : Pelagus opérait caput meum. Il n'est point de précipice où je ne sois plongé, et il faut que la terre se soit creusée pour m' engloutir plus avant : Ad extrema montium descendi; terrse vectes concluserunt me in seternum.

« Cependant, ô Dieu de nos pères, vous qui autrefois les portâtes sur vos ailes au travers de la mer Rouge, pour les garantir du naufrage et de la fureur de leurs ennemis,

je ne laisse pas d'espérer en votre miséricorde; vous me retirerez quand il vous plaira de l'abîme où je me suis précipité moi-même par mon injuste choix ; et il me rendra sain et sauf, comme j'étais auparavant, cet abîme, dès que vous lui ordonnerez de le faire. Il ne vous est pas plus difficile de faire éclater votre puissance dans cette occasion que dans tant d'autres où elle a paru avec tant d'admiration : Verumtamen rursus videbo templum sanctum tuum. Oui, Seigneur, malgré les chutes et les dangers de cet état que j'ai choisi sans vous consulter, j'espère encore qu'un jour j'aurai la consolation de revoir votre temple saint avec les enfants d'Israël, et de mêler au sang des innocentes victimes les larmes abondantes d'un repentir cuisant : Verumtamen rursus videbo templum sanctum tuum. Ah! que ceux qui, après s'être choisi des voies injustes à leur gré et à leur caprice, s'obstinent encore à y demeurer, et se font de la grandeur de votre miséricorde une raison pour ne point y recourir, sont dignes qu'elle les abandonne! Qui custodiunt vanitates frustra, misericordiam suam derelinquunt. Mais pour moi, tandis qu'il me sera permis de vous invoquer, ô mon Dieu, il me sera encore permis d'espérer : Ego autemin voce laudis immolabo tibi. La grandeur de mon repentir et de ma douleur répondra à mon infidélité, et sera le motif d'une confiance qui n'a jamais confondu le pécheur et qui a toujours été le gage d'une joie éternelle. »

version de 1745.

« Seigneur, quoiqu'un choix injuste m'ait soustrait à la main adorable qui devoit me conduire, je crie encore vers vous du sein de l'abîme que vous avez ouvert pour me dévorer : De ventre inferi clamavi. Il est vrai que rien ne peut égaler l'extrémité du danger où je me trouve : un

monstre énorme me tient captif et m'environne de toutes parts : Abyssus vallavit me. La profondeur des eaux, comme celle de mes crimes, s'est élevée au-dessus de ma tête : Pelagus operuit caput meum. Il semble que la terre s'est creusé de nouveaux abîmes pour m'y retenir éternellement : Terrx vectes concluserunt me.

« Cependant, ô Dieu de mes pères, vous qui les portâtes sur vos ailes à travers les flots de la mer, quelque désespérée que paraisse ma destinée, je ne laisse pas d'espérer encore en vous : vous saurez bien me retirer quand il vous plaira du fond du gouffre où je me suis jeté. L'abîme entend votre voix ; il me rendra à vous dès que vous lui aurez commandé de me rendre. Et il ne vous sera pas plus difficile de me délivrer dans la profondeur de la corruption où je me trouve, que si j'étais dans l'enceinte de Jérusalem : Et sublevabis de corruptione vitam meam, Domine Deus meus. Oui, grand Dieu, malgré l'extrémité de mon état, qui semble m'interdire tout espoir de retour, j'espère que j'aurai encore la consolation de revoir votre temple saint, de vous y offrir mes actions de grâces, et de vous y apaiser, en mêlant au sang des victimes les larmes d'un repentir sincère : Verumtamen rursus videbo templumsanctum tuum. Ah! que ceux qui, après s'être éloignés de vous, s'obstinent à vous fuir encore, et se font, par un désespoir orgueilleux, de l'excès de leur misère, une raison pour ne plus souhaiter leur délivrance, soient abandonnés de votre miséricorde, puisqu'ils l'abandonnent eux-mêmes : Custodiunt vanitates frustra , miser ïcordiam suam derelinquunt. Pour moi, Seigneur, quelque affreuses :me soient les ténèbres de la mort où je suis enseveli, tandis qu'il me sera permis de vous invoquer, il me sera permis d'espérer : Ego autem in voce laudis immolabo tibi. Vous me verrez bien plus fidèle qu'autrefois à suivre vos voies saintes, si votre main secourable me délivre de ce

péril ; je ne rétracterai jamais les promesses que mon âme, pénétrée de douleur,** vous fait dans ce lieu d'horreur : Qusecumque vovi, reddam pro salute Domino. Et le reste de ma vie ne sera plus qu'un regret amer de vous avoir offensé et de m'être soustrait à vos ordres, et une attention continuelle à mériter, par l'observance exacte de vos commandements, la récompense que vous promettez à vos serviteurs fidèles. »

Ce sermon sur la vocation nous paraît aujourd'hui rigoureux ; il n'était pas trop sévère au dixhuitième siècle commençant. Mais qu'on ne croie pas que ces hardiesses, ces saintes libertés de parler, cette énergie apostolique aient été méditées etproduites après coup. L'édition de 1705 est plus audacieuse que l'édition posthume (1).

« Delà les princes, les souverains, les grands de la terre, dépourvus de l'intégrité, de l'humanité, de la clémence, si nécessaires au gouvernement des peuples, ne sont plus que comme des statues revêtues de pourpre, qui tournent à tout vent, et font autant de fautes que de pas (2), De là ces hommes de guerre, ces héros et ces conquérants sans cet esprit de probité, de sagesse, qui a pu sanctifier les Gé-

(1) Voir tome Ier, page 502 de notre édition des Œuvres de Massillon.

(2) Cette métaphore bizarre et inexacte a été modifiée dans le texte postérieur, et appliquée non plus au prince, au souverain, mais au seul magistrat qui, sans véritable vocation, « n'est plus qu'un fantôme revêtu d'une robe de justice et de dignité, qui tourne à tout vent, et qui fait presque autant de chutes que de démarches. »

déon, les Joseph, les David, ne trouvent pas longtemps des moyens de salut. De là ces pasteurs, exposés à mille occasions de gain injuste, sans cette âme droite qui seule fait préférer les trésors de la justice à tout l'or du monde, ne tardent pas à se laisser éblouir par l'éclat d'une fortune riante, et cessent d'adorer le roi du ciel, dès que le démon a fait briller à leurs yeux les trésors de la terre. De là l'épouse de Jésus-Christ s'étant chargée du fardeau de la pénitence et des austérités religieuses, sans avoir reçu la grâce nécessaire pour les supporter, gémit sous un joug qui l'eût remplie d'une sainte allégresse : car, sans l'étendard de la croix, les idées de l'Egypte, c'est-à-dire du monde, viennent lui retracer jusque dans la retraite les images trompeuses de ses biens et de ses faux plaisirs (1). »

Le mercredi 17 mars 1700, troisième de Carême, après avoir. admiré le P. Hubert, M. Vuillart revient à Massillon, et comme avant cette station les Parisiens ne l'avaient encore entendu que l'hiver précédent à l'Oratoire, il ne regarde guère son éloquence qu'à titre de fleur qui promet :

« Pour le P. Massillon et le P. Maure, c'est une réputation naissante que la leur; elle se soutient bien jusques 1 ici, et il y a grand sujet d'en espérer beaucoup pour la suite. Comme le P. Maure ne prêchoit pas aujourd'hui, j'ai entendu le P. Massillon et j'en ai encore été charmé. C'est un prodige que la fécondité de ses vues pour la morale, sa pénétration dans l'esprit et dans le cœur humain,

(1) 1705, tome I", p. 484.

l'application heureuse et juste des exemples et des autorités de l'Ecriture, son onction. (Peut-on mieux juger?) Sa méthode est facile et naturelle, ses preuves sont fortes, son discours est vif, persuasif et pressant ; son air, modeste et mortifié. Ses élévations à Dieu, assez, mais point trop fréquentes, pénètrent l'auditeur qui ne peut ne pas sentir que le 'prédicateur en est lui-même pénétré. C'est un homme tout merveilleux. Nous sommes très redevables à la Provence de nous avoir fourni deux sujets du mérite du P. Massillon et du P. Maure. Par ces fruits tout spirituels, elle n'est pas moins une petite Palestine pour nous et une figure du ciel que par ses figues, ses muscats, ses olives, ses oranges... »

« (23 mars 1700.) La réputation du P. Massillon et du P. Maure croit de jour à autre, parce qu'ils font de mieux en mieux. Le roi a retenu le second pour l' Avent prochain, et le premier pour le Carême. Ainsi nous en serons frustrés à Saint-Etienne où il avait promis, et ce grand bien sera différé pour nous. »

Définitivement le P. Maure est lié au P. Massillon. Le journal de Dangeau, avec sa sécheresse ordinaire, parle aussi du choix de Louis XIV de ces deux oratoriens pour la chaire de Versailles. « (Mercredi 17 mars 1700, à Marly.) Le roi a nommé pour l'Avent le P. Maure, qui n'a jamais prêché ici, mais qui est en grande réputation, et pour le Carême le P. Massillon, qui prêcha ici l'Avent dernier. Ces deux prédicateurs sont Pères de l'Oratoire; on choisit toujours les prédicateurs en ce

temps-ci, afin qu'ils aient le loisir de travailler à leurs sermons (1). »

A la fin de sa lettre, M. Vuillart expose l'état général de la prédication au moment où commençait le dix-huitième siècle, mais, comme le remarque Sainte-Beuve, au point de vue janséniste :

« Les jésuites sont fort humiliés ici de leur petit nombre de prédicateurs et de leur médiocrité de talents pendant que l'Oratoire en fournit tant et de si habiles. On ne parle que du seul P. Gaillard qui fasse quelque figure à Saint- Jacques de la Boucherie. Encore a-t-il eu d'abord si peu d'auditeurs que le curé de la paroisse s'en plaignoit au prône et recommandoit avec instance à ses paroissiens de le venir entendre, comme un de nos grands vicaires m'en a assuré. On auroit beau le recommander dans le voisinage de Saint- Jean (en Grève), où prêche le P. Hubert, et de Saint-Gervais, où le P. Massillon brille de plus en plus, on l'abandonneroit comme est abandonné le jésuite de Saint-Nicolas des Champs, si le public n'avoit pour lui quelque reste de prévention favorable. Il est certain qu'il a bien du bon, et plus que ses confrères. Sa morale n'est point relâchée. C'est celui des jésuites, avec le P. de la Rue, qui prêche le mieux. Le P. Bourdaloue ne prêche plus que rarement. »

Les témoins de ces heureux débuts qui nous ont livré leurs impressions sont rares. Aussi faut-il ne rien laisser perdre. Dans ces toutes premières an-

(1) Journal du marquis de Dangeau, tome VII, 'p. 274.

nées, on comparait toujours les deux jeunes émules, les deux confrères de l'Oratoire.

On a plusieurs fois réimprimé, d'après moi, un ancien parallèle entre Massillon et le P. Maure, parallèle que j'avais donné au tome Ier, page 265 de mon édition des Œuvres de l'évêque de Clermont. Mais je ne connaissais ni l'auteur de ce morceau, important à cause de sa date, ni la source exacte où le P. Tabaraud, à qui je l'empruntais, l'avait puisé. Ce savant oratorien le croyait de 1704(1), on va voir qu'il est plus ancien de trois ans ; d'ailleurs, il était très incorrectement reproduit. Plus heureux aujourd'hui, je puis indiquer l'origine de ce parallèle, en citer le texte authentique, et l'entourer de quelques éclaircissements.

A la fin de 1699, parut, sans nom d'auteur, en un volume in-12, une étude de mœurs intitulée : Le TJièophvaste moderne. En 1701, au moment où l'éloquence de Massillon était à sa fleur, on donna une seconde édition de cet écrit. Quoique l'auteur se fût caché, le public reconnut Brillon. A cette date de 1701, Massillon ne faisait g'uère qu'apparaître; et déjà Brillon le confondait avec Bourdaloue :

(1) Il y a en effet une brochure de cette date, Liège, contenant ce parallèle.

« Un ordre, déjà célèbre par le nombre de ses prédicateurs, met en vogue ceux qui aspirent à le devenir. Tel élevé dans un corps où ses talents ne sont point connus, est faiblement estimé, qui dans un autre eût acquis le titre d'habile ; il lui manque d'être le confrère de Bourdaloue ou de Massillon (1). »

Voici maintenant le parallèle; mais Brillon ne donnait aucun nom.

€< Deux nouveaux orateurs, sortis d'une même province, élevés dans la même congrégation, illustres par des talents différents, s'emparent" des suffrages qui semblent n'être dus qu'à Bourdaloue ; ils entrent en vogue le premier jour qu'ils montent en chaire. Un Avent fait la réputation de l'un ; un Carême place l'autre au-dessus de tous les hommes éloquents.

« Celui-là possède les avantages du dehors ; sa physionomie est agréable, sa voix nette, et son action très formée; il prononce aussi bien qu'il écrit. Sa composition est délicate, et sa manière de débiter fort prévenante. Il traite bien les mystères, il brille dans le panégyrique, surtout il excelle dans la morale. Ses discours ne sont guère moins solides que fleuris, ni ses descriptions moins' vives que régulières; son feu diminue rarement sa justesse; sa justesse n'altère jamais la vivacité de son style. Il connaît parfaitement le cœur de l'homme; on se reconnaît dans les portraits qu'il ébauche, rien ne manque à ceux qu'il achève. Au reste, ce ne sont point des peintures vagues, la ressemblance y est entière; ce ne sont point aussi de ces images profanes, plus propres à faire aimer le vice

(1) P. 356. Et en note, au mot de Massillon, prêtre de l'Oratoire, prédicateur célèbre.

agréablement représenté qu'à en inspirer de l'horreur. Il peint en. orateur chrétien; et n'imite point ces hommes qui, par un faux zèle, substituent les traits d'une satire mondaine aux douces corrections de l'Evangile. Trop jeune pour être consommé, mais doué d'un beau génie qui lui fait devoir à lui-même ce que les autres ne peuvent obtenir que des années et d'un long travail; une heureuse invention lui tient lieu d'expérience. Il remplace avec adresse les sentiments par de riches expressions, les raisons par des traits éblouissants, et les dernières preuves par de nombreux détails. Sa véhémence supplée à ce qui lui est échappé, et la subtilité de son imagination oblige ses auditeurs à le tenir quitte d'une érudition plus profonde. Il n'a pas l'injuste vanité de se faire honneur des pensées qu'il doit aux Pères de l'Eglise; c'est pour cela qu'il les nomme partout où il les cite, content de ne les citer que là où leur autorité est nécessaire. L'art n'est pas également déguisé dans toutes ses pièces : elles font admirer son esprit; si j'osois le dire, elles le découvrent quelquefois trop; non pas que l'orateur affecte de le produire, il lui seroit difficile de le cacher. On le découvre même beaucoup dans les occasions où il semble avoir voulu n'être que simple et naturel. D'aussi belles dispositions nous préparent à de grandes espérances ; il aura peu d'égaux quand il les aura remplies, et il ne sera pas longtemps à les remplir; il pourra même les surpasser. La cour, où il doit paraître bientôt, ne sera pas l'écueil de sq réputation.

« L'autre a l'extérieur composé. Son air est grave, sa voix touchante et son geste insinuant. Il n'a point ces grands mouvements des déclamateurs impétueux, ni ces manières basses et rampantes des froids orateurs. Plus on l'écoute, plus on se fait à son action; elle est singulière, et il entend bien à la ménager.

a Sa présence persuade déjà; ce qu'il doit dire achève de

convaincre. Son style, nourri des saintes Ecritures, est tel que les habiles y découvrent de la profondeur, sans que les autres le trouvent obscur et trop élevé. Fécond en belles applications, original dans ses portraits, concis dans ses narrations, les lieux communs ne le sont pas entre ses mains ; il dit bien des choses que personne n'a jamais dites, et paraît même l'inventeur de celles qu'il tient des Pères. Aussi modéré que juste dans le choix de ses figures, délicat et non recherché dans celui des termes, il néglige tous les ornements qu'il croit ne devoir pas servir à la dignité de l'Evangile; ses discours sont simples en apparence; mais quelle élévation dans cette simplicité! quelle onction surtout dans sa manière de parler! II ravit ses auditeurs, et les laisse dans l'incertitude de savoir ce qu'ils admirent davantage ou le zèle de l'apôtre ou la finesse de l'orateur. On diroit que l'éloquence a des règles particulières pour lui et des secrets réservés à son esprit. Tout devient éloquent dans sa bouche, et sa bouche ne prononce que des oracles. Par un mot il explique un sentiment; par quelques sentiments il épuise un sujet. Soit qu'il cite ou qu'il invente; soit qu'il établisse des principes ou qu'il tire les conséquences; soit qu'il se jette dans la morale, ou ju'il revienne au point de doctrine, on trouve ses raisons solides, ses raisonnements suivis et ses preuves com- )lètes. Tout, chez lui, coule de source : il n'a rien avancé l'inutile, il n'a rien omis qui fût nécessaire ; habile théologien, il semble que les mystères de la religion cessent '.e l'être quand il les développe. Bien loin de proposer à otre foi des choses obscures, il les rend si intelligibles u'on n'a presque plus besoin de sa foi pour les croire; ce ont des vérités qu'il démontre. Autant capable de publier mérite des saints que de toucher efficacement les péleurs, ses panégyriques égalent ses discours moraux, et dus ont un si grand prix que, pour valoir trop, ils nous ôtent

la liberté de juger en quoi il excelle ; la dernière fois qu'on l'entend est celle où l'on seroit fâché de ne l'avoir pas entendu ; on trouve qu'il s'y est surpassé et qu'il se surpasse tousles jours, incapable d'être effacé par tout autre que par lui-même. Sa réputation l'a bientôt porté à la cour; il y a annoncé avec éloge les vérités d'un Dieu éternel, en présence d'un roi, qui le craint; c'est commencer aussi glorieusement que les autres voudraient finir.

« Nous avons, en la personne de ces orateurs, de quoi nous consoler de la perte de ceux que la politique et l'autorité nous enlèvent. Leur destin sera différent. Le premier a la vogue parmi les dames, le second est du goût de tout le monde. Celui-là sert de modèle à ceux'qui aspirent à la chaire, celui-ci est le modèle même de ceux qui y excellent. En un mot, l'un peut être égalé, et l'autre sera toujours inimitable. »

Cette même année 1701, l'abbé de Villiers fit paraître une critique du ThêopTiraste moderne, sous le titre de Sentiments critiques sur les caractères de M. de La Bruyère (Michel Brunet, in-12). Comme Brîllon, Villiers ne livrait pas son nom au public. L'auteur parle du parallèle que nous venons de reproduire, et, pour qu'on ne s'y trompe pas, il met les noms sous les portraits.

« Ce chapitre (des prédicateurs dans le Théophrasfe mo> derné) finit parle parallèle du P. Maure et du P.Massillon. Les traits en sont bien touchés, et les louanges très délicates; la vérité s'y trouve. Cette même vérité me force I d'avouer que le Théophraste moderne réussit à peindre!

ces deux orateurs ; c'est ce qu'il y a de meilleur dans son ouvrage (1). »

A plusieurs reprises, l'auteur des Sentiments critiques parle de Massillon. Ces dépositions d'un témoin de l'éloquence naissante de l'oratorien ne sont pas sans importance, et je les recueille.

Au sujet de la remarque où Brillon parle de l'utilité pour les orateurs ecclésiastiques d'appartenir à un corps où l'on prêche, l'abbé de Villiers fait cette réflexion :

« Je ne vous dis rien du P. Bourdaloue, connu même de ceux qui ne connaissent pas la religion qu'il prêche ; il y auroit beaucoup à vous dire du P. Massillon, prêtre de l'Oratoire. Quelques éloges qu'on lui donne, il les mérite (2). »

Et ailleurs, toujours à l'occasion de quelque observation de Brillon qu'il prend à partie :

« La curiosité 'porte les prédicateurs aux audiences. Elle m'y a porté comme eux, Monsieur; j'y en ai vu de

très célèbres.; et quand je vous nommerai le P. B , et

les P. M.... et M , vous n'en douterez point. Je ne

sais pas s'ils méprisoient les avocats qu'ils venoient entendre; mais je sais que les avocats s'honoroient de les avoir eus pour auditeurs (3). »

« Si tous les orateurs apportoient dans la chaire des discours de leur invention, Scribonius le copiste ne se fût jamais enrichi à ce métier... Il commencent à ne plus tant valoir; de nouveaux orateurs paroissent qui le relèveront infailliblement; chacun d'eux brigue leurs sermons; les copistes et leurs clercs n'y peuvent suffire ; on veut du Massillon et du P. Maure (1). »

En 1701 et en 1704, Massillon, de plus en plus célèbre, fut chargé du Carême de Versailles. Il est étonnant de voir les biographes et les critiques, suivant en cela l'exemple du P. Bougerel, oublier complètement la station de 1701. M. Sainte-Beuve lui-même semble hésiter (2). Or, il suffisait d'ouvrir le journal de Dangeau et la Gazette de France de ces deux années pour voir que Massillon prêcha le Carême à la cour, et en 1701 et en 1704.

Eecueillons d'abord les témoignages contemporains qui se rapportent à ces deux grandes stations.

Février 1701. 2, mercredi, jour de la Chandeleur. c< L'après-dînée, remarque Dangeau, le roi en- Ci) P. 326.

(2) Causeries du Lundi, tome IX, p. 3. « Le P. Bougerel, dit M. Sainte-Beuve, ne parle que du Carême de 1704 prêché à la cour par Massillon, et ne dit rien du Carême de 1701. Tous ces points restent à éclaircir. »

tendit le sermon du P. Massillon, qui doit prêcher ce carême. »

Première semaine.

13 février, premier dimanche de Carême. « Le roi, dit Dangeau, et toute la maison royale entendirent le sermon. » La Gazette, à la rubrique du 18, note à son tour que, le 13 et le 16, le roi, accompagné de Madame la duchesse de Bourgogne, entendit dans la chapelle du château la prédication du P. Massillon, prêtre de l'Oratoire. « Mercredi 16, à Versailles, écrit Dangeau, le roi entendit le sermon. — Vendredi 18, à Versailles, le roi, après le sermon qu'il trouva fort beau, alla se promener à Trianon. »

Deuxième semaine.

Ecoutons d'abord le marquis de Dangeau : « Dimanche 20, à Versailles. Le roi alla au sermon et au salut. » La Gazette s'exprime ainsi de son côté : « Le 20 de ce mois, deuxième dimanche de Carême, le roi entendit, dans la chapelle du château, la prédication du P. Massillon, prêtre de TOratoire. »

Troisième semaine.

« Dimanche 27 , à Versailles. Le roi alla l'après-dînée au sermon et au salut. — Mercredi 2 (mars), le roi entendit le sermon. — Vendredi 4, le roi, après le sermon, alla se promener à Trianon. »

Ainsi parle Dangeau ; la Gazette s'exprime en ces termes : « De Versailles, le 4 mars 1701, le 27 du mois dernier, le roi, accompagné de Madame la duchesse de Bourgogne, entendit, dans la chapelle du château, la prédication du P. Massillon, prêtre de l'Oratoire. »

Quatrième semaine.

Voici d'abord les notes rapides du journal de Dangeau : « Dimanche 6, le roi alla au sermon. Mercredi 9, le roi eut un peu de goutte; on le porta au sermon dans sa chaise à bras. — Vendredi 11, la goutte du roi est un peu augmentée, et, au sortir du sermon où on le porta, il se fit reporter chez madame de Maintenon, où Rigaud continua de travailler à son portrait. Madame la duchesse de Bourgogne suivit le roi au sermon

qu'ils entendirent en haut, dans la tribune, et puis elle alla chez madame de Maintenon. »

La Gazette se sert de son cliché ordinaire : « Le 6, quatrième dimanche de Carême, le roi, accompagné de Mgr le Dauphin et de Madame la duchesse de Bourgogne, entendit, dans la chapelle du château, la prédication du P. Massillon, prêtre de l'Oratoire. »

Semaine de la Passion.

a Dimanche 13, le roi, au sortir du sermon qu'il entendit de la tribune, tint conseil. » Voilà tout ce que dit Dangeau. La Gazette, un peu plus explicite, fait observer que le roi était accompagné, le 13, de la duchesse de Bourgogne et de Monsieur. Louis XIV était à Marly le mercredi et le vendredi.

Semaine sainte et jour de Pâques.

La Gazette et Dangeau remarquent que le 20 mars, dimanche des Rameaux, ou jour de Pâques-Fleuries, le roi était au sermon. « Le vendredi saint, 25 mars, dit la Gazette, le roi, Mgr le Dauphin et la duchesse de Bourgogne entendirent le sermon de la Passion, par le P. Massillon. » Dangeau remarque simplement que le

roi et la duchesse de Bourgogne « assistèrent à toutes les dévotions de la journée : le matin, dans la chapelle en bas, et l'après-dînée dans l'a tribune. » Enfin le 27 mars, fête de Pâques, nous apprenons, par le journal de Dangeau, que le roi, Monseigneur et la duchesse de Bourgogne se rendirent à la prédication.

Les Mémoires de l'abbé Le Dieu nous apprennent que, durant ce Carême de 1701, le vendredi 4 mars, Bossuet « entendit le sermon de la Samaritaine, prêché par le P. Massillon, dont il fut très content, » Bossuet, cependant, jusque-là, ne lui avait pas été favorable. Il avait assisté le 8 dé-* cembre précédent à la prédication du P. Maure (encore le P. Maure), et, tout en louant chez lui la pureté du style, la netteté, les tours insinuants et pleins d'esprit, il ne lui trouvait « ni sublimité, ni force, » et le tenait ce même au-dessous de son confrère le P. Massillon. »

CAREME DE 1704.

2 février, fête de la Chandeleur. La Gazette nous apprend que le roi entendit ce jour-là le P. Massillon. Dangeau ajoute quelques détails.

k M. de Pont char train entra dans le cabinet du roi un peu avant son dîner, et lui dit qu'il venoit de recevoir une lettre d'un armateur de Dunkerque qui a ramené auprès de Morlaix une flûte anglaise dont les officiers l'ont assuré que l'archiduc étoit sur la flotte, qu'il fut battu d'une furieuse tempête le 23 du mois passé; tous les vaisseaux de cette flotte ont été dispersés ; il croit qu'il y en a de rentrés dans les ports d'Angleterre, quelques-uns dans les ports d'Irlande, et d'autres dans la Manche de Saint-Georges, qui est le canal entre l'Angleterre et l'Irlande. Il mande que le vaisseau qui porte l'archiduc est dans cette mer-là qui est très rude ; il y a beaucoup de rochers sur la côte... Le roi, après dîner, entendit le sermon du P. Massillon, qui inséra dans son compliment des choses très éloquentes et très chrétiennes sur la tempête qui a séparé la flotte ennemie, et qu'on lui étoit venu apprendre un peu avant qu'il montât en chaire. »

Première semaine.

Dimanche 10 février, mercredi 13 etvendredi 15, le roi se trouvait à la prédication du P. Massillon. Gazette et Dangeau.

Seconde semaine.

Dimanche 17, mercredi 20 et vendredi 22, Louis XIV assista au sermon.

Troisième se maine .

Dimanche 24 et mercredi 27, le roi entendit Massillon, Gazette et Dan g eau. La Gazette ne parle pas du vendredi 29. Dangeau, à cette date, dit, d'une manière assez obscure : « Le roi ne sortit point de tout le jour ; après le sermon, il vint chez Madame la duchesse de Bourgogne qui avait été saignée le matin. »

Quatrième semaine.

Dimanche 2 mars, mercredi 5 et vendredi 7, le roi est parmi les auditeurs.

Dimanche de la Passion.

Dimanche 9 mars. Le roi cette semaine n'assista que le dimanche au sermon; c'est qu'il partit ensuite, comme en 1701, pour Marly. Madame d'Huxelles nous donne la raison de ce voyage durant la semaine de la Passion. « Le roi, écri-

vait-elle le 5 mars 1704, ira à Marly dimanche (9) après le sermon du P. Massillon, et en reviendra le samedi suivant; il n'y a que Madame de Bourgogne de ce voyage, Sa Majesté n'y voulant personne, pas même les princesses, pour éviter Valus du gras. »

Semaine sainte-et Fête de Pâques.

Le dimanche 16, jour des Rameaux, le vendredi saint, 21 mars, et enfin le jour de Pâques, 23 mars, le roi se rendit à la prédication de Massillon. Nous n'avons plus, pour ce carême 1704, d'autre témoignage tout à fait contemporain qu'un mot rapide d'une lettre de madame de Coulanges à madame de Grignan. « Le P. Massillon réussit à la cour comme il a réussi à Paris ; mais on sème souvent dans une terre ingrate, quand on sème à la cour, c'est-à-dire que les personnes qui sont fort touchées des sermons sont déjà converties, et les autres attendent la grâce, souvent sans impatience : l'impatience seroit déjà une grande grâce (1). » Madame de Coulanges écrivait cette

(1) Madame de Sévigné, édition de M. Régnier, tome X, p. 505.

lettre le 3 mars 1704, c'est-à-dire au milieu et comme au cœur même de l'œuvre apostolique.

Faut-il, pour ne rien oublier, citer les romanesques lettres attribuées à la comtesse de la Rivière et publiées en 1776?

« 1er janvier 1700. — Nous avons aussi depuis quelque temps à Paris un prédicateur divin qui s'appelle le P. Massillon, et il prêche... Tiens, ma chère, je n'ai point de termes pour faire son éloge, et il prêche... Je n'ai qu'un cœur pour t'aimer, et des désirs pour te voir partager mon admiration quand il parle. »

« 13 avril 1704. — J'ai été en cour deux fois ce carême tout exprès pour entendre le P. Massillon, de l'Oratoire, qui y prêche. Jamais, non jamais, ma chère amie, tes oreilles n'ont entendu un pareil orateur. Ce qu'il dit est d'une finesse, d'une délicatesse qui charment, qui attachent, qui enchantent. Aucun de tes prédicateurs de Lyon ne le vaut; et celui que tu vantes tant a prêché à Paris il y a quelque» années ; je l'ai entendu, et je t'assure qu'il n'est pas digne de dénouer les cordons du P. Massillon (1). »

D'après ce qui vient d'être dit, on aura pu facilement remarquer que la station quadragésimale de Versailles se composait d'une suite de dix-neuf sermons, à savoir, les six semaines de Carême où

(1) Lettres de madame la comtesse de la Rivière à madame la comtesse deNeufpont. Paris, 1776, tome II, p. 405, et tome III, p. 74.

l'on prêchait invariablement le dimanche, le mercredi et le vendredi, sauf la dernière semaine, où il n'y avait pas de sermon le mercredi saint; le jour de la Purification qui ouvrait le Carême, comme la Toussaint ouvrait l'Avent; et enfin le jour de Pâques qui terminait la carrière.

Les deux Carêmes de 1701 et de 1704 forment donc un ensemble de trente-huit discours.

Or le Go* and Carême de Massillon, tel qu'il a été donné par le P. Joseph, contient quarantedeux sermons, auxquels il faut rattacher six autres discours évidemment prononcés à la cour, et qui sont :

1° Le discours sur les vices et les vertus des grands, rejeté dans le volume du Petit Carême;

2° Le sermon sur la Madeleine, rangé parmi les panégyriques.

3° Les deux sermons pour la fête de la Purification, une passion et un discours pour le jour de Pâques, placés dans les volumes des Mystères.

Nous arrivons ainsi à un ensemble de quarantehuit discours, desquels il faut retrancher dix pour arriver au chiffre de trente-huit.

Il est clair que Massillon, ayant prêché tant de fois le Carême, et s'étant souvent répété, a voulu, suivant l'usage, composer de ces nombreuses pré-

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dications un ensemble complet, en y comprenant les sermons dont il était le plus content, qui lui paraissaient le plus utiles, qui se liaient le mieux entre eux et formaient comme un monument parfait. Il n'avait jamais prononcé de suite un semblable Carême, mais il pouvait se le figurer tel dans sa plénitude et sa force.

La critique moderne, qui s'attache aux détails et aux circonstances qui accompagnent les chefsd'œuvre, voudrait aujourd'hui savoir sûrement quels sont les sermons entendus par le roi. On peut répondre comme pour Bossuet qu'à coup sûr ce sont les plus parfaits. Mais quel jour chaque discours fut-il prononcé ? Cela est plus difficile à dire. L'édition de 1705 sert peu pour les stations royales, parce qu'elle range les sermons comme ils furent prononcés dans les Carêmes de Paris de 1699, 1700, 1702 et 1703; et le P. Joseph donne le recueil factice combiné par son oncle.

Malgré ces difficultés, on arrive à quelques indications parfois sûres et d'autres fois simplement probables.

En premier lieu, quels sont les dix discours à éliminer?

Nous avons d'abord deux sermons pour le jour des Cendres, où l'on ne prêchait pas à Versailles.

1° Un premier sermon pour le mercredi des Cendres, C'est un traité détaillé et circonstancié sur le jeûne, prêché devant une assemblée distinguée par le rang. Comme il se trouve dans la première édition de Trévoux, il est évidemment antérieur à l'année 1705.

2° Un second sermon pour le mercredi des Cendres, sur les motifs de conversion, prononcé devant le cardinal de Noailles, probablement à Notre-Dame (1), à l'ouverture du Carême de 1711. Dans tous les cas, comme l'a fait observer le P. Joseph, il appartient aux dernières années de Louis XIV.

3° et 4° Deux exhortations sur la prière, qui se rencontrent à la fin de la première semaine.

5° et 6° Deux exhortations sur la tiédeur.

7° Des doutes en matière de religion, qui semblent appartenir à une époque postérieure au règne de Louis XIV.

8° Fragment sur les communions indignes.

9° Sur la fausse confiance, au lundi de Pâques, jour où Ton ne prêchait pas à Versailles.

10° La mort. Ce sermon, qui ne se trouve pas

(1) Le second Carême de Notre-Dame est de 1711 et non de 1709, comme je l'avais cru d'abord. V. notre édition de Massillon, tome 1er, page LJ21.

dans les anciens textes, ne convient évidemment qu'aux dernières années de Louis XIV. Parlant de la jeunesse qui ne préserve pas du trépas, l'orateur rappelle par une touchante allusion les événements funestes de 1712, et les morts si précipitées du duc et de la duchesse de Bourgogne et de leur fils aîné. « Faut-il renouveler ici la douleur de la nation et redoubler les larmes qui coulent encore? Faut-il aigrir la plaie qui saigne encore et qui saignera longtemps encore dans le cœur du grand prince qui noies écoute? Une jeune princesse, les délices de la Cour, un jeune prince, l'espérance de l'Etat, l'enfant même le fruit précieux de leur tendresse et des vœux publics, la cruelle mort ne vient-elle, pas de les moissonner tous ensemble, en un clin d'œil? Et cet auguste palais rempli, il y a peic de jours, de tant de gloire, de majesté, de magnificence, n'est-il pas devenu, ce semble pour toujours, une maison de deuil et de tristesse? » Ce discours fut- il prononcé au Carême de Saint-Gervais de 1712 ou à celui de Saint-Eustache de 1713? Mais alors le roi n'y assistait pas, car Dangeau n'eût pas manqué de noter une circonstance si extraordinaire dans la vie de son héros. Ou plutôt, en face de tels passages, ne doit-on pas se rendre au senti-

ment du cardinal Maury; et penser que l'auteur, en retouchant ses discours, dans la solitude de Beauregard, aura commis cet éloquent anachronisme?

Il nous reste maintenant entre les mains les trente-huit sermons nécessaires. Mais comment les distribuer? En général, je crois qu'il faut attribuer au premier Carême les sermons donnés par le P. Joseph pour le dimanche, le mercredi et le vendredi. C'est là en effet leur place naturelle. Puis il convient de chercher dans les autres discours de la semaine ce qui revient au Carême de 1704. Essayons, en ne dérangeant l'ordre établi par le manuscrit deMassillon que pour les plus graves raisons. Les textes sont généralement pris dans l'évangile du jour.

Jour de prédication : 2 février, Purification.

Premier sermon pour la Purification, adressé au roi; et malgré cela rejeté par le P. Joseph au volume des Mystères. Sur la soumission à la volonté de Dieu.

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