‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 180 sur 216 · HYPOTHÈSE DES GOURANTS D'EAU · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE DES GOURANTS D'EAU

noyé ; que sur la nappe inclinée et avec une lame d*eau de plus de 200 mètres , sa vitesse était plus faible qu'aujourd'hui ; enfin qu'après avoir créé un sédiment évidemment lacustre , lorsque sa marche était de plus de 15 mètres par seconde » il a détruit la masse principale de ce dépôt au moment où son volume et sa force diminuaient» et que cette immense érosion s'est arrêtée précisément à la surface même du gravier» sans attaquer cette nappe sur un seul point. Explications évidemment contradictoires et qui conduiraient tout simplement à une réforme complète» mais heureusement impossible des lois naturelles.

Je n'ai donc trouvé dans les observations auxquelles je fais cette réponse» aucun motif de motifier mes premières conclusions, et surtout aucune preuve de l'origine fluviatile des comblements des vallées du Rhin et des Vosges. — Je n'ai vu aucune différence entre les surfaces des nappes de comblement et leurs portions inférieures ; la masse appartient à un seul et même dépôt ; et ce dépôt recouvert par les moraines /ron/a2es» renfermant toujours des galets erratiques, tels que les glaciers continuent à les former sous nos yeux , et enfin du lehm ou bo\ke glaciaire y comme élément constitutif, est à ces anciens barrages ce que les moraines frontales actuelles sont aux nappes ou moraines profondes des glaciers en activité.

Et faut-il encore le rappeler, le comblement du Rhin est une nappe régulière» un plan incliné qui se prolonge» sans solution de continuité, depuis les bords du Rhin jusqu'au fond des vallées des Vosges ; depuis l'extrémité inférietire du bassin jusqu'à la Via-Mala» et dans les autres vallées jusqu'aux pieds des premiers reilans interrompant la ligne de pente de ces cavités. Au delà » le même plan incliné se retrouve par étages successifs jusque sous les placiers actuels ; que les bassins soient laides ou rétrécis » la régularité est constante.

Un moteur tel qu'un courant n'agit cependant pas avec la même énergie sur tous les points de son cours: les rivières» les torrents Dardent ou acquièrent de la vitesse suivant que leurs lits sont accilentés» élargis ou rétrécis ; ils ne forment des dépôts que sur quel- ]ues points ; ils creusent ou comblent dans des conditions données li connues; et leurs lits» dans les accumulations de sables ou de praviers, loin de présenter une ligne de pente continue » comme la

nappe dont il est question , offrent une série de courbes , de renfla ments et de dépressions ; sur leurs rives, les alluvions sont mamelonnées et les lits de déjection des torrents sont des cônes plus on moins relevés et inclinés. En quoi donc le comblement do Rhin ressemble-t-il aux terrains formés ou remaniés parles cours d'eao:!

Dans mes mémoires sur le terrain erratique de la vallée du Rhin et dans cette noie je me suis plus particulièrement préoccupé d*" l'ensemble des dépôts , et j'ai négligé une foule de détails et d^^ preuves que j'aurais dû réunir si j'avais eu à préparer une monographie des terrains superficiels de ce vaste bassin ; je mé\2à uniquement proposé de démontrer que les matériaux de comblemêBi n'ont pas été transportés par des courants.

Les distances entre Bâlé et Strasbourg , entre les Vosges et la Forêt-Noire , sont trop grandes pour que l'on puisse embrasser d'un seul coup-d'œil l'ensemble et les détails des dépôts ; aussi , pour simplifier la question que je désire soumettre en terminant à Texamen de mes confrères , je choisirai une coupe transversale d'une vallée y offrant , sur un kilomètre au plus , un exemple des dispositions caractéristiques des dépôts erratiques du bassin du Bhin. Ancien H. 27. Ld moraim frontale de Longuet , située au-dessous de Re-

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la Moieiie mircmont , marque la première station * de 1 ancien glacier de la vallée de la Moselle. Â partir de ce barrage on ne rencontre plus en descendant que des nappes profondes et des dépôts latéraux; cependant un amas de blocs énormes est jeté dans une vallée latérale à 4 kilomètres à l'amont d'Épinal ; et un peu au-dessous de cetû^ ville on aperçoit encore quelques blocs granitiques épars sur le comblement.

En suivant le cours de la Moselle jusqu'à Châtel, à environ 40 kilomètres à l'aval de Longuet, on aperçoit (pi. 3) constamment la nappe profonde qui se prolonge au loin et bien au delà; cett£ nappe, parfaitement réglée longitudinalement et transversalemenl, a été attaquée sur divers points et sillonnée par deux cours d'eau latéraux , l'Âvière et le Durbion , et par les diverses branches de la Moselle qui exécutent continuellement , quoique sur une plas petite échelle , des travaux analogues à ceux que le Rhin pratique dani son lit.

^ * D. A. Â une certaine époque.

ANCIEN GLACIER DE LA VALLÉE t)E LA MOSELLE. 619

Ici , le comblement offre tous les caraclôres du diluvium : les galets qu'il renferme peuvent, comme ceux du Rhin et des vallées affluentes des Vosges , être considérés comme des galets roulés ; ils sont de diverses formes pourtant , mais tous généralement polis et arrondis. Ils sont principalement granitiques (et sous cette qualification je comprendrai les galets de toutes les roches cristallines de la vallée) ; on y rencontre cependant , mais en très-minime quantité y quelques quartzites, quelques poudingues , quelques schistes , débris du grès des Vosges y du grès rouge et du terrain de transition de Bussang.

La largeur de la nappe , entre les coteaux bordant le bassin , n'est ici que de 800 mètres, et il ne faudrait pas une crue considérable de la rivière pour que toute sa surface fût recouverte ; aussi , dans l'hypothèse d'un diluvium , ne serait-il pas nécessaire d'imaginer un torrent puissant et violent pour rendre compte du transport des matériaux et de leur arrangement dans le fond de la vallée ? et c'est précisément pour simplifier la question, sur le point délicat de la production et de l'alimentation d'un courant , que j'ai choisi un exemple dans cette localité. Toutefois , pour les dépôts des plateaux, il faudrait encore concevoir une lame d'eau de plus de 100 mètres et dépassant la ligne de niveau A B.

Si l'on voulait se borner à l'examen du fond du bassin , comme cela a été fait jusqu'ici pour l'Alsace, U niveUemeiU de la surface ne paraîtrait peut-être pas une preuve suffisante de l'intervention d'un glacier, surtout si l'on voulait établir une distinction entre les galets roulés, qui s'y rencontrent, et les galets identiques renfermés dans les moraines de Longuet, ou façonnés par tous les glaciers indistinctement. Mais les distances à parcourir pour étudier une coupe transversale complète n'étant pas considérables , et le trajet d'une rive à l'autre n'offrant aucune difficulté, quelques instants suffiront pour vérifier et constater les faits suivants : 1® Sur la rive droite,

La nappe (no 2 a) se termine au pied d'un escarpement fortement incliné de rochers calcaires , recouvert à son pied d'un revêtement incliné à 36 degrés d'argile sableuse, mêlée de galets granitiques et ({ui semble avoir été fortement comprimée (n® 2 b). Au sommet de l'escarpement, à environ 20 mètres au-dessus du niveau de la

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