‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 131 sur 216 · DÉPÔTS DE TRANSPORTS · texte numérisé non relu

DÉPÔTS DE TRANSPORTS

pies de croisement sous des angles de 70 à 80 et 90 degrés. Nous avons vu aussi qu'outre les sulcatures parties des plates-formes élevées qui séparent la Suède de la Norwége, il en est qui ont été tracées par des agents érosifs marchant à peu près parallèlement au littoral, et par des agents s'avançant de la mer vers la terre ferme. En outre , le développement des actions erratiques dans les Alpes est en rapport avec la distribution des hautes cimes et les ramifications des grandes vallées qui s'étendent jusqu'à leur pied; ainsi c'est dans la vallée du Rhône, qui communique avec les massifs rocheux les plus élevés et sur la partie du Jura placée en regard , que le phénomène erratique se montre sur la plus grande échelle, que les blocs sont les plus abondants, réunis par groupes considérables, et offrant les dimensions les plus gigantesques. Dans le nord de l'Europe on n'observe aucun caractère qui corresponde à celuilà , et nous avons même vu que dans le fond des vallées profondes aboutissant aux cimes élevées, les effets erratiques sont beaucoup moins prononcés qu'à la surface des collines et des plateaux ondulés de la Suède et de la Finlande. Ainsi ces phénomènes sont beaucoup plus compliqués qu'on ne le croit , et une théorie conforme à la nature ^ devra rendre raison de ces caractères qui leur sont essentiellement propres.

J. D. 69. Caractères généraux des dépôts de transport dans les vallées des Alpes et des Pyrénées. — Les dépôts formés pendant la période diluvienne^ dans le fond des vallées des Alpes et des Pyrénées^ ou dans les bassins qui s'étendent au pied de ces montagnes, ont été décrits par"^ beaucoup d'observateurs ; aussi je m'étendrai peu sur ce sujet.

On peut distinguer ces dépôts en deux sortes :

i° Les amas confus formés de débris de toutes grosseurs, entassés péle-méle et habituellement anguleux, et les dépôts grossièrement stratifiés , terminés en général par des surfaces horizontales , et ayant la forme de terrasses; on y trouve des matériaux divers, moins gros que ceux des amas confus , mélangés d'une plus grande quantité de sable et de gravier, présentant souvent un commencement de triage, et distribués par zones; ils sont presque toujours

* D. A. Théorie conforme à la nature ^* parfaitement d'accord.

* D. A. Période glaciaire.

usés par le frottement et îroparfaitement arrondis. On y trouve quelquefois de très-gros fragments , surtout à la surface, et alors ils sont anguleux. Les amas confus se voient habituellement sur le flanc des montagnes, dans les ravins, dans les vallées étroites et dans le fond des grandes vallées lorsqu'elles se resserrent. C'est, au contraire, dans les parties où elles offrent une largeur un peu grande que se développent les dépôts disposés en terrasses horizontales ; c'est alors qu'il y a accroissement dans la fertilité du sol et dans l'étendue de terrain cultivable. D'ailleurs les terrasses sont, en général, beaucoup plus développées et plus régulières dans les parties inférienres des vallées que dans les parties supérieures. Quelquefois il arrire que les dépôts en forme de terrasses sont remplacés tout d'un coup par une accumulation confuse de gros blocs , de petits fragments et de graviers ; c'est dans le cas où les vallées se rétrécissent hni^ quement : ainsi dans la vallée de Bagnes, depuis le bourg de Bagnes jusqu'à Branchier, le dépôt détritique offre quelques indices d'une disposition grossièrement stratifiée , et présente des terrasses à différentes hauteurs , mais un peu après la jonction avec la vallée de la Dranse , qui descend du Saint-Bernard, les flancs de la vallée se resserrent et forment un défilé qui a dû être comblé par un entassement confus de débris de toutes grosseurs, amenés des deux vallées ; on y voit une grande quantité d'énormes blocs de granit dn Val-Ferret. Souvent ces amas ont comblé le fond des vallées jusqu'à une grande élévation , et ils ont formé comme des digues , à travers lesquelles les torrents ont creusé leur lit à une époque plus récente. Dans beaucoup d'amas confus situés sur le flanc des montagnes ou dans les ravins , on voit un mélange de fragments arrachés sur place ou détachés des crêtes situées au-dessus, et de fragments apportés de plus loin ; très-souvent ce sont les premiers qui en forment la majeure partie.

Les caractères de ces dépôts de transport sont quelquefois difficiles à discerner lorsqu'ils ont été remaniés par des courants plus modernes , et qu'ils ont été recouverts de nouveaux dépôts. Dans les parties inférieures des vallées, à une certaine distance du centre Je la chaîne, les caractères de stratification sont tellement bien marqués^ qu'il est impossible de méconnaître leur origine sédimentaire: mais dans les parties supérieures des vallées il y a souvent un pa5-

sage des dépôts grossièrement stratifiés et en forme de terrasses , aux amas confus de matériaux anguleux de dimensions très-diverses. Quelquefois le dépôt de transport, composé de sable, graviers, cailloux et blocs, offre des piédestaux cylindriques, couronnés par des blocs et des cônes très-réguliers, comme on le voit dans la fig. 11 , dessinée près Villevieille de Queyras (Hautes- Alpes) ; c'est un effet de l'action des eaux pluviales ; dans les parties où il n'y a pas de blocs, cette action donne naissance à des pyramides ; mais dans les parties où il y a des blocs, ceux-ci préservent le dépôt situé au-dessous , et il prend alors la forme d'un piédestal.

J. D. 70. Disposition des blocs erratiques. — La disposition des blocs erratiques dans les Alpes , soit qu'ils se trouvent disséminés , soit qu'ils forment des groupes^ a été très-bien décrite par de SfMui<- 0iire9 de Bueliy de lium 9 et plus récemment par m. de diar-

pentier* Les gros blocs sont ordinairement très-nombreux dans les accumulations de débris qui ont comblé le fond des vallées dans leurs parties étroites ; ailleurs on les voit disséminés sur le fond des vallées , ou sur la pente des montagnes qui les bordent; généralement ils sont réunis par groupes qui ressemblent beaucoup aux amas de blocs que l'on trouve sur le penchant ou sur le haut des collines en Scandinavie, dans le nord de l'Allemagne ou de la Russie ; un des traits particuliers de ces groupes, soit dans les Alpes, soit dans le nord de l'Europe, c'est que plusieurs blocs paraissent être tombés les uns sur les autres et s'être brisés dans leur chute. Plusieurs de ces groupes, tels que celui de Monthey, forment de petites bandes allongées , à peu près horizontales , déposées sur l'un des côtés de la vallée ; d'autres, au contraire, couvrent sur toute son étendue le flanc d'une montagne. Ces deux manières d'être, et principalement la dernière, se voient très-fréquemment, non-seulement dans les Alpes, mais aussi dans les Vosges et dans les Pyrénées. En général , ces amas ne sont point reliés ensemble de manière à former une ligne continue : ils sont le plus souvent séparés les uns des autres.

Les dépôts de blocs que j'ai vus dans les Vosges offrent les mêmes caractères que ceux des Alpes ; il n'y a de différence que dans la distance à laquelle s'est effectué le transport de très-gros fragments;

elle est beaucoup moindre dans les Vosges et ne m'a pas paru dépasser une dizaine de lieues ^

J. D. 71 . Sur les dépôts de transport dans les Pyrénées. — Les dépôts de transport des Pyrénées offrent la même disposition que ceu\ des Alpes et des Vosges ; on y voit des entassements confus et dv.^ dépôts grossièrement stratifiés , semblables aux terrasses de la vallée de la Moselle, de celle du Rhône ^ du Rhin etc. ; ils présentent des indices de stratification d'autant plus visibles qu'ils sont plus éloignés de l'axe de la chaîne. Ainsi il y a de magnifiques terrasses dans la vallée de la Garonne à partir de Saint-Bertrand•de-Comminge^ . dans celle de l'Ariége à partir de Tarascon , et aussi sur le versant espagnol des Pyrénées , dans les vallées de la Segre, de l'Essera etc. La plaine de Puycerda est assez remarquable : elle est formée de cailloux roulés y et dans le diluvium pyrénéen elle représente l'é<]uivalent de la Crau dans le diluvium alpin, mais comme le dépôt de> cailloux s'est fait beaucoup plus près de l'axe de la chaîne, ils sont plus gros et moins bien roulés. L'espace qu'ils recouvrent a été nivelé et a formé une plaine unie que l'on est étonné de renconlrff au milieu d'une région montagneuse.

Le dépôt diluvien que l'on voit près de Foix est stratifié, renferme de très-gros cailloux roulés et de petits blocs de granit d'envinm 1 mètre de laideur; il ne s'élève pas à plus de 50 mètres au-dessih du niveau actuel de l'Ariége ; on voit à sa ^rface , dans la plaiiK' de Montgaillard , des blocs erratiques de granit ayant jusqu'à 35 mètres cubes. Dans les Pyrénées, le dépôt de transport forme souvent des brèches à ciment calcaire ; elles se produisent encore maintenant dans les lieux où les débris erratiques de roches primitiv<'5 ont été déposés sur des terrains calcaires , ou renferment des fraj:ments calcaires; ils sont alors pénétrés par des înGltrations d'eau contenant en dissolution du carbonate de chaux qui cimente U masse, et la fait passer à l'état de brèche ou de poudingue.

J. D. 72. Blocs erratique dans les Pyrénées. — Dans les vallées pyrénéennes les blocs erratiques les plus abondants sont formés de

'D. A. Les glaciers portent sur leur dos les matériaux tombant des parois à^ roches à découvert qui les encadrent ; lorsque toutes les roches du bassin sont coorert^ de glacier à de certaines altitudes , le glacier peut arracher des roches , mrs jamais H ne peut en tomber sur la surface

granit, il y en a quelques-uns d'ophîte, de roches porphyrîques et de quartzite ; mais il est plus rare de trouver de gros blocs de roche calcaire ou schisteuse ; j'en ai observé dans toutes les grandes vallées et sur les flancs des rochers qui les bordent, soit sur le versant espagnol , soit sur le versant français ; mais en général les gros blocs anguleux me paraissent ne point avoir pénétré dans les plaines qui s'étendent au pied des Pyrénées ; la plupart se sont arrêtés avant Tembouchure des grandes vallées dans ces plaines , et même il en est peu qui se soient avancés jusqu'aux dernières collines de terrain crétacé et tertiaire formant les contreforts des Pyrénées ; ainsi , dans la vallée à^Ossau les blocs détachés soit du Pic-du-Midi, soit des flancs de la vallée, ne s'avancent pas beaucoup au delà d'Ârudi, et je n'en ai point observé dans la plaine de Pau. Les blocs détachés des hautes cimes qui dominent Baréges, Gèdres, Gavarni, Cauterets , ont été déposés dans le bassin d'Argelez, ou un peu auparavant; beaucoup d'entre eux se sont arrêtés dans les parties supérieures des vallées. Dans la vallée de la Garonne on n'en trouve plus au delà de la Broquère , et dans celle de l'Ariége au delà de Saverdun. Dans celle de la Têt on en remarque jusqu'à une assez grande distance de son origine ; ce qui parait tenir à ce que les flancs de cette vallée sont formés de montagnes granitiques d'une assez grande élévation jusqu'auprès de son embouchure dans la plaine du Roussillon ; mais je n'ai pas remarqué de blocs erratiques dans le grand bassin qui forme l'ancien Delta de la Têt, et dont Perpignan occupe le centre. En général on en rencontre beaucoup plus loin dans les parties inférieures des vallées lorsqu'elles sont flanquées de hautes montagnes. Parmi les blocs erratiques qui ont parcouru la plus grande distance , on peut citer ceux qui se trouvent dans la vallée de la Garonne près de Saint-Bertrand-de-Comminges et la Broquère. La, on en voit quelques-uns de granit à gros cristaux de feldspath, semblables à celui qui constitue le massif du Port-d'Oo ; ils doivent avoir fait un chemin d'une douzaine de lieues.

Les agglomérations de blocs les plus abondantes se trouvent vers les hautes régions des vallées , et j'ai observé que les grands quartiers de roche , partis de chaque vallée latérale , ne s'étendent pas beaucoup au delà de sa jonction avec la vallée principale ; ainsi les amas de blocs granitiques sont très-multipliés sur les montagnes cal-

caires de la vallée de Vicdessos , sur celles de Rancié, de Mîglos, d^* Gourbit^ de Rabal etc. Il y a une foule de vallées secondaires où Toq voit de très-grands amas de blocs ; mais dans les grandes vallées od ne voit guère d'amas partis des vallées latérales que près de leur jonction ; car c'est souvent à cet endroit que s'est arrêté le convoi parti de ces vallées , ou bien encore aux points de courbure des vallées, et ils sont placés habituellement sur le côté qui devait opposer comme une barrière au mouvement du convoi ; cette observation a été faite aussi par H. de Collegno. En général il m'a paru que la plus grande masse des gros blocs livrés au transport n'a pu être emportée fort loin , et qu'elle a été déposée en majeure partie avant d'avoir parcouru une longue distance, et que ce sont des débris de cette masse qui ont été entraînés vers les parties inférieures du vallées. Le diluvium pyrénéen offre encore une circonstance remarquable , c'est la présence de détritus erratiques , de cailloux roulas primitifs , de sable et de graviers à l'intérieur des grottes que pn^ sentent des rochers calcaires à une élévation de 50 à 100 mètres audessus du fond des vallées , ainsi dans les grottes d'Ussat , vallée de l'Ariége, et dans celles de Niaux, vallée du Yicdessos.

Ces fragments roulés n'ont pu y être introduits que par des courants d'etu qui devaient s'élever à une grande hauteur au-dessus du fond des vallées , et qui devaient ctr* animés d'une grande vitesse pour tenir des cailloux en suspension à un pareil nivun '

J. D. 73. Comparaison des dépôts de transport du nord de TEurope avec ceux des Alpes et des Pyrénées. — La presque totalité de> dépôts de transport du nord de l'Europe se rattache à l'espèce de dépôts que nous avons désignée sous le nom de dépôts grossièremad stratifiés, vu qu'ils présentent des indices fréquents de stratification , et que la plupart des matériaux qui les forment sont usés ou

' D. A. Ces courants d'eau animés d'une grande vitesse, qui tenaient en suspensi'^ des matériaux volumineux, d'où venaient-ils? Où allaient-ils? Gomment se sont-ils p^jduits ? Combien de temps ont-ils duré ? Dans une vallée de la Forét-Noîre où la vue dx rhorizon est restreinte, et qu'on sait être dominée ptr un plateau où il se trouve un (nod lac , tel que le Schluchsee , pour citer un exemple, on peut attribuer à une nqitare àt barrage une inondation très-forte qui entraîne blocs et matériaux et les dépose; rata lorsqu'on se trouve , pour citer un autre exemple, sur le col du Pte-Veleio^ dans le Siem- Nevada (Andalousie, Espagne), assis sur un bloc erratique, empftté dans une moraine de 15 à 60 mètres d'épaisseur, et qu'on voit la mer Méditerranée à 2000 mètres d*albt-.>if plus bas, et que ce bloc vient du Mulabacen, qui se trouve à une assez grande disun ^ à l'est, certes toute idée de courants d'eau monstres cesse... —

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