‹ Matériaux de construction de l'exposition universelle de 1855Chapitre 5 sur 53 · I. — MATÉRIAUX NATURELS · texte numérisé non relu

I. — MATÉRIAUX NATURELS

Nous commencerons ce rapport par les matériaux naturels de construction.

Avec M. V. Régnault nous distinguerons dans les matériaux naturels : A. les roeiaes silicatées ; B. les r©~

elaes quartzeuses; C. les roeiaes calcaires*

L — ROCHES SILICATÉES.

S>s roeiaes sfiieatées sont extrêmement nombreuses; mais en les envisageant au point de vue du classement des matériaux de construction envoyés à l’Exposition , il suffira d’établir les subdivisions suivantes : a. les roches feMspa-

thiques ; h. les ardoises; C. les serpentines.

Examinons d’abord les roches feldspathiques, auxquelles nous réunirons diverses roches silicatées , qui servent surtout dans la décoration.

a. — ROCHES FELDSPATHIQUES.

Les principales roches feldspathiques envoyées à l’Exposition universelle et employées comme matériaux dans les constructions, étaient des granités. Cependant il y avait aussi des trachytes, des laves., des porphyres, du kersanton et quelques autres roches.

Les granités sont d’un usage assez fréquent dans la construction des maisons et des édifices. Les porphyres , au contraire , qui sont extrêmement compactes et qui prennent très-bien le poli, s’emploient surtout dans la décoration, ou bien encore, comme le porphyre de Quenast, ils servent au pavage et à l’entretien des routes.

Les granités sont plus durs, plus résistants et beaucoup plus difficiles à travailler que les calcaires et que les grès ; mais ils ont sur eux l’avantage d’une très-grande durée. On ne les emploie généralement qu’à défaut d’autres matériaux plus tendres ; cependant, dans quelques pays très-bien dotés sous ce rapport, on les recherche pour certaines parties des édifices ou pour de grands travaux publics. Ainsi à Caen, par exemple, où l’on possède une excellente pierre calcaire, le granité sert souvent pour les soubassements ; plusieurs édifices importants y sont même entièrement construits en granité. -

La difficulté avec laquelle le granité se taille donne lieu à une augmentation dans le prix de revient de la pierre à bâtir; mais cette augmentation peut être compensée par la durée et par l’inaltérabilité du granité.

La nature géologique du sol de certaines contrées oblige d’ailleurs quelquefois à y construire en granité : en France, on peut citer, comme exemple, le Limousin ainsi que certaines parties de la Normandie, de la Bretagne et des Vosges. En Ecosse et au Canada, l’emploi du granité dans les constructions est également assez répandu. L’exposition de ce dernier pays nous montrait, par exemple, les échantillons du

granité employé à Stanstead, à Barnston et à Nicolett, dans le bas Canada, ainsi que le gneiss de Québec.

— Si le granité est généralement évité pour les constructions ordinaires , il est au contraire recherché pour les monuments destinés à passer à une postérité reculée.

Il a, en effet, l’avantage de bien résister à l’usure et aux intempéries. La décomposition de certains granités, qui est fréquente dans la nature et qui donne le kaolin, n’a lieu qu’au bout d’un temps extrêmement long. Aussi est-il bien rare que des monuments construits en granité aient été altérés par sa décomposition : c’est toutefois ce qui se présente exceptionnellement pour le Rappakm ou le granité globuleux de la Finlande, qui a été employé dans quelques monuments de Saint-Pétersbourg.

Le granité a encore l’avantage de bien prendre le poli, et par conséquent il convient parfaitement à la décoration des monuments. Enfin, il n’a par lui-même aucune valeur, et sa taille est très-difficile : deux circonstances qui tendent à préserver les monuments en granité de toute atteinte de la main des hommes.

Ces motifs ont sans doute déterminé les Égyptiens dans le choix qu’ils ont fait du granité, qu’ils ont surtout employé pour leurs principaux monuments. Ils allaient, en effet, le chercher à une grande distance, jusqu’au delà des cataractes, tandis qu’ autour de leurs cités se trouvaient du calcaire nummulitique et des grès facilement exploitables.

Les monuments en granité des anciens Égyptiens , leurs obélisques, leurs sphinx et leurs temples sont si nombreux, si remarquables et si gigantesques, que l’imagination en reste véritablement confondue. Aucune nation après eux n’a élevé des monuments semblables , et , sous ce rapport , ils tiendront dans l’histoire un rang tout à fait à part.

Les Romains cependant, qui avaient le sentiment des choses grandes et durables, ont aussi laissé beaucoup d’objets en granité et en porphyre , dont les débris décorent maintenant nos musées.

Lors des invasions des barbares, ce goût disparut avec la civilisation tout entière, et c’est en Italie qu’il devait encore commencer à renaître. Dès l’année 1379, un maître florentin, Benedetto Peruzzi, s’était rendu célèbre par la taille des pierres dures, et, en 1472, Francesco Ferrucci, surnommé le Tadda , retrouva à Florence le moyen de travailler et de sculpter le porphyre.

Dans l’année 1588, Ferdinand, grand-duc de Toscane, créa une manufacture royale spécialement destinée au travail des pierres dures , et depuis cette époque , cet art a atteint un très-grand degré de perfection. Cette manufacture de Florence, qui existe encore de nos jours, était représentée à l’Exposition universelle par de remarquables travaux en mosaïque et en porphyre.

C’est donc à Florence que les pierres dures et les roches feldspathiques ont été travaillées pour la décoration des monuments, avant qu’aucune tentative de ce genre eût été faite dans d’autres parties de l’Europe.

Depuis une époque récente , les roches granitiques et les porphyres sont également travaillés en Suède , à l’usine royale d’Elfdalen. Enfin, on peut encore citer parmi les usines remarquables sous ce rapport celle de M. Mac-Donald , en Écosse , et celle de M. Hermann , à Paris.

Si l’on compare toutefois l’état dans lequel cette industrie se trouve de nos jours , avec ce quelle était , non-seulement sous les Égyptiens, mais même sous les Romains, il faut reconnaître quelle est incomparablement moins répandue et moins développée. Le musée du Louvre seul renferme plus d’antiquités en granité et en porphyre qu’il n’en a été produit depuis la Renaissance dans l’Europe entière.

— Donnons maintenant quelques détails sur les exposants dont les produits appartiennent aux roches feldspathiques.

Ainsi que nous venons de le voir, le polissage des roches feldspathiques présente de très-grandes difficultés , et il constitue une industrie toute spéciale, celle des pierres

ROCHES FELDSP ATHIQUES .

dures; il convient donc de séparer les roches feldspath ique s

poîâes des roches feldspathîques non polies.

Nous nous occuperons d’abord des roches feldspathîques polies , et nous commencerons par faire connaître la Manufacture royale de S. A. R. le grand-duc de Toscane.

BOCHES FELDSPATHÎQUES POLIES.

TOSCANE

La Manufacture royale de mosaïques de Florence (n° 155). — La Manufacture royale de Florence vient se placer à la tête des usines dans lesquelles on travaille les pierres dures.

Les produits de cette Manufacture sont surtout des mosaïques dont l’examen spécial appartenait au jury de la XXIVe Classe ; mais ces mosaïques atteignent cependant des dimensions si grandes, qu’ elles jouent un rôle dans les constructions, et à ce titre, la XIVe Classe a dû s’en occuper également.

La mosaïque de la Manufacture royale de Florence est à grandes parties ; elle est tantôt plane , tantôt à reliefs ; elle diffère complètement de celle que l’on fait à Rome, et elle représente même une variété de l’industrie des mosaïques, toute spéciale à la ville de Florence. En effet, cette mosaïque a pris naissance à Florence, elle s’est développée à Florence, et maintenant encore elle y est exécutée presque exclusivement ; par conséquent , on ne saurait lui contester le nom de mosaïque florentine , sous lequel on la désigne généralement.

C’est le 3 septembre 1588, que la Manufacture royale de mosaïques a été fondée par Ferdinand de Médicis , grandduc de Toscane.

La création de la célèbre basilique de Saint-Laurent (Basilica Laurentiana) , décidée le 16 août 1604, vint bientôt lui donner un grand développement. Cette basilique , qui réunit les tombeaux des Médicis, et que l’on peut citer comme l’une des merveilles de l’Italie, a été presque entièrement exécutée par la Manufacture royale de Florence.

Elle n’est pas moins remarquable par ses tombeaux et ses colonnes en porphyre que par ses mosaïques. Après deux siècles et demi de travaux, la décoration de la basilique Saint-Laurent n’est pas encore terminée, et l’Exposition de 1855 nous montrait six tablettes remarquables, destinées à l’autel de la chapelle Médicis. Ces tablettes avaient leur fond en lapis-lazuli ou en porphyre rouge antique ; elles étaient incrustées de mosaïques à grandes parties, entièrement exécutées en pierres dures. Les bordures de l’autel étaient faites en mosaïque à reliefs. Les plus grandes difficultés avaient été habilement vaincues dans ce travail ; il montre bien que si la Manufacture royale de Florence ne fait plus des ouvrages aussi importants que ceux qui ont illustré le règne de Corne II et de Ferdinand II , elle est cependant toujours au niveau de la réputation méritée quelle s’est acquise; il faut même reconnaître que les ouvrages de ces dernières années sont exécutés, sinon avec plus de goût, du moins avec plus de perfection que ceux des époques antérieures.

Le nombre total des substances qui servent à faire les mosaïques de Florence est très- considérable. Bien que la plupart soient feldspathiques , on y compte aussi beaucoup de roches quartzeuses. Nous énumérons quelques-unes de ces substances d’après M. Zobi ; on peut voir qu’ elles ont été recueillies dans toutes les parties du monde, et qu’ elles sont pour la plupart assez rares :

Quarlz améthyste .

Quartz agate, géodique, globuleux. . .

Quartz agate rouge .

Quarlz sardoine . .

Quartz brun zone .

Jaspe .

Orthose vert .

Feldspath Labrador .

Jade . . .

Lapis-lazuli contenant un peu de feldspath et de pyrite .

Granité ayec sphène . . .

de Bohême, du Brésil, de l’Inde.

d’Oberstein et des Pyrénées, du Mogol.

d’Orient, de Sibérie, de Madagascar, de l’Égyte , de l’Arno.

(d’Arménie, de Sibérie, d’Égypte, de | Bohême, d’Espagne, de la rivière des Amazones en Amérique, de la côte du Labrador, des Indes orientales et de la Perse.

| de la Perse, de la Chine et de la Sibérie.

d’Algaïola (Corse).

Granité oriental . de Pile Éléphantine en Égypte.

Porphyre quartzifère et globuleux. . . de Corse.

Diorite micacée (basalte égyptien). . . d’Égvpte.

Diorite orbiculaire . de Corse.

Hypersthenite . . . ... (antique).

Euphotide avec smaragdile . de Corse.

Porphyre antique, à pâte brune légèrement violette dans laquelle sont disséminés de petits cristaux de feldspath blancs. Lorsque ces cristaux sont groupés, la roche se nomme

porfido-fiorito .

Porphyre à fond plus clair ou plus

obscur que le précédent, avec cris- ! d’Elfdalen en Suède, taux rougeâtres de feldspath. ... 1 Porphyre Yert avec cristaux de feld- \

spath nommé vulgairement « Serpen- > (antique).

tine antico-orientale »> . )

Mélaphyre ou porphyre vert antique. . des Crocées en Grèce. Brèche universelle . d’Égypte. 1

L’Exposition nous montrait en outre une collection des substances minérales de la Toscane qui sont employées à la Manufacture royale de Florence. Signalons les cailloux de l’Arno, les jaspes de Barga, les agates de Sienne, les calcédoines de Monte-Rufoli. Les carrières de jaspe de Barga sont les plus importantes ; ce sont elles qui ont fourni les jaspes qui décorent la chapelle Médicis.

Toutes les substances qui viennent d’être énumérées sont des pierres dures ; cependant on emploie aussi deux pierres tendres qui sont le calcaire carbonifère noir, bien homogène et bien compacte , venant de Dinan , en Belgique , et la malachite de Sibérie.

La collection des pierres dures employées à la Manufacture de Florence montre toutes les ressources d’ornementation qu’offre une même substance minérale ; car le jaspe et l’agate présentent des nuances qui sont, pour ainsi dire, variées jusqu’à l’infini. Considérée seule, cette collection est donc déjà très-remarquable.

Si la Manufacture royale de Florence est un établissement unique, il faut surtout l’attribuer à ses immenses richesses

(antique).

en matières premières; elle possède en effet une grande quantité de pierres précieuses, de porphyres, de roches diverses , qui lui ont permis et qui lui permettront encore dans l’avenir, de poursuivre ses travaux avec ensemble pendant une longue suite d’années. La sage prévoyance de ses fondateurs l’a pourvue en abondance de pierres et de roches remarquables , qui ont une valeur inestimable , non-seulement parce qu’ elles sont rares , mais encore parce que plusieurs proviennent des ruines de l’Italie et que leur gisement est maintenant tout à fait inconnu. Elle possède aussi des approvisionnements considérables de porphyre rouge antique, qui se trouve seulement en Égypte, et dont l’exploitation , depuis longtemps abandonnée , ne pourrait être reprise sans les plus grandes difficultés.

Il a paru à la XI Y e Classe que la Manufacture royale de Florence est un établissement unique et du premier ordre , une sorte d’école qui a conservé, pendant une longue suite d’années, les traditions du travail des pierres dures, et qui en a propagé le goût dans l’Italie tout entière.

Prenant en considération les travaux de la Manufacture royale de Florence qui sont relatifs aux constructions , la XIVe Classe lui a donc décerné, comme la XXIVe Classe , une médaille d’honneur.

MM. L. Tonti et G. Dupré (n° 88). — Les Égyptiens étaient parvenus à sculpter le granité de la manière la plus remarquable. Les Romains nous ont laissé également des statues en granité , et même en porphyre rouge antique.

La taille de ce porphyre présente cependant les plus grandes difficultés, elle exige beaucoup de temps et des outils d’une trempe supérieure ; aussi l’art de le sculpter s’était-il perdu à la fin de l’empire romain. Des maîtres florentins et Côme de Médicis l’avaient bien retrouvé dans le moyen âge; mais à Florence même, dans ces derniers temps, il était presque entièrement oublié , sinon tout à fait perdu. En France il nous est à peu près inconnu , et parmi les ouvrages en porphyre exécutés dans notre pays, on ne connaît guère que les vases

ROÇHES FELDSPATHIQUES.

qui ont été faits sous Louis XIV, qui , maintenant encore , servent à décorer les palais impériaux , et notamment celui de Versailles.

Aussi l’attention du Jury s’est-elle portée avec intérêt sur des sculptures en porphyre rouge antique exécutées par le professeur Giovanni Dupré. L’une d’elles était un buste ébauché de l’Empereur Napoléon Ier ; l’autre était un médaillon représentant L. Tonti, auquel est due la préparation et la trempe des ciseaux en acier qui ont servi à l’exécution du travail.

La taille de ces sculptures était aussi légère et aussi parfaite que si le porphyre eût été du marbre ; on ne saurait donc douter que Y art de sculpter le porphyre ne soit maintenant complètement retrouvé à Florence.

SUÈDE ET NORWÉGE

Manufacture royale d’Elfalden (n° 324). — La Manufacture royale d’Elfdalen , en Dalécarlie, avait envoyé à l’Exposition des objets travaillés en pierre dure, qui étaient extrêmement remarquables. Donnons sur cette importante usine quelques renseignements qui nous ont été communiqués par M. Le Play.

La création de la Manufacture d’Elfdalen remonte seulement à l’année 1788. Hagstrôm, son fondateur, y fit travailler le porphyre par une soixantaine d’ouvriers ; il le façonna en petits objets d’ornements, tels que vases, coupes, presse-papiers ; il répandit ensuite ces objets à Stockholm , où ils plurent et trouvèrent des acheteurs, malgré leurs formes un peu massives.

En 1820, le Roi Charles- Jean acquit la Manufacture d’Elfdalen , qui devint dès lors manufacture royale. Le nombre des ouvriers y est beaucoup moindre maintenant qu’en 1788. Leur salaire y est très-peu élevé , car il n’est guère que d’un franc par jour; ce salaire très-faible est d’ailleurs une condition essentiellement avantageuse à une industrie comme celle d’Elfdalen, dans laquelle la matière première est près-

que sans nulle valeur et tire tout son prix du nombre de journées consacrées à la travailler.

Dans l’usine d’Elfdalen , le mouvement est donné par plusieurs roues hydrauliques , qui font aller des tours , des scies et différentes machines.

Les roches qu’on y travaille proviennent des environs , et elles sont bien connues de tous les minéralogistes : ce sont essentiellement des porphyres.

Le plus remarquable de ces porphyres est presque entièrement formé par une pâte brun marron plus ou moins foncée, dans laquelle il y a de petits cristaux d’orthose rosé, quelquefois un peu de feldspath du 6e système et aussi des grains de fer oligiste. Il est généralement veiné par du quartz qui est accidentellement accompagné d’épi— dote. Le beau vase de M. le comte de Lowenhielm , qui était exposé dans la nef du Palais , était fait avec ce porphyre.

Une variété du porphyre précédent se distingue par une pâte de couleur rouge , et par la présence de grains de quartz. Il y en avait deux belles urnes de forme allongée comme les lacrymatoires.

On travaille aussi à Elfdalen le porphyre quartzifère proprement dit , formé d’orthose d’un beau rouge brique, d’oligoclase verdâtre, de quartz gris, d’horblende et de mica vert noirâtre. La plus grande des tables exposées, appartenait à ce dernier porphyre.

Signalons encore un porphyre vert d’herbe, à petits cristaux de feldspath blanc , qui renferme beaucoup de grains de quartz et qui est extrêmement dur ; il n’est employé qu’en petits fragments et seulement pour la mosaïque.

Toutes les roches précédentes sont les plus dures que Ton connaisse, et, par conséquent, leur taille et leur poli présentent beaucoup de difficultés.

On travaille encore à Elfdalen une hypérite vert noirâtre, à grands cristaux; cette roche formait deux belles colonnes ayant environ 2 mètres de hauteur.

Indépendamment des objets qui viennent d’être men-

14 ROCHES FELDSRATHIQUES.

tionnés, l'exposition d’Elfdalen présentait des mosaïques en porphyre. Ces mosaïques sont incrustées dans des tables qui sont elles-mêmes en porphyre ; elles sont d’ailleurs planes et formées de petits prismes quadrangulaires, comme les mosaïques de Rome.

Mais l’objet le plus digne de fixer l’attention était un petit guéridon en mosaïque , offert par S. M. le Roi de Suède à S. M. l’ Impératrice des Français. Ce chef-d’œuvre du travail des porphyres les plus durs, réunissait une collection de toutes les roches des environs d’Elfdalen.

Parmi les objets les plus célèbres sortis de la Manufacture royale d’Elfdalen, nous mentionnerons encore la grande et belle vasque de porphyre qui est placée devant le château de Rosendal, dans le parc royal de Stockholm.

Depuis que la Manufacture d’Elfdalen est devenue manufacture royale, elle fabrique spécialement des objets de luxe d’un prix très-élevé. Ces objets ne sont pas livrés au commerce , mais ils sont destinés aux présents de S. M. le Roi de Suède.

En ce moment, tout le travail de l’usine est concentré sur l’exécution d’un magnifique sarcophage en porphyre qui doit renfermer le cercueil du roi Charles- Jean h

Si la Manufacture royale de Florence occupe le premier rang pour la mosaïque et pour la sculpture des pierres dures, la Manufacture royale d’Elfdalen travaille les porphyres sur une plus grande échelle et ayec une perfection remarquable ; aussi le Jury lui a-t-il décerné une médaille de lre classe.

— En Russie, les Manufactures impériales de Kolyvansk et d’Ekaterinenbourg fabriquent des objets en porphyre et surtout en jaspe, qui sont également très-remarquables ; l’absence de ces objets de l’Exposition universelle laissait une lacune dans l’industrie du travail des pierres dures.

Prison d’Akershuus (n° 61). — Le Directeur de la prison

1 Renseignements communiqués par M. Brandstrom , Secrétaire général du département de l’intérieur, Commissaire de la Suède à l’Exposition universelle.

d’Akershuus, près Christiania, occupe 80 prisonniers au travail si pénible des roches granitiques. Jusqu’à présent, la valeur des produits fabriqués annuellement par ces prisonniers est très-faible, puisqu’elle n’est guère que de 2,000 francs ; mais, quoi qu’il en soit, la taille et le poli ne laissent rien à désirer. Tout le mondé a pu admirer, dans l’exposition norvégienne, une stèle tumulaire rouge qui était en syénite zirconienne et qui produisait le plus bel effet.

ROYAUME-UNI

M. Mac-Donald (n° 1651). — M. Mac-Donald possède à Aberdeen, en Écosse, une usine importante, dans laquelle il travaille le granité avec une rare perfection.

150 ouvriers environ sont occupés à exploiter le granité, à le tailler, à le tourner, à le polir. Le mouvement nécessaire à l’usine est donné par une machine à vapeur.

Deux variétés de granité sont exploitées par M. Mac- Dônald. La première est rouge et à gros grain ; elle se trouve près de Peterhead. Elle est formée d’orthose rouge, de feldspath du 6e système, ayant une couleur rouge vif ou verdâtre. Elle renferme d’ailleurs du mica noir, ainsi que du quartz gris qui est très-abondant et quelquefois coloré en rouge par de l’oxyde de fer. Ce granité a le même aspect que le granité syénitique rouge du Ballonde Servance , dans les Vosges.

La deuxième variété de granité est grise et à petit grain. Elle se trouve à Mongruy, dans le comté d’Aberdeen. Elle est formée de quartz gris, d’orthose blanc grisâtre, de feldspath du 6e système, blanc et nacré, ainsi que de mica noir qui se réunit quelquefois en agglomérations.

Ces deux granités étaient représentés à l’Exposition par des vases et des colonnes ; tous les objets exposés étaient travaillés avec une perfection qui indique une usine puissamment organisée. Le granité gris est le plus rare , le plus durable et le plus recherché pour les statues. Il résiste bien aux intempéries et il conserve parfaitement son poli.

M. Mac-Donald travaille le granité sous toutes les formes et spécialement pour l’architecture monumentale. Il a exécuté plusieurs œuvres d’art en granité qui méritent d’être mentionnées. D’après des renseignements qui nous ont été transmis par notre collègue M. Ch. Manby, on lui doit notamment les colonnes qui sont à l’intérieur de Saint-George- Hall, à Liverpool; celles de Carlton-Club , à Londres ; l’obélisque en granité rouge élevé sur le quai de l’hôtel des Invalides à Greenwich, à la mémoire du lieutenant Bellot , de la marine française ; la statue de sir Charles Napier, le héros du Scinde ; cette statue, qui est en granité gris, se trouve sur la place de la Parade, à Portsmouth. Mais le monument le plus important est le mausolée du comte de Kilmorey, dans le cimetière deBrompton. Son prix, qui est de 90,000 francs, paraîtra peu élevé si l’on observe que c’est peut-être l’ouvrage en granité le plus remarquable des temps modernes.

MM. Rettie (n° 1168). — MM. Rettie travaillent le granité d’Aberdeen en objets de bijouterie, qui reçoivent une monture en argent. Ils en font des broches, des boucles, des boutons , des épingles , des cachets , et en général tout ce qu’on fabrique en agate à Oberstein. Le granité très-micacé doit être rejeté, parce que le mica a une couleur foncée , et surtout parce qu’il ne prend pas bien le poli. La variété de granité employée de préférence est celle qui est grise et à grain fin; cependant, on se sert aussi du granité rouge à gros grain.

A Exeter, le granité duDevonshire est travaillé de la même manière i.

Tous ces objets sont aussi délicats que le permet la matière avec laquelle ils sont exécutés ; mais leurs couleurs un peu sombres et leurs formes nécessairement lourdes, se concilient mal avec les modes généralement adoptées, et doivent empêcher qu’ils soient recherchés dans la bijouterie.

— Le Royaume-Uni possède encore d’autres usines dans

1 Ansted; Reports by the Juries, p. 565, London, 4852.

lesquelles les granités sont travaillés et polis : ce sont celles de M. J. -H. Meredith et de M. Pearce, à Truro, dans le Cornouailles.

INDE

La Compagnie des Indes (n° 113). — Le jade oriental se montrait sous la forme d’objets d’ornements à la collection de la Chine et surtout à celle de l’Inde. Il avait une couleur blanc verdâtre ou grisâtre , quelquefois verte ou même entièrement blanche. Son éclat était gras , et le poli lui avait donné peu de brillant. Tous les bijoux en jade qui étaient, exposés, atteignaient des prix très-élevés; ils étaient d’ailleurs décorés de sculptures en relief exécutées avec beaucoup de délicatesse et de netteté ; aussi est-il extrêmement vraisemblable qu’on se sert du diamant pour travailler le jade.

FRANCE

M. Bigot-Dumaine (n° 5010). — Jusque dans ces derniers temps, le travail sur le tour des pierres dures de grandes dimensions, présentait beaucoup de difficultés, et l’on était obligé, pour leur donner le poli, d’avoir recours à l’emploi très-prolongé du grès pulvérisé. Une découverte heureuse , due à M. Bigot-Dumaine, permet maintenant de tourner le granité et les pierres les plus dures avec la même netteté et la même facilité que le bois.

Il y a quelques années on découvrait, près de Bahia, au Brésil , parmi des cailloux roulés , une variété de diamant qu’on a nommé le diamant noir : ce diamant a, en effet, une couleur foncée , le plus souvent noire , quelquefois aussi verte ou brune. Il est d’ailleurs opaque, et tout à fait impropre à la bijouterie. Mais il a cependant la structure cristalline et la dureté du diamant ordinaire ; aussi les arts n’ont-ils pas tardé à s’en emparer, et ils viennent d’en faire une application très-utile.

M. Bigot-Dumaine, qui depuis vingt ans s’occupait à polir les pierres précieuses , songea à recourir au diamant

noir pour tourner le granité et les pierres dures. Après quelques essais infructueux , il réussit parfaitement en employant un diamant noir ayant 1 ou 2 centimètres de longueur qu’il enchâssa à l’extrémité d’un burin de laiton. A cause de la grande rareté du diamant, on n’avait pas encore songé à l’employer dans l’industrie en fragments aussi gros, et bien que de temps immémorial , il servît à polir et à buriner les pierres précieuses , il ne fallait rien moins que la découverte du diamant noir pour que l’idée vînt de s’en servir pour tourner des meules , des vasques ou des colon- . nés. Cette idée a été couronnée de succès, car lorsqu’on met sur un tour une pièce de granité , de porphyre ou de silex, quelque grandes que soient d’ailleurs ses dimensions, et qu’on en approche le diamant , il enlève , en vertu de sa grande dureté , toutes les aspérités de la pierre qui lui est présentée; et quelque dure qu’elle soit, cette pierre se laisse tourner avee la plus grande facilité.

Pour que le procédé réussisse, il est nécessaire cependant que le diamant noir soit enchâssé très - solidement dans une tige de laiton , de fer ou d’acier. A cet effet , on creuse dans cette tige un trou dans lequel on introduit le diamant ; puis on ramène contre le diamant les bords de la tige. Avant de placer la pièce à travailler sur le tour, on la dégrossit d’ailleurs avec la pointerolle, et on lui donne autant que possible la forme qu’elle doit conserver.

Le procédé que nous venons de faire connaître présente plusieurs avantages. 11 donne d’abord des surfaces d’une netteté beaucoup plus grande que celles qu’on pouvait obtenir jusqu’à présent. Lorsque la pièce sort du tour, il reste trèspeu de chose à faire pour qu’elle prenne un poli parfait ; il y a donc une économie de temps et de main-d’œuvre considérable. De plus, on n’a pas à craindre qu’il se détache de petites écailles de la surface polie , comme cela a lieu quelquefois quand on emploie la pointerolle et le grès. Enfin il n’y a pas non plus d’usure d’outils ; car l’expérience a démontré que le diamant noir ne se brise pas sous les chocs auxquels il

est exposé, et qu’ après une année d’usage il a perdu seulement quelques milligrammes de son poids.

Des meules en silex , des cylindres broyeurs en granité ont été tournés par ce nouveau procédé , et ils témoignent de la grande perfection avec laquelle le travail s’exécute. Des colonnes, des vasques, des pièces de toutes dimensions pourraient être travaillées de la même manière.

M. Hermann (n° 9837). — Mais c’est surtout l’exposition de M. G. Hermann qui est très-remarquable sous ce rapport. Elle nous montre , en effet , des vases et des coupes de forme très-élégante qui sont en diorite orbiculaire de Corse, en mélaphyre, en granité, en diorite, en syénite des Vosges, en brèche universelle d’Égypte et en grès rouge de Finlande.

Dans ce moment, M. Hermann termine dans ses ateliers une fontaine monumentale en granité qui sera supérieure à tous les travaux de ce genre exécutés jusqu’à présent en France. La grande vasque de cette fontaine a un diamètre de 3m,38; elle sera montée sur un piédestal de granité supporté par un socle en kersanton. Le granité qui a servi à l’exécuter provient de Laber, près de Brest , de même que celui qui forme le piédestal de l’obélisque : il renferme de grands cristaux d’ortliose rose qui lui donnent une structure porphyrique, et lorsqu’il est poli, il produit un très-bel effet. Ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés que le bloc de granité nécessaire pour cette fontaine a été transporté à Paris , et un pan de mur a dû être abattu pour qu’il pût entrer dans les ateliers.

La fontaine monumentale de M. Hermann est remarquable par ses grandes dimensions , mais surtout par la finesse de ses arêtes , par la netteté de son poli et par la perfection de son travail. Sous ce rapport, elle nous a paru l’emporter sur tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour, et elle serait digne de décorer le Louvre ou les plus beaux monuments de Paris.

Le progrès important qui vient d’être réalisé dans le travail du granité sur le tour, est incontestablement dû à

l’emploi du diamant ; mais un mécanicien aussi habile que M. Hermann pouvait, seul à Paris, entreprendre un ouvrage aussi difficile que la fontaine que nous venons de décrire. M. Hermann est, en effet, le chef d’une grande usine, dans laquelle il fabrique des meules ou des cylindres de granité ainsi que des machines à broyer. La supériorité de sa fabrication lui a valu la médaille du conseil à l’Exposition de Londres. Il paraît qu’il aurait eu, de son côté, la même idée que M. Bigot-Humaine ; il est certain qu’il a pris quelque temps après lui , un brevet pour l’emploi du diamant dans le travail des pierres dures ; mais un jugement du tribunal civil de la Seine ayant invalidé le brevet de M. Hermann , le Jury a dû considérer M. Bigot-Dumaine comme l’inventeur d’un procédé qui permet de travailler facilement sur le tour le granité, le porphyre et les pierres les plus dures, quelles que soient leurs dimensions : il lui a donc décerné une médaille de lre classe.

M. B. -J. Colin (n° 153). — M. Colin dirige à Épinal une marbrerie très-importante dans laquelle on travaille, nonseulement les calcaires , mais encore les serpentines et toutes les pierres dures des Vosges. Il exploite d’ailleurs lui-même les carrières fournissant les matériaux qui sont tournés, sciés et polis dans son usine. Ces matériaux sont les roches feldspalhiques , les serpentines , les calcaires.

Nous n’avons à nous occuper ici que des roches feldspathiques , parmi lesquelles nous signalerons le granité , la syènile , les porphyres L

Le granité provient tantôt de Cornimont , tantôt de la vallée de la Bresse. Au Tholy on en trouve une variété rouge qui est d’un assez bel effet. A Clefcy, on exploite une variété de granité qui est complètement dégradée ; le quartz et l’orthose ont presque entièrement disparu -, l’ hornblende, le mica et le feldspath du 6e système sont au contraire devenus trèsabondants. Il en résulte une roche noirâtre, ressemblant

1 Annales des Mines* 4e série, t. xn , p. 195-283; t. xm, p. 667; 5e série, t. m , p. 370.

complètement à celle qu’on a nommée à tort basalte égyptien , qui a servi le plus souvent à sculpter la déesse Pacht de l’ancienne Égypte. Cette roche est une diorite micacée; elle se taille et se scie très-facilement; de plus, elle est solide, et elle résiste fort bien à l’action de l’air, mais elle prend mal le poli , à cause de la grande quantité de mica quelle contient. Sa couleur noire la fait rechercher pour les monuments funéraires.

♦ La syènite des ballons des Vosges est également travaillée à Épinal. On l’extrait à Saint-Maurice, au pied du ballon d’Alsace et dans la vallée des Charbonniers. Elle est connue sous le nom de granité feuille-morte , et on l’a employée autrefois pour daller le portique de l’église Sainte-Geneviève (Panthéon) .

Au ballon de Servance , la syénite prend une belle couleur rouge, et elle se rapproche alors du granité oriental de l’Égypte.

Les porphyres travaillés à l’usine d’Épinal sont les mélaphyres de Belfahy et de Ternuay, dans la Haute-Saône ; ce dernier a une très-belle couleur verte , et il a été employé au tombeau de l’Empereur Napoléon Ier.

Le mélaphyre de Belfahy a une pâte de couleur vert noirâtre dans laquelle sont disséminés des cristaux verdâtres de feldspath labrador ; il rappelle le porphyre vert antique de la Grèce. Récemment on a trouvé , à Bourbach-le-Haut , une belle variété de ce mélaphyre , qui a une pâte vert violacée et de grands cristaux de feldspath vert clair ; on y voit aussi des grains d’augite noir et du fer oxydulé. Tous ces mèlaphyres prennent très-bien le poli et ils sont d’un très-bel effet. Il est regrettable qu’ils ne soient pas employés plus souvent dans la décoration.

Les roches que nous venons d’énumérer sont toutes travaillées à l’usine d’Épinal. Le moteur est une roue hydraulique ayant une force de 9 chevaux. Cette roue donne le mouvement à des châssis armés de lames qui servent à équarrir les blocs et à les débiter en tranches. Il y a aussi

une machine qui prépare le polissage du marbre. 25 ouvriers sont occupés dans l’usine et 7 au dehors.

Le prix de vente du mètre carré des principales roches travaillées à l’usine est donné par le tableau suivant; on peut voir qu’il est très-peu élevé :

Granité porphyriqne ou grenu . )

Syénite roüge et syénite feuille-morte . . J

Diorite micacée de Clefcy . 45

L* usine d’Épinal est du très-petit nombre de celles dans lesquelles on travaille les roches feldspathiques , et ce progrès date de 1845, époque à laquelle M. Colin vint en prendre la direction. Il est donc dû entièrement à l’initiative et à l’habileté de M. Colin, qui, avec ses seules ressources, est parvenu à reconstituer une industrie difficile, perdue dans les Vosges depuis 1803, et qui, dans d’autres pays, est le plus généralement soutenue par les subventions des gouvernements.

Parmi les travaux exécutés jusqu’à présent par M. Colin , on peut citer les monuments élevés sur deux places publiques de Nancy , à Mathieu de Dombasle et au général Drouot; ces travaux suffisent pour faire voir qu’il pourrait, dès à présent, en aborder de plus importants, soit pour nos monuments publics , Soit pour les palais impériaux.

M. Colin a reçu une médaille d’argent à l’Exposition nationale de 1849 , et une prize meclal à l’Exposition universelle de Londres.

Le jury de 1855 a pensé qu’il était digne, à tous égards, de la médaille de lre classe.

M. Hermann (n°9837), M. Bertolucci (n° 4256). — La diorite orbiculaire de Corse se montrait à l’Exposition sous forme de vases et de coupes, mais surtout dans les mosaïques.

M. Hermann avait exposé de belles coupes en diorite orbiculaire , et M. Bertolucci une urne de petite dimension faite avec la même roche.

On la retrouvait très-fréquemment dans les mosaïques de Rome et de Florence. 11 y avait notamment une table mosaïque de M. Bianchini, de Florence, dont la plus grande

partie était en diorite orbiculaire. Nous la signalerons également dans deux tables mosaïques de M. Dies , de Rome.

La structure globuleuse de la diorite orbiculaire est d’un effet très-agréable à l’œil; cependant, comme ses lamelles d’amphibole sont un peu ternes , il est nécessaire qu’elle soit polie avec le plus grand soin \

ALGÉRIE

L’Algérie présentait une euphotide serpentineuse (n° 1038) , qui provient du mont Filfila , dans la province de Constantine. Elle a une couleur vert-foncé et tirant sur le vert olive. Elle est formée par une pâte verte pétrosiliceuse , dans laquelle il y a des lamelles de diallage vert noirâtre et des veinules gris d’acier, de fer oxydulé. Ses lamelles de diallage ne prennent pas très-bien le poli , et cette roche est difficile à travailler, comme toutes les roches feldspathiques; mais elle est d’un bel effet, et si l’on en trouve des blocs de dimensions suffisantes, elle pourra servir utilement dans la décoration.

GRÈCE

Dème des Grocées (n° 6). — L’exposition grecque nous montrait une roche très -remarquable et qui , jusqu’à présent, n’est connue que dans la Grèce : c’est le marbre lacédémonien ou le porphyre vert antique. Ce porphyre aune belle couleur verte; il contient des cristaux de feldspath labrador verdâtre et quelques grains d’augite noir ; c’est donc un mélaphyre. On a retrouvé ses anciennes carrières près des Crocées, entre Sparte et Marathon. Les Grecs , et surtout les Romains, l’ont exploité en très-grande quantité et l’ont répandu dans tout l’empire ; il se rencontre , en effet , dans les ruines des villes de l’ancienne Gaule qui remontent à l’époque de la domination romaine 1 2.

1 Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t. xxiv.

2 Annales des Mines, 4e série, t. xii, p. 195. Boblaye et Virlet (Expédition scientifique de Morée. — Minéralogie).

PORTUGAL

M. Dejeante (n° 16). — M. Dejeante avait exposé parmi les marbres du Portugal un porphyre à pâte vert noirâtre contenant des cristaux blancs et allongés qui ont tous les caractères de l’albite. Ce porphyre prend un éclat vitreux très-vif sous le poli ; il ressemble d’ailleurs à certaines variétés vertes de porphyre d’Elfdalen, qui paraissent également albitiques. Il est quelquefois pénétré par de l’épidote.

— Parmi les roches feldspathiques du Portugal, nous signalerons encore une espèce de ker santon vert-olive jaunâtre, à teinte sale. Cette roche, qui est en partie décomposée, serait facile à travailler , mais elle prend mal le poli et elle ne pourrait servir à la décoration.

ÉGYPTE

S. H. le vice -roi d’Egypte (n° 1). — - S. H. le vice-roi d’Égypte avait envoyé des blocs de la brèche universelle , nommée en Italie breccia verde d'Egitto (brèche verte d’Égypte).

«La brèche universelle, dit M. Jomard, tire son nom )> d’une quantité de fragments roulés appartenant à des » roches très-diverses , savoir : granités , porphyres , pe- » trosilex et autres. Ces fragments arrondis , d’une couleur » rose , grise , verdâtre , noire , etc. , ont une grande du- » reté ; ils sont enveloppés dans une pâte de petrosilex ver- » dâtre qui n’est pas moins dure.

» Les carrières dans lesquelles on exploitait la brèche » universelle ont été découvertes par les minéralogistes de » l’expédition d’Égypte, à une douzaine de lieues à l’est de » Kéné, dans la chaîne arabique, non loin de la vallée de » Kosseir et du chemin allant du Nil à la mer Rouge. Les » Égyptiens en ont extrait des blocs de très-grandes dimen- » sions, tels que le sarcophage antique, dit d’Alexandre, qui » a 15 mètres de tour, et qui est couvert d’hiéroglyphes et )) de sculptures délicates. Les Romains ont enlevé d’Égypte

» un grand nombre de monuments de l’époque pharaonique, » mais ils ont eux -mêmes exploité et travaillé cette brèche. » On peut regarder la brèche universelle d’Égypte comme » une des matières les plus dures, les plus riches en couleurs » et les plus belles qui existent sur le globe.

» La brèche universelle succède avec les montagnes de » poudingue quartzeux au grès qui forme le corps de la » chaîne arabique. »

Le musée du Louvre renferme plusieurs objets qui sont en brèche universelle d’Égypte ; nous citerons notamment des vases , des colonnes et une statue de prisonnier barbare. Ces objets datent de l’époque romaine.

La variété de la brèche universelle , qui paraît surtout avoir été recherchée par les anciens , est celle dont la couleur est verte ; elle est essentiellement formée de fragments de pétrosilex et de schiste argileux ; elle ne contient que rarement des cailloux de granité qui sont d’une dureté plus grande que le reste de la roche et qui rendent par suite son travail difficile.

La brèche universelle n’est pas une roche qui se trouve uniquement en Égypte , elle est même assez répandue. Ainsi l’exposition grecque nous montrait une brèche pétrosiliceuse à peu près semblable, formée de fragments de roches feldspathiques à couleurs variées. A l’exposition belge (n° 39) , il y avait aussi un bloc poli d’une brèche pétrosiliceuse du Hainaut ; toutefois elle n’avait pas la belle couleur verte qui paraît avoir fait rechercher spécialement la brèche de l’Égypte. Dans le terrain dévonien , au sud des Vosges , près de Thann et de Guebwiller, on trouve aussi des roches qui prennent bien le poli et qui ressemblent beaucoup aux précédentes ; ces roches ont toutes une origine sédimentaire ; elles sont formées de fragments légèrement arrondis et feldspathiques, réunis par un ciment qui est lui-même feldspathique.

— Il existe dans la chaîne arabique un micaschiste contenant des émeraudes exploitées anciennement par les Égyptiens. Ces émeraudes étaient façonnées en une multitude

de petits objets que nous trouvons en grand nombre dans le musée égyptien du Louvre ; elles servaient de matériaux de décoration : à ce titre il n’est donc pas sans intérêt de dire quelques mots de leur gisement.

Les émeraudes de l’Égypte étaient exploitées au sud-est du mont Zabarah, à quelques lieues de la mer Rouge. De même qu’en Bohême et dans le Salzbourg, elles sont répandues dans un micaschite , renfermant beaucoup de mica brun tombac ; elles se sont plus spécialement développées dans des fdons qui pénètrent le micaschiste et qui sont essentiellement formés de quartz. Il y a dans ces fdons du fer oligiste, du mica blanc argenté , de l’albite. Les émeraudes envoyées à l’Exposition avaient seulement quelques centimètres de longueur; mais elles étaient d’ailleurs bien transparentes, et leur couleur verte était très-belle.

Les anciens Égyptiens avaient exploité ces émeraudes par des galeries souterraines très-étendues ; mais depuis la découverte des mines d’émeraudes si riches de la Nouvelle- Grenade, de l’Oural , de la Sibérie , du Pérou , du Brésil , il est très-peu probable que la reprise de l’exploitation puisse présenter quelque avantage , en sorte que les mines d’émeraudes de l’Égypte n’ont plus qu’un intérêt historique.

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