‹ Matériaux de construction de l'exposition universelle de 1855Chapitre 43 sur 53 · EMPIRE D AUTRICHE · texte numérisé non relu

EMPIRE D AUTRICHE

Baron de Rothschild (n° 591). — Depuis 1842, M. le baron de Rothschild a créé à Venise, dans l’île de la Giudecca, une usine dans laquelle on fabrique du bitume. Les minerais qu’on y traite sont calcaires et proviennent de la Dalmatie ; ils donnent des résidus qui étaient perdus jusque dans ces derniers temps, lorsque M. Schulze, directeur de l’usine, a eu l’heureuse idée d’en faire du ciment hydraulique.

Ciment de la Giudecca . — La fabrication du ciment de la Giudecca est récente et date seulement de 1854; mais elle a déjà pris de l’importance et nous allons en parler ici, remettant à un autre chapitre ce qui concerne la fabrication du bitume.

On distingue deux variétés de ciment, l’un à cuisson simple, l’autre à cuisson double. Le 1er est celui qu’on emploie généralement pour toutes les constructions hydrauliques ; le 2me est spécialement consacré aux poteries et aux réservoirs en pierre artificielle.

Nous avons analysé un échantillon du ciment de la Giudecca, que M. le docteur Schwarz avait mis à notre disposition. Sa couleur était gris-jaunâtre, et son étiquette indiquait qu’il était à cuisson simple. Il faisait une vive effervescence avec l’acide et il dégageait une odeur trèssensible d’hydrogène sulfuré, indiquant la présence d’un sulfure. Sa perte par calcination était considérable; elle s’élevait à 23,5. La prise a eu lieu en 20 minutes, et il adonné une gangue d’un grain bien serré qui a promptement acquis une grande dureté. L’eau qui baignait cette gangue ne se chargeait presque pas de chaux.

Composition :

Chaux. . . . 63,46

Magnésie . 0,17

Silice . ( o7 j 23,46

Alumine et oxyde de fer. . ! ' ( 12,91

Sulfate de chaux . traces.

Sa composition le classe entre les chaux limites et les ciments limites inférieurs; c’est d’ailleurs un bon produit.

Le ciment de la Giudecca se vend au prix de 9 francs le quintal métrique. Sa production annuelle est de 30,000 quintaux.

Il est employé pour toutes les constructions hydrauliques. On en fait des réservoirs, des fontaines, des tuyaux de conduites pour les eaux , ainsi que des voûtes et des piles de ponts. 11 est facile de comprendre que dans une ville bâtie sur l’eau comme Venise, il peut servir à une multitude d’usages.

M. J. Benczür (n°582).

Ciment d’ Eperiès. — M. Benczur a établi une usine pour la fabrication du ciment à Eperiès, en Hongrie. Cette usine est dirigée avec le concours de M. le capitaine du génie J. de Pfeifinger. Elle date seulement de 1854 et elle occupe 40 ouvriers. Sa production est de 5,000 quintaux.

Le ciment d’ Eperiès est fabriqué avec un calcaire argileux. Il est broyé sous une meule de porphyre pesant 24 quintaux. Sa couleur est alors jaune clair. Le pied cube pèse 50 livres. Il fait une légère effervescence avec les acides, et il perd 5,5 par calcination. Gâché avec l’eau, il fait prise en 8 minutes, et il acquiert en peu de temps une grande dureté. La chaux ne se dégage pas de la gangue.

Composition :

Chaux .

Magnésie .

. traces.

Silice .

Alumine et oxyde de fer, .

là, 53

Sa composition le classe parmi les ciments ordinaires, et il se rapproche déjà des ciments limites inférieurs.

Son prix est de 1 florin le pied cube, tonneau compris. Les travaux hydrauliques exécutés jusqu’à présent avec le ciment d’ Eperiès montrent qu’il durcit très-bien sous l’eau : on en fait d’ailleurs des bassins, des égouts, des trottoirs, des

dallages, des corniches et d’autres ornements d’architecture. Il se moule très-bien. Quelques bas-reliefs exposés dans l’annexe n’étaient pas moins remarquables par leur netteté que par leur dureté, leur grain serré et l’absence complète de fissures. Nous signalerons également un vase en ciment d’Eperiès qui était complètement imperméable à l’eau. C’était un des ciments étrangers les plus remarquables.

M. J. Deak (n° 583).

Ciment de Bude. — • M. Deak a fondé en 1852 une fabrique de ciment à Bude, en Hongrie. Il occupe 8 ouvriers et il produit 5000 pieds cubes de ciment par an. La roche qui donne ce ciment vient de Braczin en Syrmie.

Le ciment de Bude est une poudre jaune clair. Dans les acides, il fait une légère effervescence et il perd 7,75 par calcination. Sa prise a lieu en h minutes : son durcissement est rapide et il augmente graduellement. Il est très-léger.

Composition :

Chaux .

Magnésie .

Silice. . . .

Alumine etun peu d’oxyde de fer.

Sulfate de chaux .

traces.

traces.

Le ciment de Bude appartient par sa composition aux ciments ordinaires.

Il a été employé à la construction du nouveau pont de Pesth. 11 n’est pas moins remarquable que le ciment d’Eperiès, auquel il ressemble beaucoup.

M. A. Cp.istofoli (n° 1072). — M. Antonio Cristofoli a fondé en 1850 à Padoue (Royaume Lombardo-Vénitien), une usine dans laquelle il fabrique les anciens terrazzi de Venise ou ce qu’il appelle des marbres artificiels (marmi artificiali) . Ces produits ne contiennent pas de plâtre et en cela ils diffèrent essentiellement d’autres dallages qu’on emploie assez souvent en Italie. Ce sont des ciments auxquels on donne

différentes couleurs et dans la pâte desquels on incruste des fragments de roches. Donnons quelques détails sur cette fabrication qui est assez remarquable et peu connue en France.

D’après M. Cristofoli, la pâte qui forme la couche inférieure de ces terrazzi renferme 1/3 de chaux provenant des carrières d’Albetone près de Padoue.

Les deux autres tiers sont composés de substances propres à donner des ciments hydrauliques, telles que la brique, la pouzzolane, le trachyte. La brique qui constitue 1/4 de la pâte est concassée au marteau et réduite en petits fragments. Le trachyte provient des monts Euyanéens ; il entre pour 1/6 dans le mélange, et il en est de même de la pouzzolane. Enfin on y met aussi du marbre concassé , quelquefois en proportion très-grande, surtout à la surface de la dalle.

Ce mélange est gâché dans une auge avec un peu d’eau, et quand il est devenu visqueux, on le coule dans des moules enfer. Les moules ont la forme de la dalle qu’il s’agit de produire ; ce sont le plus souvent des carrés ou des hexagones de 30 à 60 centimètres de côté; la hauteur de leurs bords varie de 3 à 4 centimètres ; elle est beaucoup moindre que dans les anciens terrazzi vénitiens, pour lesquels elle atteignait 10 et même 15 centimètres. Quand la pâte commence à se solidifier, on la comprime dans le moule en la battant avec une massue; ensuite pendant qu’elle est encore chaude et avant la prise complète , on y introduit des fragments de marbre de diverses couleurs qui doivent produire des mosaïques ou même des tableaux. Après cela on la soumet à une forte compression. Enfin quand la dalle a acquis une dureté suffisante, on polit sa surface à l’aide d’une meule. Cette dureté va d’ailleurs en augmentant comme celle de tous les ciments.

Lorsqu’on brise une de ces dalles, on y distingue deux couches ; la couche inférieure est presque entièrement formée de gros fragments, auxquels on a ajouté seulement la quantité de chaux nécessaire pour les relier et pour en faire un

mortier, La couche supérieure renferme, au contraire, plus de chaux ; toutefois les nombreux fragments de marbres de diverses couleurs qui y sont disséminés, lui donnent l’aspect d’une brèche dans laquelle le ciment paraît assez rare. Nous avons déterminé par un essai, la composition de la couche supérieure a et celle du ciment b qui réunit les fragments de la couche inférieure après que ces fragments avaient été séparés aussi bien que possible. Nous avons trouvé :

Couche b.

supérieure.

Ciment

inférieur.

Eau et acide carbonique. . . .

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