‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 3)Chapitre 183 sur 216 · VALLÉE DE LA THUR ( VOSGES · texte numérisé non relu

VALLÉE DE LA THUR ( VOSGES

lels qu'on pourra rétablir les cartes des anciens glaciers y et comprendre les déviations plus ou moins sensibles qu'ils ont dû subir suivant la puissance et le nombre de leurs affluents. Y a-t-il quelque chose d'analogue dans le régime des eaux , dans les déjections des torrents et dans les alluvions des rivières ?

Ce que je viens d'indiquer représente, sur une petite échelle, ce qui s'observe en grand dans la contrée autrefois envahie par le glacier du Rhin. Sur les flancs des montagnes des Vosges et de la Forêt-Noire, et dans toute la région des montagnes de la Suisse, le terrain erratique offre les mêmes dispositions ; sur des plans in-* clinés on rencontre à chaque pas des accumulations de sables , de graviers , et de blocs , des bandes parallèles , intimement liés aux dépôts inférieurs des bassins et ayant évidemment la même origine.

Le comblement inférieur n'est qu'une portion des revêtements erratiques distribués dans les plaines aussi bien que sur les mon^ tagnes, et formant un ensemble que des causes locales, agissant isolément , tantôt avec calme , tantôt avec violence , auraient troublé et non produit.

Ces dépôts sont liés entre eux comme le sont les moraines profondes , frontales , latérales et superûcielles , les amas de blocs , de sables et de galets des glaciers en activité. Pour faciliter l'examen et l'étude de ces terrains glaciaires , on les décrit isolément , mais on se garde bien d'en attribuer la production à des causes diverses ; admettre qu'à l'époque de leur plus grande extension, les glaciers n'agissaient pas comme aujourd'hui , c'est vouloir nier l'évidence des faits et compliquer inutilement un problème dont la solution ne saurait offrir aucune difficulté.

Les partisans du diluvium ont déjà renoncé à ces torrents puissants auxquels on attribuait le transport des blocs erratiques sur les lieux élevés ; ils en ont compris l'impossibiUté. En réduisant , même encore de beaucoup aujourd'hui , la puissance de leurs cou^ rants, ils ne seront pas plus heureux; le bassin du Rhin n'a été inondé à aucune époque ; le fleuve ancien a marqué les limites dé son cours dans la masse erratique ; elles sont comprises entre les terrasses bordant son lit actuel de Bâle à Neuf-Brisach ; les rivières des Vosges en ont fait autant. Au delà , non-seulement on n'aperçoit aucune trace de l'action des eaux , mais on retrouve, à chaque pas,

des dépôts qu'elles auraient détruits, si elles avaient pu les alteJDdif

k un moment quelconque.

coodnsioD*. n 29^ Les fojts, les preuves sont donc pour nous; les traces Je

uquei sont toujours 1 ûctiou glaciairo sout visiolcs et profondement marquées sur k ^m

recomertet par de. (Je DOS coutrécs ; et lo terrain erratique de la vallée du Rhin , des

Vosges et de la Forêt-Noire est aussi nettement caractérisé, aus^i incontestable que les moraines en voie de formation dans la région actuelle des glaciers : les formations erratiques sont toujours rea^uvertes par les dépôts aUuvienSj constituant, autrefois comme aujourd'hui, rétage supérieur des comblements, et nulle part onoe voit de traces de ce diluvium antérieur aux moraines anciennes et actuelles, récemment introduit sans nécessité , sans utilité et saiij preuves dans l'échelle des terrains superficiels. Le 15 mai 1851. H. Hogard.

Introduction.

Ternin de comblemeot.

H. 30. En 184^ je n'avais encore aperçu aucune trace certaiiK de l'intervention des glaciers dans la formation des dépôts superficiels de la région occidentale des Vosges , où l'on rencontre àts comblements anciens ou récents offrant tous les cai*actères de nappes d'alluvions ou de sédiment , et sur lesquels viennent s'établir b cônes de déjection formés par les ruisseaux torrentueux.

H. 31. Dans le fond des vallées , les eaux continuent i augmenter graduellement la puissance de ces nappes par des additions succeisives de nouvelles couches de sédiment; à chaque crue elles débordent jusqu'aux talus des deux rives et déposent les détritus entraînés dans les bassins par les eaux pluviales. Ce travail incessant des cours d'eau, sur des plans inclinés dont la pente est très-làible, explique la formation de ces amas boueux renfermant quelques liL^ sableux et très-rarement des débris de roches , qui constituent , saoï exception, la couche superficielle des nappes de comblement di:» vallées de l'ouest des Vosges.

* H. Hagard , Coup d'ail sur les terrains erratiques des VosQes , 1848.

La puissance de celte couche superficielle doit être assez considérable^ à en juger d'après l'inclinaison des talus bordant les bassins ; mais il n'est pas facile de la constater, et jusqu'ici je n'ai pu recueillir des renseignements assez précis pour les déterminer.

Les rivières ne sont pas assez profondément encaissées , les coupures que l'on rencontre quelquefois sur leurs rives sont trop peu élevées , et les eaux étant presque constamment, ou à peu de chose près , au niveau de la surface des nappes , il n'est pas possible de pousser des fouilles assez loin pour reconnaître l'épaisseur du comblement alluvien et la base sur laquelle il repose ; aussi , à cet égard, on ne peut aujourd'hui que former des conjectures.

Il est probable cependant que sous les couches boueuses superficielles existent des accumulations de galets , de véritables moraines profondes, dont nous allons retrouver des traces hors du département des Vosges , en suivant le cours de la Meuse jusque dans les Ardennes , après avoir constaté , dans une vallée supérieure , celle du Mouzon , l'existence de dépôts évidemment erratiques, dont la présence est une preuve de V action glaciaire dans toute l'étendue de la vallée , à l'époque de la plus grande extension des glaciers du système des Vosges *.

H. 32. Vers le mois de mai 1849 j'ai eu occasion de faire ou- »ive««iiche vrir une tranchée sur le flanc d'un coteau bordant la rive gauche ' *""" ^ "*** ' du Mouzon , près du village de Rebeuville , et de mettre à découvert des rochers escarpés masqués en partie par des amas de terres et de débris provenant d'éboulements anciens. Les parois de ces ro-> chers s'élèvent presque verticalement et forment un redan , vers le milieu du plan incliné à environ 45 degrés du coteau. Elles offrent, sur quelques points, des traces évidentes d'usures et quelques sillons, des karren résultant de l'action rites eaux^.

Dans un pli, ou sorte d'enfoncement latéral, à 15 mètres audessus du niveau du Mouzon , on a rencontré un amas de sables et de galets arrondis, ou offrant des surfaces planes et parfaitement polies , le tout disposé par couches irrégulières dans l'ordre suivant, du haut en bas (pi. A, fjg. 1) :

* D. A. A une certaine époque, qui n'était pas celle de la plus grande extension.

* Ces karren sont de l'époque erratique et analogues à ceux des rochers de Saint- Miliiel, dont il sera parlé plus loin.

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