‹ Matériaux de construction de l'exposition universelle de 1855Chapitre 6 sur 53 · RÉPUBLIQUE DE GUATEMALA · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE DE GUATEMALA

La Société économique de Guatemala (n° 3). — La république de Guatemala possède des mines d ’ émeraudes qui ont été exploitées par les Indiens dès les temps les plus reculés.

La roche à émeraudes qu’ils recherchaient, est un quartz blanc , quelquefois associé au feldspath et plus ou moins pénétré par de l’émeraude qui lui donne une très-belle couleur verte. Cette roche forme des fdons dans un micaschiste qui ressemble tellement au micaschiste contenant les émeraudes qui était à l’Exposition égyptienne, qu’il eût été impossible de l’en distinguer.

La Société économique de Guatemala avait envoyé plusieurs objets taillés et polis qui étaient en quartz pénétré

d’émeraude. Leur examen offrait le plus grand intérêt pour le minéralogiste , aussi bien que pour l’archéologue. Ces objets étaient des animaux, des amulettes, des plaques perforées et sculptées. Les sculptures qui s’y trouvaient représentées étaient assez grossières, et elles révélaient assurément l’enfance de l’art ; mais le travail même et le poli d’une matière si dure étaient tellement remarquables qu’ils eussent fait honneur au meilleur lapidaire de l’Italie. Il y avait en effet des plaques percées et découpées à jour, ainsi que des anneaux ayant une épaisseur de huit centimètres, dont l’exécution est un véritable problème, si on songe aux moyens très-bornés qui sont à la disposition des sauvages. 11 est possible que la taille et la perforation aient été exécutées avec l’émeraude elle-même , car sa dureté est supérieure à celle du quartz. L’émeraude a pu servir aussi à donner le poli. Quoi qu’il en soit , un temps très-considérable a nécessairement dû être consacré au travail de ces objets, qui sont un chef-d’œuvre de l’art chez les sauvages.

Il n’existe pas de limite tranchée entre les roches feldspathiques polies et les roches feldspathiques non polies. Cependant, tandis que les premières s’emploient dans la décoration, les deuxièmes s’emploient seulement dans l’architecture. De plus , tandis que le polissage du granité demande des usines assez perfectionnées , sa taille se fait au contraire dans le chantier ou sur la carrière , et elle constitue une industrie très-simple.

Nous allons passer en revue les exposants qui avaient envoyé des roches feldspathiques non polies.

FRANCE

M. Lepelletjer (n° Zi398) . — M. Lepelletier exploite les granités de l’ouest de la France sur la plus grande échelle. Ce sont les granités gris , fortement micacés et à grain fin ,

de Vire , de Saint-Brieuc et de Sainte-Honorine , le granité blanc, à petit grain, du bois du Gast, près Saint-Sever, le granité porphyroïde , amphibolique et à gros grain, de Flaman ville.

Le nombre des ouvriers employés à l’exploitation, sur les côtes, s’élève à 1,200 ; à Paris, une vingtaine seulement travaillent dans les ateliers. Le salaire dépasse 5 francs à Paris , mais sur les côtes il varie de 2 à Zi francs. Le granité s’exploite avec des coins et se taille avec des pics , des pointerolles, des marteaux. Le mètre cube de granité, destiné à des monuments, revient, rendu à Paris, de 160 à 200 francs. Les pierres prêtes à être posées et taillées sur les parements extérieurs, pour soubassements ou pour trottoirs, pourraient être livrées au prix de IhO à 160 francs le mètre cube. Actuellement, les frais de transport sont de 25 francs par tonne, mais on espère que ce prix se réduira par l’emploi du réseau des chemins de fer normands.

La valeur des produits fabriqués annuellement s’élève à 550,000 francs.

Tous les granités des côtes de Normandie et de Bretagne qui viennent d’être énumérés, sont homogènes et bien compactes. Lorsque leur grain est fin, ils se taillent avec plus de facilité que la plupart des granités. Ils se laissent débiter en larges dalles, qui sont employées pour les trottoirs de Paris. Ils servent aussi pour soubassements , marches d’escaliers, vestibules, et alors ils remplacent avantageusement la pierre calcaire qui se détruit et s’use beaucoup plus rapidement. Ils peuvent être obtenus en blocs de toutes dimensions ; l’on en trouve même permettraient de faire des obélisques plus grands que celui de la place de la Concorde.

Ces granités sont très-propres à la confection des meules ; ils servent beaucoup à cet usage à Paris, et c’est même en partie sur les côtes de France que sont fabriquées celles qu’on emploie en Hollande, dans le nord de l’Allemagne , dans la Baltique et en Russie. Chaque année , M. Lepelietier fabrique environ 180 meules.

Dans le nord-ouest de la France , les granités sont employés à la construction des grands travaux publics , tels que les jetées, les ports de mer, les bassins à flot, les phares , les ponts , les écluses, et même les églises. Ainsi , par exemple, on construit en granité à Coutances, à Saint- Malo , à Granville , à A vranches , et quelquefois même à Caen. La fameuse abbaye du mont Saint-Michel , qui est célèbre par son architecture hardie et délicate, est entièrement construite en granité de Normandie.

Dans la nef de l’Exposition universelle , on pouvait remarquer une belle fontaine monumentale en granité. Le granité avec lequel elle a été exécutée , est gris bleuâtre et riche en mica brun noirâtre ; il provient des côtes du département de la Manche. La vasque supérieure est d’une seule pièce, et son diamètre est de 3m,12; un pied sculpté de lm,90 de hauteur la supporte. Cette fontaine, qui sort des ateliers de Paris , a été exécutée sans le secours du tour, et uniquement avec le marteau, le poinçon et le ciseau. Elle était cotée au prix de 10,000 francs.

M. Legorgeu (n° 4397) . — M. Legorgeu a exposé une belle pyramide en granité , devant servir de mausolée à M. Deslongrais, ancien membre de nos assemblées et maire de Vire.

Le granité de Vire est gris , à grain fin , riche en mica ; il se taille facilement , et certaines variétés sont même trèstendres. Il est bien connu par son emploi pour les trottoirs de Paris. Dans les ateliers de M. Legorgeu, ce granité est travaillé au ciseau , au poinçon , au marteau et à la boucharde. Le prix de revient d’un mètre cube, transporté de la carrière à Vire, est de 70 francs. La taille des parties planes coûte 25 francs le mètre carré ; celle des moulures coûte , suivant leur complication , de 20 à 30 francs le mètre courant. Le granité de Vire , a été employé au xne siècle à la décoration de Notre-Dame de Vire et il s’est conservé sans aucune altération.

M. Lebel (n° 7861). — M. Lebel a exposé un mausolée exécuté avec le granité de Saint-Sever, dans le Calvados. Il

exploite et travaille le granité pour les constructions. Il occupe une trentaine d’ouvriers, qui reçoivent de 1 fr. 50 cent, à 2 fr. 50 cent, par jour.

Le Département du Calvados (n° A27A). — Le département du Calvados avait envoyé une collection de ses granités provenant des carrières du Gast, du Hérisson et des environs de Vire; ces granités sont employés dans les constructions, et nous avons vu qu’ils servent aussi pour les trottoirs de Paris.

Il y avait en outre de la pegmatüe grenue, à deux micas, des carrières d’Autremont et de Bellière , dans l’arrondissement de Vire; cette pegmatite est employée pour l’einpierrement des chaussées.

M. Lévêque (n° 431A). — M. Lévêque a présenté un échantillon du granité amphibolique de la carrière des Lues (Vendée). Ce granité est celui qui forme le piédestal de la statue de l’Empereur Napoléon, à Napoléon-Vendée.

M. Béraud (n° Zj255). — M. Béraud, marbrier au Puy, avait envoyé diverses roches feldspathiques qui servent de pierre à bâtir dans la Haute-Loire :

Poids

spécifique.

Prix.

fr.

Granité de Jagonnas .

Trachyte de la Pradelte .

Trachyte de Monatte .

Brèche volcanique de Denise .

Ces prix , qui sont très-bas , sont ceux du mètre cube pris à la carrière.

Une variété de la brèche de Denize , qui est réfractaire et très-légère , puisque son poids spécifique est seulement de 1,60, se paye au prix de l/i francs. Elle s’emploie spécialement pour construire les fours de boulanger.

La grande rareté des roches calcaires , dans le département de la Haute-Loire , oblige à se servir des roches gra ~ nitiques et volcaniques dans les constructions.

ROCHES FELDSPATHïQUES.

MM. Poilleu, Hernot (n° 7857). — Le kersanton de la rade de Brest, qui a été exploité autrefois sur une grande échelle, et qui a servi à construire un grand nombre d’églises gothiques dans la Bretagne, était seulement représenté à l’Exposition par quelques sculptures. Il y avait un Christ en kersanton de M. Poilleu, et un bénitier de M. Hernot. Cette roche se laisse tailler avec facilité ; elle conserve ses arêtes parfaitement vives, même après plusieurs siècles d’exposition à l’air ; elle prend seulement une couleur gris de fonte. Son prix de revient est peu élevé, puisqu’ à Brest le mètre cube rendu sur le chantier coûte moins de 25 francs.

Le kersanton est rare , et de même que toutes les roches très-micacées , il prend assez mal le poli ; mais la facilité de sa taille et sa durée séculaire doivent le faire ranger parmi les matériaux de construction les plus remarquables que fournissent les roches feldsphatiques.

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