ABLATION DES NEIGES ET NEVÉS
nevés et glaces est à une profondeur de 1" de plusieurs degrés audessus de zéro dans toutes les saisons, le sol en contact n’exercera aucune action. — Je soumets ces conclusions et ces observations aux amis glacialistes, tout en élant assez osé de dire positivement que généralement le sol n'exerce aucune action sur les matières gelées qu'il supporte. — Exceptionnellement et partiellement le cas contraire peut se produire; en règle générale et pour l’ensemble du système glaciaire, je répéterai : Non.
DA. 9. Fonte des neiges et nevés qui couvrent temporairement les glaciers : leur ablation.
Les naturalistes qui ont exploré les hautes régions des Alpes le siècle passé. et un grand nombre de ceux qui ont écrit sur les glaciers au commencement du dix-neuvième siècle, en transmettant leurs observations, signalent des meîges perpétuelles; ils assignent une altitude (limite) où elles persistent et ne se fondent jamais, et concluent qu’elles se changent en nevé, puis en glace de glacier, pour s'ajouter à la glace qui les supporte.
De Saussure nous dit ! : «Les cimes isolées ou du moins celles qui ne «sont pas immédiatement jointes avec de très-hautes montagnes, se « débatrassent de toutes les neiges lorsque leur élévation au-dessus de « la mer ne dépasse pas 1400 toises (2730). Ainsi, le Gramont et les « Fours, que nous avons observés, et d'autres que nous verrons encore, « qui ont la même hauteur, se dégagent entièrement et produisent « quelques gramens et quelques autres plantes sur leur sommité. Mais «toutes les montagnes dont la hauteur surpasse 1400 ou 1500 toises « (2730® à 2830”) conservent à leurs cimes des neiges éternelles...
« Il se forme de temps à autre de nouveaux glaciers dans des places «où l’on ne se souvient pas d'en avoir vu auparavant. Si, à la fin « d’un hiver abondant en neiges, une grande avalanche s'arrête dans « un endroit que sa hauteur ou sa situation tient à l’abri des vents du « Midi et de l’ardeur du soleil, que l’été suivant ne soit pas bien chaud, « toute cette neige n'aura pas le temps de se fondre, sa partie infé- « rieure imbibée d’eau se convertira en glace 2. L'on verra des neiges « permanentes, et même des glaces dans un endroit où il n'y en
‘ Voyez T. V, I" partie, pages 33, 48 et 49 de nos Matériaur.
: DA. Cette transformation de neige en glace à sa partie inférieure qui touche le sol a effectivement lieu à des altitudes au-dessus de 2600"; dans les régions plus basses cette transformation ne se fait pas. — A aucune altitude , la neige qui couvre un glacier sousjacent ne s'ajoute directement à sa surface.
Fonte des nuiges et nevés qui couvrent tem porsirement les gla-
ciers.
Conclusions, Abla-
Lions.
Nevés.
340 NEIGES ET NEVÉS.
« avait point auparavant. L'hiver suivant de nouvelles neiges s’arrè- « teront dans cette place et leur masse augmentée résistera encore « mieux que la première fois aux chaleurs de l'été...
«Les mêmes causes peuvent augmenter les [anciens glaciers, et « ainsi la somme totale des glaces peut s'accroître jusqu'à ce qu’il v « ait plusieurs années de suite où il tombe peu de neige en hiver et a où les chaleurs soutenues pendant l'été fondent les nouveaux gla- « ciers et réduisent les anciens dans leurs justes bornes... »
DA. 10. Les observations glaciaires de 1844 à 1864 nous autorisent à conclure:
1° Les neiges qui couvrent les roches et les glaciers à toutes les altitudes sont temporaires plus ou moins persistantes, augmentant ou diminuant suivant les circonstances atmosphériques, disparaissant partiellement ou généralement à toutes les altitudes. — Elles ne sont ni éternelles ni perpétuelles.
2° Les neiges à toutes les altitudes ne conservent pas les formes cristallines qu'elles avaient au moment de leurs chutes. — Sous l'influence de circonstances atmosphériques (qui, à toutes les altitudes, sont très-variables, surtout en hautes régions) et du tassement , les formes cristallines primitives subissent une transformation. D'étoilées et souvent à arètes vives, elles s’arrondissent. Nous les trouvons sous l'aspect de sucre raffiné cristallisé et de celui de cassonnade — en petits grains comme du sable fin ou de la craie pilée — en gros grains très-caractéristiques.
Nous donnons le nom de nevés aux neiges ainsi transformées, et nous appelons neiges fraiches ou neiges anciennes celles tombées dans l’année, qui fort souvent en hiver conservent des formes à arètes vives, qui par le tassement s’arrondissent, mais n'ont pas subi une véritable transformation. — Les nevés (neige grenue), par suite de température de l'air ambiant élevé, et surtout des rayons solaires (qui en hautes régions sont très-intenses), subissent une fusion à toutes les altitudes. et par suite de froids qui surviennent, cette eau de fonte se congelant, les grains se soudent les uns aux autres, mais généralement dès que la chaleur agit de nouveau, ils se séparent. — Partiellement ils restent soudés et sont alors désignés par glace de neveé.
3° Nous avons déjà signalé, et nous le répétons, que les nevés qu couvrent les glaciers ne se transforment pas en glace pour s’ajouter à la glace de glacier qui les supporte. Exceptionnellement ce cas peut arriver localement et partiellement seulement.
NEIGES ET NEVÉS. 341
4° Les chutes de neiges qui tombent en hiver se tassent, elles occupent une hauteur moindre que celle primitive, et ce tassement continue. Les observations faites au Grimsel en 1846 nous disent que les 16" de hauteur de neige (hauteur des chutes successives observées matin et soir) tombés de novembre à avril s'étaient tassés au point que le 30 avril la hauteur dont ils couvraient le sol n'était que de 2,30, sans qu'il s'en écoulât d’eau ; ce n'était pas une ablation, mais un tassement qu'ils avaient subi. En mai la fonte ou l’ablation proprement dite a commencé, et le 10 juin la totalité avait disparu par la fusion et le sol était à découvert.
Les neiges qui tombent en été dans les Alpes (et ce cas se présente assez souvent), et qui ont une certaine hauteur, se tassent de même, sans qu’il s'en écoule d’eau, puis ils subissent une ablation par fusion !. Citons une observation :
Glacier de l'Aar, 2300" alt.
Le 15 et 16 août 1844. La neige tombe sans discontinuation, et le 16 au matin elle couvre la surface du glacier (rive gauche à la base du Pavillon) de 0",60 de hauteur. — Le 17 cette hauteur est réduite à 0,40, le 18 à 0,20, et il ne s’en écoule pas d'eau. Le 19 la fusion, l'ablation avec écoulement d’eau commence, et le soir la hauteur n’est plus que de 0",17, le 20 de 0",8, le 21 matin à 0,02, et le soir tout est fondu. Non-seulement cette neige fraîche s'est tassée , mais par suite de circonstances météorologiques, elle était transformée en totalité en nevé gros grains lorsqu'elle avait 0",20 de hauteur.
5° Les nevés tassés soit anciens ou ceux de l’année qui couvrent les surfaces des glaciers partiellement, et ceux qui remplissent des sinuo- . sités ou crevasses, ont été souvent par nous observés à diverses altitudes, et leur ablation a été toujours trouvée absolument la même que celle de la surface du glacier. L'observation était facile à faire, surtout dans les emplacements des glaciers où ces nevés remplissent des crevasses, et que leur surface correspond à celle du glacier. Dans ces circonstances nous avons vu que les deux surfaces conservaient le même niveau, c'est-à-dire que l'ablation était la même.
6° Nous avons constaté par expérience que l’action du sol sur la fusion des glaciers qu'il supporte est nulle; il en est de même pour les nevés anciens qui le couvrent s’ils sont compactes et bien tassés, et
! Voyez tableau DA. 5 de ce volume de nos Matériaux.
342 NEIGES ET NEVÉS
d’une certaine épaisseur qui ne permet pas aux rayons solaires de les traverser. :
7° Les neiges fraîches qui tombent en été blanchissent la surface du glacier et s’y accumulent sans que la surface du glacier qui les recoit ait une action sur elles. — Il n’en est pas de même des neiges qui tombent dans certains moments sur roche en place ou sur les matériaux des moraines, elles se fondront au contact et ne les couvrent qu'après avoir refroidi les matières sous-jacentes.
8° Dans le paragraphe 5 nous disons : L’ablation de la surface des nevés tassés est la même que celle des glaciers, toutes choses égales. De certains physiciens sont en droit de faire opposition théorique (je dis théorique) à ces conclusions. La densité n’est pas la même, l’arrangement moléculaire dont sont composées les deux matières (corps) est différent. — Certes, parfaitement d'accord, et si le nevé et la glace restaient compactes, unies à la surface, l'ablation du nevé serait plus forte — mais — et en physique du globe les mais se produisent souvent et mettent des bâtons dans les roues du char qui conduit à bon port, et empêchent de monter au Capitole......
Les glaciers sont sous l’action de l'air ambiant, et surtout des rayons solaires qui dardent sur leur surface. Ces rayons solaires intenses disloquent la glace de glacier à plusieurs centimètres de profondeur et azissent sur ces parcelles libres ; je dirai plus, ces parcelles. souvent sous formes lentillaires, font l'office d’une vraie lentille transparente qui concentre les rayons solaires et augmente la fusion. Des boules de thermomètres placés dans cette glace disloquée à ? centimètres de profondeur, indiquaient une température de + 1 à + 3. et confirment l'observation de Hugi, qui dit que, par soleil ardent. la température superficielle du nevé et de la glace de glacier est de + 1° au-dessus de zéro. Certes, tout physicien dira : impossible. Cette impossibilité est prouvée à une condition : c’est d'intercepter les rayons solaires, de mettre les surfaces qu'on observe à l'ombre en couvrant la partie où est logé le thermomètre d'un écran quelconque (mettre à l'ombre), et la boule du thermomètre sera à zéro juste. — Mais, si vous enlevez l'écran et que les rayons solaires sont de nouveau une vérité, le thermomètre vous dira + {1° à + 3°.1
: DA. En observation physique du glohe, et en météorologie surtout. la premiere cundttwn est d’avoir à sa disposition des instruments parfaits et de précision, et de les lire con: ciencieusement. Mais, n'oublions pas que la deuxième condition est de mettre re
La surface du nevé ne reste pas fixe non plus, les grains du nevé se desserrent et l’action du soleil agit de même. — Par temps couvert ou dans les journées de pluie les deux surfaces restent compactes, et alors l’ablation est faible, et si elle n'est pas mathématiquement la même, elle se mvelle plus tard; en général pour un temps de plusieurs jours, l’ablation est la même.
DA. 11. Mésumé des observations ablation des glaciers.
1° Absence d’ablation (nulle ablation).
Les neiges ou nevés qui couvrent les glaciers à toutes les altitudes dans les Alpes préservent leurs surfaces de toute ablation dans toutes les saisons. — Lorsque cette couverture, par suite de températures élevées, se fond et que, par soleil ardent, la couverture n'a plus qu'une faible épaisseur, les rayons solaires pourront agir sur la surface du glacier et opérer de légères ablations partielles à sa surface; c'est le seul cas exceptionnel. Si cette couverture laissait des interstices l'action serait plus forte.
2 Ablation très-faible, 0",005 diurne.
Couverture de neige de peu de hauteur, mais uniformément répandue. Alors : action des rayons solaires et de l’eau de fusion.
Couverture de sable et menus matériaux d’une certaine hauteur.
Ciel couvert, basse température et vent froid.
3° Ablation faible, 0",020 diurne.
Couverture de matériaux (moraine) non éparpillés, telle que moraine médiane.
Ciel couvert, température modérée, brouillard ou pluie faible.
4° Ablation moyenne, 0",04 à 0,05 diurne.
Dans des circonstances de juste-milieu qui entravent ou accélèrent l’ablation.
5° Ablation forte.
Température chaude jour et nuit, soleil ardent, vent chaud (absence de rayonnement nocturne). Après le coucher du soleil, pluie chaude et température élevée...
instruments dans les conditions telles qu’ils nous disent la vérité. Pour vérifier la gradation des thermomètres ct pour se rendre compte du déplacement de 0° de l'échelle (glace fondante), observez dans la glace pilée ou dans la neige dans une localité à l’ombre; les thermomètres dont les degrés sont divisés en 10", et pour les thermomètres de précision hors digne où vous lisez les 100” et mème les millièmes degrés (système de l’ami Walferdin), attendez nuit close et lisez à la bougie, la clarté par ciek-couvert môme les mnfluence.
Résumé des obeervations ablation des
glaciers.
Influence de l'état hygrométrique de l'air ambiant sur les neiges,
nevés et glaciers.
Dans ces circonstances l'ablation de la surface du glacier de l’Aar pourra s'élever à 0",10 diurne.
6° Ablation très-forte, 0",12 diurne. :
Les mêmes circonstances que pour une ablation forte, dans une localité où la surface est couverte de matériaux de couleur foncée éparpillés, qui se sont enfoncés et ont criblé La surface à quelques décimètres de profondeur de trous d'orgue (Keller-Lœcher). Dans ces cas l'ablation peut atteindre 0,12 et plus.
7° Ablation hors ligne, maximum 0,015 — à 0,020.
Des ablations de 0,015 à 0",020 diurne, se produisent partiellement dans toutes les circonstances qui favorisent l’ablation que nous avons citée; mais elles n’atteijgnent le plus grand maximum que sur les parois de glace inclinées à 45°, et en regard, au Sud, recevant les rayons solaires toute la journée , et la nuit les eaux d’ablation coulant sur leur surface y. forment des sillons dont les parois offrent une grande surface aux rayons solaires du jaur. Ces ablations exceptionnelles se produisent surtout sur moraine médiane ou à la pente terminale, lorsque des surfaces partielles sont déconvertes par suite de l'éboulement des matériaux qui les couvraignt, sur les surfaces que nos guides appellent Schilder (signes, enseignes),
8 Consultez pour plus de détails et conclusions les paragraphes nombreux que nous avons cités, les tableaux météorologiques et d'ablation, ceux des volumes Auteurs et ceux qui suivent encore — Vor. aussi le chapitre Évaporation et condensation, influence de l’état hygrumétrique de l’air ambiant sur les neiges, nevés et glaces.
DA. 12. Influence de l’état hygrométrique de L’aîir ambiant sur les neiges, nevés et glaciers.
Introduction.
État hygrométrique de l'air.
De toutes les observations météorologiques, une des plus importantes, c’est de s’assurer de l’état hygrométrique de l’air ambiant. — Les physiciens ont mis à notre disposition deux instruments pour faire ces observations :
Le Psychromètre et le Roséemètre. ..
Psychromètre.
La théorie de cet instrument repose sur les deux principes suivants : 1° le froid produit par l'évaporation est sensiblement proportionnel à la vapeur qui se forme ; 2° celle-ci est essentiellement dépendante du degré d'humidité de l’air dans lequel se fait l'év aporation (de l'air ambiant.