‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 132 sur 216 · THÉORIE GLACIAIRE · texte numérisé non relu

THÉORIE GLACIAIRE

arrondis , et que les sables et les gi^aviers y sont en général prédominants. C'est seulement dans les régions élevées et accidentées , situées en Norwége ou à la séparation de la Norwége et de la Suède, que Ton trouve sur le flanc des montagnes y dans les ravins et dans le haut de quelques vallées, des entassements de débris anguleux, qui ressemblent aux amas confus des Alpes et des Pyrénées. D'ail* leurs ces amas , que les glacialistes considèrent comme les témoins du grand développement des anciens glaciers , ont peu d'étendue , ne se prolongent pas sur les plateaux mamelonnés de la Suède ni en Finlande. Nous avons vu qu'il y a dans ces deux pays des œsars en forme de terrasses ; mais ils diffèrent des terrasses des Alpes et des Pyrénées en ce qu'ils ne sont point adossés aux flancs des vallées , qu'ils reposent sur des plaines unies, et ne présentent pas de gradins; mais dans les vallées norwégiennes, encaissées entre des flancs continus, nous avons vu qu'il y a des terrasses semblables à celles du Rhin, du Rhône, de la Garonne, de l'Ariége etc. D'ailleurs, dans le centre de l'Europe les dépôts de transport ofirent rarement la même disposition que les œsars diluviens de la Suède ; cependant 3n observe quelquefois dans les larges vallées des Alpes , surtout près de leur extrémité , dans les plaines ou les bassins où elles se terminent^ des collines de débris allongées et aplaties par le haut jui ressemblent aux œsars ; ainsi la Serra du Piémont en offre un )el exemple*.

J. D. 74. Difficultés que présente V explication des phénomènes erraiques des Alpes et des Pyrénées d'après la théorie glaciaire. — Les obections que nous avons faites à la théorie dans laquelle on suppose envahissement de la Suède , de la Finlande et des contrées situées u midi de la Baltique par d'immenses glaciers, peuvent aussi s'apliqiier aux Alpes , mais avec un degré moindre d*évidence. H. Elle le K«»iiiiiont a déjà fait voir*, en comparant les pentes de la lilite supérieure du terrain erratique de la vallée du Rhône avec 3lles des glaciers actuels et des cours d'eau, que les premières )nt intermédiaires entre les deux autres, qu'elles sont beaucoup lus faibles que celles des glaciers , mais incomparablement plus

* AnnaUs des sciences géologiques ^ de M. Rivière 9 1842.

* D. A. Les glacialistes signalent les terrains erratiques laissés en place par les gla- ;rs , et les terrains erratiques qui ont été remaniés plus tard par les eaux.

grandes que celles des rivières les plus rapides , et qu'elles représentent l'inclinaison de torrents d'une extrême violence*.

Si l'on compare l'immense développement qu'auraient dû aToir dans les Alpes les glaciers diluviens avec ce qui a lieu dans les régions polaires, qui possèdent une température moyenne de — 15 degrés , il parait difficile d'admettre une extension aussi considérable que l'exige la théorie des glacialistes. Les traces d'usure , de polissage, et les dépôts erratiques s'observent dans toutes les vallées alpines et sur les pentes des montagnes au-dessous de certaines limites de hauteur ; ainsi toute cette région aurait été couverte par des glaciers qui se seraient étendus sur la basse Suisse , sur uii*' grande partie du Jura , et qui auraient envahi le nord de l'Italie jusqu'à la vallée du Pô, car on observe des érosions jusqu'à FemL^uchure des vallées alpines, dans les plaines de la Lombardie ei du Piémont (ainsi dans la vallée d'Aoste, près Ivrée). Cependant, mènK dans la partie septentrionale du Spitzberg , où la température s^ maintient pendant peu de temps au-dessus de zéro, il y a de tièsgrandes étendues de terrain dépouillées de neige et de glace, et les pentes exposées au midi offrent plus rarement des glaciers que cellr-s exposées au nord ; on n'en voit point sur les iles qui bordent le littoral ; si l'on examine des vues de côtes du Groenland ou de la Nouvelle-Zemble , on reconnaît qu'il s'y trouve de grands espaces sans glaciers ni neiges : on a donc de la peine à se représenter des glaciers directement exposés au midi , descendant jusque dans le bassin du Pô, à une hauteur peu considérable au-dessus de la mer Je pense que l'on s'exagère l'influence des climats humides pour favoriser le développement des glaciers : cette influence est réelle, mais moindre qu'on ne le suppose ; ainsi sur les régions littorales du nord de la Norwége, de l'Islande, et sur les îles de l'océan Giacial , qui offrent les types les mieux caractérisés des climats humides , on n'observe pas un développement d'effets glaciaires semblables à celui qui aurait eu lieu dans les Alpes lors de la peritHle diluviemie.

* D. A. Aucun glacialiste ne met en doute le savoir-voir d*un grand nombre de irto-

logues ; mais on nous permettra de citer les vers de l'immortel SchiUer :

SRot^ Hmmt ta! Sflnbnii |n ftft^ I

9Bfnn toit im 6n(l^en un9 tccnnen, toirb crfl bie fBa^r^cit erfaaat!

On sait que sur le flanc méridional du Jura les blocs erratiques amenés le long de la vallée du Rhône se sont déposés depuis Gex jusqu'à Bienne : si l'on réfléchit à la grande étendue en largeur occupée par ce dépôt, il paraît peu probable que ce soit la moraine frontale du glacier que l'on suppose avoir rempli la vallée du Rhône. En eflet , avant de déboucher dans la plaine suisse , ce glacier n'aurait eu que 2 lieues de largeur au plus, tandis que sur la pente du Jura sa largeur eût été de plus de 30 lieues ; ainsi depuis Villeneuve jusqu'à la montagne de Chasseron, sur une dislance d'à peu prés 15 lieues , il se serait élargi de plus de 28 lieues. Je pense que les glaciers sont susceptibles de s'étendre un peu lorsque leur lit vient à s'élargir ; mais lors même qu'on les considère comme des masses douées de viscosité ou de plasticité^ il parait diflicile d'admettre qu'ils puissent prendre une pareille expansion.

Si l'on examine l'élévation du terrain erratique au-dessus du fond de la vallée du Rhône, on remarquera qu'elle diminue très-peu depuis l'origine de cette vallée jusqu'à son embouchure dans le bassin du lac de Genève, et là où il y a une diminution de hauteur, elle paraît tenir principalement à l'élargissement de la vallée ; ainsi, d'après !!• 4e Cluuriientier) dans les environs de Bex et d'iErnen , la linite supérieure du terrain erratique est à environ 2800 pieds auiessus du Rhône ; depuis Brieg jusqu'au-dessous de Martigny (partie arge) elle est à 2500 pieds ; mais entre Martigny et Saint-Maurice , )ù la vallée se resserre, la limite s'élève jusqu'à 3000 pieds, et, lepuis là, l'élargissement qui a lieu la maintient à 2300 pieds jus- [u'à l'entrée dans la Basse-Suisse. L'épaisseur du glacier, supposé voir produit le terrain erratique, aurait donc varié en raison des largissemenls et rétrécissements de la vallée, mais elle n'aurait prouvé qu'une faible diminution sur un parcours de 134* kilomères , qui , en supposant un avancement de 200 mètres par an , auait exigé un laps de temps de 670 ans. Ce fait a lieu d'étonner uand on voit les glaciers actuels , même à une élévation de 6 à 000 pieds, éprouver chaque année, à leur surface supérieure, une blalion de plusieurs mètres ; cette destruction superficielle est loin 'être compensée par l'accroissement que peuvent éprouver les glaiers à l'intérieur, par la congélation de l'eau qui s'y infiltre ; elle ugmente à mesure que les glaciers descendent dans des zones at-

mosphériques de plus en plus chaudes , et les maintient dans leurs limites actuelles. Pour que l'ablation des glaciers diluviens ait été très-minime et ait pu être compensée par l'accroissement provenant de la congélation à l'intérieur, il aurait fallu qu'à cette époque le climat fût peu différent de celui qui existe aujourd'hui dans la zone des neiges permanentes ; mais il est remarquable que sur le Cha^seron (versant méridional du Jura) le dépôt des blocs erratiques s'élève, d'après les mesures de H. de Bueli, jusqu*à 3100 pieds audessus de la plaine suisse , tandis qu'à Villeneuve il ne s'élève qu'à S300 pieds au-dessus du Rhône ; il faudrait donc qu'en traversant la plaine il eût éprouvé une augmentation d'épaisseur de 800 piedi, malgré son énorme élargissement , ou bien qu'il eût remonté sur la pente du Jura , conséquences difficiles à admettre si les glaciers se meuvent sous l'action de la gravité , comme le démontrent les expériences de m. Forbeii ^

J. D. 75. Considérations comparatives sur la théorie glaciaire et h théorie diluvienne. — Néanmoins il faut reconnaître à la théorie glaciaire un avantage incontestable, celui de faire intervenir des agents qui produisent encore de nos jours, mais sur une échelle beauconp plus petite , des efifets analogues à ceux qui ont eu lieu anciennement , et c'est cet avantage qui lui a conquis beaucoup de partisans dans ces dernières années , tandis que , dans la théorie diluvienne , les causes que l'on suppose avoir été en jeu ne fonctionnent pas aujourd'hui dans les mêmes conditions qu'autrefois , et , par suite , elles ne produisent pas sous nos yeux des effets tout à fait semblables à ceux du phénomène erratique; ainsi on n'a pas observé que l'eau des rivières produisit des érosions en forme de stries fines, lors même qu'elle entraine avec elle des sables et des graviers ; il est effectivement peu probable que des grains de sable disséminés dans un courant d'eau puissent ôntamer la surface de roches trèsdures et y creuser des cannelures rectilignes ; mais si une masse énorme de détritus, formant un courant boueux d'une granJe épaisseur, est entraînée avec rapidité , elle exercera un frottement Considérable à la surface des rochers, et sera susceptible de Téroder

de même que les glaciers. Cette supposition de courants très-puissants, qoi a

* D. Â. Les glaciers ne se meuvètit pas sotls Faction dô la gravité. Ce n*est pas uaf pâte qui coulé.

été admise depuis te ■■nwrc jusqu'à cette époque, présente des difficultés véritables ; elle implique des conditions que ne peut réaliser Tétat de repos où se trouve

actueUement notre globe : elle exige un cataclysme, tandis que les conditions de la théorie glaciaire paraissent êlre plus simples et se réduire à un changement de climats. Mais si l'on examine les contrées boréales y qui sont soumises à un grand froid et entourées

d'une atmosphère très-humide , on n'y remarque pas un développement d'actions glaciaires qui justifie les exigences de la théorie , surtout en ce qui concerne les phénomènes erratiques de la Scandinavie. Un abaissement de plusieurs degrés dans la température moyenne pourra produire, dans les Alpes et dans la Scandinavie, des effets analogues à ceux qui ont lieu

au Groenland ou au Spitzberg , mais elle ne pourra déterminer le développement et le mouvement des glaciers dans des conditions autres que celles où ils ont lieu aujourd'hui.

J. D. 76. Comliisions. — Un des points essentiels de la question consiste donc à rechercher si ces conditions coïncident avec celles où s'est produit le phénomène erratique, et jusqu'à présent les données

que l'oD possède à cet égard ne me paraissent pas être à ravantage des glacialistes.

J. DuROGHER, novembre 1846.

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