G. — BITUMES
Les bitumes desquels il nous reste à parler maintenant, sont des matériaux de construction en partie naturels et en partie artificiels. Cette industrie était bien représentée à l’ Exposition Universelle où elle comptait plus de 30 expo-
sants. Les 2/3 de ces exposants appartenaient à la France ; le reste à l’Autriche, à la Bavière, à l’Espagne, au Portugal, au Mexique, au Canada.
L’emploi du bitume dans les constructions remonte à l’antiquité la plus reculée.
ïl en est déjà fait mention dans la Genèse, où il est dit en parlant de l’arche de Noë : Bituminabis bitumine ; tu l’enduiras de bitume ; et plus loin asphaltus fuit eis vice cimenli ; l’asphalte leur servit de ciment1.
Les Égyptiens ont aussi employé le bitume pour leurs monuments et surtout pour la conservation des momies. Hérodote et Diodore de Sicile nous apprennent que les Assyriens s’en servaient également dans la construction des célèbres palais de Babylone. Ils le tiraient de Hit, petite ville de la Perse, située à Ix 2 lieues à l’O.-S.-O. de Bagdad. Le bitume y est encore exploité maintenant, et il est déposé par des sources gazeuzes et salines, ayant une température de 35° 2.
En Judée, où le bitume se recueille sans aucune préparation sur les bords du lac Asphaltite, son usage était sans doute très-ancien.
Enfin il était aussi connu des Romains, et les ruines de Pompéï nous montrent encore maintenant des dallages exécutés en bitume3.
A l’époque moderne, son emploi est assez récent; il ne paraît pas remonter au delà de l’année 1712 , pendant laquelle Erini d’Erinys, médecin grec, professeur à Berne, fit la découverte de lamine d’asphalte du Val-de-Travers, dans la principauté de Neufchatel \ Toutefois, c’est seulement de nos jours, et même dans ces dernières années, que l’industrie du bitume a pris ce développement considérable auquel elle est actuellement parvenue.
En se régénérant, cette industrie est d’ailleurs devenue
1 J. Huguenel, Asphaltes etnaphtcs.
2 D'Archiac , Histoire des progrès de la Géologie ; voir tome I, p. 407. Gaz inllammable, naphle, pétrole, salses.
3 //. Fournel , Noiice sur la pierre asphaltique du val de Travers.
toute française, et en quelque sorte parisienne ; Paris est en effet le centre de la fabrication et de l’emploi du bitume. Cependant le biturüe a commencé à se répandre aussi en Autriche, dans le reste de l’Allemagne, en Italie et en Angleterre.
Bien que la France possède plusieurs mines de bitume très-riches, elles ne sont pas inépuisables et dans ces derniers temps on a dû suppléer au bitume minéral par des bitumes artificiels. Des progrès importants réalisés récemment , ont montré que les bitumes provenant de la distillation de la houille, de la tourbe, de la résine, du suif, des graisses, pouvaient être avantageusement employés à la fabrication des mastics bitumineux.
Pendant l’année 185A, la France a importé environ 330,000 fr. de produits bitumineux qui, pour la plupart, provenaient de Suisse et des États Sardes. Mais on a aussi commencé à exploiter des mines de bitume qui se trouvent à une grande distance de France, et dont les minerais peuvent être économiquement transportés comme fret par les navires. Cette exploitation des bitumes d’outre-mer sera prochainement appelée à quelque développement.
Enfin des perfectionnements importants ont été successivement apportés à la fabrication, et l’on a cherché à tirer parti des nombreux produits auxquels elle donne lieu : nous indiquerons ces perfectionnements, autant du moins que le permettent les bornes de ce rapport.
Essai des bitumes. — Pour juger les bitumes exposés, il était nécessaire de les soumettre à quelques essais dans le laboratoire; c’est ce que nous avons fait avec le concours de M. Armand.
Nos recherches qui ont dû être très-rapides avaient uniquement pour but l’examen des bitumes et de leurs minerais au point de vue des applications industrielles. La marche suivie dans ces recherches est celle tracée par M. le général du génie Moreau , auquel on doit des études
approfondies sur tontes les questions qui se rattachent à l’emploi des bitumes \
La richesse d’un minerai de bitume s’évalue par la proportion de ce minerai qui est soluble dans les hydrogènes carbonés liquides, tels que l’essence de thérébentine, l’huile de naphte, et surtout la benzine.
Le minerai de bitume qu’il s’agissait d’essayer était d’abord desséché, puis mis en digestion à chaud dans de la benzine. Cette benzine dissolvait facilement tout le bitume proprement dit, en sorte qu’en la filtrant et en la faisant évaporer dans une cornue de verre tarée, et en arrêtant l’opération avant le dégagement de l’eau, on obtenait directement le poids du bitume contenu dans le minerai.
Pour contrôler cette opération on pesait d’ailleurs le résidu donné par le minerai.
En traitant un minerai de bitume par la benzine, on en extrait tout le bitume proprement dit, c’est-à-dire la partie qui sert en réalité à la fabrication du mastic bitumineux. Quelquefois cependant il reste une matière charbonneuse qui résiste complètement à la dissolution; cette matière colore le minerai en noir, mais elle est inerte dans la fabrication du mastic ; elle était dosée séparément par le grillage.
Si la richesse d’un minerai de bitume s’ évalue par la proportion de ce minerai qui est soluble dans la benzine, pour apprécier sa qualité il est nécessaire d’examiner aussi sa gangue.
La gangue peut être un calcaire, une argile, un grès, une roche feldspathique.
A richesse égale en bitume le meilleur minerai est celui dont la gangue est un calcaire purvérulent; il est en effet complètement imprégné par le bitume, et il fond avec une grande facilité. Il suffit qu’il contienne 5 pour 100 de bitume
1 Instruction relative à l’emploi du mastic bitumineux pour la confection des chapes des casemates des forts autour de Paris, par M. le général Moreau (Extrait de Recherches ordonnées par le Directeur supérieur sur les différents modes de chaper les voûtes souterraines employés en France depuis Vauban, et sur les résultats qu’on en a obtenus. — 1843). — Mémoires divers encore inédits.
pour qu’il s’agglutine , même à la température ordinaire. Lorsque le calcaire est cristallisé, il n’en est plus de même et le minerai est beaucoup moins estimé.
Quand la gangue est une argile, le minerai est encore intimement imprégné par le bitume; mais l’eau qu’il renferme en rend le traitement difficile et donne lieu à des pertes.
Quand la gangue est un grès ou une roche felspathique fragmentaire, le bitume est interposé entre ses grains et il ne les pénètre pas ; il suffit alors de chauffer le minerai dans de l’eau bouillante, pour que le bitume s’en sépare et vienne flotter à la surface où on le recueille facilement.
Pour chacun des minerais de bitume qui ont été essayés, nous ferons connaître la nature de sa gangue ; autant que possible, nous indiquerons en même temps les proportions de calcaire, d’argile et de sable que cette gangue renferme.
Lorsqu’on avait à essayer un bitume ou un mastic bitumineux, on le traitait par la benzine, absolument comme le minerai et on déterminait de même la proportion ainsi que la nature des substances étrangères qui lui étaient mélangées.
Une calcination en vase clos, donnait d’ailleurs les matières volatiles et le coke qui restait s’évaluait par un grillage.
On déterminait en outre la densité des bitumes, car elle est en relation intime avec leur composition. •
Enfin on prenait la température du point de fusion des bitumes et des mastics bitumineux. Mais comme ces matières sont molles même à la température ordinaire, on les amenait complètement à l’état liquide dans une capsule de fer, puis on y plongeait un thermomètre ; on observait ensuite la température de ce thermomètre au moment où la masse commençait à se figer et cessait de donner des vapeurs.
Après avoir fait connaître sommairement la marche suivie pour l’essai des bitumes, nous allons maintenant passer en revue les différents exposants :
FRANCE
M. Babonneau (n° Zf2/i9). — M. Babonneau est le directeur
d'une société pour l’exploitation et pour l’emploi du bitume : cette société exploite non-seulement les mines de bitume du Val-de-Tr avers , mais encore celles de Chavaroche , près d’Ànnecy-le-Yieux (Savoie), et celles de Rocca-Secca , aux environs de Naples. Dans ces trois mines on trouve un même minerai qu’on extrait par les mêmes procédés. Ce minerai est le calcaire imprégné de bitume qu’on désigne généralement sous le nom d’asphalte. Bien qu’il soit assez tendre , son état compacte et sa plasticité obligent d’avoir recours à la poudre pour le détacher en blocs. On l’exploite à ciel ouvert, et surtout souterrainement, quand l’épaisseur des couches le permet.
L’extraction annuelle de l’asphalte est de 3,750 tonnes au Yal-de-Travers, de 2,300 tonnes à Chavaroche et à Rocca-Secca. On concasse les blocs qui ont été séparés par le jeu de la mine, de manière aies convertir en morceaux de 3 à Zi centimètres de côté. Une partie de ce produit est ensuite mise dans des tonneaux pour être expédiée dans les localités où l’asphalte est demandé sous cette forme. L’autre partie est transportée à l’usine où on la réduit en poudre destinée à la préparation du mastic. On met dans des tonneaux les 4/5 de cette poudre d’asphalte, qui est immédiatement livrée au commerce ; le reste sert à la fabrication du mastic bitumineux.
L’asphalte forme la base du mastic bitumineux, mais il est nécessaire d’y ajouter un peu de bitume : la composition du mélange doit être en moyenne de 8ü,5 de calcaire et 15,5 de bitume. Pour préparer ce mastic, la société du Yalde-Travers emploie des chaudières fermées, cylindriques, munies d’un agitateur mécanique ; ces chaudières peuvent être fixes ou mobiles. Les chaudières fixes servent à fabriquer de grandes quantités de mastic bitumineux , qui sont vendues directement aux entrepreneurs ; les chaudières mobiles sont employées à faire le mastic sur le lieu même des travaux. Un rapport de M. Baudart, ingénieur des ponts et chaussées, constate qu’il n’en résulte aucun inconvénient
pour les passants , et que , sous ce rapport , elles réalisent un progrès notable. Les chaudières fixes ou mobiles sont munies des mêmes appareils et donnent des résultats identiques. Quand on traite les asphaltes du Val-de-Travers, de Chavaroche, de Rocca-Secca, on les mélange à 2,5 ou à 4,5 de leur poids de bitume ductile. On commence par faire fondre ce bitume, puis l’on y ajoute successivement l’asphalte en poudre. Après six heures de trituration , lorsque la masse est bien liquéfiée , on la coule en pains ou bien on l’applique en dallages et en enduits bitumineux. L’agitateur de ces chaudières a reçu une disposition qui permet, sans arrêter son mouvement, de procéder à une seconde opération dès que la première est terminée.
Pour obtenir du mastic bitumineux de la meilleure qualité possible, on n’y introduit jamais des bitumes fragiles, tels que le brai de Bayonne et les bitumes qui proviennent de la fabrication du gaz. Le bitume employé doit être à la fois doux et solide, de manière qu’il s’allie parfaitement bien à l’asphalte en roche : celui de Bastennes remplit trèsbien ces conditions , et on s’en sert autant que possible. Malheureusement son extraction s’est beaucoup ralentie dans ces derniers temps, et la société du Val-de-Travers a dû chercher à fabriquer des bitumes ayant les tnêmeS qualités. Elle pense y être parvenue par deux procédés différents , dont la découverte est due surtout à M. Armand.
Dans le premier procédé, le bitume s’extrait de la roche d’asphalte par distillation. Dans le deuxième procédé , on soumet à un traitement particulier un mélange de bitume, de suif, d’arcanson bitumineux et de bitume de schiste, dans lesquels on introduit du sulfure de carbone saturé de soufre. On obtient ainsi un produit qui ressemble beaucoup au malthe ou au bitume naturel et liquide : il en a l’odeur, la consistance ainsi que la ductilité; il présente, en un mot, les propriétés caractéristiques des bitumes naturels de bonne qualité. Toutefois une expérience prolongée pendant plusieurs années pourra seule nous apprendre s’il conserve
aussi longtemps sa souplesse, son imperméabilité, et s’il est d’un aussi bon usage.
La société du Yal- de -Travers fabrique annuellement /j50 tonnes de ces deux bitumes artificiels.
— Les usages du mastic bitumineux dans les constructions sont extrêmement nombreux , et nous nous contenterons de signaler ici les principaux.
Pur ou mélangé de gravier, le mastic bitumineux étendu sur béton en couches de 1 à 1 1/2 centimètre, sert aux dallages intérieurs et extérieurs , aux sols de terrasse , aux couvertures de bâtiments , aux chapes de pont. Le gravier mélangé au mastic bitumineux doit être calcaire , car alors il s’unit de la manière la plus intime avec lui , et il s’use avec la même rapidité sous le frottement des pieds. Le gravier siliceux , qui est beaucoup plus dur, reste au contraire en saillie , et il a en outre T inconvénient de se détacher assez facilement du mastic.
Selon les circonstances, on peut d’ailleurs rendre le mastic bitumineux plus ou moins flexible et plastique ; on s’en sert même comme d’un ciment pour toutes les constructions hydrauliques. Ainsi la société du Yal-de-Travers a construit des aqueducs et des citernes qui sont entièrement en briques et en bitume.
Le mastic bitumineux est employé avec de petits parallélipipèdes en porcelaine colorée , pour faire des mosaïques à fond noir, qui sont d’un très-bel effet.
Plus récemment on a fait des chaussées économiques et très-solides , qui sont formées de mastic bitumineux dans lequel on enchâsse des cubes de grès ou de calcaire disposés en damier.
Gomme l’a constaté depuis plusieurs années M. de Coulaine, l’asphalte naturel et en roche, peut immédiatement servir à l’exécution des chaussées empierrées. Yoici quel est le procédé suivi par la Société du Yal-de-Travers : on commence par recouvrir les chaussées d’une couche de béton ayant au plus de 15 centimètres d’épaisseur; puis on
pose deux règles de 6 centimètres d’épaisseur, qui ont la courbure prescrite pour la chaussée, et qui sont espacées entre elles d’environ 1 mètre. On chauffe alors de l’asphalte du Val-de-Travers en morceaux , et quand il commence à se désagréger par l’action de la chaleur, on le répand entre les deux règles. On le comprime ensuite d’une manière graduée à l’aide de rouleaux de poids différents. Après cette opération, il entre environ 128 kilogrammes d’asphalte dans chaque couche ayant 1 mètre carré de surface et 0m, 06 d’épaisseur. Des chaussées empierrées en asphalte ont été faites à Paris, dans la rue Bergère, ainsi que dans les cours de l’hôtel du Louvre. Elles présentent un sol compacte , uniforme , solide, qui résiste bien à l’usure ; elles donnent moins de boue et moins de poussière que les chaussées empierrées ordinaires; leurs frais d’entretien sont aussi moindres. Nous verrons, d’ailleurs, plus loin que le minerai de bitume de l’Auvergne peut, de même que l’asphalte du Val-de- Travers, servir à l’exécution de chaussées empierrées. Au moment où ces chaussées prennent tant de développement à Paris, il nous paraît utile d’appeler d’une manière spéciale l’attention sur ces essais.
Le tableau suivant fait connaître les prix, à Paris, de l’asphalte, du mastic bitumineux et des principaux ouvrages en bitume :
Matières diverses,
Quintal
métri¬
que.
Ouvrages en bitume.
Mètre
carré.
Asphalte en roche .
Dallage pour trottoirs, places publiques, casernes, hospices, usines, etc. . . .
— en poudre . . .
Dallages en pente .
Mastic bitumineux en pains. . .
Bitume raffiné .
Chapes de voûtes. . .
Chaussées en mastic, en grès ou bien en asphalte comprimé.
Dans la fabrication du bitume, on recueille d’ailleurs plusieurs produits accessoires qui sont propres à divers
usages : ces produits sont : la chaux qui provient de la calcination de l’asphalte, la paraffine, un baume employé en médecine, le bitume dit de Judée, la benzine, et surtout le naphte et le pétrole qui servent pour les vernis ainsi que pour l’éclairage.
La Société du Val-de-Travers a pris de grands développements dans ces dernières années. Ses relations s’étendent non-seulement à laFrance, mais même aux principales villes d’Europe. En outre, elle commence à traiter des minerais étrangers quelle fait exploiter aune grande distance, notamment les bitumes de la Trinité et de la Nouvelle-Grenade.
Si le développement industriel de cette société est dû à son directeur, M. Babonneau, une grande partie des perfectionnements introduits dans la fabrication doit être attribuée à M. Armand.
Nous allons signaler en quelques mots les perfectionnements les plus importants :
1° Jusque dans ces derniers temps, pour réduire l’asphalte en poudre, on le chauffait de manière à lui faire subir une décrépitation ; ce procédé a été remplacé par une trituration sous des meules qui donne lieu à une dépense moindre et qui évite une légère perte, due à ce que des huiles volatiles s’échappent toujours avec l’eau dans la calcination ;
2° Le mastic était fabriqué à bras d’homme et dans des chaudières découvertes ; maintenant on emploie des chaudières fermées , munies d’un agitateur mécanique. Par là le travail est régularisé , la perte de bitume ainsi que les dépenses de main-d’œuvre et de combustible sont moindres; les vapeurs condensées donnent des huiles susceptibles d’être utilisées, qui auparavant étaient entièrement perdues ;
3° L’extraction directe du bitume pour la distillation de la roche d’asphalte ou du minerai de bitume et la fabrication des bitumes composés , constituent encore des perfectionnements notables. Ces procédés permettent d’obtenir plus économiquement des bitumes qui, d’après l’expérience
faite jusqu’à présent, paraissent de bonne qualité; ils utilisent pour la fabrication des mastics les minerais de bitume de la Trinité et de la Nouvelle-Grenade; ils tirent parti des résidus , tels que les bitumes de schiste et de suif, qui, jusqu’à présent, n’avaient aucune valeur dans le commerce.
!i° Enfin de grandes améliorations ont surtout été apportées dans l’extraction directe et dans la distillation des bitumes. Dans une même opération les nouveaux appareils de distillation permettent, en effet, de séparer non-seulement le bitume, mais encore les diverses huiles volatiles qui lui sont associées.
MM. Baudoin (n° 31Z|5) .
Depuis 1839 MM. Baudoin frères exploitent les mines de bitume de Seyssel, et dirigent une importante usine dans laquelle ils emploient le bitume à différents usages \
Ils occupent plus de 200 ouvriers, bitumiers, mosaïstes, terrassiers, paveurs, menuisiers et forgerons. Le salaire de ces ouvriers varie de 3f,50 à 6 fr. par jour.
La production de l’usine était représentée par le chiffre de 2à,000fr. en 18/iO ; mais elle a dépassé 900,000 fr. en 1855 qui est toutefois une année exceptionnelle. Elle comprend pour cette dernière année :
110,000 mètres carrés de dallages en bitume à l’épaisseur moyenne de 0m, 015 ;
20,000 mètres carrés exécutés en bitume factice dans des caves, des souterrains, des rez-de chaussée, etc.
5000 mètres carrés de dallages en mastic blanc ou de couleur, unis ou ornés, qui atteignent seuls une valeur de 50,000 fr.
Nous allons faire connaître sommairement les procédés de fabrication de MM. Baudoin.
Une machine à vapeur de la force de 8 chevaux sert à
1 Le minerai de Seyssel a été analysé par M. Berthier. Sa gangue est formée de 70 pour 100 de grains quartzeux et de 20 pour 100 de calcaire.
broyer l’asphalte qu’on emploie pour composer le mastic bitumineux. Elle met en mouvement deux mapéges qui réduisent l’asphalte en poudre. Cette poudre est repoussée par un couteau écarteur jusque sur une grille annulaire concentrique à la plate-forme sur laquelle tourne la meule. Il en résulte que la poudre passe seule à travers la grille, tandis que les parties qui sont trop grosses sont ramenées sous la meule par un couteau disposé en sens inverse du premier. On obtient à l’aide de ces meules une poudre d’un grain régulier, et par jour chaque manège peut broyer en moyenne jusqu’à 12 tonnes d’asphalte rendant un volume de 10 mètres cubes.
Pour convertir la poudre d’asphalte en mastic bitumineux, on le mélange comme nous l’avons dit précédemment, avec du bitume de Bastennes ou de Gaujac. La proportion de bitume qui est nécessaire, varie de A, 5 à là pour 100, suivant la richesse naturelle de l’asphalte employé. On emploie pour cette opération des chaudières cylindriques en tôle, dans lesquelles on commence par fondre le bitume ; on ajoute ensuite peu à peu la poudre d’asphalte et on brasse constamment le mélange au moyen de palettes montées sur un arbre horizontal, et mis en mouvement par la machine. L’agitateur est disposé de manière à imprimer à la matière un mouvement de torsion , et à empêcher quelle ne reste trop longtemps en contact avec la surface de chauffe. Ces chaudières, pour la préparation du mastic, sont d’ailleurs à peu près les mêmes que celles employées par la Société du Valde-Travers (p. 360). Il y a 3 chaudières dans l’usine qui produisent, moyennant 13 tonnes de mastic bitumineux par 2A heures. La durée de chaque cuite est de 6 à 7 heures. Le mastic bitumineux préparé comme il vient d’être dit, est coulé en pains qu’on transporte sur le lieu des travaux. On le concasse alors pour le refondre avec du bitume et avec du gravier desséché. Pour les dallages habituels de trottoirs on ajoute h pour 100 de bitume, et ÔOpour 100 de gravier ; mais ces proportions varient suivant la destination des dallages.
Quelquefois, pour obtenir une pâte plus liante, on fabrique directement le mastic sur les lieux, au moyen de la poudre d’asphalte, et en opérant d’après la méthode indiquée par M. de Goulaine.
-—MM. Baudoin avaient exposé une système de fondation imperméable de parquets, avec lambourdes encastrées dans une nappe continue de bitume. La disposition qu’ils ont adoptée préserve les parquets de l’humidité du sol en même temps quelle leur conserve leur élasticité. Le prix de ce système de fondations pour parquets est de 3f,60 par mètre carré.
— L’usine de MM. Baudoin est surtout renommée pour ses mosaïques en bitume. Cette partie de la fabrication est plus spécialement sous la direction de M. Grezet, qui a introduit de grands perfectionnements dans cette branche d’industrie. Dans la mosaïque en bitume la couleur noire du mastic qui réunit tous les fragments produit un effet désagréable qu’on a depuis longtemps chercher à éviter. On y est parvenu en substituant au bitume de la résine ainsi que des corps gras d’une couleur clair, et en les mélangeant avec diverses matières. Le silex réduit en poudre fine et à l’état de farine, peut notamment être employé avec avantage.
— Enfin, dans ces dernières années , MM. Baudoin ont été chargés de différents travaux par l’Administration des lignes télégraphiques. Le bitume possède, en effet, le double avantage de ne pas conduire l’électricité et de préserver de toute humidité les corps qu’il enduit; il était donc naturel d’y avoir recours pour l’isolement et la conservation des fils télégraphiques. La disposition suivante est celle qui a été adoptée par l’administration pour la conduite souterraine qui réunit le ministère de l’intérieur aux Tuileries, ainsi qu’aux préfectures de police et de la Seine. Les fils métalliques sont nus et placés sur 2 étages. L’espacement de leurs axes est de 0m, 027 ; ils sont enveloppés par un poudingue de bitume. Pour que l’espacement des fils se maintienne bien régulièrement au moment où on coule le bitume, on se sert de diaphragmes en fonte à volets
mobiles. Ces diaphragmes sont espacés de 0m,25 ; ils permettent de remplir successivement entre les fils les intervalles pairs et impairs. Le prix du mètre pour une conduite de 10 fils, ainsi établie , est de 7f 90 sans la fouille. Le prix de revient est donc de 0f 79 par mètre et par fil.
Récemment, MM. Baudoin ont proposé un système un peu différent, qui simplifie beaucoup la préparation ainsi que la pose des fils, en sorte que le prix peut être réduit à 0f AO. Dans ce dernier système on commence par recouvrir à l’usine chacun des fils d’une couche mince de bitume , en l’étirant dans une chaudière dont les parois sont percées d’un trou suffisant pour son passage. Ce fil passe ensuite à travers une lanterne montée sur 2 axes creux et portant des lissoirs ainsi que des bobines en forme de poulies à gorges profondes. La première bobine est chargée de bandelettes de taffetas gommé ; la deuxième de ruban imprégné de bitume ; la troisième d’une bandelette imperméable, dont l’apprêt est sec, en sorte quelle ne s’attache pas aux doigts. Au moment où le fil sort de la chaudière, le lissoir régularise l’épaisseur de l’enduit de bitume. Sur cet enduit encore chaud, la première bobine enroule immédiatement une spire de taffetas gommé; la deuxième bobine dépose par dessus une seconde enveloppe de ruban bituminé qui se colle avec la première, à cause de la chaleur que conserve encore le fil. La troisième bobine recouvre enfin le tout par une bandelette à tissu imperméable et sec.
Quand les fils métalliques sont ainsi préparés, on les assemble par faisceaux et on les porte sur le lieu du travail. On les place entre 2 règles dans la tranchée et on coule par-dessus un mastic bitumineux.
M. H. Aubert (n° M57).
Lave fusible. — On désigne sous le nom de lave fusible un mastic bitumineux qui se prépare avec des bitumes artificiels convenablement épurés. Cette fabrication s’opère à Clichy , dans une usine qui est dirigée avec beaucoup d’intelligence par M. Jaloureau.
La compagnie de la Lave fusible exploite et traite aussi les minerais de bitume de Saint Aubin (Suisse) et de Ponldu- Château (Puy-de-Dôme) .
On a essayé depuis long-temps de se servir des goudrons de gaz pour faire des mastics bitumineux ; mais les premiers résultats obtenus laissaient tellement à désirer, que plusieurs administrations publiques proscrivirent complètement l’usage de ces goudrons dans les travaux en bitume. Dans ces dernières années, la compagnie de la Lave fusible a cherché à utiliser les goudrons de gaz, et elle est parvenue à leur donner certaines qualités qui les rapprochent des bitumes naturels. Les procédés qu’elle emploie sont l’évaporation et la distillation dans des appareils clos dont on élève la température à l’aide de la vapeur humide ou surchauffée. De même que ceux de la société du Val-de-Travers, ces procédés permettent de recueillir toutes les huiles essentielles qui ont un prix très-élevé, et qui étaient perdues dans les méthodes pratiquées antérieurement pour épurer les bitumes naturels ou artificiels. On améliore d’ailleurs les bitumes artificiels en y introduisant du caoutchouc ou de la gutta-percha en dissolution dans de l’huile bitumineuse.
Les principaux produits de la distillation et du traitement des matières bitumineuses, sont le sulfate d’ammoniaque , la benzine , la naphtaline , le noir de fumée ; ils sont tous recueillis et utilisés , et chaque jour ils trouvent de nouvelles applications dans les arts.
Pour former la lave fusible , le brai , convenablement épuré , est mélangé à 3 fois son poids de matière terreuse , notamment à de la craie de Meudon , qui est préalablement desséchée et complètement débarrassée de l’eau quelle renferme. Le mastic qu’on obtient ainsi, résiste bien à la chaleur de l’été et à la gelée de l’hiver. Il est imperméable à l’eau, inattaquable à l’air et aux agents chimiques; il ne présente donc plus les graves inconvénients qui ont été justement reprochés aux premiers bitumes artificiels essayés à Paris.
De même que les autres produits asphaltiques et bitumineux , la lave fusible est employée au dallage des trottoirs , des terrasses , des vestibules. Gomme elle ne se laisse pas pénétrer par l’humidité, elle sert aussi aux travaux d’assainissement, notamment pour les caves et les lieux humides. Elle s’emploie surtout avec avantage à la construction des réservoirs, des citernes, des bassins destinés à recevoir de l’eau ou des acides. On en a fait l’application sur une grande échelle au bois de Boulogne, car le fond des lacs a été enduit avec de la lave fusible.
Les prix du mètre carré sont indiqués par le tableau suivant :
Crépis bruts pour assainir les murs de cave ou de
rez-de-chaussée, . 3 fr.
Trottoirs, terrasses, aires de magasin, fonds de
bassins de 15 millimètres d’épaisseur . h
Enduit dressé sur murs, de 1 centimètre d’épaisseur, à deux couches, avec surface inclinée
ou verticale, pour bassins et citernes . 6
Chaussées de portes cochères quadrillées , de 50 millimètres d’épaisseur. . 9
On fait aussi avec la lave fusible des mosaïques dont le prix varie de 10 à 50 francs le mètre carré. Les couleurs s’obtiennent par un mélange en différentes proportions du brai avec les huiles bitumineuses fixes , saturées de guttapercha et de caoutchouc. Elles s’obtiennent également par des oxydes métalliques et par des doubles décompositions de sels.
L’usage de la lave fusible est très-répandu dans Paris et surtout dans plusieurs communes de la banlieue. Elle a été employée au revêtement des canaux en Hollande. Elle a servi à faire les citernes contenant les eaux minérales de Yichy , à la source de la grande grille. Bien que l’eau soit à une température de 42 degrés et que la lave fusible ait en outre à supporter la pression des eaux souterraines, les
citernes sont restées complètement imperméables , comme le constate un certificat de M. l’ingénieur François.
De grands travaux en lave fusible ont été exécutés dans les gares de nos principaux chemins de fer, à l’hôtel des Invalides et dans le Palais même de l’Industrie; l’expérience montre que c’est un produit utile , qui contribue à l’assainissement des habitations humides et qui peut être employé avec avantage pour les bassins , les trottoirs , ainsi que les dallages en mosaïques.
M. A. Ledru (n° 430A).
M. Ledru, architecte à Clermont-Ferrand, exploite cinq gisements de bitume qui se trouvent aux Roys , au Puy-dela-B ouvrière, à Chamaillère , Lusset et Malintrat. Aux Roys et à la Bourrière , la roche bitumineuse est un calcaire ; dans les autres gisements, c’est un sable ou un grès quartzeux très-mou , qui est cimenté par du bitume.
Le bitume de l’Auvergne a depuis longtemps été employé pour les dallages exécutés à chaud , et il donne de bons résultats. Le mastic qui sert à faire ces dallages, s’obtient d’ailleurs en mélangeant du bitume pur avec les roches bitumineuses pulvérisées ; le prix du mètre superficiel dallé avec ce mastic est de 3f,50 à Clermont.
En 1851 , M. Ledru a essayé d’exécuter à froid des chaussées empierrées bitumineuses. D’après les prescriptions de MM. Darcv et de Goulaine, la roche bitumineuse a été agglomérée, puis recouverte par une couche imperméable, destinée àla protéger contre l’humidité. La première couche étaitcomposée de fragments de calcaire bitumineux ayant 3 centimètres, dont les joints ont été garnis de grès bitumineux. Ces fragments ont été pilonnés et arrosés de 1 pour 100 d’huile siccative. La dernière couche, au lieu d’être formée de mastic , consistait en petits fragments de grès bitumineux , ayant 1 centimètre de côté , qui ont été arrosés de 2 pour 100 d’huile non siccative , puis soudés ensemble par le pilonnage. Des procès-verbaux de MM. les ingénieurs des ponts et chausées Yimal-Dupuy, Monestier, Welter,
Pognon , constatent que les essais ont bien réussi et que cette chaussée empierrée bitumineuse résiste bien aux froids de P hiver ainsi qu’aux chaleurs de l’été.
L’exposition de M. Ledru nous montrait en outre des pavés portatifs destinés à l’exécution des chaussées bitumineuses. Ges pavés ont 50 centimètres de côté ; iis sont fabriqués dans des moules dans lesquels on met du grès bitumineux, qui est amené par une chaleur douce à l’état de pâte très-malléable et soumis ensuite à une forte pression. Pour faire une chaussée bitumineuse, on rejointoie ces pavés en remplissant leurs interstices avec du grès fondu , ou bien en enduisant leurs faces de joint avec de l’huile chargée de bitume1. Le prix des pavés mis en place serait de 4f,50 le mètre superficiel.
M. Ledru a donné une impulsion nouvelle à l’exploitation des mines de bitume de l’Auvergne. Il a employé ce bitume non-seulement pour dallages , mais encore pour les chaussées empierrées, ce qui n’avait pas encore été essayé avec les roches bitumineuses de l’Auvergne. Les efforts de M. Ledru méritent donc d’être encouragés, et le Jury lui a décerné une médaille de 2e classe.
M. L.-F. Ledoux (n° A 3 08).
Minerai de Bastennes . — M. Ledoux exploite la mine de bitume de Bastennes, dans les Landes. Ses ouvriers sont employés à la mine et à l’usine; leur nombre varie de 50 à 200, selon l’importance de la fabrication. La production annuelle du bitume s’est élevée jusqu’à 12,000 quintaux métriques. Le prix du quintal est de AO fr. , rendu à Paris ; il était de 55 fr. en 18392; il a donc diminué de 15 fr., par suite de l’établissement du chemin de fer de Paris à Bordeaux.
Le minerai de bitume de Bastennes est une mollasse
1 Observations sur un spécimen de chaussée bitumineuse, par M. Auber , agentvoyer en chef du département du Puy-de-Dôme.
* Rapport du Jury central sur les produits de l’industrie française en 1839, t. î , p. 523.
sableuse et argileuse, qui renferme souvent des fossiles. On y observe aussi de petits cristaux de gypse, de sulfate de fer et d’alun , qu’on peut en séparer facilement par un lavage à l’eau bouillante. La distillation sèche d’un échantillon de ce minerai a donné à M. Armand :
Pétrole . 1,31
Eau . 2,11
Bitume . 7,89
Gangue formant le résidu fixe. 88,16
Le bitume de Bastennes est d’excellente qualité, et il serait à désirer qu’on trouvât d’autres gisements que ceux explorés jusqu’à présent, qui sont en partie épuisés. M. Ledoux qui exploite ce bitume, a obtenu des médailles de bronze aux expositions de 1839 et de 18/j/L
M. J.-A. Le Bel (n° 219).
M. Le Bel exploite les mines de bitume de Pechelbronn , dans le Bas-Bhin. Il occupe 50 ouvriers dans les mines ; 8 chevaux sont en outre employés à l’extraction de l’eau et du minerai. Il traite le minerai de bitume dans des chaudières en fonte pour obtenir le bitume fluide et raffiné. Il recueille l’huile de naphte en distillant le bitume dans un alambic. Sa fabrication annuelle représente une valeur de 60,000 francs.
M. Le Bel a obtenu une mention honorable à l’Exposition de 1823 et une médaille à l’Exposition de 1827.
M. L. Machabée (n° 10150).
Mastic Machabée. — M. Machabée présentait un mastic bitumineux imperméable , dont la composition en poids et le prix de revient sont donnés par le tableau suivant :
Matières formant le mastic.
Prix
du
quintal de chaque matière.
Composition
du
mastic.
Prix
de
revient du quintal de mastic.
Poix grasse de Bordeaux .
Gallipot .
Bitume de Bastennes .
Cire vierge .
Suif de Russie .
Chaux hydraulique fusée à Pair .
Ciment romain .
Ce mastic est destiné à préserver toute espèce d’objets des effets de 1* humidité, et par conséquent ses applications sont très-nombreuses. On pourrait , par exemple , l’employer aux usages qui suivent :
1° Application sur les plâtres, sur les murs anciens et nouveaux , sur toutes les parties humides ;
2° Conservation des traverses de chemins de fer, des divers ouvrages en charpente, de la menuiserie, et en général de tous les bois exposés à l’ humidité;
3° Conservation des bois destinés à séjourner dans la mer, et protection contre les perforations du taret ;
lx° Préservation de la rouille pour le fer, la fonte, la tôle, notamment pour la tôle des réservoirs ;
5° Substitution au plomb pour sceller les grilles , les anneaux , les tuyaux en fonte , et en général pour tous les cas où le plomb est employé à faire des joints.
Le prix de vente de ce mastic est de 120 fr. le quintal. Appliqué sur des murs unis, il coûte 2 fr. le mètre carré ; sur des murs à surfaces courbes ou à moulures , son prix est de 2 fr. 50.
La quantité de mastic nécessaire pour enduire h mètres carrés de maçonnerie, est de 1 kilogramme. Pour 1 mètre de bois, il faut environ 0k,6 ; pour la fonte, le fer, il suffit de 0\5. Les prix proposés pour les conduites d’eau et de gaz
seraient inférieurs à ceux qui ont été acceptés dans ces derniers temps par la ville de Paris.
Des expériences en grand ont été faites sur le mastic Machabée par plusieurs ingénieurs et architectes. Citons notamment les ingénieurs de la ville de Paris, MM. Dupuit et Homberg, qui l’ont employé avec avantage à Chaillot, pour assembler et pour préserver de l’oxydation les tuyaux en fonte servant à la conduite des eaux.
Au port de Toulon, une commission formée de M. le capitaine de vaisseau Gerieu, de MM. les ingénieurs Montely et Janvier, a fait des expériences sur des murs, sur des bois , sur des fers immergés dans le port , ainsi que sur la carène et l’hélice de la corvette à vapeur le Caton. Après huit mois de navigation, cette corvette avait complètement conservé son enduit; dans le port, les bois avaient été préservés des tarets, les fers n’avaient pas été oxydés. La commission maritime a conclu de ces expériences , que le mastic Machabée pouvait être utilement employé dans la marine.
D’autres expériences satisfaisantes ont encore été faites sur une grande échelle par M. Visconti et par M. l’ingénieur en chef de Montricher.
Les échantillons de bois, de fer, de fonte, enduits de mastic qui ont été présentés à l’Exposition, avaient été enfouis ou immergés pendant plusieurs années et ils avaient d’ailleurs bien résisté à Faction de l’humidité.
La sanction d’une longue expérience est toujours nécessaire aux innovations les plus utiles dans Fart des constructions ; nous ne devons donc pas nous étonner que le mastic Machabée, dont l’invention remonte à 12 ans, n’ait été employé que dans un petit nombre de travaux. Après plus de 15 années d’expérience, nous voyons en effet les procédés si ingénieux proposés par M. Boucherie pour la conservation des bois , commencer seulement à se répandre dans l’industrie. Toutefois il est probable que ce composé bitumineux et ceux desquels nous allons encore parler
maintenant, pourront rendre de bons services dans tous les genres de constructions.
MM. Charton et Hund (n° h 267) .
Bitume de Judée. — MM. Charton et Hund fabriquent un bitume qui est connu dans le commerce sous le nom de bitume de Judée. Ce bitume est liquide ; il s’applique en enduits avec le pinceau; il ne répand pas d’odeur; il sèche très-rapidement. Il ne se laisse pas attaquer par le salpêtre, comme cela a lieu quelquefois pour les goudrons de gaz qu’on emploie contre l’humidité.
Voici quelle est sa composition et son prix de revient pour 1 quintal :
Matières formant le bitume.
Prix
du
quintal de chaque matière.
Composition
du
bitume.
Trix
de
revient du quintal de bitume.
Bitume dit de Judée . .
Bitume de Bastennes .
Asphalte de Seyssel .
Cire vierge .
Coke réduit en poudre impalpable .
Le prix de 73f,6/j représente seulement celui des matières premières : comme les frais généraux et de fabrication s’éèventen outre à 7 fr., le prix de revient réel est de 80f,64.
Le prix de vente est d’ailleurs de . 100 fr.
Le bitume de Judée diffère du mastic Machabée en ce qu’on n’y introduit pas de matière grasse ou résineuse. Il ne renferme pas non plus de ciment ni de chaux caustique. Les matières destinées à le rendre moins fluide sont le, coke et le carbonate de chaux de l’asphalte.
Ce bitume peut être employé à peu près aux mêmes usages que le mastic Machabée ; il adhère sur les murs, le plâtre, le bois, les métaux, et même sur le verre. Il permet de combattre les effets de l’humidité et d’assainir les habita-
tions. Il# sert notamment à recouvrir les plâtres , les murs et toutes les parois humides; à conserver le tain des glaces; à préserver les bois de la décomposition sèche ou humide, ainsi que de l’action destructive des termites et des tarets.
Il faut 2 kilogrammes de bitume de Judée pour enduire 1 mètre carré de constructions; il reste à ajouter à ce prix celui de la main-d’œuvre, qui est à peu près de 2f,50. Les certificats de plusieurs architectes de Blois donnent des renseignements très - favorables sur le bitume de Judée , et ils attestent notamment qu’il peut être employé avec beaucoup de succès pour combattre l’humidité dans les constructions.
Mme A. Audoin (n° 3975).
Glu marine. — Mmo Audoin a exposé plusieurs variétés du composé bitumineux qu’on désigne sous le nom de glu marine. La glu marine liquide est formée d’huile de goudron , de brai et d’oxyde de zinc. Lorsqu’elle est noire, son prix est de 50 centimes le kilogramme, et elle sert surtout à enduire les murs : lorsqu’elle est blonde , son prix est de 10f,70 ; elle est ordinairement réservée pour les bois, auxquels elle conserve leur couleur. Il faut environ 1 kilog. de ce produit pour recouvrir de deux couches un mètre superficiel.
Une autre variété de glu marine sert à coller à froid ; elle est composée d’huile de goudron, de gomme laque et de caoutchouc.
Les usages de la glu marine sont à peu près ceux des enduits bitumineux desquels nous venons de parler en dernier lieu. Gomme eux , elle sert à garantir de l’humidité les murs construits en plâtre ou en pierre ; elle peut même être immédiatement appliquée sur le plâtre encore humide, et recevoir ensuite une peinture ou un papier sans qu’il y ait altération dans les couleurs.
Elle s’applique très-bien sur le fer ou sur le bois , et elle
les préserve de la destruction, soit dans l’air, soit dans l’eau. Le service de l’Inspection des carrières sous Paris, emploie pour tous les travaux souterrains, des bois qui sont imprégnés de glu marine ; ils se conservent beaucoup mieux que les bois ordinaires , qui sont impropres à tout usage au bout de quelques années. La glu marine peut donc servir à préserver les bois de la carie qui les détruit si rapidement dans les carrières, dans les mines et dans les travaux souterrains.
La glu marine est encore employée avantageusement pour imprégner les câbles de mines et les courroies de chanvre qui servent à transmettre le mouvement dans les machines. Dans ces derniers temps , elle a servi à enduire du calicot , qui est ensuite saupoudré de sable et monté sur des châssis en bois : ces châssis s’assemblent de manière à former de petites constructions qui sont imperméables, très-légères, très-mobiles et très-économiques. Les constructions en calicot enduit de glu marine sont employées pour des bergeries , et dans les pays pauvres ou privés de matériaux de construction , elles rendront de grands services à l’agriculture. Elles pourraient aussi servir de baraquements pour l’armée.
On a proposé récemment de préserver les arbres des ravages que leur causent les rongeurs , en répandant avec un pinceau des gouttes de glu marine sur le tronc et sur les branches de ces arbres.
La glu marine a déjà subi avec succès l’épreuve de divers travaux importants; on s’en est servi notamment pour les ponts et les portes d’écluses du canal de Briare , pour le pont de Savoyeux, pour l’estacade de l’île Louviers. Plus récemment, elle a été employée pour combattre l’humidité dans le grand hôtel de la rue de Rivoli.
Enfin en 18â5, une commission présidée par M. Briet, capitaine de vaisseau, a fait dans le port de Toulon des expériences sur la glu marine ; son rapport constate que , pour un grand nombre d’usages, la glu marine est préférable au
goudron et au minium, et qu elle pourrait être utilement employée dans les constructions navales.
MM. Dufour et Cie (n° 4277). — M. Dufour fabrique, à Pont-Fouchard, près Saumur, des carrelages avec incrustations d’asphalte formant mosaïque.
L’asphalte qu’il emploie provient de Pyrimont-Seyssel et de Bastennes. Les carrelages sont faits, soit avec de la pierre de Tonnerre , soit avec des terres cuites sur lesquelles on incruste les dessins avant la cuisson et à l’aide d’un emportepièce.