‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 2)Chapitre 137 sur 261 · CHARLES MARTINS · texte numérisé non relu

CHARLES MARTINS

CM. 1.... Be Saussure sortit de Chamounix le 1* août 1787 avec 18 guides et alla coucher sous une tente au haut de la Montagne de la Côte, à 2563" all. — Le lendemain il passa la nuit au Grard-Plateau, 3890® alt. — Le 3 août, à soleil levant, température de l'air ambiant + 5°,0 centig. — Arrivée à la cime à {1 heures.

La cime avaît la forme d'une arête allongée en forme de dos d'âne, dirigée d’E à O, et descendant à ses deux extrémités sous des angles de 28 à 30° : elle était étroite, presque tranchante au sommet, à tel point que deux personnes ne pouvaient y marcher de front; mais elle s'élargissait et s'arrondissait en s'abaissant du côté E et prenait du côté © la forme d’un avant-toit saillant au N.

Baromètre 434"°,38; température de l’air —3°,6 centig. à 2 heures; air à l'ombre —3°,9 centig., au soleil —2°,1 centig.

A 3 heures et demie, Be Saussure se remit en marche pour descendre. — La neige s'était ramollie (par suite des rayons solaires)? ; il enfonçait à chaque pas : néanmoins il arriva en une heure et quart au Grand-Plateau, où il avait passé la nuit dernière, le traversa et descendit jusqu’à l'avant-dernier rocher de la chaîne des Grands- Mulets, 3470" alt. ; il l’appela'le rocher de l'Heureux-Retour, et y remarqua avec surprise le cornillet moussier (Silene acaulis, L.); cette jolie plante est celle qui s'élève le plus haut dans les montagnes de l'Europe. Les frères Sehiagintwett l'ont vue sur le Monte-Rosa, à 3630"; Bamond l'a cueillie sur le Vignemale et au Mont-Perdu dans les Pyrénées, à 3000. D’un autre côté elle s’avance au Spitzberg jusqu’à 80° de latitude, où on la trouve au bord de la mer. C'est donc la plante la moins frileuse de notre hémisphère, et en même temps

1 CM. Extrait de la Revue des Deur-Mondes, livraison du 15 mars 1865.

DA. Citations scientifiques pour l'étude des glaciers en hautes régions.

3 DA. Les rayons solaires ramollissent et fondent la neige à toutes les altitudes dans les Alpes. Observation importante.

3890 alt.

Soleil levant.

Air + SC.

4810® alt.

2 heures.

Air —3e,90C.,

Tentatives d'ascension au Mont-Blanc.

celle qui s'élève le plus haut sur les montagnes et descend aussi bas qu’une plante terrestre puisse descendre, puisqu'on l'observe au niveau de l'Océan, même daus la Norwège septentrionale. . ...

CM. 2. Tentatives d’asceusion au Mont-Blanc.

Le 31 juillet 1844, à 7 heures matin, une caravane de quarantetrois personnes part de Chamounix :

Charles Martins —- Auguste Bravais — Auguste Lopileur — Michel Couttet — Jean Mugnier — Théodore Balmat (guides), trente-cinq porteurs et deux jeunes gens de la vallée en amateurs.

Pierres-Pointues, 2060" alt., limite extrême de la végétation arborescente, sur le contre-fort du Breven. Le tapis vert se composait de rhododendrons, de myrtilles, de genevriers rabougris et de quelques pins cembro!, les seuls arbres qui puissent vivre à cette hauteur.

Pierre-de-l' Échelle, 2446 alt. C’est là que le grimpeur dit adieu à la terre; il quitte le sol pour passer le glacier, et jusqu’au sommet du Mont-Blanc il ne trouve plus que des rochers isolés qui surgissent comme des ilots au milieu des champs ds neige qui couvrent les glaclers.

JR ARE A trois heures et demie nous abordâmes aux Grands-Mulets (roches de protogine), 3470" alt. — Les feuillets verticaux dont se composent ces rochers s’élèvent à des hauteurs variables, et forment autant de gradins qui permettent de grimper sur toutes les pointes. La roche, décomposée sous l'influence des agents atmosphériques. s’accumule entre les feuillets : là végètent de délicieuses plantes alpines abritées par le rocher, réchauffées par le soleil qu'il réfléchit. humectées par la neige qui, même en été, blanchit souvent ces cimes. mais fond rapidement dès que le soleil luit pendant deux ou trois jours. En quelques semaines, elles accomplissent toutes les phases de leur végétation; Ch. Martins y a recueilli dix-neuf plantes phanérogames en trois ascensions. Vemance-Payot ayant ajouté cinq espèces à cette liste, il existe vingt-quatre plantes à fleurs aux Grands- Mulets. À ces phanérogames il faut ajouter encore vingt-six espèce: de mousses, deux hépatiques et trente lichens, ce qui porte à quatrevingt-deux le nombre total des plantes qui croissent sur ces rochers isolés au milieu d'une mer de glaco et dépourvus en .-apparence de toute végétation. Qui le croirait? Ces plantes servent de nourriture à

‘ DA. Sur rive gauche dans les hauteurs da glacier de l'Aar noas vovons des Prns cembra vigoureux à 22007 alt.

un rongeur, le campagnol des neiges (Arvicola nivalis, Mart.){, celui de tous les mammifères qui s'élève le plus haut sur les Alpes, tandis que ses congénères sont presque tous des habitants de la plaine.

Phanérogames aux Grands-Mulets, 8470" alt,

Draba fladnisensis (Wulf.) — Draba frigida (Gaud.) — Cardamine bellidifolia (L.) — Cardamine resedifolia (Saut.) — Silene acaulis (L.) — Potentilla frigida (Vill.) — Phytewma hemisphericum (Willd.) — Erigeron uniflorus (L.) — Sarifraga bryoïdes (L.) — Saxifraga grœnlandica (L.) — Saxifraga muscoïides (Auct.) — Saxifraga oppositifolia (L.) — Androsace helvetica (Gaud.) — Androsace pubescens (D.C.) — Gentiana verna (L.) — Luzula spicata (D. C.) — Festuca Halleri (Vill.) Poa laxa (Hæncke) — Poa cœsia (Sm.) — Poa alpina varvivipara (L). — Trisetum subspicatum (Pal. Beauv.) — Agrostis rupestris (AIl.) — Carex nigra (AIÏl.)

Pression barométrique 529"",69 ; ébullition de l’eau (vapeur d'eau) 90°,17 C.— À Paris, 14 juil., bar. 756,85 ; ébullition de l’eau 99°,88.

Dans ces hautes régions il n’y a point de crépuscule : la nuit suc-

cède brusquement au jour. Les étoiles sciñtillaient fortement. Le vent ne s'était point apaisé; il soufflait par brusques rafales suivies d’un instant de calme parfait. Le lendemain 1° août, la caravane s’est remise en marche à 6 h. m. Arrivés au haut de la pente qui conduit au Grand-Plateau, nous nous trouvâmes sur le bord de l’une de ces profondes crevasses que les montagnards savoisiens désignent sous le nom de rimayes?. Impossible de la franchir : nous y descendimes et remontâmes du côté opposé. Une fois à l’autre bord, nous étions au Grand-Plateau. C'est un vaste cirque de neige et de glace dont le fond est un plan relevé vers le Sud. ... Les circonstances météorologiques devenaient aggravantes, les nuages nous enveloppèrent, et la neige tourbillonnait autour de nos têtes. Il n’y avait pas à héeiter : il fallait ou descendre immédiatement ou dresser notre tente. Auguste Simond et Jean Cachat s'offrirent

pour rester avec les trois guides et nous. Les autres (en yrais pro-

fanes) jetèrent leurs fardeaux sur la neige et se précipitèrent en hâte vers le Petit-Plateau. Nous dressâmes la tente. — Air à notre arrivée —90,7 C.; à 2 h. —4° C.; à 5 h. —5°,8.

‘ DA. Ce campagnol, auquel Ch. Martins a donné le nom d'Arvicola nivalis, je lai trouvé à toutes les stations élevées dans les Alpes : au Pavillon de l'Aar, au Faulhorn, au Saint-Bernard, au chalet du col du Théodule..….

* DA. En allemand Bergschrund.

Phanérogames aux Grands-Mulets.

Deusièmes tentatives d'ascension au Ment- Blenc.

Au Grand - Plateeu, O,33 neige tombée en 4 heure.

La nuit le vent redouble de force, .soufflant par rafales interrompues par des calmes plats : véritabla avalanche d'air, le vent paraissait tomber sur nous du bauék du Mont-Blanc. |

2 Août, 5 h. et demie matin :. air —12°,1 C.; neige nouvelle tombée la nuit 0,50 hauteur. CNE

7 h. matün: air 7°, G. — Monter à la cime eût été impossible : sur le Grand-Plateau même naus étions condamnés à l'immobilité. Nous primes donc notre parti, at après avoir rangé nos instruments dans la tente, nous en bouchämes l'entrée avec de la neige, nous nous attachâmes à la corde et redescendimes rapidement aux Grands- Muleis. .,. La neige fraîche était tombée jusqu'à l'endroit appelé les Barmes, à 780" seulement au-dassus de Chamounix.,

CM. 3. Denxièmes tentatives d'ascensions an Mont-Blanc.

7 Août 1844. — Charles Martins — Auguste Bravais — Auguste Lepileur, accompagnés de guides et de: porteurs, partent de nouveau de Chamouaix et arrivent à 6 hh. soir au Grand-Plateau. La tente était debout, les instruments intacls; mais à peine les avions-nous passés en revue, que la neige se remit à tomber comme la première fois, le vent S-O fraîichit, le tonperra gronda etun vialent orage éclata sur le Grand-Plateau. Nous coustruisimes à la hâte un paratonnerre au moyen d'un bâton ferré, auquel nous fixâmes une chaîne métallique. Le bâton fut enfoncé, la pointe en haut, près de la tente, el l'extrémité de Ja chaîne enfouie dans la neige. La précaution n'était pas inutile : les coups de tonnerre éclataient presque en même temps que l'éclair. Par l'intervalle très-court qui les séparait, nous jugeâmes que la foudre devait frapper les sommités voisines à un kilomètre de distance environ. A notre grand étonnement, le tonnerre ne roulait pas : c'était un coup sec comme la détonation d'une arme à feu. Cette nuit se passa comme la première ; Les rafales étaient paut-ôtre un peu moins violentes, mais nous caurions le risque d’être foudroyés. — Le thermomètre descendit à —6°,3 C. Le jour parut, mais ls mauvais temps n'avait pas cessé, la neige devint plus abondante : il ep tomba 0*,33 en une heure. — A 3 heures la hauteur de neige fraiche était de 0",60. — Attaché à la corde, on descend, et à 9 h. sair on est de retour à Chamounix.

‘ DA, Dans la même journée, j'ai mesuré la hauteur de la neige qui nouvrait le so! au pavillon de l'Aar, elle était juste de 0®,60.

CM. 4. Ascension au Mont-Blanc.

.97 Août 1844, minuit et demi, Charies Martins, Auguste Bravais, Auguste Lepileur, sous la direction de guides et accompagnés de porteurs, partent pour la troisième fois de Ghamounix. — A onze heures arrivée au Grand-Plateau. — La tente est encore debout, seulement la neige s'élève autour d'elle à 1*,20 de hauteur. —- Les guides se mirent à déblayer la tente. Ce travail était pénible : chacun d'eux avait à poine enlevé quelques pelletées , qu'il s’arrêtait pour respirer; un secret malaise se traduisait sur toutes les physionomies, l'appétit était nul. Auguste Simônd, le plus grand, le plus fort, le plus vaillant des guides, s’affaissa sur la neige et faillit tomber en syncope, pendant que le docteur Lepileur lui tatait le pouls. C’étaient les effets de la raréfaction de l'air, joints à la fatigue et à l’insomnie dont chacun de nous était plus ou moins affecté. Nous étions alors à près de 4000 alt., et à 3000" il est peu d'hommes qui ne se sentent incommodés :. Je ne rn’étonne pas que nous ayions ressenti dans cette ascension les effets de la raréfaction de l'air, qui avaient été peu marqués dans les deux prémières. Jamais nous ne nous étions élevés si vite de Chamounix au Grand-Plateau; partant de 1040", nous étions, après 10 heures et demie de marche, à 3930" : différence de niveau 2890% franchis en moins d’une demi-journée. Tout malaise disparaissait quand nous cessions d'agir. La seule souffrance réelle et permanente était le froid aux pieds: à chaque pas nous enfoncions dans la neige jusqu'aux mollets, et la température de cette neige était de —10° C. à deux décimètres de profondeur.

Nous passâmes une bonne nuit sous notre tente. — À minuit le thermomètre à l'air libre —9°,6 C. Celui couché sur la surface de la neige —19,9 G.2

28 Août 1844. Départ à 10 h. matin — On enfonçait jusqu'à mi-

jambe dans la neige, dont la température était de 11° à un déci-

mètre profondeur. — La raréfaction de l'air et l'épaisseur de la neige, d'où nous étions obligés de retirer nos jambes à chaque pas, nous

« DA. Dans toutes mes agcensions nombreuses, à toutes les altitudes au - dessus de 3000", j'ai toujours joui d’un appétit hors ligne; jamais les amis ni les goides ne se plaignaient de malaises, et pendant mon séjour à 3500" alt. au col du Géant, j'ai vu passer plus de 50 touristes de tout âge et de tout sexe. parfaitement bien DAPAPRE mordant et avalant les provisions du cantinier : c'était plaisir à voir.

‘DA. Get 2baissement de température 'a ren par suite du lATORnEREnE nocturne, zénith dégagé et calme plat.

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