CHAPITRE IV
ce qu'on nomme aujourd'hui conférence^ mais qui en diffère par les applications morales qui suivent chacune des considérations principales, Massillon a résumé les preuves les plus oratoires de la divinité de Jésus-Christ. On y trouve en germe la plupart des pensées qu'ont développées les plus célèbres orateurs sacrés de notre temps. Après une proposition qui aurait pu être formulée avec plus de précision et de clarté, le discours se déroule avec une ordonnance si régulière, une si constante élévation, une si chaleureuse éloquence, qu'on doit le ranger au nombre des œuvres les plus parfaites de Massillon. Il prouve la divinité de Jésus-Christ d'abord par (c l'éclat de son ministère, » c'est-à-dire par les signes extérieurs qui révèlent en lui une personne surhumaine, par les prophéties et les figures qui l'ont annoncé, par les miracles qu'il a opérés ; en second lieu, par « l'esprit de soir ministère, » c'est-à-dire par la nature et les effets de son enseignement. La première partie est le développement de cette pensée aussi juste que hardie de Richard de Saint- Victor : « Mon Dieu, si nous sommes dans l'erreur, c'est vous-même qui nous avez trompés; Domine^ si errorest, a teipso decepti sumus. « Si le Seigneur Jésus, venu dans la plénitude des temps, n'était qu'un homme juste et innocent, choisi seulement pour être l'envoyé de Dieu sur la terre, la fm principale de son m^inistère aurait été de rendre le monde idolâtre et de ravir à la divinité la gloire qui lui est due pour se l'attribuer à lui-même... Si Jésus-Christ n'était qu'un homme semblable à nous. Dieu, qui Ta envoyé sur la terre revêtu de tant de gloire et de puissance, nous aurait luimême trompés, et serait lui-même coupable de l'idolâtrie de ceux qui l'adorent. .. 0 vous qui lui refusez sa gloire et sa divinité, et qui le regardez pourtant comme l'envoyé de Dieu pour instruire les hommes, achevez
le blasphème , et confondez-le avec ces imposteurs qui sont venus séduire le monde, puisque loin d'y rétablir la gloire de Dieu et la connaissance de son nom , l'éclat de son ministère n'a servi qu'à l'ériger lui-même en divinité. y>
Cette preuve par l'absurde est péremptoire, mais elle ne s'adresse qu'à ceux qui admettent un Dieu personnel. Pour M. Renan, Dieu n'est que la catégorie de Vidéalj Dieu n'existe que dans la pensée de l'homme. Comment prouver la divinité de Jésus-Christ à celui qui n'admet pas même la divinité de Dieu ? Il faut croire à un Dieu personnel, libre, tout-puissant, qui a créé le monde et qui le gouverne pour sentir la force de cet argument : Si Jésus- Christ n'était pas le Verbe incarné, le Dieu tout-puissant n'aurait pas permis qu'il fût adoré depuis dix-huit siècles par les plus beaux génies et les plus grands cœurs.
Massillon tire ensuite des paroles mêmes du Sauveur une nouvelle preuve de sa divinité. Jésus-Christ s'est affirmé Dieu, donc il est Dieu. « Il faut refuser à Jésus- Christ sa qualité d'homme juste et d'envoyé du Dieu tout-puissant, que les ennemis de sa divinité lui accordent, ou convenir qu'il est lui-même un Dieu manifesté en chair et descendu sur la terre pour sauver les hommes. Si Jésus-Christ est saint, il est Dieu. Soit que vous considériez la doctrine qu'il nousa enseignée par rapport à son Père ou par rapport aux hommes, elle n'est plus qu'un amas d'équivoques ou de blasphèmes enveloppés s'il n'est qu'un homme ordinaire, envoyé seulement de Dieu pour instruire les hommes. » Cette preuve sera toujours sans réplique pour un esprit droit. Jésus-Christ resterait un mystère inexplicable si l'on n'admettait pas «a divinité. D'un côté, on ne peut pas l'accuser d'imposture : « Il a trop de vertu pour n'être pas sincère. » D'un