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ÉTUDE HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE

CHAPITEE PREMIER

Rareté des documents qui pourraient servir à écrire la vie de Massillon. — But de cette étude, — Naissance et première éducation de Massillon. — L'oratoire. — Le Jansénisme. — Quiqueran de Baujeu. — Massillon enseigne la théologie à Pézenas, à Montbrison et à Vienne.

Les grands hommes du XVII' siècle n'ont pas laissé à la postérité le récit complet de leurs moindres actions. Ils n'ont écrit ni mémoires, ni confidences. Comment auraient-ils désiré occuper après leur mort l'admiration des générations nouvelles, eux qui n'étaient pas même dominés par la passion de faire parler d'eux pendant leur vie? Ils pensaient au ciel et n'ambitionnaient pas d'autre immortalité. Dans les lettres qu'ils adressaient à ceux qui demandaient leurs conseils, ils parlaient rarement d'eux-mêmes et en termes aussi brefs que modestes. Ces lettres peuvent moins servir à surprendre la vie intime des grands personnages qui les ont écrites qu'à faire connaître leurs correspondants. Nulle part, dans les livres qu'ils ont publiés, ils n'ont posé pour les siècles futurs, pas même dans leurs pré-

faces. Ils laissaient venir la gloire jusqu'à eux, mais se gardaient bien de mendier ses faveurs. Comme à cette époque on n'aspirait pas à être universel, comme le poète ne se piquait pas d'être un grand politique, comme l'orateur ne songeait pas à réformer le gouvernement, on se résignait à rentrer dans l'obscurité, heureux d'avoir eu son jour d'éclat et de triomphe. Si célèbre qu'il fût, le même nom ne pouvait pas toujours occuper le public; après avoir été proclamé quelque temps par toutes les bouches, il redescendait dans Toubli. Les journaux n'avaient pas encore remplacé avantageusement les classiques trompettes de la renommée. Les célébrités du XVII^ siècle, moins favorisées que les célébrités contemporaines, n'avaient ni moniteurs officieux, ni dictionnaires complaisants pour signaler leurs faits et gestes. Aussi devient-il difficile, à deux cents ans de distance, d'écrire l'histoire de ces grands hommes qui ont si peu raconté leur vie. On est réduit à glaner ça et là dans les écrits du temps quelques renseignements, dont il n'est pas toujours facile de constater la vérité. Comment prolonger, par exemple, au-delà de quelques pages une biographie de Bourdaloue , dont la cour de Louis XIV a écouté la parole pendant plus de trente ans sans se lasser jamais? M. Sainte-Beuve, qui se résigne à ne rien savoir de la vie si admirablement uniforme de Bourdaloue (1), désirerait qu'on écrivît une histoire de

(1) Une lettre de scn confesseur, le P. Martineau, un éloge mis en tête de ses sermons par le religieux qui en fut l'éditeur, le P. Bretonneau ; une lettre de M. de Lam oignon, son ami de tous les temps; un autre hommage plus développé, mais du même genre, par une personne de condition, Mme de Pringy, c'est tout ce qu'on a sur Bourdaloue; et je le dirai, quand on l'a lu lui-même et considéré quelque temps dans l'esprit qui convient, on ne cherche? point sur son compte d'autres particularités, on n'en désire pas. » (Causeries du lundi, t. 9.)

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