V. II. î
Nuages.
Nuages parasites.
traînés au loin, finissent par se dissoudre jusqu'à ce qu'une grande masse d'air étant saturée, il tombe enfin de la pluie.
«Comme ces lambeaux de nuages que le vent détachait de la cime du Mont-Blanc allaient quelquefois raser d’autres cîmes, dont je connaissais la hauteur et la distance, j'eus une fois la curiosité de mesurer leur vitesse, et je la trouvai d'environ 60 pieds (20) par seconde. J'aurais voulu aussi mesurer le temps que ces nuages mettaient à se dissoudre; mais je n’y féussis pas : lorsque je les prenais trop petits, ils étaient fondus avant d'avoir atteint une cime connue; et lorsque je les prenais trop grands, ils dépassaient ces ctmes avant leur dissolution.
«a L’exposé de ces faits prouve qu'au moins au Mont-Blanc les nuages parasites ne se sont pas produits par un vent ascendant qui porte les vapeurs du bas au haut d'une montagne; car là certainement c'est un vent horizontal qui les dépose sur les sommités. On ne voit, comme dans le paragraphe suivant, des nuages monter le long de la pente d’une montagne, que quand cette pente a été réchauffée par l'action du soleil. Et ce n’est pas une émanation du calorique sortant de la cîme d’une montagne qui détermine la formation du vent et des nuages , c’est au contraire le froid de la montagne qui produit les nuages, en condensant les vapeurs que tient en dissolution un vent plus chaud que le corps ou la cime de cette montagne.
ag 2071. J'ai eu le plaisir de voir de très- près, sur le Col du Géant, la dissolution des nuages dont je viens de parler. Dans le fond de l’Allée-Blanche, qui était immédiatement sous nos pieds, il se formait quelquefois des nuages qui, le matin, lorsque le soleil réchauffait la pente de la montagne, suivaient cette pente et s'élevaient ensuite rapidement au-dessus de nous. Ainsi, peu à peu, l'air de la vallée se säturait et ces nuages conservaient leur nalure, tant quils étaient enfermés entre les parois de la vallée. Mais dès qu'ils s'étaient élevés au-dessus de ces parois et qu'ils se trouvaient à l’air libre, ils se dissolvaient, en présentant au même instant des phénomènes trèsremarquables. On les voyait se diviser en filaments qui, semblables à ceux d’une houppe de cygne qu'on électrise, semblaient se repousser mutuellement en produisant des tournoïiements et des mouvements si bizarres, si rapides et si variés, qu’il serait impossible de les décrire. Nous passions quelquefois des heures entières à contempler ces singuliers mouvements.
« L'électricité que ces nuages excitaient dans l’électromètre était
constamment positive, conformément au système de Volta; mais je ne crois point que l'électricité fût la seule cause de ces phénomènes; je pense que la vapeur élastique, produite par la dissolution des parties vésiculaires de ces nuages, contribuait beaucoup à ces mouvements.
«On voit encore ici, contre l’opinion de M. du Caila, que les vapeurs dissoutes dans l'air ne se condensent point par la seule raison de l’ascension de cet air; mais qu'au contraire celles qui sont déjà condensées quand l’air supérieur est plus sec que l’inférieur.!
«ÿ 2072. Nuages compactes et arrondis (cumulus).
«L'observation de ces phénomènes m'a donné l'explication de ces nuages, qui paraissent d’un blanc mat et compact, avec des bords arrondis et distinctement terminés. Je pense que ce sont des amas de vapeurs vésiculaires dans un état d’ascension au travers d’un air saturé d'humidité. La résistance de l’air refoule et arrondit ces masses, dont les molécules s’attirent réciproquement et demeurent rassemblées tant qu'aucune force ne tend à les désunir. Mais dès que la chaleur de l’air augmente ou que ces nuages atteignent des régions plus sèches, ces vésicules commencent à se dissoudre , la vapeur élastique produite par cette dissolution les écarte , on voit les bords des nuages s'effiler, et je ne doute nullement qu'alors, si on les voyait de près, on n'y observât les phénomènes que j'ai décrits dans le paragraphe précédent.
DA. 6. Rosée, givre , gelée blanche.?
Tout corps solide ou liquide dont la surface est à une température inférieure à celle du point de rosée de l’air ambiant se couvre d'humidité, de condensation, de vapeurs d’eau qui étaient en suspension invisible dans l'atmosphère. Cette humidité deposée est désignée par rosée lorsqu'elle est à l’état liquide , fort souvent sous forme de gouttelettes d'eau. A l’état solide ou lui donne le nom de givre ou gelée blanche.
La rosée, le givre, la gelée blanche, à toutes les altitudes, sont de simples condensations de l'humidité en suspension dans l’air ambiant. ls ne tombent pas de l'atmosphère tout formés comme la pluie, la neige , le grésil ou la grèle! — Exceptionnellement, par des brouillards surchargés d'humidité, les corps se couvrent d'humidité directement déposée sur leur surface à l’état liquide ou solide.
* DA. Au Faulhorn cet effet se produit assez souvent. * Voy. comme complément le paragraphe Hygrométrie.
Cumulus.
Rosée, givre, gelce blanche.
La rosée proprement dite, à l'état liquide ou solide, se dépose sur les corps qui se trouvent exposés non abrités en plein air dans les circonstances atmosphériques suivantes : Par calme plat, sans aucun vent sensible et zénith complétement dégagé, très-clair et transparent : dans ces moments tous les corps se refroidissent par rayonnement vers l'espace, leurs surfaces s’abaissent assez promptement à une température inférieure à celle de l’air ambiant, dès qu'elles atteignent celle du point de rosée de l'atmosphère, la surface des corps se couvrira de rosée, de gelée blanche ou de givre suivant les saisons. Par zénith couvert, par vent faible ou abrité du rayonnement nocturne, les corps restent secs, leur température étant égale à celle de l'air ambiant et au-dessus du point de rosée.
À toute théorie générale des exceptions. Nous savons que l’eau à l'état solide, sous forme de neige ou de glace, ne peut jamais en chaleur dépasser zéro, et que, par conséquent, il y aura condensation à leur surface lorsque le point de rosée de l’air ambiant sera au-dessus de zéro.
Souvent la rosée, à toutes les altitudes, dans des circonstances météorologiques favorables, commence à se déposer sur l'herbe des yazons et sur les feuilles des arbres, avant la disparition du soleil de l'horizon et le matin à soleil levant. — Les corps abrités du rayonnement nocturne ne se refroidissent pas au-dessous de l’air ambiant, et jamais ils ne se couvrent de rosée ou de gelée blanche.
Ces condensations à l’état liquide et solide se produisent à toutes les altitudes et dans toutes les saisons dans les Alpes. Leur importance sous le rapport du volume d’eau est généralement faible et correspond à de très-faibles chutes de pluie ou de neige. Exceptionnellement elles sont assez importantes. Citons des exemples : Il me souvient qu’en 1846, en janvier, me trouvant au Grimsel (Oberland bernois), trois montagnards sont arrivés du Valais dans la journée, avec des charges de vin; ils avaient traversé un brouillard surchargé d'humidité , par un froid de —10°, et ils étaient littéralement couvert de givre sous forme d’écailles ; non-seulement leurs vêtements, mais leur figure en était remplie, à l'exception des yeux et de la bouche. — Par une journée splendide du mois d'août, en faisant l'ascension au Galenstock, depuis l'hospice du Grimsel, nous avons vu, dans les hauteurs, des surfaces de roches couvertes d'écailles de givre qui avaient plusieurs centimètres de hauteur fraîchement déposés pendant la nuit.
Le rayonnement nocturne refroidit considérablement les neiges et nevés en hautes régions. Fort souvent, dans les ascensions, on enfonce dans la journée dans ces matières gelées à une grande profondeur, et dans ces cas la marche est des plus fatigantes. On prend gîte la nuit sous un abri quelconque, et le lendemain on marche sur ces neiges gelées et compactes comme sur un tapis uni.
DA. 7. Pluies.
Quelles sont les altitudes dans les Alpes où l’eau tombe sous forme de pluie franchement, sans être mélangée de neige ou de grésil? Pour répondre à cette question d’une manière satisfaisante, les observations régulières font défaut pendant l’année à de hautes altitudes. — Les seuls documents à consulter sont les observations météorol@giques faites pendant toute l’année au Grand Saint-Bernard à 2477% alt., et les observations partielles plus ou moins prolongées aux stations du Fauihorn, 2680", au Col du Géant et au Col du Saint-Théodule au-dessus de 3300”, et une série assez suivie du Pavillon de l'Aar 2400n.
En règle générale, on peut admettre qu’au-dessus de 3300" l’eau ne tombe pas franchement sous forme de pluie, qu’à ces altitudes et au-dessus la pluie dans toutes les saisons est toujours entremêlée de neige plus ou moins aqueuse.
Au Pavillon de l’Aar, 2400", il pleut très-souvent et franchement. Au Faulhorn, 2680", j'ai observé des pluies battantes. Au Col du Géant, 3300" alt., pendant les 16 jours que M. de Saussure est resté à cette station il n’a jamais plu franchement. Au Col du Saint-Théodule, 3350" alt., dans la dernière décade d'août, pendant notre séjour, nous n'avons pas vu la pluie tomber franchement; deux ou trois fois il y a eu des chutes de neige aqueuse entremélée de gouttes d’eau. Le cantinier Gorret, qui séjourne depuis trois ans pendant les mois de juillet, août et septembre à cette station, nous dit qu'il ne se souvient pas d’avoir vu la pluie tomber autrement qu'entremêlée de neige ou de grésil.
En règle générale, on peut admettre qu'au-dessus de 3000”, la pluie en été sera entremêlée de neige on de grésil. Pour citer un exemple qui, certes, ne fait pas loi, je dirai que, pendant notre séjour au col du Saint-Théodule, les premiers jours de septembre, l'ami Michel et moi, nous nous sommes rendus au Breuil. Pendant la nuit, une pluie battante, et le lendemain, en remontant au col, à peine en marche, nous avons essuyé une pluie soignée, qui était franchement de la pluie, rien que de la pluie, jusqu’à une altitude de 3000",
Pluies.
alors elle n’a cessé'nullement, mais elle était entremêlée de neige et de grésil, et plus nous montions et plus il neigeait; et arrivés au col, toutes les roches étaient couvertes de 10 centimètres de neige, et le lendemain tout le terrain de la vallée qui descend au Breuil était couvert de neige jusqu'à 2600" alt. Ces changements de pluie en neige en été se voient fort souvent dans le bassin du glacier de l'Aar, et généralement dans les Alpes; l'altitude où cette transformation se fait est à 2600". C'est la hauteur où les glaciers sont adhérents, gelés au sol.
Observation à Genève, 409" alt. — 1946 à 1964.
Chutes de pluies et de neiges. — Dépôts de rosée, de gelée blanche et de givre.
PLUIE. NEIGE. ROSÉE. | GELÉE HAUTEUR NOMBRE D'HEURES. nn D — blanche Les ANNÉES. | Nombre | Hauteur | Nombre | Hauteur | Xi ombre lou civne.| ‘7 °°: be = nn de en de en de Nombre
TOTAL. Pluie. Neige.
de jours.
1861 121 0,801 4 0,054 dé 10 0,855
LL nt ne ES É l ns
Total . ..
Moyenne . À 119 0,808 8 0,030 ? ? 17 0,831 Minimas . 94 0,554 0 ? 0 ? 2 0,572
D. A. Les points d'interrogation ? disent que l'observation n'a pas été faite régulièrement toute l’année.
A Genève, il tombe de la pluie dans tous les mois de l’année. — Premières chutes de neige en novembre et dernières en mars (5 mois).
Chutes de neige sur le Jura, le Salève. le Môle et les Voirons. 1946 à 1964.
RÈbEs Premières Dernières ANSE Premières Dernières | chutes. chutes. | chutes. chutes. | Premières chutes de neige. En moyenne 1° décade, oct.
1846 20 octobre | 8 mars 1855 30 octobre | 20 juin
1847 1 octobre | 12 janvier 1856 20 sept. 2 mai Dernières chutes de neige. 1848 15 octobre | 1 juillet 1857 6 octobre | 12 avril
En moyenne, 2° décade, mai.
1849 P ? 1858 |13 octobre] 7 mars 1850 1 octobre ? 1859 22 octobre ?
1851 30 août 28 avril 1860 10 octobre | 21 avril 1852 30 sept. 4 juin 1861 29 octobre P 1853 26 sept. 11 juin 1862 21 octobre | 14 avril
1854 16 octobre! 5 mai 1863 23 sept. 29 avril
CAE QT
Observation au Grand Saint-Bernard. 9499" alt. 1846 à 1964.
Chôûtes de pluie et de neige. — Dépôts de rosée et de givre.
PLUIE
CR. US Nombre de chètes.
Années. Nombre | Hauteur
de de chètes. | la neige.
Hauteur en eau.
5,651 0,314 0,172 0,152 18 ans
18 ans 18 ans | 15 ans
Havteur
15 ans
Hauteur totale
en eau.
20,801 1,155 1,850 0,586 18 ans