V. IE
Aicension au Mont Blanc.
Physiologie eu hautes
regions.
Minuit. — Air 9,6.
Surface de la neige —1%,9 (froid par rayonnement noc-
turne.)
voumwet du Yont- Elan
Fousseoms
forcaient à marcher lentement; tous les vingt pas nous nous arrètions essoufflés 3, et nous sentions nos pieds douloureusement froids et près de se congeler. ...
À 1 heure trois quarts, arrivée au sommet du Mont-Blanc. — Il est formé par une arête dirigée de E-N-E au S-S-0; cette arête n'était pas tranchante, comme Be Saussure l'avait trouvée, mais d'une
. largeur de 5 à 6". Du côté Nord elle aboutissait à une immense pente
de neige d'une inclinaison de 40 à 45°, qui se termine au Grand-Plteau; du côté du Sud elle se continuait avec une petite surface plane parallèle à l’arête, inclinée d’une dizaine de degrés et large de 100" environ. Cette surface se prolongeait vers le Sud, en se rattachant à une pente rapide, interrompue brusquement au niveau des grands escarpements de rochers qui dominent l'Allée-Blanche. A l’Est l’arête se raccorde avec un second sommet appelé le Mont-Blanc-de-Courmayeur, et moins élevé que la cime de 50 à 60. Au milieu de cette arête se trouve le Rocher-de-la-Tourette ; situé à 80" seulement audessous du sommet principal, et incontestablement le rocher le plus élevé de l’Europe. A l'Ouest la cîme se relie par une mince crête de neige à la Bosse-du-Dromadäire.
Panorama qui entoure la cime du Mont-Blauc.
Que le lecteur preune une carte d'Europe et place une pointe de compas sur le sommet du Mont-Blanc, l'autre sur la ville de Dijon, et trace une circonférence dont le Mont-Blanc soit le centre. Ce cercle, dont le diamètre est de 420 kilomètres, comprendra la portion de la surface terrestre que l'œil peut embrasser du haut du Mont- Blanc; mais tout n’est'pas distinct, et au-delà de 100 kilomètres, les objets, voilés par le hâle, Kônt confus et effacés. Jusqu'à 60 kilomètres tout est net'et reconnaissable. — Chamounir semblait plongé au fond d’un puits. Le Jardin de la Mer-de-Glace, le Col-du-Géant. la superbe Aiguille-du-Midi étaient sous nos pieds. Il semblait qu'on aurait pu jeter une pierre sur le-Cob-de-la-Seigne. —— Le Cramont, les Glaciers-de-Ruitor se dressaient comme des rivaux du Mont-Blanc, et au-delà des rimes décharnées se montraient, les unes derrières les autres, comparables: aux arbres d'une forêt, sans ordre, sans alignement : c'était la massif immense des Alpes Piémont ises et françaisrs
* DA. Dans ces circonstances de marche dans les neiges, après a ‘oir fait un certain nmbre:de-pas, on s'arrête dans Jes Vosges. das fe Jura', dans :For@t-Naire et dans les Alpes à toutes les altitudes. DE
comprises entre Aoste et Briancon. Le théodolithe fut installé sur le sommet, et Bravais se mit à relever les angles que les montagnes les plus remarquables forment entre elles : c'est ce qui s'appelle un tour d'horizon ou panerama géodésique 1. Qn comprend de quelle importance il est pour la géographie mathématique de pouvoir mesurer l'angle que font entre eux deux sommets aperçus du haut d’un troisième. A l’aide de ces angles, on construit un réseau trigonométrique, base de toute bonne carte de géographie. Une cime culminante, comme celle du Mont-Blanc, permet d'estimer directement la distance angulaire de deux montagnes invisibles, simultanément de tout autre point de la surface terrestre. Si le Monte-Rosa n’avait pas été malheureusement caché par des nuages, Bravats aurait obtenu la distance angulaire de cette montagne au Mont-Pelvoux, par exemple, comme il mesura celle du Pic-de-Belledonne, près Grenoble: à la Roche-Melon, près de Turin, et du Becco-di-Nonna, qui domine la ville d'Aoste, au Pelvoux, près de Briançon. Il y a pkus, l'angle de dépression de ces sommets au-dessous de la ligne horizontale tangente au sommet du Mont-Blanc, combinée avec la distance et la courbure de la terre lui permit de calculer plus tard dans son cabinet la hauteur relative de ces sommets; ainsi la distance angulaire du Mont-Tabor au-dessus de Modane et du Grand-Som, le point le plus élevé de la Grande-Chartreuse, près de Grenoble, est de 41°,46. L'angle de dépression du Tabor est-de 1°,27 ; nombre qui donne une hauteur de 3180. Pour le Grand-Som , ls même angle Me dépression:est de:2*,2, ce qui; vu la distance , permet de conolure à uns élévationide 3033" séulement. Comme Be Saussure, 1005 fimes frappés: dt désordre des montagnes qui s’'élvent au:Sud du: Mont-Blane: le mot de chaînes leur est inapplicable , mais: cskn -de ptéupes leur convient parfaitement : l'on reconnaît très-bién ceux'de l'Otisans ou du Pelsoux', des Rousses, des Alpes occideniales comprises entre le Dradc ét l'Arve ‘des Aiquilles- Rouges au-dessus de Chamiounix, et enfinidu Valais: Tous ces massifs appartiennent. aux terrains-oristallins, 'gramite,. protoginé, gnêéiss ou aux terrains anciens, schistes métamorphiques, terrain houiller, etc. Si l’on se tourne vers le Nôrd, l'aspect:e8t tout différent :: on suit les chaînes qui se prolngent parallèlement au lad de Genève, celles .du Jura se terminant à l'Ouest par les profils de la Grande-Chartreuse, ‘ Voy. À. fsravais : Ze Mont-Rlan«, on Description de ta Vue el des l'hénn. mènes qu’on peu! apercevoir de son sommet, in-12. A
Wetrorclugie
dont l'horizon contraste avec les sommets aigus et déchirés des Alpes francaises. Avant d'entrer dans le bassin du Leman, le Jura se dédouble en chainons parallèles qui longent le lac de Neuchâtel et vont expirer au pied des montagnes de la Forêt-Noire. En Savoie, au Sud du lac de Genève, nous comptämes cinq chainons. dont le dernier contient la montagne des Voirons. Si l'on jette un coup-d’œil sur la belle carte géologique de la Haute-Savoie que M. Aiphonse Favre 4 publiée en 1862, on reconnait que ces chaïinons appartiennent aux terrains Jurassiques, crétacés et tertiaires. Nous remarquäâmes encore celles des Diablerets et du Simmenthal, qui appartiennent, comme celles du Chablais, aux terrains de sédiment ; elles sont également paralleles entre elles, mais se dirigent vers l'Est.
Observations météorologiques à la cime du Mout-Blanc.
Ébullition de l'eau (vapeurs d'eau). — Baromètre 423% 74: ébullition de l'eau (vapeurs d’eau) 84°,40. Ce degré de température de la vapeur d’eau ne diffère que d’un vingtième degré centigrade de celui constaté par M. Megnault, et prouve que ses Tables des tensions de la vapeur sont l'expression exacte des relations qui lient les températures aux pressions. — Pour le Crand- Plateau l’écart était d’un centième, aux Grands-Mulets et à Chamounix d’un vingt-cinquième.
Baromètre. — Les mesures géodésiques du Mont-Blanc donnent eu moyenne une altitude de 4809",6, hauteur qu'on peut considèrer comme parfaitement exacte. — Le chiffre déduit des quatre observations barométriques donne une élévation de 4810" au-dessus de la Méditerranée : différence de 0,4.
M. Plantamour, Directeur de l'Observatoire à Genève, après avoir déterminé la hauteur de Fl'hospice du Grand Saint-Bernard au-dessus du lac Leman par deux nivellements directs, partant du lac et aboutissant au seuil du couvent, on a ensuite calculé la hauteur par dixhuit années d'observations barométriques correspondantes à celles de l'Observatoire de Genève. Le résultat de cet immense et persévérant travail, c'est que les observations barométriques correspondantes. prises entre ? et 4 heures de l'après-midi ,:ne donnent en août el sejr lembre qu'une erreur probable de !/,,9 de la hauteur, soit { metre pour 1300" euviron.
La hauteur du Mont-Blanc ne parait pas avoir sensiblement varie depuis la premiére mesure faite en 177h par Sehuckburgh, jusque dans ces derniers temps. Getle constance a lieu d'étouner, le sonne!
étant formé uniquement de neiges et de’ glaces dont Be Ssussure estinait l’epaisseur à 65® environ. Il parait évident que le Mont-Blanc est une pyramide semblable à sa voisine l'Aiguille-du-Midi. Les Rochers-Rouges, les Petits-Mulets ; la Tourette sont des pointes encore saillantes de cette pyramide; le reste est recouvert d’une ealoits de neige qui ne fond plus à cause de l'élévation de ‘læ montagne an sommet de laquelle la température de l'air est rarerhent à zéro et presque constamment fort au-dessus. On se demande donc comment il 8e fait que l’éparsseur de cette calotte de neige soit invariable et:que l'altitude de la montagne'ne chahge pas suivant les saisons, at même suivant les années. En éffet, la quantité de neige qui y tombe, les vents qui la balayent, l'éÉvaporation qüi -en diminue Jl'épaisseux, la condensation des nudges qui laugmente, variant d'na année à l’autre : aussi la forme du sommet r’est-elle jamais la même. Que l'on compare les descriptions de De Saussure- (1787) —Clssula (1822) — Marckham - Sherwili (1827) — Menrt de Taily (1834) -— Bravais (1844) — et l'on verra que chaoun de 06s. voyageurs 4 trouvé une forme différente, sduf le trait fondahental, une orété en. dos d'âne, dirigée E à OÔ. Comment en serait-il antrement ?: Des neiges tomhent sur le Mont-Blanci amenées par ‘tous les ‘vents du compas : à peine tombées, elles sont balayées, déplacées, emportées, si bien .que la surface de ces neiges ressemble à celle d'un. chamip labotwré. Même par les'plus beaux temps, lorsque lé taime le plus parfait règpe dans la plaine, une légère: fuméë paraît s'échapper de la cime, entrainée horizontalement par un vent wolent : c’est, disent lea Savoisians, le Mont-Blanc qui fume sa pipe, signe de beau temps. si le funiée (la neige) est envrée du côté du Sud. Bn définitive, néanmoins, toutes es canses variées d’ablalion et de rehaussement (diminulon et augmentation) se FR !
‘ DA. En très-hantes régivns la neige tombe généralement sous forme cristaHine, poudreuse. sèche, él jamais à l'état agueux.. Enlewée par le vent, elle s'accupule à de jrendes hauteurs dans les cingues:. at:dans certains ças.. sur lea crêtes en surplombh. elle s'en détache. en ayalgnehes, — Preure positive, que c’est bien ainsi que les choses se passent en très-hautes régions : ]l y a peu de jours (avril 1865), me trouvant à Berne au bureau topographique , le directeur, M. Bentsler, me dit : « Depuis un grand nombre d'années, fort souvent dans toutes les saisons, par des jutwnées sercines hors ligne. J'obrerve ‘lwec-dn tiiésdelile de précision l'angle de divers. pics de nos sullimes :Alpes Berneises . et surtout le point culnineat: de là Jungfrau. L'arète du sommet change sou-
Temperateres.
Rien n'est stable d’une manière absolue : tout oscille, la molécule comme la masse. Cette oscillation autour d’un état moyen, c'est la fixité de la vie ; l’immobilité, c'est la mort, et les forces générales de la nature qui régissent le monde inorganique comme le monde organique ne se reposent jamais.
Températures.
Un rayon solaire tombant sur un sommet élevé doit être plus chaud que celui traversant les couches les plus basses, et par conséquent les plus denses de l'atmosphère, et descend jusqu’à la plaine; ces couches inférieures absorbent nécessairement une quantité notable de la chaleur de ce rayon. Ce que le raisonnement faisait prévoir, la simple observation le confirme déjà. Tous les voyageurs qui s'élèvent sur les hautes montagnes sont surpris de la chaleur extraordinaire du soleil et du sol, comparée à la basse température de l'air ambiant à l'ombre. — Aux Petits-Mulets, à 4680 alt., la neige avait fondu au contact des rochers, et s'était convertie en glace compacte et glissante !.... On ne pouvait employer, dans les observations au sommet du Mont-Blanc, les instruments imaginés par Mersekel el Pouillet; On les avait laissés au Grand-Plateau; mais un essai trèssimple prouva combien la chaleur propre des rayons solaires était supérieure à celle de l’air à l'ombre. Un thermomètre placé dans du sable siliceux de Fontainebleau, qui était exposé dans une boîte aux rayons solaires, s'élevait au soleil à 5°, tandis que la température de l’air ambiant à l'ombre était à —8°: différence de 13° entre l'échauffement du sable et celui de l'air. Les expériences correspondantes faites au Grand-Plateau et à Chamounix avec le pyrhéliomètre de Ponillet, montrèrent que la chaleur des rayons solaires est plus
vent d'aspect; elle est plus ou moins large, et son inclinaison a varié d’une année à l’autre; mais la hauteur positive extrême reste la même. Des points culminants de montagnes de 3000* alt., couverts de neiges, varient de 1" à 2* au commencement de l’ete (juin), mais dans l’ensemble la hauteur reste la mème.
* DA. Dans certaines ascensions au Finster-Aarhorn. les grimpeurs cet les guides signa lent des parvis de roches couvertes partiellement de glace d'eau de neige. a peu de distance en aval du point culminant. — L'ami meser à trouvé au point culminant du Schreckhorn la neige ramollie par les rayons solaires ; il s’en écoulait de l’eau.
De Saussure, le 3 août 1787 à 3 h. 30 m. du soir en descendant du point culminant du Mont-Rlanc, trouve la neige ‘ramollie par les rayons solaires. on enfonçait à chaque pas. Température à l'ombre —3".9 au soleil —2".t.
OBSERVATIONS SCIENTIFIQUES AU MONT-BLANC. 271 forte de 0°,13 à 0°,31 à 3930" qu'à 1040", quoiqu’à Chamounix la température de l'air à l'ombre fût supérieure de 19,1 à celle de l'air du Grand-Plateau.
Grand - Plateau 3903" alt. : minuit —9°,6 ; surface de la neige —19°,9.
Cime du Mont-Blanc 4810" alt : 6 h. 30 m. soir, air —11°,8: surface de la neige —17°,6, à 0,20 profondeur —14°,0. Grand-Plateau (retour) : minuit —6°,9; surface de la neige —18,5, à 0®,20 profondeur —10°,4.
Ch. MARTINS.
+ 2 . , ° : st ‘ ‘ ‘ : t its Pa or £ c dr s L . « * ' t , Fr { 3 à , il !
! , L 4 v . 4 1 « t (1 , f ° Pal : | : ! ce L 0 ‘ + + e, : + «I ; À 3 s n 4 , , t n 0 « , [ F ‘ F = ï , ' 4 . L . » L PRE: 2% .