COLONIES FRANÇAISES
Algérie.
Chaux de Guelma. — M. Marcot avait exposé une chaux hydraulique de Guelma, dans la province de Constantine (Algérie).
Réunion (n° 67).
Chaux de Salazie. — A P île de la Réunion la chaux se fabrique avec le travertin de Salazie.
Parmi les matériaux hydrauliques les plus dignes d’intérêt , les colonies françaises présentaient surtout plusieurs échantillons de pouzzolane naturelle. Comme celle de l’Italie, ces pouzzolanes sont formées de roches volcaniques.
Pouzzolane de la Réunion. — On exploite à la Réunion une pouzzolane rouge qui est de bonne qualité ; mais le grand éloi-
gnement de la colonie ne permet pas de songer à la transporter en Europe. Il n’en est pas de même pour la pouzzolane de la Guadeloupe.
Guadeloupe (n° 48).
Pouzzolane de la Guadeloupe. — Au chef-lieu de l’île, à la Basse- Terre, il existe en effet denombreuses et d’importantes carrières de pouzzolane qui sont exploitées pour les constructions de la colonie. Or il résulte de renseignements qui nous ont été transmis par M. le Ministre de la Marine, que cette pouzzolane , transportée à Brest par bâtiment de l’État, ne reviendrait pas à plus de 9 fr. le mètre cube. Ce prix est assurément peu élevé , et en y ajoutant même le prix du fret par les bâtiments du commerce , il serait possible, dans certains cas, d’employer la pouzzolane de la Guadeloupe au lieu delà pouzzolane d’Italie. La pouzzolane d’Italie , pulvérisée et tamisée , coûte en effet 33 fr. le mètre cube , rendue à Toulon. La pouzzolane d’Auvergne coûte de 12 à 15 fr. à Clermont. Nous croyons donc utile d’appeler d’une manière toute spéciale l’attention des ingénieurs et des constructeurs sur la pouzzolane de la Guadeloupe. Il serait très-utile d’employer cette pouzzolane dans la métropole, non-seulement parce qu’elle est de bonne qualité , mais encore parce qu’elle procurerait un nouvel élément de fret à notre marine. M. le Ministre de la Marine verrait tenter avec intérêt des essais de ce genre , et il donnerait à l’administration de la Guadeloupe les ordres nécessaires pour que la pouzzolane fût expédiée dans les ports de France.
ROYAUME-UNI
Les principaux fabricants de ciment du Boyaume-Uni n’avaient pas envoyé de produits à l’Exposition Universelle. Cette lacune est d’autant plus regrettable, que l’Exposition de Londres avait montré des ciments anglais d’une grande supériorité. Le Boyaume-Uni comptait cependant 5 exposants de ciment , MM. Hardcastle (n° 43) , Cottrill (n° 865) , Scott
(n° 871), Jackson (n° 1697), Workman (n° 873). Malgré des démarches répétées, il ne nous a pas été possible d’obtenir des renseignements sur la fabrication de ces ciments, ni aucun échantillon qui nous permît de les étudier ; nous regrettons donc d’être obligé de les passer sous silence.
CANADA
M. J. Brown (n° 222).
Ciment de Thorold. — Le ciment de Thorold à Sainte-Catherine, dans le haut Canada, s’obtient par la cuisson d’un calcaire argileux du terrain silurien supérieur. Ce calcaire se trouve à la base de l’étage du Niagara1. Il est gris-noirâtre et donne une odeur argileuse par insufflation.
Le ciment de Thorold a une couleur jaune. Celui qui a été mis à notre disposition par M. Logan ne faisait pas effervescence avec les acides ; il contenait seulement 3,37 d’eau. La prise a lieu en J 5 minutes ; elle est accompagnée de dégagement de chaleur. Une gangue, immergée 10 minutes après le gâchage , a fait prise sous l’eau et a présenté une dureté égale à celle d’une gangue immergée au bout de 2 heures. Il ne se sépare de la gangue qu’une petite quantité de chaux.
La résistance à la traction est de . 0k,85.
Composition :
Chaux . .
Magnésie . . . . .
Silice. ...........
Alumine et peroxyde de fer.
Sulfate de chaux .
Ce ciment appartient à la catégorie des ciments ordinaires de M. Yicat.
Le ciment de Thorold se vend au prix de 5f,37 le baril pesant 300 livres anglaises ou 136 kil. On en a consommé près
1 Sir Charles Lyell : Manuel of elementary Geology, 1855, p. 448; — Esquisse géologique. du Canada.
de 4000 barils l’été dernier, pour la construction du pont tube Victoria; il revenait à 7f,50 rendu à Montréal. Il est d’ailleurs très-employé dans tout le Canada et on l’exporte même aux États-Unis.
M. Gauvreao (n° 231).
Ciment de Québec . — A Québec, dans le bas Canada, on exploite, pour en faire du ciment , un calcaire du terrain silurien inférieur. La roche qui le fournit a été découverte par le capitaine Baddeley, du génie royal. C’est un calcaire argileux , compacte , sans fossiles , fortement coloré en noir par une matière charbonneuse.
Le ciment lui-même était jaune et faisait une faible effervescence avec les acides ; sa perte au feu est de 11,6 : elle consiste en eau et en acide carbonique. Sa prise a eu lieu au bout de 25 minutes ; la gangue obtenue est moins dure que celle du ciment de Thorold. Sa résistance à la traction était de 0k,49; il était resté très-humide.
Gomposilion :
Chaux . 52,49
Magnésie . traces.
Silice . ) 39 56 $ 27,40
Alumine et oxyde de fer. . . S ’ ( 12,16
Sulfate de chaux . 7,95
Il contient une proportion très-notable de sulfate de chaux , provenant sans doute des pyrites qui sont abondantes dans tous les calcaires renfermant des matières bitumineuses.
Le ciment de Québec a une composition qui se rapproche beaucoup de celle du ciment de Thorold ; mais il est cependant de qualité inférieure. Son exploitation a été commencée depuis une année seulement, et il est probable que son emploi se répandra dans le bas Canada.
Commission géologique (n° 8) .
Ciment de Chasij. — La Commission Géologique a présenté un calcaire magnésien, appartenant à l’étage du cal-
caire de Chasy (silurien inférieur) , qui pourrait servir à fabriquer du ciment. Ce calcaire, qui s’étend sur plus de 50 milles, est argileux, compacte, homogène. Sa couleur est grise. Bien qu’il contienne de la magnésie, il fait une effervescence assez vive dans les acides.
Composition :
Calcaire de Chasy.
Chaux de Chasy.
Carbonate de chaux .
Chaux .
— de magnésie. * . .
Magnésie . .
Résidu argileux. . • ) m an I
Résidu argileux. . i j
Alum.etOxydedefer t ’ ■ t
Alumine et Oxyde / 50,72 l
Eau et perle. ........
de fer . J {
Par la cuisson, le calcaire de Chasy donnerait un ciment magnésien qui appartiendrait aux ciments ordinaires de M. Vicat.
M. Little (n° 2â0).
Chaux magnésienne de Paris. — M. Little avait exposé une dolomie de Paris dans le haut Canada. Cette dolomie, qui donne de la chaux hydraulique, est associée au gypse enclavé dans le terrain silurien supérieur avec lequel elle se trouve même en contact. Elle est terreuse, gris-jaunâtre ou brune. Des cavités irrégulières la traversent et lui donnent une structure cariée. Elle fait effervescence dans l’acide et laisse un faible résidu d’argile. Sa perte au feu est de â6, 5. La matière calcinée reprise par l’eau s’échauffe sensiblement.
Composition :
Dolomie de Paris.
Chaux de Paris.
Carbonate de chaux . 51,33
— de magnésie. . . . 40,91
Résidu argileux . . . 5,50
Eau . 2,26
Chaux . 53,82
Résidu argileux . 10,25
M. Martindale (n° 28).
Ciment â’Oneida. — M. Martindale avait exposé une dolomie argileuse, d’Oneïda, dans le haut Canada, qui peut servir à faire du ciment. Cette dolomie est terreuse, de couleur gris foncé ; elle dégage une forte odeur d’argile. Elle fait une effervescence lente avec l’acide chlorhydrique. L’argile mélangée s’attaque partiellement par l’acide. Sa perte au feu qui consiste en eau et en acide carbonique est de 37,5. Lorsqu’on reprend par l’eau le résidu de la calcination, réchauffement qui se produit est très-faible.
De même que la dolomie de Paris, la dolomie d’Oneïda appartient au terrain silurien supérieur ; elle est également associée au gypse blanc et caverneux d’Oneïda, dont un gros échantillon avait été exposé par M. Martindale.
Composition :
Dolomie d’Onéïda.
Chaux d’Onéïda.
Carbonate de chaux . 39,91
— de magnésie. . . . 34,15
Silice et résidu argil. 1 99 ja ( 15.85 Alum.et tr. d’ox.de fer ) ’ U[ 6,25
Eau . 3,84
Chaux . 36,93
Magnésie . 26,74
Résidu argileux . 36,33
Cette dolomie d’Onéïda contient plus de magnésie et plus d’argile que celle de Paris. Elle donne un ciment magnésien et hydraulique qui est de bonne qualité.
Commission géologique (n° 8).
Mortier magnésien. — La Commission Géologique du Canada avait présenté une roche très -remarquable, formée de carbonate de magnésie. Il convient de donner ici la description de cette roche, à cause de l’emploi qu’on peut en faire dans la fabrication des mortiers.
Le carbonate de magnésie du Canada ressemble, à s’y méprendre, à du calcaire saccharoïde, et cependant il ne contient pas de carbonate de chaux ou seulement des traces.
Il est d’ailleurs ferrifère. Dans certaines parties il est coloré en vert par de l’oxyde de chrome et du quartz en grains blancs hyalins s’y trouve disséminé ; ce quartz reste sous la forme d’un squelette caverneux quand on traite la roche par un acide.
Un essai de l’échantillon de l’Exposition qui provenait de Bolton nous a donné le résultat suivant , qui concorde avec celui de M. Hunt1.
Carbonate de magnésie. . . . 58,29
— de fer . 9,06
— de chaux . traces.
Quartz . 3042
Oxyde de chrome . traces.
Eau et perte. . . 2,53
Le carbonate de magnésie de Bolton contient donc à peu près 1/3 de quartz. Il n’y en a que 8 pour 100 dans celui de Sutton. Étant calciné le carbonate de magnésie de Bolton contiendrait 47,28 de quartz ; mais il renfermerait encore 43,72 de magnésie caustique.
Le carbonate de magnésie du Canada serait trèsutilement exploitable pour la fabrication du mortier magnésien , inaltérable à la mer, qui a été proposé par M. J. -B. Yicat; peut-être même serait-il susceptible d’être expédié comme lest dans quelques ports d’Europe.
WURTEMBERG
M. Leube (n° 91) . — M. le docteur Leube , à Ulm , dirige d’importantes usines dans lesquelles il fabrique de la chaux hydraulique et surtout un ciment d’excellente qualité.
L’établissement d’Ulm remonte à 1838 , et en 1854 de nouvelles usines furent créées à Weiler et Allmendingen. Le personnel des ouvriers est de 40 ; leur salaire est de 30 kreutzers à 1 florin 0 kreutzers. Les pilons et les moulins
J S, Hunt : Esquisse géologique du Canada , p. 66.
reçoivent leur mouvement de roues hydrauliques. 11 y a 12 fours à chaux. '
Ciment d'Ulm. — M. le commissaire du Wurtemberg a bien voulu mettre à notre disposition plusieurs kilogrammes de ciment d’ ülm , sur lequel nous avons fait quelques essais. La roche qui fournit le ciment est un calcaire jurassique peu homogène, en sorte que, pour avoir une composition régulière, il est nécessaire d’y ajouter tantôt de l’argile et tantôt du calcaire. La cuisson est ménagée de façon que la matière ne soit pas scorifiée. Le mètre cube de ciment pulvérisé pèse 875 kilog. La prise est très-prompte , car elle a lieu au bout de h minutes; il se produit alors un échauffement considérable : il ne laisse pas dégager de chaux ; il ne se fissure pas. Il a une très-grande densité. La résistance à la traction est au minimum de lk,17.
Composition :
Chaux .
Magnésie . . .
Silice .
Alumine et oxyde de fer.
Sulfate de chaux .
Le ciment d’Ulm appartient aux ciments ordinaires de M. Vicat. Sa fabrication atteint 10,000 quintaux par mois. Son prix est de 3f,50 le quintal wurtembergeois ; il n’est que le tiers de celui auquel se vend dans le pays le ciment de Portland.
On l’emploie à tous les travaux hydrauliques, notamment au grand pont du chemin de fer sur le Danube et aux fortifications de la ville d’Ulm. Il sert aussi à faire des dallages , des trottoirs , des appuis de fenêtre , des bassins , ainsi que des tuyaux de conduite pour les eaux ; ces tuyaux sont exécutés avec 1/3 de sable. Les produits exposés étaient compactes et homogènes; ils ne présentaient pas de fendillements.
Ce ciment a fixé d’une manière spéciale l’attention du Jury; c’est le plus remarquable de ceux exposés par des
étrangers , et de nombreux certificats donnés par des officiers du Génie ou par des ingénieurs allemands constatent que son emploi est extrêmement avantageux.
PRUSSE
Trass, — Aux environs d’Andernach, sur le Rhin, il existe une roche volcanique qui , mêlée avec la chaux , donne un mortier hydraulique de qualité tout à fait supérieure. Cette roche volcanique est le Irass , qui depuis un temps immémorial s’exploite dans de nombreuses carrières. Il ne paraît pas cependant que les Romains aient connu l’emploi du trass comme pouzzolane , car on ne le retrouve pas dans les mortiers hydrauliques qu’ils ont faits dans le pays. Mais le trass est aussi une pierre à bâtir d’excellente qualité : elle a servi non-seulement pour les monuments de l’époque romaine, mais encore pour un grand nombre d’églises gothiques du moyen âge, et notamment pour l’intérieur du dôme de la cathédrale de Cologne1.
Le trass est un tufP trachytique poreux , formé de parties terreuses qui adhèrent fortement l’une à l’autre. Il contient généralement de la ponce , qui est décomposée et se désagrégé en poudre jaunâtre ; on y trouve aussi des fragments de basalte , des roches volcaniques , du schiste argileux , des grains de quartz, du fer oxydulé, des paillettes de mica. Quelquefois il renferme du bois carbonisé , des empreintes de feuilles d’arbres dicotylédones, des ossements, des coquilles vivantes. Il paraît provenir d’éruptions volcaniques boueuses 2.
Relativement à l’emploi dans les constructions, on distingue trois variétés de trass : l°.le trass gris-bleuâtre; 2° le trass jaunâtre; 3° le trass mort.
1° Le trass gris-bleuâtre est de la meilleure qualité ; il est tenace , sonore , et il se taille à arêtes vives. Ses
1 Tufstein, Trass urni hydraulischer mortel. — Gesammelte icmerkungen , von J. D. von Orbqch.
2 Sir Charles Lyell , Manual of elementary geology, 5e édition, p. 478.
pores sont petits , et il est même d’autant plus estimé qu’il est plus compacte et plus résistant.
2° Par dessus le trass gris-bleuâtre, se trouve un trass jaunâtre : ses qualités hydrauliques sont très-inégales; tantôt il donne des pierres de construction aussi bonnes que le trass bleuâtre, tantôt au contraire il se désagrégé à l’air.
Ces deux premières variétés constituent le tufstein ou le trass proprement dit.
3° On appelle en Allemagne trass mort (witder trass , wilder lufslein ) une variété qui est beaucoup moins hydraulique que le trass proprement dit. Il est difficile à distinguer de ce dernier ; cependant il le recouvre assez généralement ; il est moins poreux et il a une couleur jaune ; de plus il se laisse très-aisément pulvériser et il se désagrégé par l’action del’air,en sorte qu’ilne peut être employécomme pierre à bâtir. Il serait possible qu’il provînt des fragments désagrégés qui surnagent dans les éruptions boueuses. Des expériences comparatives, faites avec soin sous la direction du Bergamt de Bonn, ont montré que le trass mort donne des mortiers dont la résistance à l’usure et à l’écrasement n’est pas même moitié de celle qu’on obtient avec le trass proprement dit.
— Le trass s’attaque facilement par les acides et par les alcalis; M. Berthier a même constaté qu’il laisse seulement un résidu de 28 pour 1 00 quand on le soumet alternativement à l’action de l’acide sulfurique et de la potasse caustique. M. Illgner a trouvé la composition suivante pour un trass d’Andernach , qui donne dans l’acide chlorhydrique un résidu égal à la moitié de son poids :
Silice . A8,9â
Alumine . 18,95
Oxyde de fer . 12, 3A
Chaux . 5, Ixi
Magnésie . 2,A2
Soude . 3,56
Potasse . 0,37
Eau et ammoniaque. . 7,65
On a constaté de plus , dans les fissures du trass , des efflorescences salines qui en proviennent et qui sont formées de sulfates , de chlorures , de carbonates alcalins.
L’expérience a montré que, pour donner un bon mortier hydraulique , le trass doit conserver un grain grossier et ne pas être réduit en poudre trop fine.
Nous avons constaté que le poids du mètre cube de trass pulvérisé est de 945 kilog.
Ordinairement on fait le mortier en mélangeant 1 volume de trass à 0,3 ou 0,6 de chaux, selon la qualité de la chaux.
Dans un mélange formé de 1 volume de trass et 1/2 volume de chaux grasse de Gentilly , pesant 495 kil. au mètre
cube, on a trouvé que la contraction est de. . . . 0,30
L’augmentation de poids est de . 0,41
Pour un mélange formé de 1 volume de trass et 3/4 volume de chaux grasse , la contraction est de. . 0,25
L’augmentation de poids est de . 0,46
Lorsqu’on augmente la quantité de chaux dans le mélange de trass et de chaux , la contraction produite par le gâchage diminue, tandis que l’augmentation de poids devient plus grande.
Le prix du trass est très-peu élévé ; car, chargé dans le bateau à Andernach, il revient seulement à lf,20 le quintal métrique; c’est à peu près le 1/6 du prix du ciment de Portland en Allemagne.
Le trass s’emploie dans toute l’Allemagne, en Hollande, en Belgique et sur les côtes de la Baltique. Dans ces derniers temps il s’est répandu dans le nord de la France et jusqu’en Hongrie.
Dans* la Hollande, où il est de la plus haute importance d’avoir du ciment hydraulique de la meilleure qualité pour entretenir les digues qui empêchent les irruptions de la mer, le trass est prescrit par les ingénieurs de l’État, à l’exclusion de tous les autres ciments. Il ne peut même être introduit dans le pays que
lorsqu’il a d’abord été soumis à une vérification à la frontière.
Nous ajouterons que le trass demande surtout à être examiné et essayé avec le plus grand soin pour tous les travaux à la mer; car MM. Feburier, Chevallier, Chatonney ont constaté , au Havre et à Saint-Malo , que les mortiers fabriqués avec le trass du commerce et la chaux grasse ne résistent pas à l’action destructive de l’eau de mer. Il est possible que cette anomalie doive être attribuée, comme le pense M. Minard , à ce que la chaux employée était de la chaux grasse. Mais il nous paraît surtout très-vraisemblable que le trass mort , qui donne des mortiers de qualité trèsinférieure et même des mortiers non hydrauliques, aura été substitué au trass proprement dit, duquel il est malheureusement très-difficile à distinguer.
Les graves inconvénients auxquels l’emploi du trass a donné lieu dans ces derniers temps , seraient sans doute évités, si le trass mort et le trass jaunâtre étaient proscrits dans les travaux à la mer et si l’on n’admettait que le trass gris-bleuâtre. On pourrait même exiger que ce trass fût livré en pierre et exploité dans certaines carrièrres , à des profondeurs déterminées. Nous appelons sur ce sujet toute l’attention des constructeurs.
— Plusieurs exposants avaient envoyé du trass des bords du Rhin :
M. S. Landau (n° 161). — M. Landau exploite le trass de Plaidt, près d’Andernach, dont les meilleures qualités sont extraites actuellement sous l’eau. 11 emploie environ 150 ouvriers. Sa production est de 101,500 q. m. de tufstein et de 15,000 q. m. de tufstein en poudre ou de trass. Parmi les travaux exécutés dans ces derniers temps avec le trass de Plaidt, on peut citer les écluses de Nieuvendiep en Hollande, le grand canal d’Anvers à Liège, les ponts en pierre sur le Rhin à Cologne , le grand bassin du port de Rrême , les ponts du chemin de fer sur la Vistule près de Dirschau, et enfin les quais de Pesth en Hongrie.
Indépendamment du trass, M. S. Landau avait 'exposé des meules faites avec la lave de Niedermendig , qui est célèbre par la grande variété de minéraux qu’on y trouve. Les meules faites avec cette lave sont très-estimées.
M. D. Zervas (n° 536). — M. Zervas exploite sur une grande échelle le trass deBrohl et de Magen , près du Rhin. Ils occupe 175 ouvriers qui reçoivent lf,25 à 2 francs. Il produit annuellement 500,000 pieds cubes de tufstein et de trass. Il fabrique en outre 250 meules en lave.
M. F- Bianchi (n° 525). — M. Bianchi exploite le trass à la Nette , près de Neuwied. Il exploite aussi le tuf calcaire qui sert à fabriquer du ciment hydraulique. Il emploie une trentaine d’ouvriers.
M. E. Dhal (n° 529). — M. E. Dhal exploite également le trass et le tufstein de Brohl. Il emploie 52 ouvriers qui reçoivent de 2 fr. à S1',? 0 par jour.
M. II. Frommartz (n° 521). — Depuis 1845 M. Frommartz exploite le trass de Nideggen ; il fabrique en même temps de la chaux. Ses ouvriers reçoivent de 2 à 4 francs.
Société dü Ciment de Portland de Stettin (n° 533).
Ciment de Portland de Stettin. — Une fabrique de ciment de Portland a été créée en 1854 à Stettin , et dès à présent sa production est considérable; elle pourrait même s’élever à 80,000 quintaux métriques par année, et elle tend à s’augmenter de plus en plus. Cette usine occupe 60 ouvriers qui reçoivent de 12 silbergroschen à 1 thaler (3f,75). Elle a pour moteur une machine à vapeur de 80 chevaux.
Le ciment de Portland de Stettin a été étudié par M. Manger, professeur à l’École polytechnique de Berlin. Il se fabrique artificiellement par un procédé de M. le docteur Bleibtren , de Bonn : ce procédé paraît le même que pour le Portland anglais ; on mélange en effet du calcaire avec de l’argile qui s’exploite dans les environs de Stettin,
M. de Viehbahn ayant bien voulu en mettre un éehan-
tillon de ce ciment à notre disposition, nous l'avons soumis à quelques essais.
Sa poudre a une couleur gris-verdâtre comme le ciment anglais ; quand on la calcine elle devient blanc-jaunâtre. La perte, dans l’échantillon essayé , était seulement de 1 0/0 d’eau. Lorsqu’on le gâche avec l’eau et qu’on le laisse sécher , il prend une couleur grise ou bleuâtre.
On en distingue deux variétés, l’une à prise prompte, l’autre à prise lente. La prise de la première variété a lieu en quelques minutes ; la prise de la deuxième a lieu en quelques heures.
Pour l’échantillon essayé, la prise n’a demandé que 6 minutes. La gangue formée présentait beaucoup de fissures, et l’eau qui la baignait était très-chargée de chaux.
La résistance à la traction est supérieure à 3k,31.
Le ciment en poudre pèse 75 livres le pied cube. Lorsqu’on le tasse fortement, son poids s’élève à 105 livres. Le sable qui , à Berlin , est mélangé avec ce ciment , pèse 90 livres le pied cube ; lorsqu’il est tassé , il pèse 105 livres comme le ciment lui-même.
Le gâchage doit être fait avec un poids d’eau égal seulement au tiers de celui du ciment. La proportion de sable mélangée pour faire le mortier peut s’élever à 6 et même jusqu’à 7 volumes; mais la cohésion du mortier diminue rapidement, et elle devient très-faible pour 1 volume de ciment et 7 volumes de sable. L’opération du gâchage demande toujours beaucoup de soins ; toutefois un ouvrier intelligent en acquiert promptement la pratique. Il est nécessaire seulement que le sable employé soit bien exempt d’argile.
Composition :
Chaux . 68,10
Magnésie. 0,30
Silice . I 29 5. (..22,52
Alumine et oxyde de fer. .1 ’ L . 7,02
Sulfate de chaux . 2,06
La prise rapide du Portland de Stettin et sa composition
chimique le rapprochent du Portland anglais ; elles le distinguent au contraire du Portland de Boulogne fabriqué par M. E. Dupont. Il est probable que sa cuisson n’est pas poussée à une température aussi élevée que pour ce dernier ciment. De plus, indépendamment de ce qu’il contient 2 0/0 de sulfate de chaux, il renferme aussi moins d’argile. Toutefois la composition élémentaire du Portland de Stettin est encore celle d’une chaux limite.
Les expériences faites à Stettin et à Berlin par les architectes qui ont employé ce ciment, constatent qu’il a les propriétés du ciment anglais de Portland. On s’en sert pour une foule d’usages dans les constructions ; on en fait aussi des dalles, des objets d’ornements, des corniches, des moulures, des vases, des conduites d’eau. Dans ces derniers temps, après lui avoir fait subir une préparation particulière , on a pu lui donner le poli et des couleurs assez variées ; en sorte qu’on l’emploie aussi comme marbre.
Siletrass des bords du Rhin est préférable pour les constructions entièrement plongées sous l’eau, le ciment de Portland convient mieux au contraire pour les maçonneries qui sont alternativement exposées à l’action de l’air et de l’eau. Il résiste surtout beaucoup mieux à la gelée ; c’est même à cause de cette circonstance spéciale que le ciment anglais de Portland donne lieu dans tout le Nord à un commerce si important. Il s’en vend des quantités considérables à Stockholm , à Kœnigsberg , à Dantzig. A Saint-Pétersbourg et sur les côtes de Russie , la consommation de ce ciment était beaucoup plus considérable encore; depuis qu’un décret de S. M. la reine d’Angleterre a prohibé l’exportation du ciment de Portland en Russie , les constructions maritimes ont dû manquer de celui de leurs matériaux qui est le plus indispensable. Si on remarque que la fabrique de ciment de Portland qui s’est établie à Stettin, est postérieure à la guerre actuelle et quelle date seulement de 185A, il est permis de croire que son but était surtout de fournir les ports russes , desquels elle est d’ailleurs très-rapprochée.
Quoique cette fabrique soit récente, ses produits sont incontestablement remarquables , et le Jury a pensé quelle méritait une médaille de 2e classe.
MM. Czarnickow et Reitzenstein (n° 528). — MM. Czarnickow et Reitzenstein , de Rerlin , ont substitué le ciment au métal et à la pierre pour la fabrication de certains objets. Ils avaient exposé notamment un sarcophage et une baignoire en ciment. Le prix d’une pareille baignoire varie de 100 à 200 fr. Ces divers objets se recouvrent d’une couche de peinture qui cache le ciment dont la couleur serait peu agréable.
BELGIQUE
M. J. -F. Duyk (n° 349). — M. J. -F. Duyk, de Rruxelles, avait exposé divers modèles de constructions en ciment . Il fabrique lui-même ce ciment , qui est hydraulique et qui s’emploie spécialement pour combattre l’infiltration de l’eau ainsi que les effets de l’humidité. Il est à prise lente , et il n’acquiert son imperméabilité qu’au bout de 12 jours. Sa manipulation est assez difficile, et elle demande des ouvriers spéciaux : ils reçoivent de lf,50 à 3 fr. par jour. On s’en sert en Belgique pour assainir les caves et pour toutes les constructions souterraines ; on en fait notamment des citernes pour l’eau, l’alcool , la térébenthine , la mélasse, le savon. Le prix de ce ciment hydraulique est, à Bruxelles , de 10 fr. le quintal métrique. L’assainissement des murs humides et salpêtrés coûte de 8 à 12 fr. le mètre carré , selon l’épaisseur donnée à l’enduit de ciment. L’assainissement des caves coûte de 14 à 40 fr. le mètre de parement.
Les citernes pour les divers liquides sont construites au prix de 65 fr. le mètre cube ; ce prix varie toutefois avec la grandeur des citernes et avec la nature du terrain. Une glacière de 80 mètres cubes revient au prix de 5,000 fr.
Le ciment hydraulique de M. Duyk a été employé à différents travaux faits en Belgique , en Hollande et dans le nord de la France.