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CHAPITRE PREMIER

la vie et des ouvrages de Massillon. Il pense avec raison que ce serait un sujet heureux. Mais l'éloquent oratorien n'a guère été, comme l'éloquent jésuite, qu'une grande voix. 11 a prêché moins souvent que son prédécesseur et devant un auditoire qui n'était déjà plus à la hauteur de celui qu'avait maîtrisé Bourdaloue. 11 est vrai que l'auteur du Petit Carême fat mêlé aux querelles jansénistes et que la gloire de l'épiscopat s'unit en lui à la gloire de l'éloquence sacrée. Mais ni l'évêque, ni le prédicateur n'ont cherché le bruit. « On a déjà bien des anecdotes, dit M. Sainte-Beuve, qu'il faudrait vérifier pourtant et rassembler avec ordre; des recherches suivies produiraient infailliblement quelques résultats. Une grande quantité de lettres de Massillon ont été soustraites au moment de sa mort, serait-il possible de les recouvrer? Il y aurait à dresser un historique de ses principaux sermons, à en fixer la date avec les circonstances mémorables qui s'y rattachent. Une étude complète sur Massillon deviendrait naturellement celle de l'éloquence même, dans la dernière moitié du règne de Louis XIV. On y suivrait ce beau fleuve de l'éloquence sacrée, on le descendrait dans toute la magnificence de son cours, on en marquerait les changements à partir de l'endroit où il devient moins rapide, moins impétueux, moins sonore, où il perd de la grandeur austère ou de l'incomparable majesté que lui donnaient ses rives, et où, dans un paysage plus riche en apparence, plus vaste d'étendue, mais plus effacé, il s'élargit et se mêle insensiblement à d'autres eaux, comme aux approches de l'embouchure (1). »

Nous n'avons pas la prétention de remplir ce magnifique programme. 11 exige une ampleur d'érudition, une

(1) Causeries du lundi, t. 9.

délicatesse de goût et une sûreté de jugement qui ne se rencontrent que dans l'auteur de ces Causeries où la finesse la plus élégante s'unit à la plus docte critique. Nous nous sommes appliqué à mettre en ordre les divers documents que nous avons pu rassembler, pour éclairer d'un nouveau jour la vie religieuse, la vie oratoire, la vie épiscopale de Massillon. Nous regrettons que nos renseignements ne soient pas plus nombreux. D'autres, après nous, feront sans doute de plus précieuses découvertes. Du reste, c'est moins une biographie complète de Massillon que nous avons voulu écrire qu'une étude littéraire de ses œuvres et une étude historique des événements dont il a été le témoin.

Jean-Baptiste Massillon naquit le 24 juin 1663 à Hyères, petite ville de Provence qui domine un rivage incomparable, baigné par les flots de la Méditerranée, abrité par de vertes collines contre le vent du nord, offrant à l'œil surpris du voyageur, comme une plage orientale, des palmiers, des orangers, des citronniers qui étendent librement dans la campagne leurs rameaux parfumés. La maison qu'habitaient François Massillon et Anne Morin, lorsque vint au monde le tils qui devait immortaliser leur nom, existe encore à Hyères, telle qu'elle était au XVIP siècle. Simple, commode, en harmonie avec les goûts modestes d'un notaire de petite ville, elle pouvait passer en 1663 pour une élégante habitation. Aujourd'hui, de plus somptueux édifices ont dû s'élever pour attirer chaque hiver les riches malades qui ont besoin de fuir les frimats et de respirer l'air tiède du Midi. La maison où naquit Massillon est cachée dans une rue étroite (1), mais aucun des nombreux étrangers qui viennent passer à Hyères la saison d'hi-

(1) La rue Rahatou.

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