‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 2)Chapitre 114 sur 261 · C. Brouillards secs · texte numérisé non relu

C. Brouillards secs

Brouillards sous-saturés. Air non saturé d'humidité, généralement peu intense. — Le roséemètre et le psychromètre confirment l’état non saturé d'humidité de certains brouillards en haute région. Au col du Saint-Théodule, 3500" alt., cette espèce de brouillard, dans une journée, a remplacé un brouillard sursaturé, et les gouttelettes d’eau, déposées par le premier, se sont évaporées assez promptement. — Par un brouillard normal, air à saturation complète, qui suivait le brouillard sursaturé; les gouttelettes d'eau se maintenaient sans changement.

D. Brouillards de fumée.

Dans certaines circonstances atmosphériques et par vent très-faible nous voyons la fumée de tous les combustibles envahir peu à peu l’atmosphère environnante, depuis le sol jusqu’à une certaine hauteur et se propager ainsi sans discontinuité à une grande distance : c’est simplement de la fumée. Mais lorsque ces fumées se produisent dans les journées où règne un brouillard sec, ils s’incorporent pour ainsi dire au brouillard, et je lui donne le nom de brouillard de fumée. Dans la plaine d'Alsace, aux environs de Mulhouse, j'ai souvent observé ce brouillard de fumée, qui, certes, n’étonnera personne ; les cheminées des établissements industriels, vomissent des quantités fabuleuses de fumée.

J'ai malheureureusement été à même de constater l’envahissement de brouillard de fumée dans ma propriété de Riedisheim, qui est bornée du côté du Nord (de la plaine) par les rails du chemin de fer parcourus par des locomotives dont les foyers sont alimentés par de la houille brute et dont les cheminées ne sont pas fumivores (théoriquement peut-être, mais en pratique nullement). Dans de certaines circonstances atmosphériques de brouillard sec, cette fumée, agitée

Brouillard sec.

Brouillerd de fumée.

Mer de nuages.

par le vent du Nord, envahit mes plantations et souvent reste à demeure fort longtemps.

Pendant mes séjours nombreux au Pavillon de l’Aar, je n'ai observé qu'une seule fois un brouillard de fumée, qui répandaïit une forte odeur très-catharistique d'acide pyroligneux : informations prises, j'ai appris que, dans la vallée de Hasle, non éloignée de la Handeck , on convertissait du bois en charbon, et les fumées dégagées mêlées intimement à un browéllard sec, sont arrivées dans le bassin des glaciers de l’Aar.

E. Mer de nuages.

Je désigne par mer de nuages les brouillards compactes que nous voyons depuis les stations èlevées des Alpes dans les vallées environnantes. L'effet de ces nuages au-dessous de l'œil de l'observateur est des plus pittoresques, et il se produit assez souvent. Le Righi, le Weissenstein, Chaumont, le Pilate, le Faulhorn sont des stations par excellence pour ces observations ; elles réunissent le grand avautage d’être toutes accessibles, et, condition essentielle, on y passe très-confortablement la nuit dans de bons hôtels, pour voir le phénomène le matin (seule époque de la journée où il se produit). — Tel que nous voyons les nuages sous toutes formes, surtout les cnmulus au zénith, nous les voyons dans les vallées au pied de la station. L'effet est d'autant plus imposant, intéressant, magique, pittoresque, disons d'autant plus fabuleux, que, dans les moments où nous sommes en contemplation de ce fait météorologique, très-naturel, du reste, l'atmosphère qui nous entoure est d’une sérénité parfaite, calme plat, zénith bleu outremer, et les rayons solaires une grande vérité. I me souvient de moments délicieux où je suis resté en contemplation pour admirer ces mers de nuages. — Au Faulhorn, l'effet est hors ligne : pendant mes séjours à cette station, je faisais la lecture des instruments météorologiques exposés au point culminant, tous les matins une heure avant le lever du soleil, et plusieurs fois ce phénomène s’est produit dans toute sa magnificence. — Dans de certaines matinées, toute la plaine représentait un immense glacier, une vraie mer de glace, et même aspect, de laquelle sortaient non envahis les points culminants du Pylate et du Righi. — Au Weissenstein l'illusion de cette mer de glace est encore plus complète. Une matinée, la partie supérieure des Alpes et les géants, qui les dominent étaient à découvert dans un horizon outremer, et la mer de nuages se terminait à un kilomètre de distance de la base de la montagne où je me trou-

vais ; la pente de ces nuages était régulière et représentait à s’y méprendre un glacier monstre.

F. Nnages.

En hautes régions nous voyons les nuages se former, se dissiper et prendre les mêmes formes que ceux que nous observons dans la plaine. Non-seulement nous les voyons, mais fort souvent, dans nos courses, nous les traversons : ils nous entourent et nous les voyons alternativement au-dessus et au-dessof de nous.

Signalons une espèce particulière de nuages parfaitement décrite par le persévérant et savant observateur de Genève, l’immortel Be Saussure. — Je transcris du chapitre IX des Voyages dans les Alpes, t. IV, p. 280 et suiv. :

«2 2070. Nuages parasites.

«On connaît ces nuages, que l’on nomme parasites, qui s’attachent à la cime des montagnes, et qui souvent, comme ceux de la montagne de la Table, au Cap de Bonne- Espérance, sont les précurseurs de grains ou d'orages. M. du Caiîla a publié dans les Journaux de Physique de l’année 1784, un grand nombre de faits intéressants sur les nuages parasites.

« On voit fréquemment des nuages de ce genre se former sur la cime du Mont-Blanc; et là aussi on les regarde comme des indices de mauvais temps. Mon séjour sur le Col du Géant, où j'étais si voisin de cette cime, me donna Ia facilité de les observer avec soin.

« Ces nuages paraissent immobiles, et ils le sont réellement dans leur totalité; mais si on en observe un de près et avec attention, on y distinguera un mouvement intestin extrêmement vif. On verra que ses petites parties, et souvent des flocons plus obscurs que sa masse sont entraînés avec beaucoup (le rapidité dans la direction du vent. Il est donc évident que ce ne sont point les mêmes parties qui demeurent en place, mais que ces parties se renouvellent continuellement. Sans doute qu’un vent chaud, presque saturé d'humidité, rencontrant la cime glacée du Mont-Blanc, se refroidit assez pour ne pouvoir plus tenir en dissolution les molécules d'eau, qui se précipitent alors et prennent la forme vésiculaire; mais elles sont aussitôt entraînées par le vent hors de la sphère d'activité du froid de la montagne; alors elles se dissolvent et disparaissent de nouveau. Cependant, peu à peu l'air se sature , même hors de la sphère d'activité du froid , le nuage s'accroît soit en hauteur, soit en étendue, et l’on voit souvent le vent détacher du nuage principal des lambeaux qui, en-

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