‹ Matériaux de construction de l'exposition universelle de 1855Chapitre 10 sur 53 · CHINE · texte numérisé non relu

CHINE

Les Chinois , qui nous ont précédé dans bien des découvertes , emploient Y ardoise à différents usages. Ils savent surtout la sculpter avec une grande habileté. Ainsi , l’exposition des produits de la Chine, qui se trouvait dans les galeries du Palais , nous montrait des coupes en schiste argileux qui étaient très-élégantes. Les Chinois recherchent pour ces coupes une variété de schiste argileux qui est très-compacte ; mais la forme aplatie des objets façonnés y révèle encore l’existence d’une structure schisteuse. Ce schiste a une couleur vert olive noirâtre, passant tantôt au vert , tantôt au brun , tantôt au violet ; il présente souvent des bandes parallèles qui réunissent ces différentes couleurs , et il se taille à la manière de l’onyx. Il ne prend le poli que d’une manière imparfaite, mais il se laisse sculpter très-délicatement.

Ardoise dite émaiBiée.

ROYAUME-UNI

M. Magnus (n° 1652). — M. Magnus est le créateur d’une industrie toute nouvelle, celle de Y ardoise dite émaillée; et il a eu le rare bonheur de la porter à un degré de perfection tel, qu’il ne lui reste, pour ainsi dire, plus de progrès à faire.

Les premières recherches de .M. Magnus datent de 183 A, et elles lui ont été suggérées par un séjour de plusieurs années, qu’il fit dans les fabriques de poteries du Straf-

fordshire. 11 eut d’abord l’idée de soumettre l’ardoise à la chaleur graduée des fours de poteries, et il vit qu’au lieu de s’altérer, elle devenait plus dure et plus résistante ; il songea ensuite à fixer des couleurs sur l’ardoise, et il y réussit également. 11 prit un brevet en Angleterre, en 1838, et maintenant il possède à Pimlico (Londres) une usine trè§importante qui occupe une centaine d’ouvriers.

L’ardoise est une matière minérale qui réunit un grand nombre de qualités ; en effet , elle est homogène , compacte ; elle n’absorbe pas l’humidité ; elle résiste bien à l’action de la chaleur et elle se taille très-facilement , surtout en dalles ou en plaques. Dans l’état naturel , elle a cependant une couleur sombre et une faible dureté; aussi est -elle très-peu employée à cet état pour la décoration et l’ameublement : mais ces inconvénients disparaissent quand on la recouvre d’un vernis; on peut en outre lui donner les couleurs les plus variées.

L’ardoise du pays de Galles est celle que M. Magnus emploie pour la fabrication de l’ardoise dite émaillée. L’application de la couleur imitant le marbre se fait à l’aide d’un vernis et probablement par un procédé analogue à celui de M. Tucker, qui sera décrit plus loin : ce procédé ne nous est pas connu ; toutefois il est très-simple et très-rapide, puisqu’un seul ouvrier peut marbrer plus de 50 pièces en un jour. L’ardoise , recouverte de son enduit coloré , est ensuite introduite dans des fours , où elle est soumise graduellement à une température de 200 à 230° centigrades. Elle reste huit à dix jours dans ces fours. Lorsqu’elle en sort, çjle possède, d’après M. Magnus, une grande résistance à la rupture ; car cette résistance serait égale à celle d’une dalle de marbre d’épaisseur quadruple. L’enduit coloré qui recouvre l’ardoise n’a qu’une épaisseur trèsmince , mais il est parfaitement fixé , et il ne s’enlève pas, même après un usage de plusieurs années. Il résiste bien à l’action de l’air qui , à ce qu’il paraît , l’altère moins rapidement que le marbre. Toutefois sa dureté est beaucoup

moindre que celle du marbre, et il se laisse facilement rayer avec l’ongle. Pour rendre l’enduit brillant , lorsque l’ardoise sort du four, on le polit avec du tripoli et avec de la potée d’étain.

Ce qui vient d’être dit sur la préparation de l’ardoise émaillée , montre qu’elle n’est pas recouverte par un émail analogue à celui des poteries, ainsi que son nom semblerait le faire croire; mais qu’elle est simplement protégée par un vernis : il serait donc préférable de la nommer ardoise vernissée.

Par le procédé que nous venons d’indiquer, M. Magnus est parvenu à imiter la porcelaine et surtout à représenter toute espèce de roches : l’albâtre d’Égypte , la serpentine verte et rouge de Gênes , la griotte , le portor, le jaune de Sienne , le marbre wealdien de Purbeck , les granités , les porphyres de Suède et le porphyre rouge antique.

La ressemblance de l’ardoise émaillée avec ces diverses roches , est quelquefois si grande , qu’il faut l’examiner avec beaucoup de soin , pour reconnaître que c’est seulement une imitation qu’on a sous les yeux ; nous citerons notamment le porphyre rouge antique, comme l’une des roches qui peuvent le mieux être imitées.

Le prix de l’ardoise émaillée varie avec les difficultés que présente la reproduction du marbre qu’on a cherché à imiter ; et on distingue quatre classes de prix :

lre classe. — Albâtre d’Égypte , malachite de Russie „ lumachelle , griotte , jaspe ; marbres noirs , blancs et de diverses couleurs.

2e classe. — Serpentine , jaune de Sienne , portor ; porphyres , granités , marbre de Purbeck.

5e classe. — Lapis-lazuli et marbres riches , ou à dessins complexes.

Ae classe. — Imitation de mosaïques ; représentation de fleurs et d’animaux.

Le prix de l’ardoise varie avec son épaisseur ; et le ta-

ARDOISES

bleau suivant fait connaître, pour un pied carré, quels sont les principaux prix de l’ardoise émaillée :

lre classe. 2e classe. 3e classe.] ‘^3

Ardoise à 1 pce d’épaisseur . 2sh- 9d- 3sh. 6d. 4sta. od-

— à 2 idem. . 4 65 6 6 0

Les prix de la k 6 classe sont , du reste , très- variables, et ils dépendent entièrement des objets à représenter.

Remarquons qu’en Angleterre, le marbre jaune de Sienne revient à 15 sh. 6 d. ; le portor, à 16 sh. ; et le marbre noir, à 8 sh. par pied carré : les prix de l’ardoise émaillée sont donc bien inférieurs à ceux des marbres. Ainsi , par exemple , pour l’imitation du marbre noir, le prix est seulement un peu plus du tiers ; pour l’imitation du jaune de Sienne , il n’est guère que le cinquième.

L’Angleterre , si largement dotée de toutes les richesses minérales, est, par exception, pauvre en marbres ; comme l’ardoise émaillée imite très-bien le marbre et revient à un prix beaucoup moins élevé, il est facile de comprendre pourquoi son usage s’est répandu avec une si grande rapidité. Elle a , en effet, été adoptée par le riche comme par le pauvre, et elle décore même des résidences royales. En quelques années , sa consommation est devenue si grande, que la production ne peut y suffire. On l’emploie , dès à présent , pour tables, consoles, toilettes et pour toutes sortes de meubles.

Elle est très-propre aussi à faire des cheminées ou des poêles, et il y en avait même plusieurs à l’Exposition. Lorsque les cheminées sont formées de pièces ayant seulement 5 pouces d’épaisseur, leur prix n’est que de 17 sh. pour la lrc classe de marbres , 1 liv. 5 sh. pour la 2e classe , et 1 liv. 18 sh. pour la 3e classe.

On se sert de l’ardoise émaillée pour faire des baignoires très-élégantes, qui ont attiré , d’une manière spéciale, l’ attention de la XIIe Classe.

Les parois des appartements peuvent encore être revêtues et décorées , avec beaucoup de luxe , par des plaques d’ar-

ARDOISES

doise émaillée. Des salles de bains en sont même entièrement construites.

On en fabrique aussi des vases , des piédestaux , des autels , des pierres tumulaires.

Enfin , l’ardoise émaillée est très-propre à faire des billards, et, à l’Exposition , il y en avait un très-remarquable qui imitait le porphyre rouge antique. Ces billards en ardoise émaillée ont des prix qui ne sont pas très-supérieurs à ceux des billards en bois ; comme tous les billards en ardoise, ils ont sur eux l’avantage de présenter une surface qui est mieux nivelée et qui ne varie pas par l’action de la température ou de l’humidité.

L’ardoise émaillée commence à se répandre hors de l’Angleterre; ainsi on l’emploie en Allemagne , et notamment à Berlin , où elle sert à faire des bains et des lavoirs.

Jusque dans ces derniers temps , l’emploi de l’ardoise était à peu près limité à la toiture et à quelques usages dans les constructions ; mais la découverte de l’ardoise émaillée , due à M. Magnus, a permis de s’en servir dans l’ameublement et dans la décoration : cette découverte a donc créé un débouché nouveau à une matière minérale qui se trouve en masses inépuisables dans le sein de la terre , et son importance est surtout très-grande pour les pays qui , comme l’Angleterre , possèdent peu de marbres ; aussi dès l’année 1851, le jury de l’Exposition Universelle de Londres avait-il décerné à M. Magnus une médaille d’honneur.

— ■ Il existe encore dans le Royaume-Uni , d’autres usines dans lesquelles on fabrique l’ardoise émaillée ; mais leurs produits, qui figuraient déjà à l’Exposition de Londres, n’ont pas été envoyés à celle de Paris.

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