CHELLE
Prix du mètre cube en blocs .
- carré en tranches.. .
Les marbres du Jura sont employés à Paris et ils tendent à s y répandre de plus en plus. Indépendamment de ceux desquels nous venons de parler , on en exploite aussi dans les environs de Saint-Amour, qui ne figuraient pas à l’EXposition.
M. Perronnet-Goürdon (n° A329). — M. Perronnet-Goürdon a etlfoyé du marbre de la Doix * commune de Sertigny* près de Beaune (Côte-d’Or). Ce marbre est aussi compacte que la pierre lithographique * et il prend assez bien le poli ; il à une couleur blanche roSâtre , et il est régulièrement tacheté de rose violacé. Les dessins et les veines nuageuses qu’il présente le font, au premier abord* ressembler à du stuc. Il renferme quelquefois des noyaux de chaux carbonatée qui sont spathiques et transparents comme le spath d’Islande.
D’après la carte géologique de la Côte-d’Or de M. G. de Nerville, ce marbre appartient au forest-marble. La carrière dans laquelle on l’exploite se trouve à laRangie* à 800 mètres du chemin de Magny, à la Doix. Il y forme des bancs de lm,20 d’épaisseur. Son exploitation se fait à ciel ouvert et sans qu’il soit nécessaire d’enlever des terres de recouvrement; il est donc très-facile à exploiter. Aussi le marbre de la Doix peut-il être livré au prix très-bas de 150
MARBRES
à 190 francs le mètre cube, et de 10 à 12 francs le mètre carré, en tranche de 0m,025 d’épaisseur.
La carrière se trouve seulement à 3 kilomètres de distance de la gare de Gorgoloin , sur le chemin de fer de Paris à Lyon; par conséquent il serait très-facile d’expédier ce marbre à Paris.
Le marbre de la Doix est employé, dans la Côte-d’Or, à la construction des autels, à la confection d’escaliers, de cheminées et d’appuis de fenêtres. Il sert à daller et à revêtir les salles de bains. Son bas prix permet même de l’employer jusque dans les fermes : on en fait des auges et des tables pour les salles à manger. Il a été exploité à une époque assez reculée; il décore en effet plusieurs églises, et à Dijon il forme le grand escalier du palais des États , ainsi que le maître autel de la salle des Pas-Perdus , au Palais de justice.
Société Ëduenne des marbres de Champ -Robert. — Plusieurs habitants d’Autun ont fondé, en 1853, une société pour l’exploitation du marbre blanc de Champ-Robert, situé à une distance de 32 kilomètres, dans la commune de la Roche- Meillay (Nièvre). Ce marbre est fortement cris.axlin; quelquefois même ses lamelles atteignent un centimètre. Il est accidentellement traversé par de petites veines noires de graphite. Sa couleur blanc-grisâtre le classe à la limite des marbres qu’il est possible d’employer dans la statuaire.
Le marbre de Champ-Robert se trouve à proximité de mines de fer exploitées par le Creusot. Il s’étend jsur une surface d’un hectare et son extraction est facile; ce qui permettrait de le livrer à un prix inférieur à celui du marbre blanc ordinaire. Il se présente en blocs irréguliers; mais l’échantillon qui a été envoyé à l’Exposition montre bien qu’on peut en avoir des blocs de grandes dimensions.
Les Romains ont vraisemblablement exploité les marbres de Champ-Robert , car aux bains de Saint-Honoré, et surtout dans les ruines d’Autun, on a trouvé de nombreux débris d’un marbre qui présente les mêmes caractères minéralogiques.
MARBRES
M. Hastier de Jolivette (n° 4293). — Il existe à Ghatelperron, dans le département de l’Ailier, un gîte de marbre blancgrisâlre que l’on peut suivre sur une longueur de 800 mètres. On y a commencé des exploitations à une époque très-reculée, et l’on a même employé ce marbre au dallage du parvis de Notre-Dame de Paris. La variété du marbre de Chatelperron , qui a servi à cet usage , est blanc-grisâtre , légèrement veinée de rose par suite d’altération ; de plus son grain est très-gros, en sorte quelle se brise assez facilement.
En 1854, M. Hastier de Jolivette a commencé l’exploitation d’une nouvelle carrière qui se trouve dans sa propriété des Escures. On en extrait un marbre très-cristallin , mais non cassant, ayant une couleur blanc-grisâtre ou grisbleuâtre, beaucoup plus foncée que celle du marbre de Champ-Robert; ce marbre est en outre traversé par des veines gris-noirâtre, et certains échantillons sont même entièrement gris. On peut d’ailleurs l’obtenir en blocs bien compactes, ayant 2 mètres de longueur sur lm,50 de largeur.
— Si les marbres de Champ-Robert et de Chatelperron se laissent scier et travailler avec facilité , il est vraisemblable qu’ils pourront être avantageusement exploités pour les constructions et pour la décoration des appartements; car tous les ans l’Italie importe en France des quantités considérables de marbres grisâtres ou blanc veiné.
î. — Groupe de Corse.
Le groupe de Corse comprend les carrières et les usines de l’île de Corse. C’est seulement depuis quelques années que l’attention a été appelée sur les marbres de la Corse et dès à présent on a constaté qu’il en existe plusieurs dont l’exploitation paraît avoir de l’avenir.
M. Illiani (T. ) (n° 4298) . — Sur les deux rives du torrent la Rostonica, et à 2 kilomètres seulement de la ville de Corte, M. Illiani a fait, en 1844, la découverte de riches gisements de marbres. Ces marbres, qu’il a envoyés à l’Expo-
sillon Universelle, sont : le bleu lurquin , des marbres gris et blancs ( bardiglio , fiorito) à dessins très-variés, quelquefois à structure bréchiforme.
Les carrières de bleu turquin sont situées dans la commune de Serraggio , à droite et à une faible distance de la route de Gorte à Ajaccio. Elles sont surtout remarquables par la facilité de l’exploitation, par la bonne qualité et par les grandes dimensions des blocs qu’on en extrait; on y trouve , en effet , des blocs pouvant servir à faire des colonnes qui ont 5, 6, 7 et même jusqu’à 10 mètres de longueur. Le piédestal de la statue du général Paoli , à Corte , qui provient de ces carrières, est un bloc unique cubant 5^%50.
—Signalons également un cipolin blanc, compacte, à grain fin , traversé par des veines régulières et parallèles de mica verdâtre. Le cipolin avait déjà été exploité à Gorte, où on peut l’obtenir en blocs de 2 mètres de long sur lm,5 de large. On le trouve aussi à Erbalonga et au cap Corse.
—Plus récemment, M. Illiani a découvert à San Gavino, dans la commune du Riventose et sur la grande route de Corte à Ajaccio, un marbre qui est assez remarquable. Ce marbre de San Gavino est formé par un calcaire saccharoïde, blanc grisâtre , traversé par des veines noires ou violettes. Des grains de fer oligiste sont quelquefois disséminés dans ces veines, et il peut prendre aussi une couleur lilas qui lui donne quelque ressemblance avec la brèche de Stazzema (Toscane) .
Tous les marbres desquels nous venons de parler s’exploitent facilement , et ils peuvent être livrés à Bastia au prix de 150 ou de 200 francs le mètre cube brut.
— Dès 18AA, M. Illiani se mit en mesure d’exploiter les richesses minérales qu’il avait découvertes, et il construisit une usine sur la Rostonica.
Les machines sont mises en mouvement par une roue hydraulique de la force de AO chevaux, et le sciage est fait par 8 châssis, dont chacun est garni de 30 lames. Bien
qu’elle ait une origine récente, cette usine a déjà exécuté les 32 colonnes de 5m,75 de hauteur qui décorent le nouveau palais de justice de Bastia; elle a exécuté également 12 colonnes pour une église de Livourne; ses produits peuvent donc se répandre dans la Toscane , qui est cependant l’un des pays les plus riches en marbres.
En résumé, on doit à M. Illiani la découverte de plusieurs gisements de marbre qui étaient inconnus en Corse et qui ne s’exploitent pas en France ; on lui doit également la création d’une usine dans laquelle ces marbres sont travaillés. Le bleu turquin , le cipolin , le marbre de San Gavino , produisent un très-bel effet , et peuvent servir à la décoration des palais et des monuments.
M. E. Durieu (n° 7851). — De nouvelles carrières de marbre viennent encore de s’ouvrir en Corse, sous la direction de M. Durieu, et leur exploitation paraît susceptible de quelque développement.
— A Moltifao, près du confluent de l’Asco et du Golo, on peut suivre, sur une longueur de 2,000 mètres, et dans une colline ayant au plus 200 mètres de hauteur, une couche de calcaire ayant 300 mètres de largeur et appartenant au terrain secondaire métamorphique qui traverse la Corse du sud au nord. C’est aussi dans ce même terrain que se trouvent généralement, à proximité de pointements granitiques, les gisements de Serraggio , de Corte , de Popolasca , de Piedigriggio, de Costifao, de l’Algoni, de San-Colombano.
Le marbre de Moltifao a été nommé marbre mosaïque. Il présente une multitude de fragments d’une couleur trèsvariée, généralement assez sombre, passant du gris au bleu, au jaune, au rouge et au brun. Des veines de chaux carbonatée blanche réunissent et cimentent tous ses fragments. Il est compacte, et il a une grande cohésion; il prend bien le poli, mais d’une manière inégale; il est d’ailleurs légèrement argileux, en sorte qu’il s’altère assez rapidement par l’action de l’air.
Il résulte des observations de M. l’ingénieur Lesguiller et
MARBRES
de M. Seguin que le marbre mosaïque présente une épaisseur moyenne qui est au moins de 10 mètres. Il se divise naturellement en bancs de 1 à 2 mètres d’épaisseur, recoupés par des fentes assez irrégulières, mais peu nombreuses; aussi est-il possible d’avoir des blocs de 10 mètres de longueur. Des blocs très-compactes , ayant de grandes dimensions, avaient été envoyés à l’Exposition Universelle.
—Près du confluent de l’Asco et du Golo , on trouve un marbre bleuâtre, de qualité médiocre ; il est adossé au granité qui forme la crête de la colline. Un chemin carrossable de 2 kilomètres relie dès à présent la carrière à la route impériale qui passe au bas de la vallée, et par suite il est facile de transporter ce marbre au port de l’Isle-Rousse, qui est très- vaste et praticable en toute saison. La distance à franchir est seulement de h 7 kilomètres; la distance à Bastia n’est d’ailleurs que de 50 kilomètres.
— Moltifaoest sur le revers occidental des collines qui séparent l’Asco et le Golo; mais sur le revers oriental, à Popolasca , se trouve une autre variété de marbre , ressemblant à celle qu’on désigne dans le commerce sous le nom de blanc ou de bleu fleuri, mélangé de nuances jaunes, roses, rouges, vertes et violettes. En ce moment, une route est construite par la compagnie avec le concours du département et des communes pour relier la carrière de Popolasca àl’Isle-Rousse.
— Les quantités de marbre qu’il serait possible d’exploiter à Moltifao et Popolasca sont, pour ainsi dire, indéfinies et plus que suffisantes pour tous les besoins. Dès à présent, on a fait des routes permettant d’enlever les blocs des carrières et l’on a construit des bâtiments d’exploitation; on a extrait plus de 100 mètres cubes de marbres. Des entrepôts de ces marbres ont été établis à l’Isle-Rousse, à Bastia, à Marseille, à Valenciennes, à Paris. Il serait d’ailleurs facile de créer une usine pour le travail de ces marbres, car des chutes existant le long de l’Asco donneraient en tout temps une force de plus de 150 chevaux.
Les marbres de Moltifao et de Popolasca se vendent actuel-
MARBRES
lement à Paris au prix de 800 francs le mètre cube et de 25 francs le mètre carré en tranches de 0m.022 d’épaisseur. L’exploitation se fait dans des conditions avantageuses, et lorsqu’elle sera entreprise sur une échelle plus grande, il est probable que le prix du mètre cube pourra être réduit à 600 francs.
On a commencé à employer ces marbres à Paris, dans les cafés, et dans quelques maisons particulières. On s’en sert pour cheminées , ainsi que pour les porches et les soubassements. Ils décorent la façade principale du Palais de l’Industrie, et leur dessin, qui est assez grand, paraît bien convenir à l’ornementation extérieure. Parmi les produits exposés, il y avait aussi divers objets servant à la décoration intérieure , tels que des guéridons , des colonnes et des coupes.
Bien que les marbres de Moltifao et de Popolasca aient paru avoir généralement une teinte un peu sombre , ils sont très-compactes et ils prennent très-bien le poli. Leur découverte remonte seulement à l’année 1853, et cependant dès le mois de mars 1854 leur exploitation a été commencée sur une assez grande échelle; cette exploitation est d’ailleurs facile et à une petite distance d’un port d’embarquement; elle est utile à un pays sans industrie , dans lequel elle procure du travail à une population pauvre ; aussi le Jury a-t-il pensé devoir récompenser par une médaille de 2e classe les efforts faits jusqu’à présent par M. Durieu.
M. Bertolücci (n° 4256). — Depuis 1841, MM. Bertolucci et Frangi ont établi à Bastia une usine dans laquelle ils travaillent le marbre. Ils occupent au plus 18 ouvriers en atelier et 6 ouvriers au dehors. Leur moteur est une chute d’eau de 3 chevaux , qui met en mouvement un tour et une machine à polir le marbre. Ils ont envoyé à l’Exposition Universelle une urne en diorite orbiculaire de Corse, ainsi qu’une colonne tronquée, formée par une brèche brun marron qui est nuancée de rouge et qui produit un très-bel effet. C’est encore à l’usine de MM. Bertolucci et Frangi que les colonnes de serpentine du Bivinco ont été travaillées.
MARBRES
M. Casanova. — M. Casanova , de Bastia , a exposé des échantillons de plusieurs marbres de Corse qui ont été découverts récemment. Parmi ces marbres , il y a des espèces de portor . Les carrières pourraient fournir des blocs de grandes dimensions; elles sont, du reste, à proximité du port de Saint-Florent , en sorte que le transport du marbre jusqu’à la mer serait très-peu coûteux.
M. Tomeï (n° 43^6). — M. Tomeï a présenté, indépendamment de la serpentine du Bivinco, quelques échantillons de marbres de Corse nouvellement découverts.
— Nous citerons un marbre blanc du cap Corse. Il a une couleur blanche, mate, tirant sur le jaune près de ses fissures. Des lamelles de mica onctueux et verdâtre y sont disséminées. Il est grenu, compacte, très -résistant, à cassure esquilleuse et lustrée. Il passe au cipolin.
— Le marbre d'OUtla est généralement à fond rouge ou rouge marron. Il est traversé par des veines blanches de chaux carbonatée, qui prennent une belle couleur jaune quand la chaux carbonatée est ferrifère.
Il existe également à Oletta des marbres à fond jaune qui sont nuancés de rouge, de gris et de blanc.
Enfin , on y trouve aussi des marbres à fond noirâtre , traversé par de petites veines blanches ou brunes : tantôt le fond noirâtre est uni , tantôt il est glanduleux , à veines gris-brunâtre.