‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 136 sur 216 · DÉPÔTS DE TRANSPORT · texte numérisé non relu

DÉPÔTS DE TRANSPORT

C. M. 3. Caractères des dépôts de transport dans le nord de l'Europe. — Dans le pays plat, ce terrain se présente tantôt sous l'apparence de vastes dépôts à surface plane, tantôt sous celle de terrasses échelonnées les unes au-dessus des autres, ou sous la forme de levées ou de monticules allongés, connus sous le nom d'œsars {sandoesars des Suédois). Dans les montagnes il forme des amas irréguliers , sans figure géométrique déterminée. Au lieu de rechercher les signes caractéristiques qui peuvent éclairer sur la nature de ces différents dépôts , m. iHiroclier se borne à décrire leur forme et celle des matériaux qui les composent , comme si cette forme et la plus ou moins grande proportion de sable, de cailloux, de blocs anguleux ou arrondis pouvaient seules nous dévoiler leur origine. Dans son premier mémoire il semblait séparer les œsars des autres terrains de transport, et admettre, d'après les observations de M. lijeii , que leur origine est plus récente. Dans celuici, cette distinction n'existe plus; l'auteur ne se préoccupe plus de savoir s'ils contiennent des coquilles et si ces coquilles sont identiques à celles qui vivent actuellement dans les mers voisines, ou bien si elles appartiennent à l'Océan glacial ou à des mers plus chaudes. Jamais il ne fait la moindre allusion à l'absence ou à la présence de ces cailloux frottés et striés *, qui sont caractéristiques des moraines. Il en résulte que le lecteur, après avoir parcouru ce chapitre, ne saurai! se former la moindre idée de la nature et de l'origine de ces dépôts, si différents entre eux. Cependant, déjà avant M. Duroclter, les recherches de MM. BUsinger% Iiyell',

nonce sur Vorigine de ces stries qui ne m'étaient connues ni par des échantillons ni par une description détaillée ou par des dessins fidèles. Aussi dans ma première réponse je n'ai point parlé de ces stries, et dans la seconde je m'exprimais ainsi* : «Le reste de l'argumentation de n. Dnroeher supposant ce que je n'ai pas dit , savoir, que les stries gravées à l'intérieur des canaux sinueux auraient été burinées par des glaciers , je n'ai point à m'en occuper.» Ainsi, comme on le voit, nous sommes d'accord sur l'origine des canaux sinueux , seulement M. flellimper diffère de BOi. AgaMMs et KsHier dans l'explication d'un détail , les stries de l'intérieur des canaux.

W. D. Ces cailloux ont déjà été décrits en 1843 dans YEdinburgh new pMosophical Journal^ p. 223, et dans la Bibliothèque universelle^ t. XLl, p. 125.

* Antekninger t physik och geognosie, t. IV.

» On ihe proofs of the graduai rising of the land in certain parts of Sweden. — PWïosophical transactions^ 1835; et en français, Mémoires de la Société des sciences nati^relles de Neuchâtel, t. !«', p. 200.

1 iUJ., 2e léria, t. m , p, 258.

Keimau*, et depuis, celles de mil. ForeUuumttcr% Ii«tmi

et llesor ont jeté quelque lumière dans ce chaos.

Sous le nom de dépôt de transport , H. Duroclier a réuni dans une même dénomination trois terrains bien distincts : 1"* les an" dermes moraines ^ qu'il décrit (p. 64) sous le nom de dépôts forint* dans les ravins de hautes montagnes. Lui-même reconnaît l'analogie de leur forme avec celle des moraines des glaciers actuels. Malheureurement il ne s'est pas assuré s'ils contiennent des cailloux frottés ou striés. Négatif ou positif, ce caractère était d'une telle importance que je suis forcé de croire qu'il lui était coropl«^tement inconnu; car il aurait dû rechercher ces cailloux avec d'antant plus d'empressement que leur absence eût été une preuve décisive que ces amas ne sont pas des moraines , mais des dépôu uniquement aqueux.

2o Lorsque le dépôt de transport se présente sous forme de surfaces unies ou de terrasses, il offre une stratification imparfaite, e! sa forme extérieure accuse l'action des eaux. Mais ces dépôts sodi presque entièrement formés de cette couche de boue, de sable et tk graviers (moraine profonde) qui se trouve à la partie inférieure «I tous les glaciers, remaniée postérieurement par les eaux. La preuv>> en est dans la présence de gros cailloux, ou plutôt de blos striés {»ar la glace , blocs qui n'existent ni dans la mer, ni dans les lacs, m dans les torrents ; car non-seulement le cltarriage par Veau w shv pas les caillotiXy mais il efface les stries ^ comme on peut s'en assun r dans tous les torrents qui sortentdes glaciers de la Suisse'.

Pendant le voyage qu'il a fait cet été dans la Scandinavie m'-ridionale, M. Desor a trouvé ces cailloux striés, en Danemark, dans le terrain de transport à surface plane , à travers lequel passe le chemin de fer de Copenhague à Rœskild , et aux environs «Je Kiœge, sur la côte de Seeland, au sud de la capitale. En NorniV-^ il les a retrouvés dans le terrain de transport en forme de terrasses de Sorgenfry , près de Christiania , sur la route qui mène de cette ville à Krogleben , et dans les dépôts limoneux des bords de h

* Nyt magatin for naturviderskabeme , t. III , p. 169, 1843.

* The Athenœum , n» 987, 26 septembre 1846, p. 1003.

'D. A. Des expériences directes faites par K. Cullomk prouvent que l'eau oe st-v pas les roches et qu'elle eflace les stries glaciaires.

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Drammen, à son embouchure dans le Drammen-Fiord. En Suède il a revu ces cailloux striés dans le même terrain , en particulier dans les terrasses limoneuses de Berg, près du lac Wettern.

Ces cailloux striés ne sont pas le seul indice qui dévoile l'origine glaciaire de ces dépôts ; ils renferment encore des coquilles marines. Un grand nombre n'ont pas leurs analogues dans les mers voisines : ce sont , suivant H. Iiowen , des espèces arctiques reléguées maintemot dans les mers glaciales ^ mais qui vivaient dans la mer du Nord à l'époque où la côte, en s'abaissant, plongea dans TOcéan les moraines déjà remaniées par les torrents diluviens, résultant de la fonte des glaciers.

30 Les (Bsars {sandoesars des Suédois). Ces monticules aux formes si caractéristiques appartiennent à une époque fort différente de celle du terrain de transport erratique dont nous venons de parler ; ils sont une des nombreuses preuves de l'immersion et de l'émersion de la côte Scandinave. Déjà nu. Al. ]iroiftgiiliu*t , Hlsliiger et làjén y avaient reconnu la présence de coquilles vivant actuellement dans la Baltique (Tellina balticay Cardium edule, Mytilis edulis, lÂtorina crassior^ L. litorea, Neretina fluviatilis) y à des hauteurs variant de 9 à 24 mètres au-dessus du niveau du golfe de Bottnie. Ces œsars sont donc l'ouvrage de la mer pendant la période d'immersion de la Scandinavie. Ce sont de véritables dunes (Bevler des côtes du Julland) à stratification non horizontale , formées par la lame qui, dans les gros temps, passe par-dessus ces remparts, et y dépose les cailloux et le sable qu'elle a soulevés au fond de la mer ^ Les cailloux qui composent ces œsars ne sont jamais striés: ils ne sauraient l'être ; car , quand même ils eussent été striés auparavant , leurs stries auraient été bientôt effacées par le frottement qu'ils ont subi en roulant sur le rivage. Les œsars sont presque toujours recou^ verts de blocs erratiques anguleux , et l'opinion la plus probable est celle qui attribue leur transport et leur dépôt à des radeaux déglaces flottantes. Une autre circonstance prouve encore l'origine récente des œsars, c'est qu'ils sont superposés quelquefois à des dépôts tourbeux, dont l'origine peut être contemporaine de celle des glaciers, mais ne saurait lui être postérieure. En outre ^ on y a

* Ueber Geschiebebildungen und Diluvial-SckrQmmeH in Danemark , von Ci,

— Poggendorlfs Annalen dtr Phytik u. Chemie, t. LVHI, p. 609. 1843.

474 PHéNOMËMES ERRATIQUES DE LA SCANDINAVIE.

trouvé des bateaux y une maison enfoncée à la profondeur de 19 mètres y et dont le foyer contenait encore du charbon^ M. Wmw^ citer a donc tort de terminer ce chapitre en disant (p. 64) : < L» partisans de l'école ghcialiste considèrent ces dépôts comme (Tan' tiennes moraines."^ Déjà dans ma première réponse* j'avais longuement insisté sur l'action des eaux qui ont remanié les matériaui do moraines, ou les ont entraînés pour former les terrasses et les œsars. En Suisse y la débâcle aqueuse , résultat de la fonte des glaciers , a produit des eflets analogues ; mais en Suède le phénomène s>st compliqué de l'immersion et de Témersion successive d'une gnmJe partie du littoral, avant et après Tancienne extension des glaciers. C. M. 4. Réponse aux objections de M. Durocher contre Vancienw extension des glaciers de la Scandinavie, — La péninsule Scandinave est un pays mixte composé de montagnes , de vallées et de plaiue> ondulées. Ce pays n'a pas conservé et ne conserve pas un nireaa constant au-dessus de la mer; il a été émergé et immergé une ou plusieurs fois. Il a donc été soumis à des actions très-complexes: action des glaciers plus étendus autrefois que de nos jours , action dr Veau résultant de la fusion de ces glaciers , action de la mer à vm dislance plus ou moins grande de ses rivages actuels. Il serait donc aussi peu logique de tout expliquer par une calotte de glace , que de vouloir rendre compte de tous les faits au moyen d'un ou plusieurs courants diluviens. Or M. Duroclier suppose toujours que les partisans de l'ancienne extension des glaciers attribuent exclusivement à l'action de la glace tous les phénomènes erratiques de la Scandinavie. Il se crée ainsi un adversaire commode et facile à combattre. Venons au fait : l'auteur, supposant, d'après la direction des stries, qu'un même agent a sillonné la Suède depuis le 63^ jusqu'au 59® degré de latitude, calcule la pente générale du tcrraio sur une longueur de 450 kilomètres ; il la trouve de deux minutes seulement, et conclut mi'un glacier ne peut pas se mouvoir sur mt pente aussi peu inclinée. — Le glacier de l'Aar se meut sur un fond dont l'inclinaison est de 1® 30' seulement. En faisant cette objection^ m. Durocher suppose avec H. Forbes que le mouve-

* lijeU , On ihe proofs of a graduai rising ofthe land in certain part» ofStreéen . PhUoiophieal transactions y 1835, p. 8.

* Bulletin de la Société géolog.^ 1845, p. 129 et suiv.

ment des glaciers n'est autre chose que celui des corps graves^; s'il avait étudié ce mouvement , il saurait qu'il n'en est pas ainsi. Le glacier inférieur de l'Âar se meut sur un fond très-inégal d'une pente 1® iiO\ pente presque nulle , et sur laquelle un corps solide resterait immobile. Dans un corps grave solide , visqueux ou liquide , l'extrémité inférieure marche avec une vitesse sensiblement égale à celle des parties supérieures. Dans un glacier le mouvement se ralentit vers son extrémité inférieure: ainsi cette année , tandis qu'à la partie moyenne de sa longueur, le glacier de l'Âar avait parcouru 75 mètres en 396 jours, il ne s'était avancé que de 41 mètres près de son extrémité. L'influence de la pente est même si faible sur la marche des glaciers qu'on ne saurait l'assimiler au glissement des corps graves, m. Desor l'a déjà démontré*, nous l'avons vérifié cet été, H. Boliflùs et moi. En effet, pendant que le glacier de Grûnberç, un des affluents de celui de l'Aar, avait marché en dix-sept jours de 2^,22, celui-ci s'était avancé de 2™,94; et cependant la surface du premier a une inclinaison de 30 degrés , celle du second une pente de 3 degrés seulement'.

La deuxième difficulté que H. Diurocher élève contre l'ancienne extension des glaciers en Scandinavie, c'est qu'ils n'auraient pu traverser des plans inclinés à pentes opposées. Pour se convaincre que cette objection n'en est pas une, il suffit d'aller en Suisse et d'examiner le profil de quelques glaciers , où l'on voit la roche sur laquelle ils reposent. On reconnaît que tous les glaciers passent par-dessus des plans inclinés à pentes opposées. Je me contenterai de citer les glaciers du Rhin postérieur , d'Alalein , de Tschingel , du Grûnbeiig. Les anciens glaciers de la Suisse offrent des exemples encore plus frappants de ce mode de progression ; je rappellerai à H. Bu- ■•oelier la succession des collines qu'il a dû voir en descendant la vallée de l'Aar : 4" les deux Baerenbûhl , 2o les groupes de roches moutonnées que l'on traverse en allant du glacier de l'Aar à l'hospice du Grimsel, et qui forment le contrefort du Naegelisgraetli ; 3^ la Spitalnollen, 4^ le Kirchet, qui sont couverts de tous côtés de stries caractéristiques de l'action des glaciers , identiques en tout à celles que le glacier de l'Aar burine sous nos yeux.

* Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XXUI, p. 209, 27 juillet 1846.

* Comptes rendus de VAcad. des sciences^ t. XIX, p. 1303, 9 décembre 1844. ' Comptes rendus de VAcad. des sciences ^ t. XXIII , p. 823, 26 octobre 1846.

J'ai été étonné, je Tavoue, de trouver parmi les objections otnln Texlension des glaciers la remarque suivante : « Dans la conirée d Areskuttan^ dit H. iHiroeliery l'agent erratique a eu néctv sairement un mouvement ascensionnel ; il est parti d'une conlrée plus basse pour monter à 222 mètres plus baut que son point k départ : donc ce n'est pas un glacier qui a gravé les stries d'Âit^kultan.» Cette difficulté est incontestable; mais u me semble qu^* )l

est difficile d'admettre qu'un glacier puisse s'élever sur une pente ' , il est eocok

plus difficile de se figurer un courant diluvien qui remonte ^*u cours ; et si l'on était forcé de choisir entre les deux suppositions improbables , il n'est personne qui n'optât pour le glacier. En effet , il n'est pas démontré qu'un glacier ne puisse pas rernooier une pente en s'appuyant contre un obstacle inférieur, tandis que b eaux ne sauraient se mouvoir contre les lois de la pesanteur. Ainii donc, cette prétendue objection contre les glaciers n'est qu'un problème local dont m, nuroelter n'a pas trouvé la solution. Il en es; une cependant que je vais essayer de donner, dans l'intérêt des cuj rants comme dans celui des glaciers. La côte de Norwége est, comme cela se sait, sujette à des oscillations considérables, et Ton ptut affirmer avec confiance qu'à l'époque glaciaire les niveaux relatifs de la mer, de la côte et de l'intérieur des terres n'étaient pointée qu'ils sont aujourd'hui. Partout dans le golfe de Christiania el ailleurs les stries se prolongent sous la mer. Il est donc extrêroeineiil probable qu'à l'époque des glaciers la côte était plus élevée qu'elle ne l'est actuellement. En effet , pour que des glaciers puissent glisser sur le fond de la mer, il faut que sa température soit consimment à zéro ; car si la température de celle-ci se maintient âsdessus du point de congélation pendant quelques mois de Yam^. seulement, le glacier peut surplomber la surface de la mer et \i^ strie pas son fond. Je crois avoir établi cette vérité dans mes obirrvations sur les glaciers du Spitzberg*. A l'époque glaciaire, la oie était donc probablement plus haute qu'elle ne l'est aujourd'hui, puisqu'il faut la supposer plus élevée pour que toutes les strier soient émergées. Mais depuis elle a subi des oscillations remar-

* D. A. Un glacier peut parfaitement s'élever sur une pente. 1863.

* Bibliothèque universelle de Genève, juillet 1849 ; BulUtin de la Société géoli'Ç>çtf' séance du 4 mai 1840, et Edinburgh neto philosophieal Journal^ t. \\\ , p. 39^- ^^^^'

quables, témoins les balanes d'Udevalla vues par m. Brongniart *

à 60 mètres au-dessus de la mer, les serpules fixées sur des roches polies y entre Christiania et Aggersbach', et plus que lout cela le banc ai^ileux et coquiller {Skalenschichl)y décrit par HT. Keimau, et qu'on retrouve jusqu'à la hauteur de 188 mètres au-dessus de la mer, et à 12 myriamètres de la côte'. L'oscillation du littoral de la péninsule est donc un fait mathématiquement démontré. Voyons maintenant si la portion de la côte norwégienne, dont parle H. iHi-

roclier, présente dés traces de ces changements de niveau. Areskuttan est situé sous la même latitude que Tronthjem, mais à 10 myriamètres dans l'intérieur des terres. Or, dans le Beistadfiord ,

situé à 11 myriamètres au nord de Tronthjem et d'Areskuttan, H. de Bucli^ trouve, à 140 mètres d'élévation, des coquilles marines qu'il considère comme les mêmes que celles du dépôt des environs deDrammen, laplupaiH vivant actuellement dans les mers du Nord. Ce sont: Mytilus eduUs, Cardium edule^ Mya iruncata. Venm islandica etc. Un peu au sud de Tronthjem , à l'entrée du Jœrgenfiord , par 6So 20' de latitude, H. Heilliau'^ remarque des terrasses qui s'élèvent à 200 mètres au-dessus de l'Océan. Ainsi donc, la côte de

Tronthjem, qui correspond à la montagne d'Areskuttan, a été sujette, comme les autres, à des oscillations considérables, et l'on ne saurait conclure de son relief actuel à celui qu'elle avait à l'époque ou les stries ont été burinées.

La difficulté soulevée par M. ]liirocli«r n'est donc pas insoluble, et tous ses calculs sur le mouvement ascendant du glacier sont sans fondement, puisqu'il est à peu près démontré qu'à l'époque glaciaire, les nivaux relatifs de la mer, de la côte et de l'intérieur des terres n'étaient point ce qu'ils sont aujourd'hui. Reste à vérifier si

* Nbiiee iur les blocs de roches des terrains de transport (Annales des sciences natU" relies^ t. XIV, 1828).

' flciieerer, Beitràge iur Kenntniss des Seflslrom'schen Frictionsphœnomene {PoggendorfTs Annalen, 3« série, t. VI, 1844).

* iMivferéc, Note sur le phénomène erratique du nord de l* Europe. (Bulletin de la Société géologique, t. XIV, p. 574 , 19 juin 1843.)

* Reise durch Norwegen und Lappland, t. i«r, p. 251.

* Nyt Magoiin for Naturviderskabeme , 1837, p. 220 , et BraTsUi , Sur les lignes d'ancien niveau de la mer dans le Finmark (Voyages de la Commission du Nord en Scandiname, -^ Géographie physique, t. !•% p. 117).

la direction moyenne des stries est réellement celle qu'il indique, car je dois faire observer que m. Siljestrœm, qui a visité ce'ie localité avant m. DuroclieF, indique seulement des stries' dirigées du nord au sud , d'autres de l'est à l'ouest y et nullement ces stries allant de l'ouest à l'est sur lesquelles M. Buroelmp a baie ses raisonnements.

La quatrième objection de M. itarociier est une difficulté <1q même genre. Il ne comprend pas qu'un glacier traverse obliquement la profonde dépression du golfe de Botlnie pour remonter sur les collines de la Finlande. Je le comprends encore moins pour un courant; en effet, un courant se dirigeant du nord-ouest vers V golfe se serait évidemment dévié en entrant dans celte dépression, et aurait suivi sa direction, qui est celle du nord-est au sud-ouesU de même qu'une rivière qui entre dans une vallée en prend immédiatement la direction. Mais on conçoit qu'une masse de glace traverse obliquement une dépression. Les glaciers de la Suisse nous en offrent de nombreux exemples. Il faut se rappeler ensuite que la pesanteur spéciGque maximum de la glace de glaciers est, d'après les expériences de M. Bollfiui, à celle de l'eau pure dans le rapport de 909 à 4000 , rapport qui devient pour l'eau salée celui de 883 à 4000. Cette glace surnage donc en partie à l'eau, et il suffira qu'un glacier appuie ses bords sur le rivage pour pouvoir se soutenir au-dessus d'une masse liquide. Ces conséquences se vérifient dans la nature. Le glacier d'Aletsch , en Suisse , surplombe le lac Maergelen ; tous les glaciers qui occupent le fond des baies du Spitzberg s^avancent au-dessus delà mer, à une certaine distance, en B*appuyant sur les côtés de la baie*. Pour toutes ces raisons il ne me paraît pas absurde de supposer, en grandissant les proportions du phénomène, que les glaciers traversaient autrefois le golfe t^^ bottniej comme ils ont probablement traversé les lacs de la Saisie. Dans ce pays on peut démontrer , par la limite altitudinale des anciennes moraines latérales laissées par ces glaciers , que leur base ne reposait pas sur le fond du lac, mais correspondait à peu près au iliveau actuel de la surface de l'eau.

< Gatit de la Scandinavie, par H. SnivaU. (Atlas des voyaQes de Ut Cammmi»* à Nord.)

• Voy. mes Observations sur les glaciers du Spit%berg {Bibliothèque umventlU à Cf nève » t. XXVm , p. 160, juiUet 1840).

La portion de sa carte de la direction des stries, que H. iHiroa calquée sur celle de M. SefiitroemS présente sur la côte du golfe de Bottnie , entre Gefle et Œregrund , des flèches dirigées du nord-est au sud-ouest, comme si la force qui les a burinées s'avançait de la mer vers l'intérieur des terres. H. Huroelier en tire un grand argument contre les glaciers, qui, dit-il, ne sauraient s'élever du fond d'un bassin, comme le golfe de Bottnie, sur le rivage. L'objection s'applique également aux courants; mais je ne la discuterai pas, car j'ai de fortes raisons de penser que la direction indiquée par M. SeCKtrœm n'est pas la direction moyenne , mais qu'il a été induit en erreur par des déviations locales. Les souvenirs de mon voyage de 1839, dans lequel j'ai fait la route de Gefle à Upsal , qui traverse celte région , ne me rappellent rien de semblable.

Telles sont les objections que IH. Duroelter présente contre l'ancienne extension des glaciers de la Scandinavie. Pour ne pas prolonger ce débat, je n'entrerai pas dans Ténuméralion des difGcultés qu'on peut élever contre l'hypothèse des courants diluviens ; ma tâche d'ailleurs serait difficile, parce que dans ces deux derniers mémoires l'auteur ne conclut pas. Jadis il admettait un seul courant^ qui s'étendait du Spitzberg jusqu'en Allemagne ; maintenant, je suppose qu'il doit admettre dix courants diflërents^ successifs ou simultanés', coulant vers les quatre points cardinaux, suivant les directions moyennes de ses flèches. L'auteur ne s'étant pas expliqué, je préfère attendre qu'il nous déroule lui-même les conséquences de ses observations, et démontre comment un ou plusieurs cou* rants diluviens rendent mieux compte des faits observés que la supposition de l'ancienne extension des glaciers Scandinaves.

G. M. 4. Réponse aux objections contre l'ancienne extension des glaciers dans les Alpes. — M. itarocltër termine son mémoire par un parallèle entre le phénomène erratique du nord et celui des Alpes, des Pyrénées et des Vosges. Il reconnaît l'analogie des effets produits; mais comme il ne tient pas compte de l'action puissante dé la mer lors des immersions et des émersions du sol sbandinave^ il la

* Poggendorffs Annalen, t. XLUI, 1838.

* Comptes rendus de VAcad, des sciences , t. XIV, p. 109^ 17 janvier iHî,

* Voy. %A. carte.

pousse, selon moi, beaucoup ti*op loin. Dans les Alpes, les PyrnuKS et les Vosges , les effets aqueux se bornent à ceux qui sont résultés d< la fonte des glaciers et de Vaction incessante des agents atmospiitriques : en Scandinavie y il y a de plus les puissants effets de la nur, qui a recouvert à plusieurs reprises une portion considérable de U plaine suédoise. Cette partie du mémoire renferme une foule d\bservations , de détails déjà connus , et d'objections réfutées depuii longtemps. Ainsi par exemple, JH. Buroclter fait observer qu'aa rétrécissement des vallées les stries sont ascendantes. Qu'il visik le glacier de TAar , et il pourra toucher, au bas du promontoire 4ùi supporte le pavillon de H. Agamiis, des slries identiques, redrctsées de 64 degrés d'amont en aval ; il retrouvera le même phénooiôn j à 8 kilomètres du glacier , k l'étranglement inférieur de la pcLie vallée du Rœderichsboden, où les stries sont inclinées de 48 de^zn: sur un promontoire très-saillant de la rive gauche , et de 7 d^:^l^ seulement sur les parois verticales de la rive droite. Qu'il se reui: sur le glacier de Grindelwald inférieur, au défilé de la Stiercjrg: d trouvera les stries relevées de 45 degrés. Partout, en un mol, où m. obstacle s'oppose à la progression d'un glacier , il verra des slnii ascendantes gravées par la glace ^ qui se redresse contre le rocLd. C'est même un de ces phénomènes que l'eau ne saurait produiie. car elle ne burine pas de stries rectilignes , mais creuse des caoaiii sinueux et ramifiés, des baignoires, des cavités conoîdes , des marmites de géants etc., et efface les stries glaciaires.

L'auteur se livre ensuite à des considérations météorologique: pour montrer que , même avec un climat analogue à celui des légions polaires , les glaciers des Alpes n'auraient pu s'étendre jlï* qu'au Jura. Pour le prouver, H. Jtaireclter suppose que la tt^ipérature moyenne de ces régions est de — 45 degrés. C'est un. erreur ; la moyenne du Spitzberg, suivant Scorcsby ', n'est que — 8 degrés, et ce chiffre est confirmé par les observations d. Franckliii , de Parry et de la Commission du Nord. Il affirme *i^: plus que la température est pendant très-peu de temps au-dessu: de zéro. Nouvelle erreur, car les moyennes des mois d'été sont !:: suivantes :

* Account of the arlic régions ^ t. U^j p. 3S8.

Juin -f-0%90

Juillet ...... +3o,51

Août +2%88

moyenne. . . + 2o,43

Ainsi, pendant trois mois, le thermomètre se tient habituellement au-dessus de zéro. Le climat du Spitzberg n'est donc pas aussi froid que le suppose m. Duroclier , et cependant toutes les vallées de la côte occidentale sont remplies par des glaciers qui s'avancent jusqu'à la mer. Si le Spitzberg avait la température moyenne de — 15 degrés, il n'y aurait par de glaciers dans cette île; car les deux conditions essentielles à la formation des glaciers sont : !<> d'abondantes chutes de neige; 3fi des altitudes correspondantes aux niveaux des neiges temporaires.

Comme tous les auteurs qui n'ont pas fait une étude spéciale des glaciers actuels, M. iHiroclier se figure que leur ancienne extension suppose un climat très-rigoureux. Il n'en est pas ainsi : quelques calculs très-simples le prouvent avec la dernière évidence. La température moyenne* de la ville de Genève est de 9^56; la ligne des neiges temporaires est à 2700 mètres au-dessus de la mer, et les grands glaciers de la vallée de Chamounix descendent, en moyenne, à 1550 mètres au-dessous de cette ligne. Supposons que la température moyenne de Genève s'abaisse de 2 degrés et devienne 7o,56 : la limite des neiges s'abaissera de 375 mètres , et ne sera plus qu'à 2325 mètres au-dessus de la mer. Or on accordera que les glaciers qui sont maintenant à 1150 mètres au-dessus de la mer descendront rfe la même quantité, et que leur pied ne sera plus qu'à 775 mètres au-dessus de la mer. Mais il ne faut pas oublier qu'un glacier des-cmd d'autant plus bas que le cirque dont il provient est plus vaste , plus élevé j et plus favorable à F accumulation des neiges*. Or les cirques où la neige s'entasse pendant l'hiver seraient considérablement agrandis par suite de l'abaissement de la température; les glaciers ne descendront donc pas à 775 mètres au-dessus de la mer

' Voy. iféiéorologie de la France, dans Patria, ou la France ancienne et moderne, p. S2S.

'i*C0#r) Sur les rapports des glaciers avec les reliefs des Alpes {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XX, p. 883, 24 mars 1845).

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