ÉTATS-UNIS. — CALIFORNIE
La Californie , si célèbre par ses mines d’or, compte aussi le bitume parmi ses richesses minérales.
M. F. Boudrye (n° 101). — M. Boudrye avait exposé du bitume , ainsi que des grès bitumineux et des lignites de San-José, en Californie.
Bitume de Californie. — Nous avons fait l’essai d’un bitume fourni par le commerce , qui provenait de Californie, îl a une cassure conchoïde un peu terne. Son odeur est celle des bitumes de bonne qualité. Sa densité est de 1,682 ; elle est élevée, parce qu’il est encore mélangé d’une certaine proportion de gangue. Son point de fusion est à 95 degrés.
Quand on le traite par la benzine , il se dissout entièrement, avec facilité , et laisse pour résidu un sable quartzeux qui est mélangé de calcaire et d’un peu d’argile : on y distingue en outre des grains de feldspath et de petites paillettes de mica blanc.
Composition :
Bitume. . . . 36
Calcaire et gangue soluble dans l’acide chlorhydrique. 28 Sable quartzeux légèrement argileux . 36
On voit que ce bitume est déjà très-riche.
Lorsqu’on fait évaporer la benzine qui tient en dissolution le bitume de Californie , on obtient pour résidu un bitume pur, noir, brillant, très-ductile, qui s’étire en longs fils à la température ordinaire , et dont le point de fusion
est vers 85 degrés. Ce bitume serait très-propre à la fabrication des mastics bitumineux.
M. Hodgson (n° 71).
Pierre artificielle, — M. Hodgson avait envoyé des moulures , des bas-reliefs et divers ornements en pierre artificielle qu’il fabrique à Brooklyn (New-York) . Quelques essais ayant pour but de déterminer la nature de cette pierre artificielle , ont montré qu’elle est presque entièrement formée par un sable quartzeux , agrégé par un ciment. Ce ciment répand une odeur agréable; il a une couleur brune ou brun rougeâtre; il est inattaquable par les acides, mais il se dissout dans l’alcool , qui donne un précipité blanc trèsabondant lorsqu’on l’étend d’eau, et qui, évaporé à sec, laisse pour résidu de la résine. Une légère élévation de température suffit pour désagréger cette pierre artificielle , et , par calcination au rouge, elle perd seulement 10 pour 100 de son poids. La résine qui entre dans sa composition brûle d’ailleurs quand on élève convenablement la température.
La pierre artificielle de Brooklyn est donc formée de sable quartzeux et de résine mélangée sans doute avec un savon ou une matière grasse. Elle se moule à chaud et elle ne diffère du ciment de fontainier qu’en ce que le sable quartzeux remplace la brique pilée. Elle a très-peu de cohésion , et il est facile de l’égrener avec les doigts ; elle ne pourrait guère convenir que pour la décoration intérieure.
L’Exposition présentait encore d’autres matières bitumineuses dont l’examen eût offert de l’intérêt; nous citerons notamment du goudron provenant de Constantine en Algérie (n° 650) , du pétrole de Saint-Quirin près de Tergernsée en Bavière (n° 1), plusieurs pétroles ou bitumes de l’Inde et de de l’Empire Ottoman. Mais comme il ne nous a pas été possible d’obtenir des échantillons permettant d’analyser ces produits , nous devons nous borner à les indiquer.
Nous terminerons ce rapport en signalant une application nouvelle des matières bitumineuses, car bien qu’elle ne fut pas représentée à l’Exposition, elle est relative à l’importante question des matériaux inaltérables à la mer .
Nous avons vu qu’on a cherché à obtenir des matériaux de construction inaltérables à la mer, par des procédés nouvea uxqui étaient très-différents.
1° Dans le premier procédé, on remplace par de la magnésie la chaux, qui forme le mortier ordinaire (p. 305 à 307, 316).
2° Dans le deuxième, on fabrique par voie sèche des blocs qui ont pour ciment un silicate fondu (p. 344).
3° Dans le troisième, duquel il nous reste à dire quelques mots, on fabrique des blocs qui ont pour ciment le coaltar.
Ce dernier procédé a été proposé par M. Bertren.
Béton de coaltar. — Le béton de coaltar s’obtient en agglutinant à chaud des pierrailles et du sable au moyen des résidus du goudron de houille. Sa densité peut s’abaisser jusqu’à 1,8; elle est alors un peu faible; mais il est possible de remédier à cet inconvénient, et en choisissant convenablement les matériaux mélangés, on arrive même à une densité qui n’est pas de beaucoup inférieure à celle des bétons de mortier.
Des essais viennent d’être faits en grand dans le port d’Oran en Algérie, avec le coaltar provenant des usines à gaz de Marseille, et ils ont donné des résultats satisfaisants. Au bout de cinq mois, des blocs lancés à la mer se recouvraient de dépôts marins, comme cela a lieu pour les meilleurs blocs de béton ordinaire.
Le prix de revient de ces blocs n’atteint d’ailleurs pas 25 fr. par mètre cube : or, dans le port d’Alger, le prix de revient du béton ordinaire est 17 fr. 50 c. et il s’ élève même jusqu’ à 26 fr. ; par conséquent , la fabrication du béton de coaltar
est , non-seulement possible , mais même économique (1) .
Voici donc trois procédés nouveaux pour fabriquer des matériaux inaltérables à la mer : ces procédés réclament tous trois la sanction d’expériences faites sur une grande échelle, et par ce motif il nous a paru qu’il était utile d’appeler d’une manière spéciale l’attention sur chacun d’eux.
Les briques, les ©Mîtes, les bois et les
métaux complètent la série des matériaux de construction ; mais d’autres membres du Jury International s’étant chargés de leur examen , nous ne pousserons pas plus loin l’étude des matériaux de construction envoyés à l’Exposition universelle de 1855.
(I) Nouvelles Annales de la construction, par M, Oppermann , ingénieur des Ponts et Chaussées. — Mai 1855, p. 3.