‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 135 sur 216 · DIRECTION DES STRIES · texte numérisé non relu

DIRECTION DES STRIES

laisse pas arrêter par les directions des stries qui viennent couper ses différents groupes sous des angles plus ou moins ouverts. Ainsi le prolongement du grand système dirigé du nord-nord-ouest au sud-sud-est du lac d'Œstersund au lac Maelar près de Stockholm y c'est-à-dire du 63<^ au 59<^ degré de latitude , est à angle droit avec la direction des stries de l'île de Gottland. Les stries dirigées du nord au sud dans le midi de la Suède sont coupées sous un angle de 45 degrés par celles des environs de Cimbrishamn. En outre, n. Duroelier laisse en dehors de ses dix systèmes d'érosions toutes les stries dont la direction ne s'y rattache pas commodément; celles, par exemple, qui rayonnent autour des groupes des montagnes du Suletimten , au fond du Sogneûord ; celles des environs du Snœhœttan , d'Ekesjoë, de Wexioë, de Carlskrona, de Cimbrishamn, de nie de Gottland etc.; et malgré toutes ces licences, quand il s'agit de conclure, V auteur reste muet devant la puissance des faits qui lui démontrent que ce n'est pas Veau qui a buriné les stries dont il s'occupe^ : car il faudrait admettre dix courants parfaitement rectilignes qui se seraient dirigés simultanément ou successivement vers les quatre points cardinaux , sans se dévier de leur direction en ligne droite ; supposition inadmissible et contraire à tout ce que nous savons des lois qui régissent les cours d'eau , quels que soient leur violence et leur volume.

L'ancienne extension des glaciers Scandinaves explique facilement les directions variées qu'affectent les stries dans les différentes régions de la péninsule. Leur parallélisme serait même une objection sans réplique contre l'hypothèse glacialiste. Examinons d'abord ce phénomène en Suisse^ où il a été étudié avec le plus de soin et par des hommes qui ont une connaissance approfondie de la marche et des effets produits par les glaciers actuels. En Suisse j comme en Suède, les stries ûffectetU les directions les plus variées; il est facile de s'en rendre compte. La plaine qui sépare les Alpes du Jura était autrefois remplie par des glaciers qui débouchaient par les principaux bassins des rivières dont la source est dans les Alpes : l'Arve, le tlhône> l'Aar, la Reuss, laLimmat et le Rhin. Mais chacun de ces glaciers, charriant les espèces de roches qui le caractérisent, avait

* D. A. L'eau non*-seulement ne burine pas les stries » mais les efface.

une direclion difTérente : ainsi, tandis que le glacier du Rhône traçait dans le Valais , entre Sion et Martigny , des stries dirigées >)' Test-nord-est à Touest-sud-ouest , l'ancien glacier du Rhin anUrieur nivelait dans la direction du sud-ouest au nord-est les rocbu moutonnées qui portent les ruines de la BaBrenburg, près d*Andeci dans les Grisons , et le glacier du YaUMontjoie rayait dans la diitclion du sud-sud-est au nord-nord-ouest les roches polies des environ^j de Nanl-Bourant, au pied du col du Bonhomme. Il y a pIu^: la direction des stries gravées par^un glacier n'est pas la même dao? les différents points de son parcours. Aux environs de Saint-Mauriic par exemple, le glacier du Rhône a laissé sur le calcaire des strid orientées du sud-est au nord-ouest^ tandis qu'au-dessus de Vevey, L gompholithe est striée presque dans la direction de l'est à Touc.-: Celui de l'Arve a buriné, à l'issue de la vallée de Chamounix, en facï du village des Ouches, des stries dirigées de l'est-sud-esl à rouesinord-ouest , tandis qu'en sortant de la vallée on trouve , au-dessui de la gorge des Montets, des sillons de plusieurs mètres de longueur dont la direction est du sud-sud-est au nord-nord-ouest. Déplus, L stries tracées par l'affluent d*un glacier viennent souvent couper ^uw? des angles très-grands les stries gravées par le glacier prifuii*.ii Ainsi le glacier d'Argentière , qui débouchait par le col de Suivent dans celui du Rhône, a laissé , comme traces de son passa^re, des stries presque perpendiculaires à celles de ce dernier. Les aillons de la vallée d'Urbach coupent ceux de la vallée de Hasle etc. tic. Je pourrais multiplier ces citations ; je préfère emprunter quelques exemples aux glaciers actuels , afin de prévenir robjection i( quelques adversaires de l'ancienne extension des glaciers delaSui.-5e. qui , malgré l'identité des effets , nieraient l'origine glaciérique ii stries qui se trouvent dans la plaine comprise entre les Alpes el le Jura. Imaginons un instant que le glacier de l'Aar ou la mer à glace de Chamounix viennent à disparaître. On trouvera dans la vallée qu'ils occupaient, des stries longitudinales tracées par Ugho-principal^ et des stries transversales burinées par les glaciers afflu» qui couperont les premières sotis des angles plus ou moins aigiis, Oi verra des stries ascendantes au rétrécissement des vallées, desslri:^ croisées au point de rencontre de deux glaciers; en un mot, tout c qui existe sur une plus vaslc échelle dans la plaine suisse et eu

Scandinavie. Les phénomènes et l'explication seront les inêmes , seulement ils s'appliqueront à une plus grande surrace de pays.

Ainsi , dans les plaines de la Suisse , comme dans celles de la Scandinavie, les stries affectent des directions variées ; or, en Suède comme en Helvétie, ces stries sont identiques en tout point à celles que burinent les glaciers actuels , différentes en tout point des canaux sinueux creusés par les eaux; or je ne crois pas qu'en bonne logique on puisse attribuer à un agent des effets identiques à ceux qu'un agent complètement différent produit tous les jours sous nos veux.

Pour achever de prouver combien la méthode de H. itarocher est arbitraire et féconde en conséquences erronées, appliquons-la un instant à la Suisse. Un observateur trouve sur le bord méridio- Dal du lac de Brienz des stries dirigées du nord-est au sud-ouest : dans le Valais il rencontre des stries ayant à peu près la même direction, qu'il retrouve encore dans la vallée de Chamounix, entre le Prieuré et le village des Oucbes. Mettant en pratique les principes de Mm Burcielier 9 il réunit toutes ces stries, dont l'orientation est la même, et en fait un système d'érosion qui, de l'Oberland, passe par-dessus la haute chaîne des Alpes bernoises , traverse le col de Balme, et s'étend jusqu'au pied du Mont-Blanc, tandis qu'en réalité ces stries appartiennent à trois glaciers différents: celui de l'Aar, celui du Rhône et celui de l'Arve , qui n'avaient rien de commun entre eux, sinon que dans un point de leur parcours leurs directions étaient parallèles. Le même observateur sera forcé, pour être conséquent avec lui-même^ de considérer comme faisant partie d'un seul système d'érosion les stries orientées de la même manière dans les Alpes, les Vosges et les Pyrénées, sur un espace embrassant quatre degrés latitudinaux , comme celui que comprennent plusieurs des Systèmes de stries de H. Duroclier ^ tandis qu'il est de la dernière évidence que ces stries ont été gravées par des glaciers descendant des montagnes dans les vallées , et non par un agent général allant du nord au midi ou de l'est à l'ouest.

Fidèle à son principe de prendre la direction des stries pour guide unique dans l'étude du trajet suivi par l'agent qui les a tracées , le même observateur sera forcé d'envisager comme appartenant à des systèmes différents les sillons creusés par un glacier principal , et

ceux qui ont été gravés par ses afQuents. Dans la vallée occupée par le glacier de TÂar % ce géologue considérera comme faisant paille d'un système les stries dirigées de l'ouest à Test que ce glacier a burinées sous nos yeux, et comme appartenant à un autre système celles de ses afiQuents, les glaciers du Thierbei^, du Silberbei^, du Grûnberg et du Zinkenstock , qui viennent couper les premières sous des angles plus ou moins ouverts.

La méthode suivie par H. Huroclier me parait donc vicieuse, soit qu'on l'applique à l'hypothèse des glaciers, soit qu'on veuille la faire servir à celle des courants; car, dans l'une et dans l'autre on ne saurait prendre l'orientation des stries comme indicatiio unique de la marche suivie par l'agent qui les a tracées, sans avcir égard à tous les autres indices qui peuvent nous faire connaitit cette direction. Le problème n'est pas insoluble, puisque H. !• Guyot est parvenu à figurer sur la carte l'espace occupé par Ic^ différents glaciers qui couvraient autrefois la plaine comprise entre les Alpes et le Jura. Mais outre la direction des stries il a eu égard à la nature minéralogique des roches transportées, à leur mode de dispersion , soit à l'état sporadique, soit sous la forme de moraines latérales, médianes ou terminales. Il a suivi ces matériaux depuis leur point de départ dans les Alpes jusqu'à leur point d'arrivée sur le Jura , et il a pu ainsi circonscrire le domaine de chaque glacier avec autant d'exactitude que l'on trace les limites d'une formatlûo superficielle*.

^ Voy. le plan du glacier de TAar. Bullet. de la Société géohg,^ 9« série, t Œ. pi. V, fig. 12, séance du % mars 1846.

' Dans son premier mémoire , H. Dnroeber avait attribué à des courants dila^i^w des canaux sinueux , ramifiés et anastomosés entre eux , qu*il avait vus au bord de 4 mer*. Dans celui-ci, il signale des contradictions dans les explications que nou^ n: avons données , mn. AsamIb*, EaelMr ▼. der linth ', iv. Ph. flcUBupcr* et jcch;* Or tous les quatre nous avons attribué à l'action de re«a les canaux sinueux et anastomosés observés par m. Dnroeher ^ seulement iHlif • AcmmIb et Bacfccr ont con?}déré les stries gravées dans l'intérieur de ces canaux comme des stries de glaciR^. H. ftchlmper les attribue à l'action des vagues. Quant à moi , je ne me suis point pr^*-

1 Toy. la forme de ces canaux linneaz {BuUet. de la Société géoiog., 2* série, t. III, pi. h*. If . I, 3 -t ^ ■ celle des slriei de glaciers, pi. II, tg, 3, 4 , S et 6).

9 Compttt rendus de l'Acad. des sciences ^ t. XXI, p. 133, 45 décembre 4845. > Buliet. de U Société géolog., 2e série, t. III , p. 236, 49 janvier 4846. * Comptes rendus de l'Àcad. des sciences, t. XXII, p. 43, 5 Janvier 4846. S Bmiiet. de U Société géoiog., 2e série , t. lil, p. 4 1 1, 15 décembre 1845.

Page 1