‹ Matériaux de construction de l'exposition universelle de 1855Chapitre 11 sur 53 · ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS

M, Hiram Tucker, de l’État de Massachussets, a fabriqué, aux États-Unis, de l’ardoise qu’il appelle également ardoise émaillée ,

Pour appliquer les couleurs sur l’ardoise, de manière à

SERPENTINES

imiter le marbre 4 il se sert de couleurs préparées avec un vernis ; il les répand sur un bain d’eau et il vient appliquer la surface de l’ardoise sur ce bain coloré; la fixation des couleurs sur l’ardoise a lieu immédiatement.

M. Tucker a reproduit ainsi devant le jury les veines et les accidents de couleur des principaux marbres ; M. Magnus opère vraisemblablement de la même manière pour l’application des couleurs sur l’ardoise. Ce procédé est d’ailleurs employé aussi pour fixer des couleurs sur du bois, sur du papier ou sur de la fonte. Les fours desquels on se sert pour faire sécher le vernis, sont ceux qu’on emploie en France et en Angleterre, dans les fabriques de papier mâché et d’imitations du Japon. Ils sont chauffés à la même température* — Nous remarquerons que par sa préparation , l’ardoise émaillée se trouve à la limite des matériaux naturels de construction; aussi est-ce pour ce motif que nous l’avons classée en appendice à la suite de l’ardoise.

ALGÉRIE

Enfin, parmi les nombreuses applications qu’on peut faire de Y ardoise , nous signalerons encore son emploi pour la peinture. M. Chérot, colon de Bou Ismaël, dans la province d’Alger, avait, en effet, envoyé un paysage qui présentait les tons mats de la peinture à fresque et qui était peint sur une dalle d’ardoise.

c - SERPENTINES.

Nous allons passer en revue les roches à base d’ hydrosüicates de magnésie , qui ont été présentées comme matériaux de construction. Leur type est la serpentine à laquelle nous réunissons les roches formées de chlorite et de talc .

Toutes ces roches sont tendres ; car la serpentine , qui est la plus dure, a la même dureté que le calcaire. Elles se laissent facilement découper et sculpter ; on peut même

SERPENTINES

les travailler sur le tour. Elles résistent bien à l’action du feu et elles sont réfractaires. Elles sont plutôt recherchées pour la décoration et pour T économie domestique , qu’elles ne s’emploient dans l’architecture. La serpentine joue seule un rôle important dans la décoration. Nous commencerons donc par décrire la serpentine et ses variétés.

— La serpentine est un hydrosilicate de magnésie , dont la composition est à peu près constante. Sa couleur est généralement verte ; mais elle peut aussi présenter des nuances très- variées et passer au brun marron et au rouge vif ; elle ressemble quelquefois à une peau de serpent, d’où lui est venu le nom de serpentine. Lorsqu’elle est polie, elle devient très-brillante ; une exception peut cependant être faite à cet égard pour la serpentine du Prato , qui conserve toujours un aspect un peu mat. Sa dureté est la même que celle du marbre , et elle présente sur lui l’avantage de s’altérer beaucoup moins par l’action de l’air. C’est ce qu’il est facile de constater en examinant les serpentines avec chaux carbonatée, qui sont restées exposées pendant quelque temps à l’action de l’air ; la chaux carbonatée est en effet devenue terne , et elle a été corrodée , tandis que la serpentine conserve encore tout son poli. Malheureusement, la serpentine a peu de cohésion, et se laisse écraser assez facilement ; elle est fragile et résiste mal aux chocs ; de plus, elle est souvent traversée par des fissures , en sorte qu’il est rare d’en trouver des blocs de grandes dimensions.

La serpentine s’emploie beaucoup dans la marbrerie , et on s’en sert surtout pour la décoration intérieure. Les variétés les plus recherchées sont celles que Brongniart nommait ophicalces ; elles sont complètement pénétrées par des veines nombreuses de chaux carbonatée blanche et spathique ; cette chaux carbonatée forme une sorte de ciment qui réunit tous les fragments de la serpentine , à laquelle elle donne plus de cohésion. G’est ce qui explique d’ailleuis pourquoi les serpentines pénétrées de chaux carbonatée sont spécialement recherchées pour la marbrerie.

SERPENTINES

Donnons maintenant quelques détails sur les principales serpentines envoyées à l’Exposition universelle.

FRANCE

M. J. -B. Tomei (n° h 346). — Sur les bords du Bivinco, à 10 kilomètres seulement de Bastia, M. Tomei a découvert l’une des plus belles variétés de serpentine qui aient été exploitées. Sur l’invitation de M. le préfet de la Corse, MM. les ingénieurs Lesguiller, Sentis et Meissonnier ont visité son gisement. Il résulte de leurs rapports que cette serpentine est enclavée dans des schistes métamorphiques appartenant au terrain secondaire. Le gisement le plus important est celui de la rive gauche du Bivinco : il présente une longueur de 400 mètres, une largeur de 100 mètres , une hauteur de 20 mètres. On en a extrait plusieurs blocs de h mètres de longueur, et l’un des blocs actuellement sur la carrière n’a pas moins de 5m de longueur, 4m,50 de largeur et lm d’épaisseur.

Le Bivinco , qui baigne le pied de ces gisements , se prête parfaitement à l’établissement d’une scierie ; d’un autre côté, ils se trouvent à 2 kilomètres seulement d’une route impériale , à laquelle ils sont reliés par un chemin carrossable.

La serpentine du Bivinco appartient à celle qu’on désigne, dans la marbrerie , sous le nom de vert de mer. Elle a une très-belle couleur verte plus ou moins foncée , et elle est traversée par une multitude de veines vert clair ou vertémeraude : ces veines, qui s’entrelacent dans tous les sens et de la manière la plus complexe , sont formées par de la chaux carbonatée qui est imprégnée et colorée en vert par une espèce d’asbeste. La serpentine du Bivinco possède aussi de l’homogénéité et une grande ténacité. Elle prend un très-beau poli et elle est d’un effet très-agréable à l’œil. Son prix est d’ailleurs moins élevé que celui de la serpentine d’Italie; car à Paris elle revient à 900 fr. le mètre cube et à 30 fr. le mètre carré. Enfin les deux colonnes, de 3 mètres de hauteur, exposées par M. Tomei , peuvent rivaliser avec

TO

SERPENTINES

les belles colonnes de serpentine de Gênes qui se trouvent dans nos musées.

La serpentine du Bivinco est donc une roche remarquable dont les carrières sont dans les meilleures conditions d’exploitation ; elle est à proximité de la mer et de bonnes voies de communication; elle peut être obtenue en blocs de grandes dimensions, et par conséquent elle serait éminemment propre à la décoration monumentale.

M. Bigillion (n°A25). — L’une des plus belles serpentines connues est assurément celle de Saint-Yéran, dans les Hautes- Alpes. Depuis 1851 elle est exploitée par M. Bigillion, qui en avait exposé deux cheminées. M. le sénateur Sapey avait aussi exposé des plaques polies de cette même serpentine.

La serpentine de Saint-Yéran est une ophicalce formée de fragments de serpentine disséminés dans de la chaux carbonatée ayant une couleur verte. On en distingue deux variétés.

L’une présente des fragments de serpentine vert noirâtre, enveloppés par de la chaux carbonatée vert clair, dont la nuance tire tantôt sur le vert olive , tantôt sur le vert-émeraude. Sa teinte générale est très-agréable , elle rappelle celle du porphyre vert antique.

L’autre variété, qui est également très-belle, présente, comme la première , la structure bréchiforme , mais elle a une couleur plus foncée qui tire même sur le noir-verdâtre. Accidentellement, elle peut être traversée par quelques veines de chaux carbonatée blanche et spathique , qui nuisent un peu à l’harmonie de sa couleur.

Le prix de la serpentine de Saint-Yéran, rendue à Paris, ne dépasse pas 850 francs le mètre cube, et 29 francs le mètre carré en tranches. Il est difficile de trouver une roche d’une couleur verte plus riche, d’un aspect plus agréable, d’un poli plus parfait ; aussi doit-on espérer qu’elle ne tardera pas à être employée dans la décoration , et même dans la marqueterie à laquelle elle est tout à fait propre.

Toutes deux d’origine française , les serpentines du Bivinco et de Saint-Yéran sont des plus belles que l’on connaisse , et ,

SERPENTINES

bien qu’elles soient exploitées depuis quelques années seulement, elles sont assez remarquables pour conquérir prochainement leur place dans nos palais et dans nos monuments, MM. Michel et Cantini (n° 4263). — MM. Michel et Cantini exploitent la serpentine de Maurins, dans les Hautes- Alpes. Gette serpentine a une belle couleur vert foncé ; c’est encore Yophicalce de Brongniart, et, de même que la plupart des serpentines employées dans la marbrerie , elle est traversée dans tous les sens par des veines de chaux carbonatée spathique; tantôt ces veines sont blanches, tantôt elles sont pénétrées par une espèce d’asbeste qui leur donne une couleur vert clair ou vert céladon. La serpentine de Maurins ne le cède en rien à la serpentine d’Italie; mais elle ne présente pas de taches rouges comme la variété de serpentine que les marbriers nomment rouge de Gênes . Il y en a d’ailleurs des blocs qui ont jusqu’à 3ni,5 de longueur, et, par conséquent, il serait possible d’en faire des colonnes, comme avec la serpentine du Bivinco. Son prix est toutefois assez élevé , car, à Paris , il serait de 900 fr. le mètre cube, et il atteindrait 1,300 fr. pour les blocs permettant de faire des colonnes. Le mètre carré de la même serpentine sciée en tranches est de 30 fr., et pour le polissage il faudrait encore ajouter 18 francs par mètre carré.

La serpentine de Maurins n’est pas moins propre à la décoration architecturale qu’à l’exécution d’objets d’ornement. On en fait des plaques de revêtement, des cheminées, des pendules , des piédestaux , des colonnes. Elle avait été employée pour plusieurs objets de luxe fabriqués par l’industrie parisienne, et notamment pour un meuble remarquable que M. Fourdinois avait exposé dans la nef du Palais.

M. Astréoud (A.) (n°4354). — M. Astréoud exploite aussi la belle serpentine de Maurins dans les Hautes-Alpes, et il la travaille dans son usine de Bon-Repos , à la Mure (Isère) .

15 à 20 ouvriers sont occupés à l’exploitation de cette serpentine de Maurins ; ce sont généralement des ouvriers piémontais; ils travaillent sous la direction d’un entrepre-

SERPENTINES

neur qui s’engage à fournir un nombre déterminé de mètres cubes. En 1854, on a exploité jusqu’à 110 mètres de serpentine, mais généralement on n’en extrait que 25 mètres cubes par année. La carrière est située au Mas-du-Louyet , hameau de Maurins , dans les hautes régions des Alpes , et le mauvais temps n’y permet l’exploitation que depuis le mois de juin jusqu’au mois de septembre. Elle fournit d’ailleurs des blocs de toutes les dimensions , et il serait facile d’avoir des colonnes de cette belle roche si propre à la décoration des monuments.

La serpentine de Maurins, exploitée par M. Astréoud, vaut à La Mure 500 fr. le mètre cube, et à Paris 750 fr. : son prix est moindre que celui indiqué par l’exposant qui précède. En tranches polies de 0m,025 d’épaisseur, elle revient à 24 fr. le mètre carré. Le transport à Paris augmente son prix de 11 à 13 fr. , suivant qu’elle est en tranche brute ou polie.

M. Molinier (n° 4321). — M. Molinier, duquel nous aurons encore à parler lorsque nous nous occuperons des marbres , a également repris, en 1853, l’exploitation de la serpentine de Maurins, qu’il travaille dans son usine de Digne (Basses- Alpes). 11 indique pour cette serpentine des prix qui sont encore inférieurs à ceux des deux exploitants desquels nous venons de parler.

M. Colin (R. J.) (n° 153). — La serpentine est exploitée par M. Colin , d’Épinal, à la carrière des Goujots , près d’Éloyes, dans le département des Vosges. Elle a une belle couleur verte , elle prend bien le poli , et elle présente des nuances brunes, rouges, vert clair, d’un effet très-agréable, mais elle est souvent traversée par des fissures , et comme il est rare de l’obtenir en gros blocs, on ne l’emploie guère que pour des ornements de petites dimensions. Cependant la carrière des Goujots a fourni des blocs qui cubaient jusqu’à 2 mètres. Cette serpentine, sciée en tranches, se vend au prix de 45 francs le mètre carré \

1 Voir Serpentine des Vosges : Annales des Mines, t. XVIII, 1850, p. 309,

SERPENTINES

M. Séguin (n° 10162). — M. Séguin a commencé, en 1854, l’exploitation de la serpentine du Pech Cardaillac, dans la commune de Gahus (département du Lot).

Cette serpentine provient de carrières appartenant à M. le maréchal Canrobert. Elle a été reconnue sur une puissance de 22 mètres , et elle forme un banc qui est enclavé dans un granité gris à grain fin. Sa couleur est vert olive , vert pistache, vert noirâtre; on y observe un grand nombre de cristaux de diallage vert clair, à éclat nacré, qui sont entre-croisés dans tous les sens. Plusieurs mètres cubes ont été extraits et même fournis à l’État; mais la difficulté des transports et le mauvais état des chemins a jusqu’ici empêché de continuer l’exploitation.

Une route départementale que l’on va construire rendra les conditions de l’exploitation meilleures, et, d’un autre côté , on pourrait facilement établir une usine sur la rivière de la Cère qui est dominée par les carrières. La serpentine de Cahus a été exploitée il y a une cinquantaine d’années ; on en a fait des tables et des dessus de meubles ; on l’a aussi employée à la décoration des églises des environs.

M. Saint-Amand (n° 7868). — M. Saint-Amand exploite la serpentine de Veru , près de Saint-Céré , dans le département du Lot. Cette serpentine est vert jaunâtre clair, traversée par un grand nombre de petites veines de couleur vert noirâtre. Sur le tour, elle se laisse facilement travailler, sous forme de coupes et de petits objets, mais elle ne devient pas très-brillante par le poli. Le prix du mètre cube est de 300 fr. à Villeneuve, sur le Lot, et de 437 fr. à Paris.

M. Breton (n° 7844). — M. Breton a envoyé un échantillon de serpentine de la carrière d’ Estival, qui est situé à quelques kilomètres de Saint-Céré. Cette serpentine a une couleur vert foncé , et elle renferme des cristaux de diallage ayant une couleur vert clair. Elle peut s’exploiter facilement. Sa carrière touche à une rivière à forte pente , la Bave, sur laquelle il serait aisé d’établir une usine ; de plus elle est tout près d’une route départementale. L’exploitation de la

SERPENTINES

serpentine d’ Estival aurait donc lieu dans des conditions avantageuses.

Dans le département du Lot, il existe d’ailleurs des massifs considérables de serpentine entre les extrémités des cantons de Bretenoux et de Saint-Céré; en sorte que la serpentine pourrait encore être exploitée dans d’autres carrières que celles qui viennent d’être citées.

M. Bonnefons (n° 202). — M. Bonnefons a présenté de nombreux échantillons de la serpentine d’Arvieu, canton de Gassagnes , département de l’Aveyron. Gette serpentine diffère assez de toutes celles desquelles nous avons parlé. Elle a une couleur vert foncé, nuancé de brun. Elle est traversée par de nombreuses veines de chlorite dont les cristaux disséminés dans sa pâte lui donnent quelquefois une structure porphyrique. Gette chlorite a une couleur blanchâtre , blanc verdâtre ou brun clair. La serpentine d’Arvieu contient aussi quelques cristaux de diallage. Elle prend mal le poli, et la présence d’une assez grande quantité de chlorite, la rapproche déjà de la pierre ollaire. Jusqu’à présent elle n’a pas été exploitée, et sa couleur sombre ne permettrait guère de l’employer dans la décoration.

ROYAUME-UNI

London and Penzance serpentine company (n° 1650).- — En 1852, une compagnie s’est formée pour l’exploitation de la belle serpentine du cap Lizard , près Penzance, dans le Cornouailles. Cette serpentine s’étend entre le cap Lizard et la tête Noire (Black head) qui la limitent, l’un à l’ouest, l’autre à l’est ; elle est recouverte par des roches trappéennes. Sur certains points , elle est associée à de la stéatite compacte qui se laisse tailler et polir avec la plus grande facilité ; on a essayé de faire divers objets de décoration avec cette stéatite, mais elle a l’inconvénient d’être trop tendre.

La serpentine du cap Lizard est une des plus belles que l’on connaisse. Elle a une couleur vert olive plus ou moins foncée ; elle présente souvent des taches nuancées de brun ,

SERPENTINES

de rouge marron ou de rouge cerise. L’analyse a montré qu’elle renferme des oxydes de chrome et de manganèse.

Des cristaux de diallagevert ou brunâtre, y sont quelquefois disséminés. Elle est aussi traversée par des veinules de serpentine noble et on y trouve un hydrosilicate blanc de magnésie qui paraît être de l’écume de mer; mais on n’y voit pas de chaux carbonatée. Elle prend très-bien le poli et elle le conserve fort longtemps , comme le témoignent quelques tombeaux en serpentine qui remontent à l’année 1710 et qui se trouvent dans l’abbaye de Westminster* Elle se laisse scier et tourner avec la plus grande facilité.

Cinq carrières sont actuellement ouvertes pour l’exploitation de la serpentine du cap Lizard ; on y trouve des blocs qui ont plus de 3 mètres de longueur , ce qui est rare pour la serpentine pure , qui est le plus généralement très-fendillée ; elle peut donc servir à faire des colonnes et être employée dans la décoration des monuments,

Le nombre des ouvriers occupés par l’exploitation et par le travail de cette serpentine est de 50 , dont AO dans les ateliers. Leur salaire est de 3 à 6 fr. par jour.

L’usine de Penzance a deux machines à vapeur, qui sont chacune de la force de 17 chevaux. Ces machines font mouvoir des scies , des tours , des machines à polir et à creuser les moulures droites ou courbes.

En Angleterre, la serpentine du cap Lizard se vend à peu près au même prix que le marbre blanc : ainsi le pied carré poli varie de 10 à 15 fr. , lorsque les plaques ont plus d’un pouce d’épaisseur. Pour les tables et pour les parties travaillées sur la tranche , le prix s’élève jusqu’à 19 fr. le pied carré. Le prix de la tonne est compris entre 125 et 250 fr.

La valeur des produits fabriqués annuellement atteint \ 50,000 fr. ; elle pourrait être doublée.

L’exposition de la compagnie de la serpentine de Penzance était extrêmement remarquable ; on y voyait en effet des cheminées, des tables, des vases, des coupes, et une

SERPENTINES

foule de petits objets d’ornements qui étaient très-élégants. Par la vivacité et la variété de sa couleur , par son poli , par la facilité avec laquelle elle se laisse travailler , la serpentine du cap Lizard est une des plus propres à la décoration.

ÉTATS SARDES

Institut technique de Turin (n° 2). — La création de l’Institut technique de Turin remonte seulement à quelques années , et c’est à M. Barelli , chef du bureau de l’intendance générale des travaux publics, qu’est due la formation de sa collection. Cette collection comprend un grand nombre de matériaux de construction , mais nous ne parlerons ici que des serpentines . Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire , les ophicalces sont , parmi les serpentines , celles qu’on emploie le plus généralement dans la marbrerie. Elles sont surtout très-abondantes dans les environs de Gênes, et elles n’ont pas peu contribué à en faire une ville exceptionnelle par la richesse de ses constructions.

Nous allons énumérer les ophicalces les plus remarquables des États Sardes , et nous distinguerons les suivantes :

Vert de Suze. — Le vert de Suze est une ophicalce vert pré , vert clair ou quelquefois vert bleuâtre. Le carbonate de chaux , qui forme son ciment , est pénétré par une substance verte lamelleuse , à éclat soyeux et douce au toucher comme le talc ; dans certaines parties cependant la chaux carbonatée est complètement blanche et saccharoïde. Le vert de Suze a été découvert en 1724, à Jaussimagna, commune de Bussolino, près de Suze. Le prix du mètre cube rendu à Turin est seulement de 300 fr.

Vert du val Sesia. — L’ ophicalce du val Sesia est trèsriche en chaux carbonatée, et sa couleur est d’un beau vert très-clair.

On la trouve à Roca , dans le val Sesia. Elle est en blocs erratiques qui sont assez gros pour qu’on y puisse tailler des colonnes.

Dans quelques échantillons l’ ophicalce du val Sesia devient

SERPENTINES

vert émeraude et elle est mélangée de chaux carbonatée blanche; elle ressemble alors beaucoup à l’ophicalce connue sous le nom de vert antique qui a été si souvent employée par les Romains , et de laquelle nous parlerons un peu plus loin (États Pontificaux) .

Verde di Pegli . — Dans les environs de Gênes on exploite encore plusieurs ophicalces qui sont fort belles. L’une nommée verde di Pegli se trouve dans le torrent Yarenna , à Pegli. Elle présente des fragments de serpentine vert foncé, disséminés dans un ciment de chaux carbonatée vert trèsclair, qui forme la plus grande partie de la roche. Le contraste de couleurs, résultant de la réunion du vert foncé et du vert clair, produit à l’œil un effet très-agréable.

Vert de Gênes . — A Pietra Lavezzara , commune de Larvego , près de Gênes , on exploite depuis un temps immémorial des ophicalces bien connues dans nos musées et dans nos principaux monuments. Les fragments de serpentine qu’ elles renferment sont verts, verts noirâtres , et dans certaines parties , bruns , rouges ou rouges marrons. La chaux carbonatée qui forme leur ciment est toujours abondante ; sa couleur est blanche ou verdâtre. C’est dans la rivière Saint- Charles et à Polzevera qu’on trouve les plus belles ophicalces avec fragments de serpentine rouge. On emploie assez fréquemment en France la serpentine de Pietra Lavezzara et on la désigne quelquefois sous le nom de vert de Gênes . Son prix, à Turin, est de AOO fr. le mètre cube.

Ophicalce de Levante. — Vophicalce de Levante présente une structure bréchiforme encore mieux caractérisée que les précédentes. Elle est toujours formée de fragments serpentineux cimentés par de la chaux carbonatée : mais ces fragments lui donnent une couleur rouge violacé, ou rouge lie de vin. Ils ne conservent plus leur couleur verte qu’ accidentellement et dans quelques parties. L’ophicalce de Levante prend très-bien le poli ; toutefois elle est assez difficile à travailler. On lui donne en Italie le nom de rosso et verde di Levante , ou bien encore le nom très-impropre de

SERPENTINES

granito di Levante; en France on la nomme rouge de Gênes. Elle s’exploite au chemin de la Baraque à Bonassola.

Serpentines . — A Iramura , près de Levante, il y a aussi de belles serpentines avec diallage, mais elles sont très-peu employées dans la marbrerie.

TOSCANE

La serpentine verte du Prato en Toscane est bien connue sous le nom de ver de di Prato . Elle contient des nodules de diallage qui sont moins brillants et plus fondus dans la pâte que cela n’a lieu pour les autres serpentines. Une multitude de veines microscopiques , généralement de couleur sombre, s’ entre -croisent à l’infini dans tous les sens et lui donnent une structure réticulée et fragmentaire. Accidentellement elle est traversée par des veines plus grandes de serpentine noble, ayant une couleur claire, verdâtre ou blanchâtre. Elle est moins dure que la serpentine ordinaire et elle prend peu d’éclat sous le poli ; mais elle rachète ce défaut par la grande facilité avec laquelle elle se laisse découper. La statue de Mercure , de MM. Visconti et Bracci ; la belle coupe de MM. Vincent et François Scheggi, nous ont montré quelle peut remarquablement se prêter à l’exécution des sculptures les plus délicates.

M. A. Carpi (n° 15). — La serpentine du Prato a été employée dans la construction de plusieurs monuments de la Toscane , notamment dans les plus belles églises de Florence , telles que la cathédrale , le Campanile de Giotto , l’église Saint- Jean. Mais on ne trouvait plus dans ces derniers temps des blocs aussi beaux et aussi grands que ceux exploités autrefois , en sorte que des réparations urgentes devenaient difficiles. M. Carpi a été assez heureux pour trouver au Monte-Picciolo , dans le massif du Monte-Ferrato , des carrières de serpentine qui ne laissent rien à désirer. Parmi ces carrières , les unes sont anciennes ; les autres sont au contraires nouvelles. Leur exploitation est commencée seulement depuis une année , et on en a déjà

SERPENTINES

extrait des blocs qui ont servi à faire des statues de 1 mètre de hauteur.

La serpentine vert foncé est la plus estimée et celle dont la recherche offrait le plus d’intérêt , parce quelle a été employée dans les anciens monuments ? c’est le nero antico di Prato. Elle résiste beaucoup mieux à l’altération de l’atmosphère que la variété vert clair ; aussi a-t-elle été employée à l’extérieur dans les églises de Florence que nous avons mentionnées.

D’autres variétés de serpentine sont encore exploitées ; nous signalerons notamment :

La serpentine vert foncé tachetée de vert clair ; elle est nommée en Toscane serpentino hrizzolato.

La serpentine vert-pois , nommée pisello fiorellato ; elle a une couleur vert clair un peu bleuâtre, et des taches blanches ; elle est traversée par un réseau de veines de couleur vert noirâtre.

Enfin , une variété assez semblable à la peau d’une grenouille a été nommée ranocchiaja : elle ne se trouve qu’en petits fragments , par conséquent elle doit seulement être indiquée comme une curiosité minéralogique.

Le chevalier E. de Pazzi (n° 15 h). — Le chevalier E. de Pazzi avait exposé une table en serpentine vert foncé du Prato. Cette table avait à peu près lm,50 de longueur sur 0ra,70 de largeur, et il est assez rare que la serpentine du Prato s’obtienne en blocs de cette dimension.

ÉTATS PONTIFICAUX

M. Diès (G.) (n° 57).— -Deux petites coupes , exposées par M. G. Diès , à Rome , étaient cotées au prix très-élevé de 1,000 francs. La matière de ces coupes était une ophicalce bréchiforme très-rare, dont le gisement nous est maintenant complètement inconnu. On la désigne dans la marbrerie sous le nom de vert antique . Elle a une belle couleur vert-pré ou vert-émeraude, Elle est formée de fragments de serpen-

so

SERPENTINES

tine , qui sont entourés par de la chaux carbonatée cristalline. Une substance soyeuse, lamelleuse ou asbestiforme, d’une couleur vert clair, pénètre et colore la chaux carbonatée dans laquelle elle se fond. Sur quelques points aussi , on a des taches arrondies de chaux carbonatée blanche et saccharoïde. Certaines brèches serpentineuses de Polzevera et du val Sesia , près de Gênes , ressemblent assez au vert antique ; mais leur couleur n’est cependant pas d’un aussi beau vert-émeraude.

Les Romains ont beaucoup employé le vert antique ; aussi le retrouve-t-on souvent dans les fouilles de Rome et dans tous les musées.

ESPAGNE

Parmi les collections de marbres de l’Espagne, nous avons remarqué des serpentines exposées par MM. G. Schulz , Moreno, Renavidès, ainsi que par l’École des Beaux-Arts de Ségovie. Il y avait notamment une petite pyramide en serpentine , de la Sierra Nevada. Cette serpentine présente comme à l’ordinaire une couleur vert foncé , et elle contient des cristaux de diallage vert clair.

— A Saint-Jean , dans la province de Grenade , également dans la Sierra Nevada, se trouve une ophicalce qui a une très-belle couleur vert-émeraude. On y observe beaucoup de parties calcaires formées par de la chaux carbonatée cristalline et colorée en vert clair; les parties serpentineuses forment des veines d’un vert plus foncé ou même noirâtre ; elles sont associées à du pétrosilex et à des veinules hiéroglyphiques de fer oxydulé. Cette roche est donc une ophicalce pétrosiliceuse. Elle est spéciale à l’Espagne, et on ne connaît pas de roche qui ait une plus belle couleur verte. Elle est éminemment propre à la décoration, aussi les Maures l’ ont-ils employée dans l’Alhambra.

AUTRICHE

M. J. Doppler (n°ll). — 'M, Doppler, marbrier à Salzbourg , en Autriche, avait exposé deux belles serpentines

SERPENTINES

vert noirâtre qui prennent bien le poli, et qui s’exploitent à Lind et à Gastein ; la lre se vend 20 fr. et la 2e 2 A fr. le pied cube pris à Salzbourg. Le prix du pied carré poli est de 16 fr.

GRÈCE

M. Christian Sieyel (n° 38). — M. Christian Sieyel avait présenté des échantillons polis de la serpentine de Tenos. Cette serpentine est une ophicalce qui a une couleur verte très-vive , et qui est traversée par des veines blanches ou verdâtres de chaux carbonatée. On y observe aussi du fer oxydulé et de la pyrite de fer. Elle ressemble beaucoup à h ophicalce de Maurins, dans les Hautes-Alpes (p. 71).

ÉGYPTE

S. H. le vice-roi d’Égypte (n° A). — Parmi les roches provenant de la haute Égypte , nous avons remarqué une serpentine verdâtre traversée par une multitude de veines vert noirâtre. Elle est assez ordinaire comme pierre d’ornement, car elle prend mal le poli ; mais elle est accompagnée par une euphotide serpentineuse , ayant une pâte de pétrosilex d’une belle couleur vert-émeraude ou vert-pistache ; cette dernière roche prend au contraire très-bien le poli, et elle serait assurément susceptible d’emploi dans la décoration si elle pouvait être obtenue en gros blocs.

— Les anciens ont exploité la serpentine qui se trouve près de la route de Keneh à Kosseir, et ils lui donnaient le nom de pierre de Baram. On rencontre même dans les ruines de l’Égypte de petites sculptures en serpentine, ainsi que des assiettes et des vases qui ont été travaillés sur le tour. Il y a plusieurs de ces objets dans le musée Égyptien du Louvre , et ceux qui ont été tournés sont formés par une serpentine chloritique passant à la pierre ollaire.

CANADA

Commission géologique du Canada ( n° 8 ) . — Les serpentines jouent un rôle important dans la Géologie du Ca~

82 ROCHES CHLORITIQUES ET TALQUEUSES.

nacla ; il y en a, par exemple , à Grenville , et elles couvrent même une étendue d’une cinquantaine de lieues dans les cantons de l’est. Elles sont enclavées dans les roches métamorphiques , et elles appartiennent au groupe de la rivière Hudson, qui fait partie du terrain silurien inférieur. D’autres appartiennent au terrain laurentien.

La Commission Géologique avait exposé deux plaques polies de serpentines , l’une d’Oxford, l’autre de Brompton Lake. Ce sont des ophicalces qui ont quelque ressemblance avec celles de Saint-Véran , dans les Hautes-Alpes ; la chaux carbonatée qui les traverse sous forme de veinules, présente en effet une couleur verte plus claire que le reste de la roche. Dans la serpentine de Brompton Lake , les fragments de serpentine sont vert noirâtre, et ils sont quelquefois entourés par des veines sinueuses de couleur vert bleuâtre ; cette dernière variété est surtout très-remarquable , et elle pourrait être avantageusement employée dans la marbrerie.

INDE

Compagnie des Indes (n° 13). — A Assam, dans le Bengale, il y a des serpentines qui servent à la décoration (Cie des Indes , nos 6903 , 690A) . Elles ont une couleur verte foncée ou même noirâtre , et elles sont traversées par des veines d’une belle couleur vert-émeraude. Elles renferment quelquefois un peu de pyrite , mais surtout du fer oxydulé qui les empêche alors de bien prendre le poli. Elles paraissent associées à des calcaires serpentin eux, vert jaunâtre ou jaune -serin, desquels nous parlerons quand nous nous occuperons des marbres.

ROCHES CHLORITIQUES ET TAEQIJEIJSES.

Nous avons seulement à examiner, parmi les roches chloritiques et talqueuses de l’Exposition, celles qui sont susceptibles d’emploi dans les constructions, ou bien celles qui ont des usages domestiques.

ROCHES CHLOR1TIQUES ET TALQÜEUSES. 83

Gomme leur nom l’indique, ces roches sont essentiellement formées de chlorite ou de talc ; elles sont d’ailleurs très-voisines des serpentines. Elles sont très-tendres et elles se taillent avec la plus grande facilité; elles se laissent même scier ou travailler sur le tour. De plus , elles sont très-réfractaires , comme tous les silicates de magnésie. De ces deux propriétés principales découlent leurs usages dans l’industrie.

On s’en sert en effet pour fabriquer sur le tour des ustensiles de ménage. Dans quelques parties montagneuses de la Suède, de la Norwége, de la Suisse, des États Sardes, et surtout dans l’Inde, ces ustensiles sont employés d’une manière régulière et remplacent complètement la poterie.

— Jusqu’à présent les roches qui servent à fabriquer ces ustensiles ont été peu étudiées , et l’Exposition en ayant réuni plusieurs variétés provenant de toutes les parties du monde, nous avons pensé qu’il y avait de l’ intérêt à faire quelques essais pour déterminer leur composition minéralogique. Nous donnerons successivement les résultats de ces essais ; contentons-nous de remarquer, quant à présent, que les roches auxquelles on donne spécialement le nom de pierres ollaires sont essentiellement des roches chloritiques.

Leur composition minéralogique n’a du reste rien de constant. La chlorite peut y être associée à du talc , à de la serpentine , à du fer oxydulé, à de la pyrite, et, ce qui est plus remarquable, à des carbonates. S’il est bizarre en effet qu’une roche destinée à subir l’action directe du feu soit formée d’hydrosilicates pouvant contenir comme la chlorite plus de 10 pour cent d’eau, il est assurément plus extraordinaire encore d’y trouver des carbonates.

— De même que les roches chloritiques , les roches talqueuses sont quelquefois travaillées sur le tour ; mais elles sont beaucoup moins propres à se façonner en objets délicats.

— Les roches chloritiques et talqueuses sont réfractaires ; aussi les emploie-t-on à la construction de fours et de fourneaux. Ce sont surtout les roches talqueuses qui sont réser-

Si ROCHES CHLORITIQUES ET TALQUEUSES.

vées à cet usage , et en Styrie , par exemple , on taille la stéatite compacte sous forme de briques , qui servent à construire des fours à puddler.

SUÈDE ET NORWÉGE

M. Lykkensprôve (n°60). — M. Lykkensprôve avait exposé divers objets en pierre ollaire de Drontheim (Norwége) . Il y avait notamment des vases , des coffrets , des serre-papiers et un monument funéraire. Le monument funéraire était formé par une chlorite compacte, dans laquelle de la chlorite avait cristallisé en paillettes vert noirâtre. Du fer oxydulé titané et de la pyrite de fer y étaient disséminés. La roche était fortement imprégnée de chaux carbonatée ; des fdons de chaux carbonatée blanche et spathique la traversaient même dans divers sens. Les salebandes de ces fdons étaient quelquefois de la chlorite en grandes lamelles ; on y voyait aussi de la pyrite de fer.

La pierre ollaire de Drontheim se laisse tailler et tourner facilement; de plus elle prend assez bien le poli. Un essai d’un échantillon qui ne contenait pas de chaux carbonatée a donné :

Silice. . . 27,53. Magnésie, Alumine, Oxyde de fer. 58,92

Chaux.. . 1,50. Eau . 12,05

Cette pierre ollaire de Drontheim est donc presque entièrement formée par la variété de chlorite nommée ripidolithe , qui diffère de la chlorite ordinaire en ce qu’elle contient beaucoup d’oxyde de fer.

L’usine de Drontheim occupe six ouvriers , qui reçoivent de 1 fr. 50 c. à 2 fr. 75 c.

M. Thoresen Ericic (n° 7) . — M. Thoresen Erick avait envoyé d’Ulset , dans la paroisse de Kvikne , des ustensiles de ménage en pierre ollaire , notamment des marmites garnies d’armatures en fer, comme celles qu’on fabrique à Chiavenna.

Cette pierre ollaire ressemble en effet beaucoup à celle de Chiavenna ; elle est vert grisâtre et elle contient des lamelles

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de chlorite vert foncé. Elle fait, avec l’acide chlorhydrique , une effervescence lente mais prolongée , indiquant un mélange de carbonate de fer ; de plus , elle donne un dégagement d’hydrogène sulfuré. Sa perte au feu est de 14,25.

Elle renferme des grains de fer oxydulé.

M. le baron de Reverony-Saint-Cyr (n° 79). — M. le baron de Reverony-Saint-Cyr avait présenté une collection d’ustensiles de ménage en pierre ollaire de Dingelvik (Elfsborg) . Ces ustensiles sont travaillés sur le tour et garnis d’anses ou d’armatures en fer ; leur extérieur seul est poli. Ils sont assez minces , légers et d’un très-bon usage : leur prix ne dépasse pas 3 à 4 fr. La pierre ollaire de Dingelvik est presque entièrement formée par une chlorite (ripidolithe) vert foncé , disposée suivant des veines parallèles.

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