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GRAVIER DES VOSGES

dans le haut du bassin, au-dessus de Bàle, si ces débris de roches n'avaient fait que descendre des montagnes en frottant les uns contre les autres dans un cours d'eau tel que le Rhin. On est amené à conclure, ou bien que ces cailloux ont subi pendant l'époque diluvienne ou erratique des frottements plus violents que ceux qu'ils éprouvent dans le roulis actuel du fleuve, ou bien que ces mêmes cailloux avaient été préalablement arrondis dans des lacs ou dans la mer, à l'époque tertiaire, lorsqu'ils sont entrés en circulation dans les eaux courantes.

Dans les puits que l'on fait journellement à Schiltigheim près de s»p«T>o«tiondag«.

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Strasbourg, on traverse le lœss sur toute son épaisseur pour at- g„^i„ ,ipiB. teindre l'eau dans le gravier qu'il recouvre. On rencontre alors sur beaucoup de points une couche de sable des Vosges qui est superposé au gravier alpin. Ce sable, qui résulte de la désagrégation du grès des Vosges^ est mélangé de fragments du même grès et de galets de porphyre de la vallée de la Bruche.

Une superposition semblable du diluvium des Vosges au dilu-

vium alpin a d'ailleurs été signalée aux environs de Mulhouse par H. KcBcMin-Scliluiiiberger et par JOL. Edouard €ollollib^

La relation du gravier ancien du Rhin par rapport au gravier diluvien des rivières qui descendent du Jura, de la Forêt-Noire et des Vosges, nous amène à conclure que l'époque de la formation des chaînes de montagne n'a pas eu d'influence sur l'âge des dépôts diluviens qui en rayonnent, puisque le gravier diluvien de ces trois dernières chaînes de montagnes n'est pas moins ancien que celui qui a été charrié des Alpes.

Le sable et le gravier des Vosges qui bordent les rivières passent Limon en beaucoup de points à un limon jaunâtre souvent sablonneux qui recouvre les plateaux. C'est un limon semblable à celui qui couvre de vastes étendues dans l'intérieur de la France*. Tantôt le passage du limon aux cailloux se fait graduellement, comme aux environs de Gumbrechtshofl'en ; tantôt le passage est plus brusque. Quelque-

jaune de« plateaux.

CoUomb, Quelque* observations sur le terrain quaternaire du bassin du Rhin et des relations d'âge qui existent entre le terrain de la plaine et celui de la montagne (Bulletin de la Société géologique de France , 2« série , t. VI , p. 480).

!) Histoire de la géologie, 1833-1843, t. Il, p. 151.

fois le limon est superposé au sable des Vosges , comme près if^ Rauschendwasser; d'autres fois encore les cailloux forment d^s veines irréguliëres au milieu du limon.

Lors même qu'il couvre de grandes étendues, le limon est peu épais ; il n'a quelquefois que 2 ou 3 décimètres d'épaisseur, et , dans ce cas, l'on pourrait quelquefois croire qu'il résulte simplement de la désagrégation du lias qu'il recouvre souvent , s'il nïtait pas mélangé de sable et de cailloux dès Vosges. Quand il recouTre le lias y il contient des dépôts de minerai de fer qui sont exploités sous le nom de mine plate; c'est le spbérosidérite du lias qui a été lavé sur place.

Des bariolures blanches s'observent très-fréquemment dans le limon jaune dont il s'agit. Elles sont dues à l'action dissolvante de plantes en décomposition , et se lient ainsi à la formation du minerai de fer des marais, comme je l'ai exposé dans un mémoire antérieur ^ On y trouve fréquemment aussi , par exemple aux environs de Niederbronn , de Bouxw^iller, d'Œrmingén , des pisolithes noirâtres ou jaunâtres qui, au premier abord, pourraient paraître provenir du terrain de minerai de fer pisolithique; mais ces pisolithes sont très-friables et ne renferment guère plus de 10 pour iOC' d'oxyde de fer; de l'oxyde de manganèse et une matière organique s'y trouvent mélangés. Ces pisolithes paraissent être des concrétions formées dans le limon, à peu près à la manière du minerai de fer des marais.

Da lœu oa lebm. A. D. 8. Parmi les dépôts de transport de la vallée du Rhin, le

plus frappant pour l'observateur, tant par son développement que par l'altitude considérable qu'il occupe au-dessus des cours dVau actuels , est le limon sableux et calcarifère connu sous le nom de lœss ou de lehm.

Ce dépôt a déjà été trop souvent décrit pour qu'il soit nécessaire d'en parler ici*. Cette vaste traînée qui s'étend dans le bassin du Rhin avec une physionomie si uniforme jusqu'au delà de Cologne,

* Recherches sur la formation du minerai de fer et des lacs (Annaks des mtneiy 4* série, t. X, p. 87).

< Alexander Bnuin, Leonhards Jahrbuch^ 1847, p. 49. Cette lettre renferme ée précieux détails sur les coquilles du lœss. — D'ArelUae , Histoire de la géologie ^ t II ,

p. 178 àà, CMI«Bik , Mémoire cité plus haut {Bullet. de la Société géohgiqhe,

a* série, t. IV, p. 480).

se rencontre déjà près du lac de Constance. Il parait que le lœss du bassin du Rhône, qui est très-semblable à celui-ci, prend naissance vers le lac de Genève , c'est-à-dire aussi non loin de la limite des Alpes , et dans une position topographique qui rappelle les environs de Constance.

Le lœss alpin contraste avec le limon jaune qui provient des ^*p**" •"»^q«««- Vosges , par l'abondance des coquilles terrestres et fluviatiles que renferme le premier dépôt sur une foule de points, tandis que l'on n'en trouve que très-peu dans le limon jaune de nos plateaux. On peut ajouter que le lœss donne une terre végétale de beaucoup supérieure à celle du limon des Vosges, différence qui est d'ailleurs facile à comprendre.

Outre les dépôts de gravier et de limon dont il vient d'être question , dépôls qui ont été évidemment apportés par les eaux courantes, il existe dans plusieurs régions de la vallée du Rhin des accumulations de blocs et de gros matériaux que l'on comprend particulièrement sous le nom de dépôts erratiques. Dans le département du Bas-Rhin, par exemple près d'Obernai, d'Otrott-le- Bas, de Saint-Nabor, d'Epfig, de Blienschwiller, d'Itterswiller, de Neubois etc., on rencontre de ces dépôts qui n'ont pas été encore signalés ; afin d'éviter un double emploi , je renvoie pour leur description à la Statistique minéralogique et géologique du Bas-Rhin , qui est sous presse. Je ferai seulement observer ici que ces accumulations de gros blocs sont antérieures au dépôt du lœss, ainsi qu'on le reconnaît dans la colline d'Epfig.

L'examen des dépôts diluviens fournit quelques données sur les »*«^»« «>" «>""

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phases par lesquelles la vallée du Rhm a passé, depuis que les dé- „odèiedeUpUineda pots tertiaires marins et lacustres ont été mis à sec jusqu'à l'époque shin. actuelle.

Dans de nombreuses localités on peut constater que le lœss est superposé au gravier diluvien des Vosges, de la Forêt-Noire, des Alpes , du Jura et du KaiserstuhlS et de plus, qu'il existe souvent une séparation très-nette entre le limon et ce gravier. La superpo-

' Le fait relatif à cette dernière localité s'observe très-bien au bas de Nieder-Rothweil ; les cailloux qui consistent exclusivement en basalte du Kaiserstuhl sont faiblement arrondis et recouvert» par le lœss. Aux portes mêmes de Strasbourg, à Scbiltigheim, le lœss recouvre le gravier alpin et le gravier de la vallée de la Bruche.

sition du lœss au gravier ancien n'est d'ailleurs pas limitée au bassin du Rhin ; H. de Horlot signale une disposition semblaLIo dans le bassin du Danube, par exemple près de Linlz^ Ainsi, déjà antérieurement au dépôt du lœss , des cours d'eau descendast de toutes les chaînes voisines du bassin, après avoir emporté une partie des teiTains tertiaires qui comblaient le milieu de la vallée , ont déposé des quantités considérables de cailloux. Le dépôt de ces puissants atferrissements gi*aveleux correspond probablement à une longue période pendant laquelle , par suite de circonstances climatériques différentes, et peut-être aussi parce qu'une végétation bien développée ne protégeait pas encore l'épiderme des continents , les dégradations dues aux agents atmosphériques étaient considérables. Dans beaucoup de petits vallons des Vosges on trouve des atlerrissements qui ne sont probablement autre chose que des lits de déjection de torrents éteints depuis une époque indéterminée; ces petits atterrissements remontent sans doute à la même période que les dépôts de gravier plus étendus.

Le grand charriage auquel le lœss doit son dépôt succéda à ce premier état de chose; les atterrissements précédents furent partiellement recouverts par le lœss , qui s'étend moyennement à plus de 60 mètres au-dessus du niveau du gravier.

Plus tard , les rivières dont le lit avait subi, par le charriage da lœss, un exhaussement tout à fait anormal, et le Rhin en particulier, travaillèrent immédiatement à creuser de nouveau leur thalweg, en déblayant une partie du limon qui obstruait leur ancien lit. Chaque cours d'eau a laissé des traces évidentes des divagations par lesquelles , après le dépôt du lœss , il a préludé à la formation de son lit actuel. Les gradins qui découpent les terrasses de lœss et celles de gravier, vis-à-vis de presque toutes les vallées de montagnes d'où il sort des rivières , résultent en effet de ces corrosions ultérieures : des cailloux ont été éparpillés sur les terrasses de lœss dont il s'agit, pendant cette troisième période, c'est-à-dire lorsque ces terrasses servaient de lit à la rivière.

Le lœss, surtout peu de temps après sa formation, devait être facilement rongé par les eaux : de là la grandeur des écbanci*ares qui y ont été pratiquées ; l'érosion de la vallée de la Bruche , par

* Erlœuterufigen %ur geologischen Karte der nùrdôsilichen Alpen^ 1847.

exemple , atteint 5 kilomètres de largeur. Il est à remarquer que les érosions au fond desquelles coulent les ruisseaux, sont en général d'autant moindres que ces ruisseaux sont moins volumineux; le modelé du lœss , sous forme de collines et de mamelons isolés , tel que nous le voyons généralement aujourd'hui, parait donc être en grande partie l'œuvre des cours d'eau qui , depuis l'époque de son dépôt, ont coulé, soit à la surface, soit dans le voisinage de ce limon. Dans la théorie glaciaire, on est conduit à admettre, ainsi que l'ont exposé H. de Horlot et H. CollombS que le lehm n'est autre chose que la boue qui résultait de la trituration opérée par les anciens glaciers sur les roches soumises à leur frottement; boue qui aurait élé transportée au loin par les cours d'eau , comme elle l'est aujourd'hui encore par les eaux qui proviennent de la fonte des glaciers actuels.

C'est à la suite des variations dans le régime des eaux courantes , ilont nous venons de signaler les preuves, qu'a été modelée la ^ande plaine basse dans laquelle coule le Rhin. Il résulte de plusieurs nivellements faits avec soin que l'alluvion , considérée dans l'ensemble de la section transversale, et abstraction faite de légères Inégalités , est horizontale sur une largeur qui atteint 40 kilomètres. Une telle horizontalité ne pourrait avoir lieu si cette plaine avait été 'oroiée, en une seule opération, par l'un des grands cours d'eau jui ont précédé le Rhin actuel. Car un cours d'eau large et rapide ie serait creusé dans ce fond mobile un lit dont la section transt^ersale, pas plus que celle du lit des rivières actuelles^ ne pourrait )résenter de longues lignes régulièrement horizontales. La belle )laine dont il s'agit, aujourd'hui couverte de villes et de villages )opuleux , a donc été sillonnée et achevée par les dernières grandes livagations du Rhin, lorsque les allures de ce fleuve étaient déjà rès-voisines de celles qu'il a aujourd'hui. Avant de renoncer à son incien domaine, le fleuve a superposé au gravier, pendant ses crues, me couche de limon sableux, sans lequel ce sol, ordinairement si productif aujourd'hui , serait presque stérile. Puis finalement, ses lombreux bras ayant été rapprochés et en partie réunis vers le mi-

* Ueber die GUtscher der Vortvelt und ihre Bedeutung. Bem 1844. — CalMck , Wlœuterungtn %ur geogtiostmhen Karteder Umgebung Wiens. iS49. .— id. CéllMuli) [émoire déjà cité.

lieu de la plaine , les eaux devenues plus rapides ont approfoiiii leur lit de telle sorte y que des régions de la plaine primilivemeDi submersibles sont aujourd'hui habituellement à sec pour être couvertes d'une population très-dense.

Pour ce dernier travail y.la nature a été fortement secondée par h main des hommes depuis les époques les plus reculées. Les travani de rectification faits seulement depuis trente années entre Knielingen, près de Carlsruhe, et Kehl, ont produit dans le niveau du fleuve des changements que la mobilité du fond ne permet pas de constater directement , mais que Ton peut apprécier en examinant la série des moyennes annuelles des mesures prises chaque jour aux différentes échelles. C'est ainsi que Ton reconnaît qu'à Knieliogeo, à la suite des travaux entrepris dans le voisinage, de 1817 à 18£j, le lit s'est approfondi d'environ 1"»,50. A Kehl , l'approfondissement a été dans ces dernières années de 60 centimètres au moins ; aussi des puits de Strasbourg, alimentés par des eaux d'inlillralioii en communication avec le Rhin , qui de mémoire d'homme n avaient jamais cessé de recevoir de l'eau , ont tari complètement ec 1848, et cet état se reproduira encore plus d'une fois pour les puiu> que l'on n'a pas approfondis alors. Les coupures artificielles qui raccourcissent considérablement le thalweg , et par conséquent ei. augmentent la pente, déterminent un accroissement de vitesse, ei par suite une érosion plus profonde à proximité des travaux d*art. Mais dans les parties éloignées des grandes rectifications, p^r exemple à Mannheim , le niveau du Rhin n'a pas sensiblement varié. On voit donc que les travaux de rectification continuent à dessécher chaque jour la plaine du Rhin qui était jadis très-marécageuse , et à y effacer de plus en plus les vestiges du domaine antérieur du fleuve.

PliAMCHBS.

PI. Ir«. Tableau indiquant l'état des hauteurs et des Umpératures du Rhin à Kehl (g^nvduché de Bade) du ^" janvier 48i8 au 34 janvier 4849.

Pour les températures du Rhin = 5 miUimètres par degré. Pour les ternie ratures de Tair ambiant = 6 mûlimètres par degré. Pour les hauteurs du fleoTe =: iJ miUimètres par mètre.

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