CHAPITRE IV
mêmes. Le second sermon , qui fut prêché le 1*' janvier 1700, par conséquent le premier jour du dix- huitième siècle, traite de la divinité de Jésus-Christ, et doit nous arrêter un instant.
Le dogme fondamental du christianisme, l'incarnation du Verbe, a été attaqué de nos jours avec un tel mélange d'audace et d'hypocrisie, de froide science et d'illuminisme ignorant, que diverses sortes d'esprits ont pu être séduits, et que de toute part d'éloquentes protestations se sont élevées. Le monde chrétien a tressailli d'indignation. Des luthériens d'Allemagne et des calvinistes français se sont unis aux catholiques pour repousser comme une œuvre impie cette menteuse Vie de Jésus ^ dont l'auteur voulait d'abord faire descendre le Sauveur du monde du trône de sa divinité pour le poser sur le piédestal des grands hommes, et abaisser ensuite peu à peu la hauteur de ce piédestal, en ramenant à de vulgaires proportions l'incomparable figure du Rédempteur. Cette critique tranchante qui nie sans motif et affirme sans preuves, qui rejette ce qui lui déplaît et admet ce qui peut se plier à ses interprétations, a produit assez de résultats heureux pour que nous puissions nous consoler du mal qu'elle a fait. Elle nous a valu de lumineuses et décisives réfutations. Elle a forcé un siècle distrait à réfléchir sérieusement sur la question dont toutes les autres dépendent, sur le dogme sublime qui est le foyer de la religion chrétienne, sur le fait divin qui est le centre de l'histoire depuis dix-huit siècles. En écrivant la Vie de Jésus, M. Renan a prouvé malgré lui la divinité de Jésus-Christ. Il a prouvé que le vieillard Siméon était divinement inspiré, lorsque, tenant dans ses bras l'enfant Jésus, il a prononcé cette prophétie ; Il sera un signe de contradiction , erit signum cui contradicetur . Ne soyons donc pas surpris que de siècle en siècle
des voix s'élèvent pour nier la divinité de Jésus-Christ. Si elles ne contredisaient pas la voix de l'Eglise, la 'prédiction qui les annonçait se trouverait fausse. Sous Louis XIV comme aujourd'hui, le Sauveur adoré par les chrétiens avec tant de foi et d'amour rencontrait des contradicteurs. Déjà Bourdaloue se plaignait de ce que l'incrédulité devenait l'hérésie du siècle. « Dans tous les temps, dit Massillon, ce point fondamental de notre sainte religion, j'entends la divinité de Jésus-Christ, a été le plus exposé aux contradictions insensées de l'esprit humain. Il faut donc que dans tous les temps l'éloquence chrétienne redise aux fidèles comment l'impiété, en refusant de fléchir le genou devant Jésus-Christ, fils de Diea, et en s'obstinant à ne voir en lui que le fils de l'homme, méconnaît à la fois la grandeur de l'homme et l'amour de Dieu, et blasphème ce qu'elle ignore. »
Massillon démontrera donc la divinité de Jésus-Christ, moins pour combattre les impies que pour consoler la foi de ses auditeurs et la raffermir. « Il est à propos, dit-il, de renouveler de temps en temps ces grandes vérités dans l'esprit des grands et des princes du peuple, pour les affermir contre les discours de l'incrédulité, dons ils ne sont d'ordinaire que trop environnés. » Hélas I aujourd'hui ce n'est pas seulement l'esprit des grands qu'il faut affermir contre les sophismes de la critique incrédule. C'est à la foi populaire qu'on s'attaque. On voudrait arracher du cœur du. pauvre les seules croyances capables d'adoucir ses misères, de diminuer ses douleurs au contact de la croix, de récompenser sa résignation par un éternel bonheur. Le problême de la vie du corps à bon marché a été moins promptement résolu que celui de la mort de l'âme à bon marché.
Dans un sermon qui se rapproche singulièrement de